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Graal, contenue dans le Joseph dudit Robert, suffit à établir la postériorité de VEstoire et de la Quesle.)
30 La continuation de Manessier (qui poursuit l'œuvre de Wauchier de Denain) utilise la Queste. Elle date vraisemblablement des environs de 1227.
40 Enfin le nom de Séraphe (El Aschraf), très rare et porté par un prince d'Asie Mineure dans le premier tiers du xiii^ siècle, se trouve, sous la forme Seraph, dans une lettre de Jacques de Vitry qui n'a pu être connue qu'en 1221. Comme la Queste l'emploie, elle aurait donc été écrite après 1221.
Il convient, à mon avis, d'écarter ce dernier argument tiré de la lettre de Jacques de Vitry. Il n'aurait de valeur que si Jacques de Vitry avait été le seul intermédiaire entre l'Orient et l'Occident, si les choses et les noms d'Orient n'avaient pu être connus que par lui. Hypothèse parfaitement inadmissible, si on pense aux allées et venues incessantes que déterminaient et les étabHssements de vSyrie et l'empire latin de Constantinople.
Il reste donc que la Queste, dont on vient de lire le résumé, est postérieure à Chrétien et Robert de Borron, antérieure à Manessier : elle se place donc entre 12 14 et 1227, c'est-à-dire aux alentours de 1220. Il ne me semble pas possible, actuellement, de préciser davantage
UU'l'Sr-c.l: CjUl. I A UUh'lli DU GKAAI
Dt^s l;i pidiiiùri' iccturc, \v caract<>ro sinf(uli(T d«» la QuêsU paraît av(H" (H'i(l««nce. C'est un roman de rhcvalpri**, mai» qui a que'Uiui' diose d'uno vie de saint, ou nn^me d'tin /rvanj^'ile apoi lyplu'. On y retrouve les |)erHonnag<'S des romans de la Table Koiîdc, mais dans des aventures qui semblent dirigées selon des intentions que ni un CbrtUien de Troyes ni même un Robert de Horron n'eurent jamais. La plupart des épisodes, une fois racontés, sont inter|)rot('s par l'auteur à la manière dont les doctcui*s de ce temps-là interprétaient les détails de l'Écriture Sainte. Mais nul épilogue, quand le roman est terminé, n'en vient donner, de la morne manière, une explication d'ensemble. C'est dans le texte même que l'auteur a disséminé les indications qui révèlent le sens réel de son oeuvre. Essayons donc de les y découvrir et d'en faire un tout.
La « quête », la recherche d'une personne ou d'un objet à travers des aventures enchevêtrées ou successives, était l'une des formes narratives les plus familières aux romanciers. Le Lancelot en particulier en use avec prédilection : quêtes d'Hector, de Lyonel, de Lancelot surtout y foisonnent. C'était un moyen commode de relier entre eux des épisodes disparates. La Quesie du saint Graal n'apparaît d'abord que comme un nouvel emploi de ce procédé banal : c'est, semble-t-il, le développement naturel de l'idée de Chrétien de Troyes qui, ayant amené le héros du Graal à la cour d'Artus, préparait en quelque sorte l'introduction dans la légende du Graal du style et des personnages des romans arturiens. Même le caractère rehgieux que Robert de Borron avait donné au Graal ne l'empêchait pas de rester un sujet de contesprofanes:lescontinuateurs deChrétien et les faux Robert de Borron l'ont bien prouvé. Faire partir à
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la recherche du Graal non plus un seul, mais tous les chevahers de la cour d'Artus, c'était un dessein très naturel. Si l'on considère en outre les hens étroits qui existent entre l'affabulation de la Queste et celle du Lancelot, il ne paraît nullement impossible, au premier abord, de voir dans la Queste un roman d'aventures comme les autres, un épisode de la vaste histoire de la Table Ronde.
Mais telle n'était pas la véritable intention de l'auteur. A plusieurs reprises il a nettement exprimé le désir de se distinguer des autres conteurs et même d'opposer son œuvre à la leur. L'un des rehgieux qui lui servent habituellement d'interprètes dit quelque part : « Si ne devez mie cuidier que ces aventures qui (( ore aviennent soient d'omes tuer ne de chevaliers ocirre ; .ain- (( cois sont des choses esperiteus, qui sont graindres. »
La prouesse chevaleresque, exaltée dans tous les romans comme une vertu qui suffit à l'homme, est ici ouvertement méprisée : « Car bien sachiez que en ceste queste ne vos puet «vostre chevalerie riens valoir, se li sainz Esperiz ne vos fet la «voie en totes les aventures que vos troverez... » Le même Lancelot, plus tard, est puni pour avoir essayé de sortir par sa seule prouesse d'une épreuve périlleuse.
Les aventures d'amour, qui avec les combats emplissent les autres romans, n'ont pas non plus de place ici. Quand il y est fait allusion, c'est sur un ton de réprobation et de mépris. L'amour était jusque là pour les poètes la source des nobles sentiments, la cause des actions héroïques. « Nullus strenuus « miles nisi amet : amor facit strenuitatem mihtiae », s'écriait un prédicateur de ce temps, résumant la pensée essentielle de toute cette Httérature : « aucun chevaher n'est preux s'il n'est « amoureux, c'est l'amour qui crée la prouesse ! » L'amour décuplait la force des corps, il affinait les âmes, il était la di\dne exaltation de l'homme au-dessus de lui-même, au delà des hmites du réel. Dans la Queste, l'amour n'est plus que le vil péché de luxure. Pour avoir eu jadis une passade amoureuse, Bohort, malgré sa vie exemplaire, ne sera pas au premier rang des héros du Graal. Parce qu'il fut l'amant passionné de la reine Guenièvre, Lancelot est précipité de son haut rang de gloire dans l'opprobre et la souffrance. Quelle différence avec les vers du poète :
OU*EST-r!P QVll I.A Oi;éTE DU CUAAl I5
I )• I i;ciit»l cucr (ftuîmi>vriî l.i roiiw
lu Laurclos |»Ius prnis et plus vaillant...
L'opposition des deux doctriiirs est «xprinuM» par Lancclot avec une éloquence assez émouvante dans ce passa^M- cclrbrc :
« Sire, fet Lancelot, il est einsi que je suis morz de perhié d'une « inoie dame que je ai amee tote ma vie, et ce est la reine Genièvre, « la femc le roi Artu. Ce est celé qui a plentë m'a donë l'or et « l'argent et les riches dons que je ai aucune foi/, donez as povres « chevaliers. Ce est celé qui m'a mis el grant bobant et en la « grant hautece ou je sui. Ce est celé por cui amor je ai fêtes « les granz proesces dont toz li mondes parole. Ce est celé qui « m'a fet venir de povreté en richesce et de mesese a totes les « terriennes beneurtez. Mes je sai bien que par cest pechié de « li s'est Nostre Sires si durement corociez a moi... * »
La femme, toujours belle, toujours aimée, entourée d'un culte fervent, est bannie de la Queste. Dès le départ de la cour, un personnage mystérieux auquel tout le monde, même le roi, obéit, fait interdire aux chevaliers d'emmener leurs femmes ou leurs belles amies éplorées. Plus tard, quand les aventures des héros ou le rappel d'antiques exemples ramènent dans le récit quelque femme, créature de beauté et de passion, c'est toujours la pécheresse, la tentatrice, la complice ordinaire de l'Ennemi : l'Eve éternelle. Est-il rien qui s'oppose plus sévèrement à la littérature courtoise que ce passage d'un sermon à Lancelot :
« Lors se pensa (li enemis) en mainte manière coment il te « porroit décevoir. Et tant qu'au darreain li fu avis qu'il te por- « roit plus tost mener par famé que par autre chose a pechier « mortelment, et dist que li premiers pères avoit esté par famé « deceuz et Salemons h plus sages de toz les terriens, et Samsons « Fortins li plus forz de toz homes, et Absalon H fils David li « plus biaus hons dou siècle. Et puis, fist il, que tuit cil en ont « este deceu et honi, il ne me semble mie que cist enfes i deust « avoir durée ^. )>
Dans l'histoire de Perceval, de Bohort, des femmes passent,