‹ Etudes sur la poésie latine [microform]Chapitre 76 sur 513 · Voir le précédent discours, p. 174^et suiv · texte numérisé non relu

Voir le précédent discours, p. 174^et suiv

DE l'Épopée latine après virgile

sixième siècle seulement, dans la rude Odyssée traduite d'Homère par Livius Andronicus, dans ces poëines, où, tout aussitôt, Névius et Ennius, en soldats comme en poètes de Rome, célébrèrent ce qu'ils avaient vu, ce que, pour leur part, ils avaient fait, Tun la première guerre punique, l'autre la seconde et bien davantage, remontant tous deux, mais Ennius avec les plus amples développements, à travers tout le glorieux passé de leur patrie, jusqu'à ses premiers commencements. Dans ces poèmes, j'avais du montrer la fable et l'histoire mêlées, ou plutôt juxtaposées, de telle sorte que ce qui commençait par la fable, Tliistoire le continuât et l'achevât toute seule. Puis» parvenu au septième siècle, il m'avait fallu faire voir le divorce de la fable et de l'histoire dans deux ordres de comportions entièrement distincts : les unes tout historiques, où les successeurs d'Ennius continuaient, au cours des événements, ses An- 7iales, mais avec moins de grandeur, en historiographes de quelques grands personnages romains plutôt qu'eu historiens de Rome; les autres toutes mythologiques, traductions, imitations de plus en plus libres, de plus en plus voisines de l'inspiration originale, d'Homère d'abord, ens^uite des poètes cycliques, enfin des poêles alexandrins, arrivant comme leurs derniers modèles au mélange de la science et de l'élégance, à l'introduction dans le récit des formes lyriques et de l'intérêt dramatique. De là de longues études qui m'avaient fait passer en revue bien des noms jusqu'à ceux de Varron d'Atax et de Gicéron, de Catulle et de Varius, interroger bien des fragments, lire, analyser, commenter quelques œuvres respectées par le temps, notamment les Noces de Thètis et de Pelée et le Ciris. Par ce dernier poëme j'avais été conduit à Virgile dont il a porté le nom, et dans ce qu'on sait ou dans ce qu'on croit savoir de la vie de Virgile, dans les ouvrages de sa jeunesse et de son âge mûr, j'avais cherché surtout, prenant conseil de mon sujet, le vœu, la promesse, l'annonce de cette épopée romaine que les progrès patients de son génie le mirent enfin en état de produire, dans le temps où Rome, ellemême, par la lente éducation de sa langue, de sa versiiica-

ET de l'einéide.

lion de son style poétique, par l'épurement de son Roût par la hberte croissante de ses inspirations, par ses essais épiques multipliés, historiques et mythologiques, devenait capable de cette grande œuvre.

Voilà où l'en éiais quand la fin de Tannée classique a interrompu les leçons que je reprends aujourd'hui.

Devais-je, content d'avoir touché au seuil de VÉnèide passer à côté du monument pour aller sans délai chercher plus loin, dans les temps de décadence poétique assignés à la dernière année de notre cours triennal, de nouveaux sujets d étude ? Je ne lai pas pensé. Il m'a semblé que je pouvais rc^ssaisir le beau sujet qui m'était échappé, en ïà- San del£/i6irfe le pomt de départ de parallèles avec ces productions épiques qu'elle eût dû décourager, supprimer puisque enfin Rome avait désormais son épopée; qui n'eussent pas dû s'aventurer sur ses traces, se résigner à ne les suivre que de loin et avec l'humilité d'une admiration impuissante; qui ne s'excusaient pas assez de leur vaine témérité par cet aveu si souvent cité :

Nec tu divinam iEneïda tenta, bed longe sequere et vestigia semper adora K

L'étude spéciale, isolée, de ces poèmes nous eût d'ailleurs ofiert moins d'utilité et d'intérêt. C'est surtout en les rapprochant de leur inévitable et désespérant modèle VEnèide qu'il est instructif et curieux d'observer par quels procédés 1 un an ingénieux, mais aussi au prix de quelles erreurs de goût, avec quel mélange inégal de succès et de disgrâces ' ils ont cherché la nouveauté. En outre, ils n'eussent pu suffire, même par leurs beautés, si clairsemées, si imparlaaes, si mêlées de graves défauts, à nous donner dans <=a pureté, ce sentiment du beau, qui doit toujours v/vifier les travaux de la critique et par lequel seul ils deviennent prohtables et attrayants. Nous ne manquons pas, vous le voyez le bonnes raisons pour nous applaudir de l'heureuse né«

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