‹ Études sur la Queste del saint graal attribuée à Gautier MapChapitre 128 sur 150 · Cantic. catitic, lîl, i, sqq · texte numérisé non relu

Cantic. catitic, lîl, i, sqq

3. « Dulcis U'ctulus illud crucis tuae lignum. » {PalroL, CLXXXIV, 21).

4. Le sacrifice de la Croix se répète à l'autel et le Canon de la messe est plein d'allusions à la Passion. Une triple équivalence mystique devait donc s'établir entre le Lit, la Croix et l'Autel : et cela est si vrai que les artistes du xiii« siècle ont aimé à représenter la couche de l'Enfant Jésus sous la forme d'un autel, voulant ainsi montrer dans sa naissance même le signe de sou sacrifice éternellement renouvelé. (Cf. Mâle, Art relig. XIII^ s., p. 224 et fig. ).

152 la QUESTE DEL SAINT GRAAL

de la Croix ou dans l'exégèse biblique des allégories qui, tout en faisant penser au Galiléen, pussent convenir au Chevalier de la Table Ronde.

Divers détails s'ajoutent à ces motifs principaux et en complètent le sens. Sur le lit est posée une épée réservée, comme le reste, au Messie chevaleresque. Que signifie-t-elle ? C'est là un petit problème qui a jusqu'ici déconcerté tous les érudits. Il faut voir dans cette épée le symbole, emprunté à l'Apocalypse ^ et à Saint Paul 2, de la parole divine, de l'Écriture. En effet, la lame de cette épée vient du roi David ; Salomon y ajoute la poignée et le fourreau, mais il ne lui appartient pas d'en achever l'équipement : les « renges » qui doivent la soutenir y seront mises au temps du Bon chevalier, par la main d'une vierge. Ce qui veut dire que David et Salomon, le Psalmiste et l'Ecclésiaste, n'ont été que des interprètes imparfaits du Verbe et que leurs écrits n'ont reçu tout leur sens qu'avec la venue de la Vierge et du Christ. On reconnaît là la doctrine, aussi ancienne que le christianisme, d'après laquelle 1' « Ancien Testament n'a « de sens que par rapport au Nouveau ^ » ou, comme dit saint Augustin, l'Ancien Testament n'est qu'une expression obscure du Nouveau {ocuiUatio Novi), le Nouveau que la révélation de l'Ancien.

Cette idée de l'imperfection de l'Ancien Testament, de l'impuissance où étaient les hommes qui y vécurent d'apercevoir la vérité totale, de se dégager entièrement du péché, a encore inspiré à l'auteur du mythe de la Nef d'autres inventions à la fois très romanesques et très conformes aux traditions. Utilisant adroitement l'Écriture, l'auteur oppose à la science prodigieuse de Salomon son incapacité à se garder de l'astuce des femmes. Le souvenir d'Adam et d'Eve semble avoir ici hanté son esprit : aussi bien Adam était, comme Salomon, un des annonciateurs du Christ. Lui aussi avait reçu de Dieu un savoir merveilleux et n'en avait pas moins été mené au péché par la Femme. Le couple d'Adam et d'Eve revit dans le couple de

1. I, 16. « Et de ore ejus (Christi) gladius utraque parte acutus exibat. »

2. Ephes., VI, 17 : « Et galeam salutis assumite et gladium spiritus, quod est verbum Dei. »

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