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DE LA POÉSIE ÉPIQUE
Tantique Italie, les traditions légendaires de Rome et ses traditions historiques.
^ Une sorte de patriotisme, qui anime ce recueil, en fait la véritable unité. C'est celui d'une société vieillie, qui, par le penchant de la vieillesse, se retourne avec amour' vers son passé, s'enchante des grandeurs de son histoire des merveilles de ses origines. Telle était alors la disposition du publie romain, et l'industrie des pcëtes s'appliquait ày répondre. Virgile, le premier, avait conduit son héros au rustique royaume d'Evandre, dans ces vallées, sur ces collines encore couvertes de broussailles et hantées par les troupeaux, où devait un jour s'étendre le noble Forum où devaient s'élever le riche quartier des Carènes, les palais éclatants d'or du Palatin, les temples du Capitole.
\ • • • Ad Capitolia ducit
Aurea nunc, quondam silvestribus horrida dumis.
Talibus inter se dictis ad tecta subibant Pauperis Evandri, pnssimque armenta videbant
Romanoque Fore et lautis mui^ire Carin
is
Ovide n'était pas le premier à qui fut venue l'idée d'un poBme des Fastes. Avant lui Sabinus en avait commencé un, bieniôt interrompu par sa mort prématurée. Nous l'apprenons d'Ovide* lui-même :
Imperfectumque dierum Deseruit céleri morte Sabinus opus.
Avant Sabinus, Properce, attiré du sein des lan^rueurs de sa vie, de sa poésie amoureuse, vers la gloire de Vépopée, avait conçu le dessein d'une sorte de poème archéologique, où il expliquerait toutes les origines, les noms ai ciens des lieux, la consécration des jours, l'établissement des solennités saintes,
Sacra, diesque canam et cognomina prisca locorum*.
1. jEneid., VIII, 347, 359. — 2. Ex Pont. IV, xvi, 15. 3. Eleg. IV, i, 69.
AU TEMPS DE CÉSAR ET d'aUGUSTE. 189
Nous en avons comme les ébauches dans quelques pièces de son quatrième livre sur l'antique Dieu Vertumne, sur Jupiter Férétrien, sur la Bome rurale et gueirière des premiers temps, sur l'aventure de Tarpeia, et, à l'autre extrémité de l'histoire de Rome, sur la victoire d'Actium. J ai cru pouvmr m'autoriser de ces pièces qui semblent les tragments d'une Enéide sous forme d'élégie pour attribuer à Properce, dans notre programme, une place dont quelques personnes se sont étonnées.
J'aurais pu y inscrire TibuUe lui-même, qui, célébrant 1 entrée du fils de Messala dans le collège des Quindécemvirs, gardiens officiels des livres sibyllins, a fait annoncer par la sibylle à Énée les destinées qui appellent le héros troyen à fonder en Italie ce qui un jour doit être Rome, et a ainsi donné à son tour son Enéide élégiaque.
Tibulle, Properce, Ovide, Virgile, c'est presque toute la poésie du siècle d'Auguste. Il n'y manque que le seul Horace. Et pourquoi Horace lui-même nous échapperait-il? N'a-t-il pas, en présence de Virgile et de V Enéide, donné les règles de l'épopée? Daos plusieurs de ses odes, ne s'est-il pas approché des limites de la poésie épique. Quintihen*, parlant des lyriques grecs, met presque au rang d'Homère Sté.sichore, qui dans ses odes a chanté les grandes guerres, a fait dignement agir et parler les illustres généraux, dont la lyre, c'est son expression, a porté les grands fardeaux du poëme épique, cpici carminis onera lyra sustinentem. On peut transporter à Horace cette louange. Il remonte au berceau merveilleux du peuple romain et de la race des Césars; il amène Énée en Italie; il élève Romulus au ciel, avec l'assentiment de Junon, dont la haine est vaincue, qui consent à l'abaissement de Carthage, à la gloire, à la puissance de Rome ; il évoque le souvenir de tous les grands hommes des annales romaines, depuis le premier Quirinus jusqu'à celui qu'il appelle le second; il célèbre dans Auguste, tantôt un mortel choisi par les dieux pour gouverner la terre sous leur autorité,
l. Inst. oral. X, i, 62.
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tantôt un fils des dieux, qui, sa tâche achevée, doit aller rejoindre au ciel sa divine famille; tantôt, enfin, un dieu descendu sur la terre pour y présider, sous une forme mortelle, aux destinées de Rome et du monde. C'est là le sujet, Tesprit d'un assez grand nombre de pièces éparses dans son recueil et que votre mémoire vous rappelle. En les rapprochant, on en formerait une sorte à! Enéide lyrique, et c'est à quoi, ne fût-ce que dans Tinlérêt de la variété, nous ne devrons pas manquer.
Vous le voyez, Messieurs, l'étude à laquelle je vous appelle n'est point si particulière qu'elle ne se prête, par ses développements naturels, par la nécessité ou la convenance d'y faire intervenir tous ces excellents poètes, et leur vie, et leurs œuvres, à une vue assez générale de la grande époque constituée par leur concert heureux. C'est une de ces rares époques où les idées les plus justes, les sentii:ients les plus vrais se sont rencontrés avec la perfection absolue des formes poétiques, où l'imagination, le jugement, le goût ont concouru dans des proportions égales à une œuvre commune. A aucune on ne pourrait demander avec plus de confiance ces saines notions morales et littéraires que plusieurs d'entre vous seront eux-mêmes bien- ^iôt chargés de répandre. Aucune ne peut promettre à d'autres plus sûrement cet aimable et salutaire tempérament d'austères études, qu'y ont cherché si souvent, qu'y ont trouve avec tant de charme, dans leur vieillesse, de studieux disciples, de graves maîtres de la science judiciaire. 11 n'en est pas non plus dont les personnes d'un esprit cultivé, à qui elle est familière, pour qui elle n'a rien d'igno ré, aiment cependant davantage à être entretenues. Puisseje, en remplissant le devoir de vous en pirler, ne lui point trop retirer de sa bonne influence et de son attrait!
DE l'Épopée latine après vmoiLE et de l'énéide
Cours de 1854-1855, leçon d'ouverture)
Le devoir de me transporter dans des âges littéraires postérieurs au siècle d'Auguste, d'autre part la convenance de ne pas quitter cette époque sans avoir achevé l'étude interrompue d'un certain nombre de ses plus belles œuvres, ce sont là deux motifs qui m'ont amené de concert à choisir le sujet que j'ai annoncé : la comparaison de Y Enéide avec les compositions du genre épique des contemporains et des successeurs de Virgile, celles de Properce et d'Ovide, de Lucain et de Silius Italiens, de Yalérius Flaccus et de Stace, enfin, au dernier terme de l'histoire des lettres profanes, de Glaudien.
Il y a peut-être quelques personnes qui n'ont pas oublié par quels prolégomènes j'étais arrivé à Y Enéide^.
J'avais cherché la poésie épique des Romains dans ces cinq premiers siècles où, d'après une loi universelle du genre, elle eût dû naître spontanément et des merveilles convenues de leurs origines fabuleuses, et aussi des merveilles réelles de leur histoire. Je ne l'avais rencontrée qu'au