Sta(., Theh. xii
POî^SIE LATLNE.
DE L EPOPEE LATINE APRES VIRGILE
cessité qui nous oblige à réparer les lacunes du cours précédent, en ouvrant celui-ci par une analyse de VÉnéide.
Cette analyse sera complète. On ne choisit pas dans les chefs-d'œuvre, dans ceux surtout qui se recommandent à ce degré par Tart savant de la composition, Texquise pureté du goût, la justesse constante des sentiments et des idées, la noblesse, réléganre, l'harmonie continue du style. Je me propose de repasser avec vous, dans ce premier semestre, lÉïicide tout entière, profitant des occasions qui pourront s'offrir d'y mêler, par des rapprochements partiels, ces autres poèmes dont je dois aussi vous occuper, et à l'étude desquels sera d'ailleurs plus spécialement consacré le second semestre.
Pour aujourd'hui je voudrais vous faire apercevoir par avance les divers points de vue que nous découvriront l'analyse de VÉnéide et la comparaison de ce poëme avec les autres épopées latines qui l'ont suivie.
D'après une tradition de bonne heure reçue à Rome et qui y avait passé de la croyance populaire et des institutions publiques dans le langage consacré des orateurs, des historiens et des poètes, Énée, échappé des ruines de Troie avec les restes du peuple vaincu, avait gagné, après une longue et laborieuse navigation, les côtes de l'Italie et les rives du Tibre. Il s'y était établi par la guerre, malgré la résistance des peuples du Lalium ; il y avait fondé une ille, qui de Lavinie, fille de Latinus, roi des Latins, devenue la femme du chef étranger, s'était appelée Lavinium, ville prédestinée, de laquelle devait sortir Albe, comme d'Albe sortirait Rome.
C'est cette tradition, à laquelle la vanité nationale, au temps de la République, la vanité de la famille régnante au temps de l'Empire, avaient communiqué quelque chose de l'autorité de Thistoire, que, sous Auguste, Virgile, avec un très-grand sens, reprit en quelque sorte des mains de ses vieux prédécesseurs Névius et Ennius, qui en avaient fait le débutdeleursrécitshistoriques, pour en faire, lui, le sujet spécial de son épopée romaine, de son Enéide, -
Voilà pour le choix du sujet, véritablement heureux.
ET DE L ENEIDE.
Virgile ne se montra pas moins judicieux et moins habile dans ce qui concerne l'ordonnance.
« ... Il court à l'événement et jette au milieu de son sujet, comme s'il leur était connu, ses auditeurs...» , a dit Horace du poète épique. Ce n'est pas une loi pour tous les sujets, c'est une convenance pour quelques-uns. Cela convient, en effet, dans les poèmes tels que l'Odyssée el VEnéide y auxquels introduiraient languissammerit de longs récits de voyages. Cela eût convenu, par la même raison, aux Argonautiques d'Apollonius de Rhodes, qui y eussent certainement gagné en mouvement et en intérêt.
Mieux inspiré, Virgile, renouvelant la disposition dont l'auteur de l'Odyssée avait donné l'exemple, montra d'abord son héros déjà près d'aborder en Italie, puis rejeté par la tempête sur les côtes d'Afrique, accueilli dans les murs nouveaux de Carthage, et racontant à Didon ses aventures antérieures. De cette façon, il entra en matière assez près du dénoûment, resserra le champ de sa narration, en marqua plus fortement l'unité, lui imprima un mouvement plus vif et plus rapide. Autant qu'Homère il fut l'occasion du précepte d'Horace :
Ad eventum festinat et in médias res
Haud secus ac notas auditorem rapit' .
Le poème, d'ailleurs, se divisa naturellement en deux parties principales, contenant : l'une, avec l'histoire du dernier jour de Troie, les longs voyages du héros jusqu'en Italie; l'autre, ses combats pour s'y établir; une double image d'abord de l'Odyssée, ensuite de l'Iliade, la reproduction d'Homère tout entier, dans son majestueux ensemble.
A ce partage eji correspondit un autre. Dans les six premiers livres se résumèrent les souvenirs du monde grec; dans les six derniers se révéla l'antique et obscur berceau de Rome, le monde ausonien.
En même temps que le héros de VÉnéide aborde dans