‹ Etudes sur la poésie latine [microform]Chapitre 52 sur 513 · De Nat. rer., II, 251-283; cf. IV, 880 sqq · texte numérisé non relu

De Nat. rer., II, 251-283; cf. IV, 880 sqq

L'ANTILUCRÈCE chez LUCRÈCE.

grands poètes, de sens analogue et de beauté pareille. Je les emprunte à un de ces ouvrages de la vieillesse de Corneille, oîi son génie, sur le déclin, jetait encore par intervalles de vives clartés, à sa tragédie d'Œdipe *. C'est une réclamation, naturelle en un tel sujet, de la liberté morale contre les décrets tyranniques du sort ; c'est, de plus, en mémoire des querelles théologiques qui préoccupaient alors les esprits, un appel à la coopération de la Grâce.

Quoi î la nécessité des vertus et des vices D'un astre impérieux doit suivre les caprices ; Et Delphes, malgré nous, conduit nos actions Aux bizarres effets de ses prédictions?

L'âme est donc tout esclave ? une loi souveraine Vers le bien ou le mal incessamment Pentraine ? Et nous ne recevons ni crainte, ni désir De cette liberté qui n'a rien à choisir ? Attachés sans relâche à cet ordre sublime, Vertueux sans mérite, et vicieux sans crime, Qu'on massacre les rois, qu'on brise les autels. C'est la faute des dieux et non pas des mortels De toute la vertu sur la terre épandue Tout le prix à ces dieux, toute la gloire est due; Ils agissent en nous, quand nous pensons agir; Alors qu'on délibère, on ne fait qu'obéir, Et notre volonté n'aime, hait, cherche, évite. Que suivant que d'en haut leur bras la précipite? D'un tul aveuglement daignez me dispenser; Le ciel, juste à punir, juste à récompenser, Pour rendre aux actions leur peine ou leur salaire, Doit nous offrir son aide et puis nous laisser faire.

Revenons à Lucrèce et sans révoquer en doute, contre l'évidence, ses convictions trop arrêtées au sujet de la matérialité et, par suite, de la mortalité de l'âme, montrons encore qu'il peut, au moins par l'imagination, se transporter et transporter avec lui ses lecteurs dans de tout autres convictions. C'est ce qu'il fait quand il peint, en traits si énergiques, la répugnance instinctive qu*inspire à l'homme l'idée de sa complète destruction ; lorsqu'il s'étonne, qu'il s'indigne que ceux-là mêmes qui s'en prétendent, comme

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