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112 la gUESTE DEL SAINT GRAAL
le cheval et plus précisément le cheval noir ^. Indiquée déjà par les commentateurs de l'Écriture 2, cette figure se retrouve dans plusieurs diableries rapportées soit par Hélinand, soit par Césairc de Heisterbach. Citons, pour son étrange beauté, ce récit dantesque de Césaire.
Un homme avare et égoïste, exalté un moment par un prédicateur, s'était croisé. Dès le lendemain il le regretta et, feignant la pauvreté, se racheta pour une somme infime. La nuit suivante, entendant du bruit à sa porte, il se leva et vit ceci. « Il y avait là « deux chevaux noirs et, auprès d'eux, un homme noir très laid (( qui lui dit : « Vite, monte sur ce cheval qui a été amené pour « toi. )) L'autre pâlit et se mit à trembler car la voix de l'homme « l'épouvantait. Et comme il hésitait, le diable, car c'en était un, « cria : « Que tardes-tu ? Jette ton vêtement et viens. » (A ce « vêtement était encore cousue la croix que l'homme avait prise.) (( Bref l'ascendant diabolique, et la faiblesse désespérée de son « propre courage furent tels qu'il jeta son vêtement et monta sur « le cheval, ou plutôt sur le démon Le diable enfourcha l'autre, « et tous deux, galopant à une vitesse merveilleuse, furent em- « portés jusqu'en Enfer. )> Ils virent des supplices de toutes sortes ; à la fin ils arrivèrent devant un grand siège enflammé, et les démons qui attisaient le feu dirent à l'homme terrifié : « Voici ta place, elle est prête, car tu seras là demain ! » Et le lendemain, après avoir raconté sa vision, l'homme mourut ^.
Le cheval noir, la galopade fantastique, rappellent ici la Queste (épisode de Perceval).
Le Cygne, c'est aussi l'Ennemi, par opposition à la Corneille qui est Jésus. Pas plus que son contraire, ce symbole n'est particuUer à l'auteur de la Queste : on le retrouve dans Raban Maur *, où le cygne, d'ailleurs, semble symboliser le vice qui perdit Lucifer, l'orgueil, plutôt que Lucifer lui-même. Il semble bien que dans l'élaboration de ces deux symboles, — si tant est qu'il faille s'attarder aux origines de semblables jeux d'esprit, — le célèbre verset du Cantique des Cantiques « Nigra sum sed formo-