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T \ TRAV.rrnrTioN' Ro\fAvr«'.f)r 119
Knfiu, l)i<ii 'pic i'autriir tlt; la (Jnrste ait t^n gc^n^ral home «on effort, comiin; on l'a vu, à combinor Ifs donne^f-H (\\i symbolisme traditionnel, il lui ent arrivé parfois de donn<T un s^-ns mà certains tln'^nics lomanesques. La Table Konde est devenue lw-i lui le syniboh; du monde et, par stiite, de la vie v'Tuli^ro. Le « Chastcl as puceles <» est im symbole de l'Knfer où. avant î ♦ venue du Christ, les « bonnes Ames » étaient ntenues prisrinni- La disproportion <iu'il y a entre le nombnr de ces interprétât, nouvelles et celui dos motifs symbolicpies tirés de la mystique chrétienne, est ;\ elle seule ime des caractéristiques de la Queste : elle montre combien ce livre est en léahté phis étroitement apparenté à la littérature religieuse qu'aux romans celtiques, dont il a la fallacieuse apparence.
La fiction d'ensemble. Le Graal et la Table Ronde. — Ces apparitions, ces miracles, ces symboles, et tous les procédés employés par l'auteur pour transposer l'abstrait en concret, lui fournissaient de quoi faire un roman. Mais pour composer ce roman, il lui fallait une fiction générale capable de recevoir et de relier entre eux ces éléments. Il l'a trouvée dans la légende du Graal. Nous ne songeons point à esquisser ici un tableau de la littérature du Graal au temps de la Queste, ni à dénombrer les thèmes que la célèbre légende pouvait alors offrir à un écrivain. Qu'il nous suffise de relever ce que la Queste connaît et utilise, dans son affabulation d'ensemble, des traditions relatives au Graal.
D'abord la forme générale de l'histoire du Graal telle que la contaient Chrétien, Wauchier, ou Robert de Borron, était bien faite pour séduire notre auteur. C'était essentiellement une « quête », une recherche aventureuse ; et l'objet de la quête, le Graal, était déjà sorti du m^^stèie qui enveloppe ses origines pour prendre chez Robert un caractère sacré. Pour un esprit habitué aux transpositions constantes du mysticisme, c'était une idée toute naturelle de faire de la « quête » de ce saint Graal une figure de la vie de l'âme à la recherche de Dieu. Aussi notre auteur a-t-il gardé, pour faire en quelque sorte le squelette de son œuvre, ce thème de la quête. Toutefois il y a introduit des
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variantes qui ne sont pas petites. On a vu ce qu'il a fait du Graal, un pur symbole divin. Le thème même de la « quête » n'est pas moins profondement modifié. Jusque là les poètes et les romanciers montraient un héros unique poursuivant l'aventure. Notre auteur a substitué à cette conception celle d'une quête générale à laquelle participent tous les chevaliers de la Table Ronde. Innovation féconde, et qui, par une bizarre fortune, après avoir heureusement renouvelé l'antique légende du Graal, a fini par la tuer. Car l'élargissement de la quête était le moyen de montrer plusieurs types d'âme à la recherche de Dieu ; c'était le moyen de faire sortir du thème traditionnel, au lieu d'un roman biographique, un tableau vaste et varié comme la chrétienté même. Mais les reraanieurs purent s'autoriser de cet exemple pour introduire dans le récit toujours plus d'aventures et toujours plus de personnages. Ne s'attachant qu'à la donnée fictive de la Queste, sans en comprendre l'intention, ils crurent y voir une sorte de composition à tiroir, à laquelle on pouvait à volonté ajouter ou retrancher, pour la raccorder à n'importe quel roman. Ainsi la « Queste )) du Graal, encombrée d'une foule de personnages hétéroclites, méconnaissable, alla se perdre dans l'amas confus des contes chevaleresques, par la faute de celui-là même qui lui avait donné la plus haute signification.
Donc la Queste jette à la recherche du Graal toute la chevalerie arturienne. Voyons ce qu'elle en connaît. On retrouve ici la Table Ronde comme un lieu de rendez-vous des plus braves chevaliers et com.me un point de départ commode pour toute aventure. La Queste attribue à Merlin, sans autre détail, la fondation de la Table Ronde, ainsi que l'établissement du Siège Périlleux réservé au héros du Graal. Quant aux chevahers de la Table Ronde, la Queste indique qu'ils sont 150 ; mais elle en connaît seulement quelques-uns et ne donne vraiment de rôle qu'à un plus petit nombre encore. Le roi Artus et la reine Guenièvre, Agloval, Baudemagus, Bohort, Calogrenant, Gaheriet, Gauvain. Girflet « le fils Do », Hector, Hélain le Blanc, Keu le Sénéchal, Lancelot, Lionel, Perceval et Yvain « l'Avoutre » sont les seuls chevaliers qui apparaissent au cours du récit ; la moitié ne sont que des figurants sans histoire ni physionomie particulière. Ainsi, de toute la Table Ronde, de ce cercle presti-
LA TRANSrniPTION ROMANESQUE T2T
gictix (le Ih'tos év()(|in'' ni (\rh\\t (\\ï livre, r.i!it(Mir ne garde que six ou sept pcrsonnafs'es ; c'est dire cpril ne »'enrom!)re pas d'un trop lourd l)af,'afç<' de traditif)ns ronian<*sqiics, (|u'il ne prend de la Tk (ion artmiciine qur l'indispensable.
Dans sa inani<Mr d'utiliser les tlu^mes propre» du Gr.ial se nianpie la même tendance î\ la simplification, à l'alh^-f^ement. La cour d'Art us. la Table Ronde, ce n't'tait pour ainsi dire que le d(Vor de fond ; la léf^'ende du (iraal, au contraire, c'est la substance même du roman. Pourtant quelle sécheresse ! Pour laisser au (Iraal. malgré sa signification nouvelle, un air romancstpie, la Queste garde (pielqucs données légendaires, mais elle les traite avec une indifférence désinvolte.
Ainsi le chAtoau du Graal, qui aurait dû, semblc-t-il, participer à la mystérieuse majesté du Vase qui y est honoré, n'est là « qu'un château comme tous les autres ^ », ou, plus exactement, que l'un dos lieux où se célèbre le culte du Ciraal, qu'un sanctuaire particulier, mais non unique. Le saint Graal n'est pas plus i\ Corbcnic qu'ailleurs ; il apparaît là, mais aussi, comme on l'a vu -, en maint autre endroit ^. Il ne semble pas même que la description de ce château soit bien précise et fixe. Lancelot y entre par une porte que gardent deux Hons ; mais à l'arrivée de Galaad il n'est pas fait mention de cela ; toute description est même évitée. « Il lor avint .i. jor qu'il vindrent au chastel u de Corbenic. Et quant il furent laienz et li rois les conut, si fu u la joie grant et merveilleuse. » Et c'est tout. Ailleurs, lors de la venue d'Hector, ce château prend l'apparence d'une simple maison de bourgeois : Hector, devant la porte, crie : Ouvrez, ouvrez ! Et le roi se lève de table et va à la fenêtre pour lui répondre ! Visiblement ce château du Graal n'est que le souvenir, quasi vidé de sens, du thème légendaire.
On peut en dire autant du Roi Pêcheur. Ce gardien du Graal