‹ Etudes sur la poésie latine [microform]Chapitre 90 sur 513 · Sueton., Ilorat. Vit — 2. Ihid. — 3. Ihid · texte numérisé non relu

Sueton., Ilorat. Vit — 2. Ihid. — 3. Ihid

VIRGILE ET HORACE

combats, cette protestation de ne point survivre au trépas dont le menace la maladie, tout cela ne trouve-t-il pas son apolog'e, son explication, dans la recommandation dernière de Mécène à Auguste : « Souvenez-vous d'Horace comme de moi-même ! » Horalii Flacci, utmei, esto memor^; surtout dans la mort du poète qui, dégageant la foi de ses vers, suivit de bien près au tombeau son bienfaiteur? Ne rabaissons pas si facilement de si grands esprits, de si nobles cœurs, au niveau commun de la complaisance et de lii flatterie, et, dans ces hyperboles même qu'imposent à la louange contemporaine des convenances dont la postérité n'est pas toujours un bon juge, sachons discerner, quand elle s'y rencontre, l'expression sincère de la reconnaissance, du dévouement, de l'amitié.

C'était une situation bien favorable au génie que celle qui, plaçant Virgile et Horace au-dessus des soins ordinaires de la fortune, de l'ambition des succès vulgaires, du besoin de complaire aux fantaisies de la mode et aux exigences des coteries, leur permit de rechercher seulement, sans trouble importun, sans vain empressement, dans le recueillement de la solitude, la durable gloire qui s'obtient par la poursuite des vraies et pures beautés littéraires. Familiers de la grandeur, mais en même temps fidèles amants de la nature, hantant les palais, et plus souvent les bois, ils furent élevés sans emphase et simples avec dignité; ils eurent des pensées et un langage propres à charmer toutes les conditions, à intéresser toujours l'humanité. Leur goût, qui participait à la modération de leur caractère, leur fit rencontrer, sans effort, ce sage milieu qui préserve de tout excès le style aussi bien que la conduite ; les retint dans ces étroites et utiles limites, bientôt franchies après eux, et même de leur temps, par la recherche ambitieuse de l'effet.

Il y a pour les littératures un moment, moment tardif et court, où les langues polies, assouplies par l'exercice, se prêtent à l'expression la plus vive et la plus juste de con-

Page 1