QUESTE
Ele (humilité) ne fet pas ausi come fesoit H fariseuz qui disoit quant il croit au temple : u Biax sires Dex je te « rent grâces et merciz de ce « que je ne sui pas ausi malves « ne ausi desloiax come sont « mi voisin. )^ Tex n'estoies tu pas, ainz sembloies le publicain qui n'osoit regarder l'ymaige Deu, poor avoit que Dex ne se corrocast a lui por ce qu'il estoit trop pechierres, ainz estoit loing de l'autel et batoit sa colpe et disoit : « Biax « sires Jhesucrist aiez merci de « cest pecheor. »
LUC, XVIII, 10 sqq.
Duo homines ascenderunt in templum ut orarent : unus pharisaeus et alter publicanus. Pharisaeus stans haec apud se orabat : « Deus gra- « tias ago tibi quia non sum « sicut ceteri hominum, rap- « tores, injusti, adulteri velut « etiam hic publicanus. Jejuno « bis in sabbato, décimas do « omnium quae possideo. » Et publicanus a longe stans nolebat nec oculos ad cœlum levare, sed percutiebat pectus suum.
dicens : « Deus propitius esto « mihi peccatori. »
la QUESTE DEL SAINT GRAAL
La comparaison suggère plusieurs remarques :
lo L'auteur de la Queste supprime le début et le remplace par une référence qui amène immédiatement la scène.
2° Il traduit le discours du pharisien, sauf les épithètes précises (raptores, etc.), qu'il remplace par une formule vague et habituelle (malves et desloiax) et les détails rituels, qu'il supprime. Seule l'idée reste, rendue exactement mais un peu desséchée.
30 Pour le publicain il ajoute une explication de son état d'esprit (poor avoit...), remplace l'expression oculos ad cœluni levare par l'anachronisme curieux : regarder « l'ymaige Dex ».
40 Dans l'invocation du publicain, il introduit le nom de Jésus-Christ, selon l'habitude du Moyen Age d'attribuer à Jésus tous les rapports de Dieu avec l'humanité, spécialement les œuvres de miséricorde. Il oublie que c'était Jésus lui-même qui contait cette parabole.
50 Au reste, il garde avec soin le détail de la scène {longe stans, percutiehat, etc.), les gestes et les attitudes, ainsi que la prière, qui met en valeur le mot essentiel peccatori.
En somme, intelligence claire du texte, mais tendance à remanier en rajeunissant les mœurs, en supprimant ce qui n'est pas l'expression directe des idées et, au contraire, en allongeant de commentaires les notations morales.