‹ Études sur la Queste del saint graal attribuée à Gautier MapChapitre 35 sur 150 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

QI/'RST-CE (}UR ta QIjftTK DU CJHAAf. 2.3

Graal, puis, ai)n'^s ri'Ji'vaiioii (ut io iniitirlr do ia 1 raiHuh->i.intiatioii), il l'y lomrt ; fiilin c'est cncori* I»t (iraal quo prend f«'*siw pour doiniri la (ouiiniMiinti à (talaad. I^) (irual jonc ainsi succeBsivunicnt h* ràU' du ( iboire, di: la patrnc;, i)uis de nouveau du ciboire. Uaus la doiniùro messe du Graal, ;\ Sarras, innu^îdiatcnienl apr«>s la consécration, c'est Galaad qui communie à la place du célébrant, avec l'hostie qui cette fois n'avait jKjint été rtimise dans le (iraal, mais qui était sur la Table d'arf^ent, c'est- ;\'dire sur r.uitcl lu la substitution de Galaad au célébrant se poursuit, puisque c'est lui qui vient domier le baiser de paix aux fidèles, Perceval et Boliort. Nous verrons plus tard ce fiue peut signifier cet épisode de la vie de Galaad : notons-en seulement ici l'irrégularité liturgique. Kt il y en a d'autres. La messe du Graal est décrite de fa(;on très approximative : après l'élévation de l'hostie il n'est pas fait mention de celle du calice, ni de la consécration du vin. Le Saint Graal est généralement couvert d'un vermeil samit (v. 50, 6°, 7°), pourtant, lorsqu'il apparaît à la cour d'Artus, le jour de la Pentecôte, il est couvert d'un blanc samit alors que la couleur liturgique de ce jour est justement le rouge, et (|ue l'auteur de la Queste s'en est bien souvenu dans sa description de l'entrée et du costume de Galaad.

La conclusion qui se dégage à la fois de ces ressemblances et de ces divergences est que l'auteur de la Queste ne s'est pas astreint à la peinture fidèle des offices ni des objets du culte, que son livre n'est pas un commentaire romanesque du sacrifice de la messe et que son Graal n'est pas un ciboire. Qu'est-il donc ?

Il faut revenir sur ce fait que dans ces singulières messes de Corbenic et de Sarras, le Graal est le seul accessoire du culte : à lui seul il est tout ce qui commémore le sacrifice de Jésus. Aussi sa forme est-elle soigneusement laissée dans le vague. Nulle part elle n'est décrite, car nul vivant ne l'a vue, sauf Galaad à son dernier jour, et c'est bien cette apparition suprême que l'auteur a le moins précisée. Le Graal est-il môme une réalité dans l'ordre des choses terrestres ? Son origine se perd dans les souvenirs d'un temps fertile en miracles et où l'Esprit prenait plus volontiers qu'en aucun autre l'apparence de la matière. L'auteur ne rappelle pas les détails trop précis de son histoire

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contés par Robert de Borron, les scènes chez Pilate, au Golgotha : il passe sous silence tout ce qui pourrait accuser la réalité matérielle du Graal dans le passé. Dans le temps présent, il semble que la plupart des apparitions du Graal suggèrent avant tout l'idée d'immatérialité. Le Graal se montre en maint endroit et n'est point attaché à un lieu déterminé. Le château de Corbenic même n'est pas favorisé de scènes beaucoup plus merveilleuses que la vieille chapelle de la Forêt Gaste. Par une apparition fulgurante le Graal jette l'étonnement et un enthousiasme de croisade au milieu delà cour mondaine d'Artus ; il passe devant Lancelot au fond de la forêt ; il accompagne sur la nef de Salomon les trois élus faisant voile vers Sarras ; il brille soudain auprès d'eux dans la prison. C'est une ubiquité souveraine. Jamais des mains de chair ne le touchent : tantôt ce sont des anges invisibles qui le portent, tantôt c'est un bienheureux, descendu exprès du Paradis, ou les personnes divines elles-mêmes, le Père ou le Fils qui le tiennent en main. Invisible, inconnaissable, il n'apparaît aux yeux de la chair que voilé et ceux qui, comme le roi Mordrain, essaient de percer ce mystère, sont terriblement châtiés. Ses apparitions sont toujours entourées de la solennité rituelle des offices chrétiens ou de la majesté redoutable des manifestations de l'Éternel dans l'Ancien Testament, ou enfin de la lumineuse douceur des scènes évangéliques. Ici une procession, là une messe, ailleurs le nimbe d'une clarté surnaturelle ou les éclats du tonnerre et le souffle brûlant du Sinaï. A son approche la vie terrestre est suspendue : les hommes subitement sont muets et frappés de stupeur. Car sa venue est un jugement. Tandis qu'aux méchants le Graal apporte la maie aventure, l'aveuglement, les plaies du corps et de l'âme, sur les bons il épanche des bénédictions infinies, la satisfaction des besoins, l'apaisement des désirs, la guérison des souffrances; il donne le pain quotidien et il délivre du mal : « Panem nostrum quotidianum da nohis... sed libéra nos a malo. »

Ainsi tous les attributs du Graal sont ceux mêmes de Dieu. Immatériel, omniprésent, entouré des êtres célestes, il a la toute puissance et la grâce miraculeuse : il est le Dieu terrible et doux qui après avoir maudit la race d'Adam, la racheta de son propre sang. « Li sains Graaus, ce est la grâce del Saint Esperit, )) dit

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cxprossc^mrnt \in vnil niiulf '. l'ius exactement, le (^ra^il, c'est lîi m.uiifrstîitit)!! roinanes^ine de Dieu.

La <iuèt(' (lu (iraai. par suite, n'est, sous le voil»- ii« i .illrf^'orie, que la rechereho de Dieu, cjue l'effort des hommes de Uinnc volonté vers la eonnaissanre de Dic'U. Dus les prmuèrrs pa^<'S de la Qm'stc, et bien i\\\\ ce moment le s<'ns all/-|<orique clu livre ne soit pas encore dcvoik^, le vœu des chevaliers de la Table Ronde est expriim^ de manit^re à permettre cette interprétation. Ils ne partent jxunt pour conquérir quelcpie talisman merveilleux ou u)ênie (pichpie relique insij^ne, mais pour voir plus clairement le Graal. « Je endroit moi, proclame (iauvain, faz oren- « droit .1. veu, que le matin... entirrai en laquestc.ne ne reven- « drai a cort ...devant que je l'aie veu plus apertement qu'il ne « m'a ci esté demostrcz *. » Puis, au moment du départ, \m vieux moine définit solennellement les conditions de la quête ':

« Oioz, Seipnor chevalier de la Table Rcondc qui avez jurée « la queste del saint Graal ! Ce vos mande par moi Nasciens li « herniites que nus en ceste queste ne maint dame ne damoisele « qu'il ne chiee en pechié mortel : ne nus n'i entre qui ne soit « confès ou qui n'aille a confesse. Car nus en si haut servise ne « doit entrer devant qu'il soit netoiez et espurgicz de totes « vilainies et de toz pechies mortex. Car ceste queste n'est mie « queste de terriennes choses, ainz doit estre li encerchemenz <i des grans secrez et des privetez Nostre Seignor, et des grans « repostailles que H haus mestres mosterra apertement au bo- « neuré chevaher qu'il a eslu a son serjant entre les autres u chevaliers terriens, a qui il mosterra les granz merveilles del « saint Graal, et fera veoir ce que cuers mortex ne porroit pen- « ser ne langue d'ome terrien deviser. »

Mais plus loin, il y a des passages plus explicites encore. Pariant de la Quête avec Bohort.l'un de ces religieux qui expriment habituellement la pensée de l'auteur lui révèle — et à nous — que « ce est li ser vises meesme Nostre Seignor * ». Et Bohort répète à son tour, en bon catéchumène, que la Quête est « meesme servise Jhesucrist ^ )>.

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