Ibid., S
3^ la guESTE del saint graal
« Se N. S. voit que tu li requières pardon de bon cuer, il t'en- « voiera tant de grâce que tu li seras temples et ostels et qu'il se « herbergera dedenz toi. »
Partout ailleurs se retrouve cette même promesse conditionnelle : si tu t'efforces, la grâce te viendra. L'auteur de la Qîieste n'a d'ailleurs pas échappé à la difficulté de concilier la responsabilité humaine avec la grâce. La grâce vient à ceux qui ont eu d'abord la bonne volonté : mais cette bonne volonté même n'est-elle pas déjà un don de Dieu, une première grâce ? Certains passages semblent l'admettre et reporter à Dieu l'origine des mérites humains, de ceux même que Dieu récompense ensuite. Perceval après sa tentation fait cet aveu :
« Car j'eusse esté vaincuz se ne fust la grâce del saint Esperit « qui ne me lessa périr soie merci ^. »
Un dialogue de Bohort et d'un prêtre est plus explicite encore, Bohort, croyant au libre arbitre et à l'entière responsabihté de l'homme, dit :
« Li cuers del ome si est l' avirons de la nef qui la moine quel « part qu'il velt, ou a port ou a péril. »
Mais le prêtre réplique :
« A l'aviron, fet H preudons, a mestre qui le tient et mestroie (( et fet aler quel part qu'il velt. i\ussi a il del cuer del ome : car « ce qu'il fet de bien li vient de la grâce et del conseil del saint « Esperit, et ce qu'il fet de mal li vient de l'enticement de « l'anemi ^. )>
Quelle conclusion tirer de cette apparente contradiction ? Que ce n'est pas le problème théologique de la grâce qui préoccupait l'auteur de la Qtieste, ni l'éternel débat du libre arbitre humain et de l'omnipotence divine : que si au point de vue philosophique les deux idées qu'il a exprimées se concilient assez malaisément, en revanche elles conduisent, dans la pratique, à des résultats analogues. Si Dieu aide de sa grâce ceux qui d'euxmêmes se sont déjà sauvés, efforçons-nous donc de nous sauver nous-mêmes : et si une grâce préalable est encore indispensable, s'il faut que ce soit Dieu qui nous inspire et qui agisse en nous