‹ Études sur la Queste del saint graal attribuée à Gautier MapChapitre 111 sur 150 · Matt., XXII · texte numérisé non relu

Matt., XXII

Î26 la QUESTE DEL SAINT GRAAL

Gauvain. — Mais le plus représentatif de ce groupe des réprouvés, c'est Gauvain. Il est neveu du roi Artus, honoré à la cour, où on le tient pour le meilleur des chevaliers après Lancelot ^, célèbre et aimé au loin ^. Hardi, courageux, entreprenant, il accepte toutes les aventures ^, toutes les occasions de rompre des lances ; il passe sa vie en combats singuliers et tue beaucoup de monde ^. Adversaire généreux d'ailleurs, qui porte secours à ceux qu'il a vaincus, et regrette leur mort ^. Enfin c'est un vassal obéissant et dévoué à son seigneur le roi. A ceux qui lui prédisent qu'il sera châtié d'un geste téméraire fait sur l'ordre du roi, il répond par cette belle déclaration de fidélité féodale, digne d'un héros de chansons de geste : « Sire,... je « n'en poi mes ; se je en deusse orendroit morir, si le feisse je por « la volenté mon seignor acomplir ^. »

Mais à cette existence brillante Dieu n'a point de part. Durant quatorze ans Gauvain ne s'est pas confessé une fois : s'il le fait, c'est une mauvaise confession. Il n'est pas dans les voies de Dieu, ses actions sont au rebours de celles des saints "^ ; souvent quelque douleur ou quelque crime s'y attache à son insu ; ainsi il lui arrive un jour de tuer par hasard son ami Yvain. Un avertissement céleste, qui lui est donné comme à Hector, les instances des religieux, ne peuvent l'amener à la conversion, et achèvent de démontrer son irrémédiable endurcissement dans le péché. Il n'y a donc plus qu'à lui infliger le châtiment. Aussi est-il frappé d'une blessure où l'on voit la main de Dieu ^, et éUminé là-dessus du récit.

Ce réprouvé n'est pas une simple figure schématique comme les autres ; son rôle est complexe et contrasté. Qu'est-il donc ? On sait le soin que l'auteur de la Queste a pris d'opposer son

1. Cf. le début de la Queste, où Artus offre l'aventure réservée « au meilleur chevalier du monde » d'abord à Lancelot, puis à Gauvain.

2. « Car sanz faille il estoit l'orne del monde qui plus ert amez d'estrange gent. » (Sommer, VI, 141).

3. Par exemple, l'aventiure du Perron. Et c'est lui qui jure le premier la quête du Graal, qu'il prend pour une aventure ordinaire.

4. « Por aler solement sanz autre besoigne fere ai ge puis ocis plus de .x. chevaliers « dont li pires valoit assez » (Sommer, VI, 105).

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