Ibid
L'KXRCUTfON LITTéRAIRK iSÇ
I fu vcHHZ ol pais, si chcvalrlia tant qu'il vint a Camaalot ou li « rois Artus cstoit. Si ne fu (Mkiucs si grant joi<' fi'ti* comr cil « (le laicii/ riiciil (Ir lui car bien If cuidoicnt avoir pcTclu a toz (( jors uics, por (c (|uc si loni^'ucinrnt avoit este fors dcrl pais. (( Qmuit il orcfil mengié a cort, li rois fist avant venir les ( lers tt qui nul oient en escrit les aventures as chevaliers de laienz. « ICt (jtuinl Boorz ot conU'cs les aventincs del saint Graal teles « conie il les avoit veues, si furent mises en escrit et gardées en « l'alniiere de Salebieres... »
Le style des fragments oratoires est incontestablement plus varié et plus habile. La phrase se plie aux nuances d'une pensée plus riche et phis diverse : tantôt narrative et tantôt explicative, elle refl(.''te dans ses articulations l'ordonnance de l'argumentation. Des mouvements oratoires s'y esquissent '.
Mais ce qu'il y a de plus remarquable dans ce style oratoire, c'est l'emploi d'une phrase longue, synthétique, qui n'est pas une enhlade amorphe de propositions mises bout à bout, mais une période organisée. En voici deux exemples, l'un dont le cadre est narratif, l'autre dont le lien d'ensemble est purement logique :
lo u Quant il avoit parlé a l'ainzné des .ij. chevaliers et il li « avoit dites les parolles dont tu te remembres bien, que tu dois « bien prendre sus toi corne celés qui furent dites de toi et por « toi, car tu es senefiez a celui cui eles estoient dites, il venoit « au juene chevalier qui de toi ert dessenduz, car tu l'engendras « en la fille le roi Pelles et ensi descendoit il de toi : si le muoit « en figure de lyon, ce est a dire qu'il le metoit oltre totes ma- « nieres d'ornes terriens, si que nus ne li resemblast ne en fierté « ne en pooir. »
2° (( Mes por ce que vos m'avez dit que je n'ai mie encore tant « aie que je ne poisse retorner, se je me vuel garder de rencheoir « en pechié mortel, créant je premièrement a Deu et a vos après {( que James a la vie que je ai menée si longuement ne retomerai, « ains tendrai chasteé et garderai mon corps au plus netement « que je porrai ^. »
1. lO « Sire, je vois o mes autres compaignons guerre les aventures del saint Graal. — Certes, fet li preudons, guerre les poez vos, mes au trover avez vos failli. Car... etc. »
2° « Et maintenant te feri li anemis d'un de ses dars a descovert si durement qu'il te fist chanceler. Chanceler te ûst il si que... etc. »
2. Ces deux périodes sont d'ailleurs tout à fait défigurées dans l'édition Sommer. Cf. 1°, p. 98 et 2°, p. 51.
Î^O la QUESTE DEL SAINT GRAaL
Ce3 exemples, le second surtout, — et il n'est pas isolé — révèlent un art du style tout à fait exceptionnel en ce temps. Un homme qui, avant 1230, a pu composer de telles phrases est un maître. Ainsi, qu'on considère la forme ou le fond de ces essais oratoires, on aboutit à la même conclusion : ce sont des morceaux de rare valeur et sans doute les plus achevés de la Queste. Nulle part notre romancier ne paraît plus à son avantage que lorsqu'il se fait sermonnaire.
CONCLUSIÔÎ^
Lorsciu'on fait hi soinino de ce qu'une analyse, sans doute inconiplrtr, junt pcrnuttre de d(5couvrir, dans la (>m^s/<î, d'idc^es et d'intriitions, de (jualitc'îs et de défauts, ce livre apparaît comme une des synthèses les plus riches et les plus curieus( s qui soient de l'esprit nu-dirval. Ce fut certes une belle trouvaille que l'idée d'enclore dans un conte d'apparence celtique une description édifiante de la vie religieuse. Mais elle ne fut pas un simple coup du hasard : bien des choses l'avaient préparée. La légende du Graal, aux trois-quarts christianisée par Robert de Borron, était toute prête à servir à un pareil dessein. On y voyait déjà des aventures chevaleresques se dérouler autour d'un objet de caractère sacré : c'était comme un pont jeté entre le monde des fictions celtiques et les vérités de la religion. D'ailleurs, toute la « matière de Bretagne », même la plus imprc'gnée de paganisme originel, avait pris peu à peu un tour qui devait, dans des imaginations du xiii^ siècle, évoquer des comparaisons avec la religion. Le thème de la « maie coutume » s'y était généralisé : plus d'un roman montrait la cour d'Artus opposée à tout un monde surnaturel et malfaisant. Les aventures de Perceval, les enchantements douloureux qu'il devait rompre, rendaient plus vive encore cette antithèse. « Ainsi se forma cette idée que le royaume de Logres était, pour un temps plus ou moins long, la proie des démons, des enchanteurs... » ^. Le héros arturien devint ainsi un libérateur, une sorte de Messie longuement attendu et tout-puissant. L^n homme s'avisa un jour d'utiliser le rapport vague qu'il entrevoyait entre les romans bretons et la pensée chrétienne. Nourri de littérature mystique, habile à découvrir dans les phénomènes un sens spirituel, il vit dans la « quête du Graal )> une figure de la vie de l'âme à la recherche de Dieu. Et il