‹ Etudes sur la poésie latine [microform]Chapitre 64 sur 513 · Carm.y XCV · texte numérisé non relu

Carm.y XCV

ET DE L'ÉNÉIDE

puisement du théâtre, qui la laissa reparaître avec les autres genres qu'il avait longtemps comme suspendus. Mais elle ne reparut point telle qu'elle était dans l'origine : on eût dit qu'elle cherchait à se souvenir d'ellemême, à se ressembler, à se copier; de là l'épopée artifioielle des Alexandrins, pastiche élégant de l'épopée naturelle dont elle affectait la naïveté, œuvre érudite où la foi aux fabuleuses traditions était remplacée par la curiosité scientifique; œuvre venue après le long règne de la poésie lyrique, de la poésie dramatique, et qui leur avait inévitablement emprunté quelque chose, comme l'intervention plus fréquente des sentiments personnels du poète dans ses récits, l'emploi de formes plus rapides et plus brèves, la recherche de situations, d'émotions semblables à celles de la tragédie, que déjà Aristote, dans sa Poétique, avait assimilée presque en tout à l'épopée. Tel fut le chefd'œuvre de ce genre, le poërae oii Apollonius de Rhodes conta, en quatre chaLts seulement, pour des lecteurs moins patients que les auditeurs des rapsodes homériques, l'expédition des Argonautes, avec toute l'élégance et toute la science de son temps, et quelque chose de mieux, une intelligence des secrets du cœur et du langage de la passion qui fit de sa Médée le modèle de la Didon de Virgile. Nous voilà tout naturellement ramenés à notre pcëte, que nous ne quitterons point pour rechercher après lui, ce qui serait fort superflu, dans la littérature grecque du Bas-Empire, les productions, alexandrines encore par leur esprit, de Nonnus, de Quintus, de Goluthus. On voit de quelle école épique relève Virgile. C'est un autre poète sans doute qu'Apollonius, écrivain élégant, agréable, touchant même, mais qu'enfin Quintilien a cru ne pouvoir louer que d'une certaine médiocrité soutenue, œquahili quadam mediocritate non conlemmndus\ Virgile est bien au-dessus d'un pareil éloge, qui le défend assez d'un parallèle injurieux. Mais il était venu après les Alexandrins; il les connaissait, il les estimait^ il a dû les imiter, surtout

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