‹ Etudes sur la poésie latine [microform]Chapitre 66 sur 513 · Propert., Elcg ^ II, xxxiv · texte numérisé non relu

Propert., Elcg ^ II, xxxiv

DE L EPOPEE AVANT VIRGILE

ET DE l'ÉNÉIDE,

Properce connaissait-il déjà par quelque confidence la touchante peinture du rustique et fabuleux berceau de Rome, lorsqu'il expliquait ainsi, à je ne sais quel étranger, ces simples merveilles de ses origines?

Cette ville ^que tu vois, cette grande et superbe Rome, avant le Phrygien Enée, n'était que collines et pâturages. Sur ce sommet du Palatin, où s'élève la demeure du Dieu qui nous fit vaincre à Actium, s'arrêtèrent les bœufs du fugitif Évandre. C'est pour des dieux d'argile que furent construits es temples que nous avons dorés, ces temples, simples chaumières alors que ne dédaignait point la divinité. La roche Tarpéicnne était encore nue; mais Jupiter y tonnait déjà. ...11 fut un temp? où les bords du Tibre étaient pour nos troupeaux des bords étrangers..., où dans cette cabane de Rémus un étroit foyer était tout le royaume que se partageaient les deux frères.... Aux lieux où brille maintenant la pourpre de nos pères conscrits siégeaient, vêtus de peaux de bêtes, de rustiques sénat^^urs! La trompette appelait à l'assemblée les citoyens de Rome naissante Cent vieillards dans un pré, c'était là leur sénat. Point de ces théâtres aux voiles flottants sur les gradins, à là scène inondée de parfums. Point de ces dieux étrangers que nous allons chercher si loin, alors qu'une foule pieuse se prosternait en tremblant devant les antiques autels de la patrie

Hoc, quodcumque vides, hospes, qua maximaRoma est,

'Ante Phrygem ^Eneam collis etherba fuit; Atque ubi Navali stant sacra palatia Phœbo,

Evandri profugœ concubuere boves.

Fictihbus crevere deis hœc aurea templa;

r»}ec fuit opprobrio facta sine arte casa; Tarpeiusque pater nuda de rupe tonabat ....

Et Tiberis nostris advena bobus erat

Qua gradibus domus ista Remise sustulit, olim

Unus erat fratrum maxima régna focus.

Curia praetexto quae nunc nitet alta senatu,

Pelliios habuit, rustica corda, patres.

Buccina coge bat priscos ad verba Quirites :

Centum illi in prato saepe senatus erat. Nec sinuosa cavo pendebani vêla Iheatro;

Pulpitasolemnes non oluere crocos.

Nullis cura fuit externes quœrere divos,

Quum tremeret patrio pendula turba'sacro '.

. i: cj., IV, I, 1 sq. Cf. Tibull. , Elcg. , II, v, 23 sq.

Le poète continue longtemps sur ce ton, sans beaucoup d'ordre, en cicérone dont les souvenirs s'éveillent comme d'eux-mêmes à la vue des objets, mais c'est un cicérone éloquent, qui, dans des vers pleins d'imagination et d'esprit, reproduit sous mille formes le contraste piquant des présentes splendeurs et de la primitive simplicité de Rome. 11 conçoit l'iiée d'un ouvrage où, rival d'Ennius, il expliquerait poétiquement les antiquités romaines :

Sacra diesque canam, et cognomina prisca locorum*.

Cet ouvrage, dont quelques pièces de son quatrième livre nous offrent comme les fragments, nous savons par Ovide, qui l'a exécuté dans ses Fastes, qu'un autre poëte encore l'avait tenté :

Imperfectumque dierum

Deseruit céleri morte Sabinus opus*.

C'était l'époque où Denys d'Halicarnasse, écrivant pour les Grecs l'histoire de Rome, s'appliquait à la rattacher, par les merveilles consacrées de son établissement, aux traditions grecques. Il y avait alors un mouvement général des esprits vers ces origines que Virgile a développées non pas dans les chapitres d'une sorte de traité historique, dans des morceaux de poésie, sans autre lien que la &uite du calendrier, mais dans le cours attachant d'une action épique. Deux' Rome sont comme mises en présence par Fauteur de VÈnéidt, celle d'Auguste et celle de ses fabuleux ancêtres. Dans rintervalle il a jeté habilement tous les grands noms de la république, les écrivant sur le bouclier d'Énée, les prêtant à des ombres d'élite appelées à revivre pour de hautes destinées. Ce résumé de l'histoire romaine se trouve en même temps le résumé de la fable grecque. La Grèce et Rome s'y succèdent comme dans les annales humaines, et la secrète unité de l'ouvrage est l'unité même du monde antique. Ce poëme, qui vient après tant de compositions ou

Page 1