De arte poct
DE l'Épopée latine après vjrgile
celte patrie nouvelle, où l'ont appelé et conduit les oracles, le poète semble arriver lui-même à la partie la plus nouvelle, la plus originale de son sujet, à celle qui lui appartient en propre, et il en prend en quelque sorte possession par une invocation nouvelle :
Maintenant, Muse, quels étaient les rois, quel était l'état de l'antique Latium, au premier moment oii un peuple étranger aborda sur les rivages d'Ausonie? je vais Pexpliquer; je vais reprendre l'origine de leurs premiers combats. Toi, déesse, inspire ton poète ! Je dirai d'horribles guerres; je dirai les armées (t leurs chefs animés au carnage, les forces tyrrhéniennes, l'Hespérie tout entière rassemblée sous les armes. Un plus grand ordre d'événements s'ouvre devant moi ; je mets la main à une œuvre plus grande.
Nunc âge, qui reges» ...
Gomment des événements de la légende d'Enée, ainsi choisis entre tous les sujets, ainsi distribués, Virgile a-t-il fait une épopée , et particulièrement une épopée romaine?
Par un double procédé dont l'étude reviendra sans cesse.
D'une part il mêle ces événements, dans leurs plus petits détails, de merveilleux.
Boileau l'a dit du premier chant :
Qu'Énée et ses vaisseaux, par le vent écartés, Soient aux bords africains d'un orage emportés, Ce n'est qu'une aventure ordinaire et commune, Qu'un coup peu surprenant des traits de la fortune. Mais que Junon, constante en son aversion, Poursuive sur les flots les restes d'ilion; Qu'Éole, en sa faveur, les chassant d'Italie, Ouvre aux vents mutinés les prisons d'Éolie; Que Neptune en courroux s'élevant sur la mer. D'un mot calme les flots, mette la paix dans l'air, Délivre les vaisseaux, des Syrtes les arrache : C'est là ce qui surprend, frappe, saisit, attache. Sans tous ces ornements le vers tombe en langueur.