De Xalur. rcr.j V
DE L EPOPEE AVANT VIRGILE
elle-même. Une telle œuvre veut un poète qui, par l'emploi supérieur de ses facultés el des moyens dont il dispose, atteigne dans ses vers à l'idéal. Ce dessein, celte ordonnance, cette élévation, voilà ce qui sépare de toutes les poésies épiques de l'antiquité grecque, son sublime produit, les épopées d'Homère.
Mais laissons cette distinction pour ne nous occuper que du genre en général. Il ne peut pas toujours durer; il trouve son terme naturel dans les progrès de la société. A mesure qu'elle devient moins crédule, le merveilleux se retire, le merveilleux, c'est-à-dire rélémenl épique par excellence. Les découvertes de la physique l'exilent par degrés des phénomènes du monde sensible, la conuaissancj des causes réelles de tous les faits du monde moral; les perfectionnements de l'industrie enlèvent aux choses de la vie familière, désormais trop usuelles, trop connues, le mystère et la nouveauté qui les rendaient poétiques. Que reste-t-il à la poésie épique ? Ce qui ne peut lui suffire, des événements, des passions, que va raconter l'histoire, que le drame va transporter sur la scène. Il n'y aura p'us d'Homère, il y aura des Hérodote et des Thucydide; il y aura des Eschyle, des Sophocle et des Euripide. C'en est fait, la poésie épique n'existe plus, ou n'a plus le droit d'exister. Sans doute, il se trouve encore des écrivains qui ont foi en elle, lorsqu'elle périt, et chercheut à la ranimer; un Anlimaque, en substituant dans sa Thébaïde à l'antique simplicité une élévation de style qui lui a valu le suffrage de la docte Alexandrie, mais que Catulle, plus sévère, a traitée d'emphase, en même qu'il traitait de peuple ses admirateurs, populus tumido gaudeat Antimacho * ; un Ghérilus, en appliquant l'ancien cadre mythologique aux événements de l'histoire contemporaine, aux guerres contre la Perse, célébrées dans sa Perséide ; avec quel succès, nous ne le savons, nous savons seulement que le succès était impossible. De telles tentatives achevaient de démontrer que le temps de la poésie épique était passé : il revint lors de l'é-