Voir ci-après, au ch. Galaad
T-A TRANSCRIPTION ROMANESQUB «3
tout cvt vt\chi\ntvmv\\{ t rouble, où parait un rcflot des mytiici paVons, est suj)prim(' et remplace^ par (\v^ motifs plu* propres au Christ iaiiismc. FinaltMiient il ne reste guère du thème I/-^endairc que VnU^v d'uiK- hirssun' niyst<5ri(use, dont la gui'rison est l'ultime exploit du héros du (iraal.
Ïa (iraal ('tait .leeoinpaf^né d'une I.aiu e uiystérifuse, qui, dans la continuation de Wauehier de Dcnain et dans le Perccval de Robert (V' Horon, était «« li lanre dont I-ongis feri Jésus Christ en « le crois * ». L'auteur de la Queute n'a pas osd supprimer tout à fait \\\\ objet si vénérable ; mais n'ayant pas trouvé le moyen de le transformer sym!)oli(jueinent comme le Graal, il a pris le parti de n'en faire menticni cpie de temps en temps, très brièvement, et de l'oublier le plus souvent. Ainsi la lance n'apparaît pas avec le (iraal, à la cour d'Artus, le jour où la Quête est jurée, et cela suffit ù prouver (ju'c^lle n'est pour rien dans l'entreprise. Plus tard, quand Lanoclot dans la forêt voit passer la procession nocturne, la lance n'y est point ; elle n'est pas davantage à Corbenic, quand le même Lancolot y entrevoit le saint « vessel ». Par contre, dans le second office de Corbenic où assistent les trois héros de la Queste, la lance sanglante est auprès du Graal. Mais sur la nef de Salomon qui emporte les élus vers Sarras, dans la prison où ils sont d'abord jetés, sous l'arche d'or et de pierreries que fait faire Galaad, on retrouve le Graal, et point la lance. Elle n'apparaît pas dans le dernier office du Graal, et pourtant lorsqu'à la fin de cet office Galaad meurt, la main divine remporte au Ciel « le saint vessel... et la lance ausi ». Était-elle donc là ? L'auteur avait oublié de le dire. Ces inconséquences ne sont qu'une preuve de plus du peu d'intérêt que l'auteur attachait à ce motif légendaire et, plus généralement, de l'indépendance avec laquelle il a utilisé la tradition, laissant de côté ou réduisant à l'état de décor vague et flottant tout ce qui ne lui paraissait pas capable de servir à son dessein.
Voilà donc la fiction qui fait le cadre du roman. Comparée à l'ensemble de traditions littéraires d'où elle est tirée, elle apparaît comme une simplification extrême et un appauvrissement. Du Graal, de la Lance, du Roi Pêcheur, il n'y a plus rien presque que
T. Ms. de Modène ap. J.-L. Weston., Sir Perceval, II, fis.
124 la QUESTE DEL SAINT GRAAL
le nom ; de la quête, rien que l'idée. L'auteur a délibérément dédaigné les trésors que lui offrait une des plus belles histoires du monde ; il estimait évidemment que la religion, avec ses légendes, ses miracles et son mysticisme, lui en fournissait de préférables, tout aussi merveilleux et plus riches de sens.
Les personnages. — La « quête » du Graal est devenue l'aventure collective des chevahers de la Table Ronde. Comme les thèmes légendaires, les caractères traditionnels sont ici modifiés selon l'intention didactique du livre. On a vu l'importance prépondérante que donne la Qiieste aux questions de morale pratique : or rien ne saurait mieux répandre un enseignement de ce genre que des exemples humains. Par eux, l'exposé abstrait de la foi achève vraiment de se traduire en action.
Les personnages de la Queste sont des types d'hommes qui s'espacent, en une soigneuse gradation, de l'impiété à la parfaite sainteté. Leur caractère, la signification de leur rôle, se marque aux aventures qui leur ad viennent. Chacun d'eux est comme le centre d'un monde qui s'organise, se compose pour lui, tantôt pour lui renvoyer l'image mystique de son propre cœur, tantôt pour le placer devant quelque épreuve. C'est l'originalité principale de la Queste, si on la compare aux autres romans du Moyen Age, que cette manière de « construire » les personnages. Le plaisir d'enchaîner des aventures, le charme d'épisodes étranges ou émouvants, la grâce ou la force de certaines créatures, qui semblent chez un Chrestien de Troyes ou un Renaud de Beaujeu les seules lois que suive le conteur, tout cela cède ici aux nécessités de la démonstration morale. Par là l'auteur de la Queste a été contraint d'inventer ses personnages d'une façon méthodique et concertée, probablement unique au Moyen Age. Il était à craindre que des êtres humains nés d'idées abstraites ne fussent bien raides, trop schématiques et partant peu vivants ; c'est l'éternel danger des romans et pièces « à thèse », et l'auteur de la Queste n'y a pas entièrement échappé. Heureusement son dessein même de représenter en quelques types l'humanité considérée du point de vue rehgieux l'empêchait de perdre de vue la réalité vivante et le poussait à mettre dans ses personnages le plus de vraisemblance psychologique qu'il pouvait, à l'exception d'un seul, comme on va le.voir.
Î.A THANSriUPTIO.V HOMASEHQVP. ta^
Les rt'l'funvis. Au ba^ di- l'c( ln'llr Iiuim.uik ^i»ni l«*s impi« . «jt les p<5clu*iiis endurcis ([tii se refusent à la pénitence:. Ils sont représentés dans la (Jtu'ste, mais briùvenu ut, n'étant p^iint ex<!mplaires. Ce sont pour la plupart des peisonnafjes épivxli(jue», anonymes, dont le seul rôle est de faire antithi'rse aux Siiints et de liur ft)urnir l'occasion de symbolicpies victoires : leur individualité est si peu manpiée ([u'on peut souvent les prendre jK)ur de simples personnifications de vices ; tels sont les chevaliers bandits du château des Pucclles, de Carcelois, etc. Quelquesuns se détachent de cette foule indistincte : c'est Lyonel, Hector, Yvain, Gaheriet, Ciauvain surtout : les grands noms de la Table Ronde. Ceux-là sont réprouvés pour des raisons plus précises.
L'un nous montre la fohe de la colère ; il multiphe sans raison les meurtres odieux, massacre même un prêtre et cherche enfin à tuer son propre frère : c'est Lyonel. Son rôle n'est d'ailleurs pas sans rapport avec les plaintes des écrivains religieux du temps sur les brutaUtés des chevahers. « Aujourd'hui, écrit « Jacques de Vitry, l'ordre de la chevalerie est chez la plupart si u corrumpu cpie leurs exploits tournent à la folie, et qu'ils « agissent comme des frénétiques. Ils ne respectent point le « droit d'asile et portent des mains impies sur les personnes sacrées « parce qu'elles ne peuvent pas leur résister ^ » Peut-être fautil chercher dans une pensée de ce genre la raison qui a fait introduire dans la Queste cet épisode de la frénésie de Lyonel.
Un autre est perdu par son orgueil {Hector) ; aussi le voit-on d'abord privé des « aventures du saint Graal », qui sont réservées aux bons. Puis un avertissement céleste lui est donné, qui lui montre comment Dieu le juge, et une occasion lui est offerte de se convertir : il néghge l'avertissement et refuse la conversion. Alors il ne restera plus qu'à représenter la damnation de ce pécheur endurci. Il apparaît donc monté sur le grand cheval symbolique, et est rejeté loin du Heu où Dieu habite. Pour mieux accuser la différence entre lui et les hommes de bonne volonté, il arrive au moment du festin du Graal et n'y est pas admis ; ce festin, le refus du roi, les pleurs d'Hector chassé sont autant de traits qui rappellent la parabole évangéhque du festin ^.