‹ Études sur la Queste del saint graal attribuée à Gautier MapChapitre 106 sur 150 · S. Paulin Nol., LXI ; Raban Maur, CVII · texte numérisé non relu

S. Paulin Nol., LXI ; Raban Maur, CVII

Il6 la QUESTE DEL SAINT GRAAt

ment à quel point elle était devenue l'antithèse générale du christianisme.

Cette idée d'affronter les deux Lois, l'ÉgUse et la Synagogue, sous les traits de deux femmes, est conforme aux traditions iconographiques, mais les attributs distinctifs des deux figures, le Lion et le Serpent, ne le sont point. On sait que généralement l'Église est une jeune femme couronnée, qui tient de la main gauche le calice et de la droite une haute croix à gonfanon ; tandis que la Synagogue a la tête nue et penchée d'un air de défaillance, les yeux bandés, et tient une lance brisée. (Statues du portail sud de Reims et de Strasbourg, album de Villard de Honnecourt.) Une fois de plus on voit donc ici l'auteur de la Queste combiner un motif inspiré des arts plastiques avec des symboles purement httéraires.

La Queste, pour montrer l'hom^me obligé de choisir entre le bien et le mal, n'a pas utilisé seulement l'allégorie de l'ÉgUse et de la Synagogue. Elle a repris la belle et antique allégorie des deux voies. Un homme arrive à une fourche de chemins ; une 'inscription énigmatique lui défend de prendre celui de gauche, parce qu'il faut être a trop preudome » pourpouvoir en sortir, et lui annonce que s'il prend celui de droite il peut y périr. Il prend le chemin de gauche et va de péché en péché ; le chemin de droite était celui de Dieu (épisode de Mélyant). Ce thème célèbre dans l'Antiquité n'a pas été ignoré du Moyen Age. On le trouve, en particulier, dans Césaire de Heisterbach, sous une forme qui rappelle singulièrement la Queste. Il faut citer cette jolie page.

Vision d'un novice. « Il lui sembla qu'il était devant la porte « du monastère, et qu'il voyait de là partir deux voies : l'une « allait vers la droite et l'autre vers la gauche, mais toutes deux « conduisaient à une forêt qu'on voyait en face. Comme le « novice restait à la fourche des deux voies, se demandant lace quelle il allait prendre, il vit près de lui un vieillard et lui dit : « Bon homme, dis-moi, si tu le sais, lequel de ces deux chemins « est le plus direct et le plus commode à la marche. » — « Je te « l'expliquerai bien, répondit le vieillard Par celui de droite, « la traversée du bois est courte, mais épineuse, raboteuse, « boueuse et dure ; ensuite vient une plaine très agréable, (( longue, plane, parée de fleurs diverses. Celui de gauche, au

LA IKANMKIPTION ROMANESQUE 117

« contraiic. m for^t est coininod»*, «'•^al, s<m\ lar^i? ci hi<-n battu. « vrainunt dt'lirieux, mais c'est nii hui parcours. I^i plaine qui u vient ensuite est lon/^Mir, rocheuse?, boueuse, fxlieuse ni^mc à « la vue. Je t'ai tout dit; fais ton choix maintenant..." ' Li voie « de droite si^'nifie la vie monasticpiè, spirituelle! ; celle de « gauche la vie séculit^re, charnelle... » (Suit «nie explication syml)oli(iue des dtHails du nVit *.)

Les deux riVits se font exactement pendant : au novici! (!♦• C<5saire répond dans la {)ucstc Mélyant, tni chevalier de la veille : mêmes dan^'i rs ai)|Kirents et immédiats dans la voie de droite, même péril caché dans celle de gauche. Seul le détail symbo- Hipie dilïére : au lieu d'étie purement descriptif, il se traduit dans la Qnt'ste en actions conformes à la fiction générale du livre ; jxmr montrer que la voie de droite est celle de Dieu, on la fait choisir par It^ Bon Chevalier ; dans celle de gauche, au contraire, on fera de\'ant l'imprudent surgir des démons. Ainsi se manifestent à la fois l'érudition et l'originalité de notre romiuicier.

Les Vertus — Les vertus sont moins souvent représentées dans la Qucste que les vices ; elles ne laissent pas cependant d'y paraître en plusieurs endroits intéressants.

La vieille Psychomachie de Prudence se devine derrière le passage où, parlant de l'âme qui abandonne le bien pour le mal, l'auteur écrit : « Te feri li enemis d'un de ses dars » et « tu encha- M cas Humilité... après enchaças toutes les autres vertus ^... »

Mais le combat des Vices et des Vertus se retrouve plus clairement encore dans le Tournoi symbolique des Blancs contre les Noirs, où les Noirs sont plus nombreux, mais où les Blancs sont finalement vainqueurs grâce à leur « soufrance et endurance ». Rien n'était plus facile à adapter à une fiction chevaleresque que le combat traditionnel des Vices et des Vertus ; il est remarquable que l'auteur se soit contenté de l'indiquer d'ensemble, au lieu d'en détailler les figures allégoriques. Trouvait-il un peu grossier ce déguisement uniforme des vertus, même des plus douces, en figiu*es belliqueuses ? Le portrait qu'il a tracé de

1. Dial. de Mirac, IV, LUI, ap. Tissier, Bibl. pair, cisterc, II, loo.

Page 1