‹ Études sur la Queste del saint graal attribuée à Gautier MapChapitre 16 sur 150 · IIL COMMENT ÉDITER LA QUESTE · texte numérisé non relu

IIL COMMENT ÉDITER LA QUESTE

Théoriquement il semblerait tout d'abord naturel d'appliquer à la Queste les règles ordinaires, et d'en vouloir élaborer une édition critique à l'aide de tous les manuscrits. Mais quand on passe à la pratique les difficultés abondent.

D'abord, de quelque manière qu'on s'y prenne, et même si l'on pouvait appliquer mécaniquement la théorie à chacune des divergences de ces 39 manuscrits, on n'atteindrait finalement que l'archétype commun de tous ces manuscrits, et cet archétype diffère de l'original par des altérations dont nous ne connaissons ni le nombre ni l'étendue. Le seul passage où nous puissions le contrôler, l'épisode de la Nef, ne nous donne pas de sa pureté une trop haute idée.

DR LA QUKSTK DRL SAINT GRAAI XXV

Nt^anmoiiis cvi anhc'typr, tout imparfait fjtril fAt Hrrait in(()iit«stal)Irnîcnt sujuTicur aux copies cpir nous \> ii» et,

i"» (l«'faiil (l( l'ori^'iual. le reconstituer serait un ^rand avantage. Mais cela nirinr nous ne pouvons l'espdrer : la fiistribulion clés in.iiiuscrits m (U ux familles nous l'interdit. Nous n'aboutirions en Im de < omptc. en un noml)re consid('Ta!)le de passaf^os, qu'à l'opposition (les deux versions a et g. Et pour choisir entre elles il faudrait sortir (!<• la pure critique des textes, faire appel à deî» raisons littéraires, étudier la valeur intrinst^que des leçons, etc..

Dès lors, si l'on doit en dernière analyse renoncer à l'application ri^M)ureus(» (^t soi-disant sûre de la méthode critique, si cette méthode se trouve impuissante, à elle seule, à nous faire alK)utir, est -il bien à propos de mettre en mouvement tout l'appareil cpTelle comporte* ? Il serait ici singulièrement encombrant et mal connnode. On peut aujourd'hui encore rappeler le sage avis (jut^ sur ce sujet Michelant donnait à Furnivall en 1864.

« Les différentes versions, écrivait-il, diffèrent presque toutes par un mélange infini de petits riens qui modifient le texte sans l'améliorer. Ma première feuille, en ne suivant qu'un seul ms., en est couverte à chaque ligne, et cela pour mettre Artus au lieu de le roi, fit-il pour dit-il, furent pour estaient... et si l'on voulait continuer de la sorte avec les treize mss. que nous avons ^ on arriverait à faire quatre ou cinq volumes de variantes pour un volume de texte. ^> {Çueste, éd. Furnivall, p. xi).

Rien n'est plus vrai. La destinée des textes romanesques en prose n'a pas été exactement semblable à celle des poèmes, ou des œuvres antiques. Aux erreurs ordinaires des copistes se sont très fréquemment ajoutées ici des causes d'altération plus capricieuses et plus difficiles à combattre. Un grand nombre de nos mss. de romans attestent qu'ils sont l'œuvre de scribes qui se croyaient le droit de modifier le texte qu'ils copiaient, non pas seulement pour l'abréger quand ils le trouvaient long, ou inversement pour y interpoler leurs réflexions, mais surtout, et c'est de beaucoup le cas le plus fréquent, pour y remplacer certaines expressions par des tournures équivalentes qu'ils préféraient. Ces (( petits riens )) dont parle Michelant, c'est précisément le

I. Et Michelant en oubliait : ce ne sont point 13, mais ^i mss. que possède la Bihl. nat.

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