XXVIII LA TRADITION MANUSCRITE
Enfin A est sans contredit un manuscrit excellent, très supérieur à D ; œuvre d'un copiste intelligent, qui comprenait ce qu'il écrivait, et tenait à n'écrire en général que des choses qu'il comprenait. La rédaction de A est d'une égalité et d'une élégance remarquables. Mais elle n'est pas absolument fidèle. C'est la rançon de ses qualités mêmes. Aux passages altérés de son modèle, A corrige souvent, et assez habilement pour faire illusion, si on ne le confronte pas avec d'autres textes. Enfin il a, à un haut degré, la manie de l'équivalent ; et ce ne sont pas seulement des expressions de détail, mais de petits développements, de courts passages narratifs qu'il remplace ainsi par des équivalents de son cru. Certes A pouvait fournir une jolie édition de la Queste ; un doute sérieux fût resté sur l'autorité de ce texte et son degré de ressemblance avec l'œuvre originale.
Les mss. K, R, Z, qui sont certainement les meilleurs de toute la famille a, sont tout différents. Ces trois manuscrits frères, pratiquement inséparables l'un de l'autre tant ils sont identiques, sont remarquables par leur fidélité et leur conscience, surtout K et R. Fort peu de lacunes ou omissions, à part la perte de quelques feuillets à la fin de R, d'un feuillet à la fin de K. Point d'arrangements, peu ou point d'équivalents substitués au texte original ; même dans les erreurs de leur modèle, ils le respectent assez pour laisser subsister les traces de la bonne leçon perdue. On trouve donc dans ces trois manuscrits une version qui, tout au moins aussi acceptable dans l'ensemble que la meilleure forme de 3, a de plus des garanties de fidélité que n'offrent ni ^ ni D, Ajoutons que les quelques fautes particulières à chacun de ces trois mss. sont corrigées par les deux autres ; qu'en prenant pour point de départ n'importe lequel des trois et en le conférant avec les deux autres on obtient, sans aucun artifice, une version homogène et généralement satisfaisante.
Faut-il s'en tenir là ? A la rigueur on le pourrait. Le texte ainsi obtenu est incomparablement meilleur que ceux de Furnivall et de Sommer. Mais, théoriquement, prenons garde qu'il n'aurait pas plus d'autorité : il aurait l'air de ne représenter, comme eux, qu'un état particulier de la tradition. Et il faut bien avouer qu'un groupe de mss., si bons soient-ils, se distingue tou-
DR LA QUr.STF DPI. SAINT GRAAI. XXIX
jouis p.ii <|ii«l(iuis fautes partit uliiTcs, inconnucn de» autres gr()U|)«s I .1 version A'. R. Z est sans comparaison possible la nirill» un <lrs versions a ; mais elle n est pas sans di'-faut. C)r il est possiblr «l« irint'dier .\ ce dr)»d)le inr()nv(''nient,de donner h notre textr uu \w\\ plus (11! ( ornrtion et beaucoup plus d'autoritë.
Il sutlil pour ( (I.i (l( ( ollatiotuu r un représentant de chacun (leb trois uulres groupes, par trxeniple S', V et A. (Pour les raisons exposées plus haut, ladite (ollation laisse de côté, par principe, les variantes de pure forme, les « écjuivalents » ). Kn effet, l'expérience niontn* cpu* .1 est très génér.ilement d'accord avec la version A'. A'. / : si à l) on joint A, ahn (jue les fantaisies individuelles de (es deux mss. '(, se neutralisent, l'accord est encore plus étendu. Partout où il se produit, notre version K, R, Z se trouve conlirmée comme uiu- reproduction suffisante de l'archëtype commun aux deux familles x et 3, c'est-à-dire à tous les mss. de la Qiieste.
Restent des cas où A'. A*. / n'est pas d'accord avec J. Dans ces cas, toutes les fois qu'une variante (de jond, touchant à la conduite du récit, à l'expression des idées), se trouve dans deux des trois textes collationnés 5, V et A, il y a lieu de l'accueillir.
En effet :
I'* Si elle se trouve dans 5 et V , elle représente la vraie leçon %, que A. A, / seuls avaient altérée, lit, bien que la leçon 7. ne soit pas nécessairement meilleure que la leçon ,i, du moins elle disqualifie la leçon spéciale de K, R, Z. Il reste, dans ce cas, à comparer, pour leur valeur propre, les deux leçons a et i^. Si x donne un sens satisfaisant il faut l'admettre dans le texte, comme correction à K, R, Z. Si au contraire c'est une leçon fautive, et si c'est 3 qui est correct, alors il n'est vraiment pas nécessaire de remplacer la mauv^aise variante K, R, Z par une autre mauvaise variante, et l'on se contentera de donner en note le texte a. Et le bon texte 3, s'il est nécessaire à l'intelligence du passage, sera mis dans le texte à la place de la variante spéciale à K, R, Z ; si au contraire il n'est qu'une amélioration non indispensable au lecteur, il sera aussi mis en note.
20 Si, de nos trois mss. collationnés, c'est A qui est d'accord soit avec S, soit avec V, c'est que cette leçon était celle de l'archétype commun à a et ^, au même titre que les leçons communes