‹ Études sur la Queste del saint graal attribuée à Gautier MapChapitre 51 sur 150 · I.l. iAhll.Ai. ni-; l\ VII ClIKéTlKNNE · texte numérisé non relu

I.l. iAhll.Ai. ni-; l\ VII ClIKéTlKNNE

S(^diic(i()ns, ramouicuse tentatrice le menace de se tuer sou» ses yeux avec toutes ses suivantes : il nfus<? encore. Plus de désirs, pins d'affections fainilialcs, plus (rininianité rnAme, plus rien dans cette Aine qxiv la dévotion. Un autre (Perceval) nous montre un désintéressement plus comj^let encore des choses terrestres. Un si'ul lien l'attachait au commun des hommes : c'était sa mère, Fn laiiuittaiit il la fait mourir de cha/^'rin et lorscpi'il l'apprend il n'en est point ému : c'est à peine s'il prend le temps d'tm regret vite résigné. « Or ait Dex, fct il, merci de s'arme. Car « certes ce poise moi molt. Mes puis que ainsint est avenu, a « soufrir le nos covient : car a ce repairerons tuit. Et certes je « n'en oi onques mes novcles. Mes de ccl chevalier que je quier, u por Deu savez vos qui il est ne dont ? » Libre désormais, l'histoire de sa vie n'est plus que celle des aventures où Dieu le convie : nulle pensée terrestre n'y a place. Et quand il se retire enfin du monde, on se demande presque comment il pourrait être plus solitaire et plus occupé de Dieu dans son ermitage qu'il ne le fut dans sa vie vagabonde.

Un autre enfin est le plus saint de tous parce qu'il parvient d'emblée à cet absolu détachement de la terre. Il n'a point de famille : sa naissance irrégulière, sa jeunesse secrète lui permettent de se dispenser de sentiments filiaux ; jamais il ne témoigne de quelque affection pour son père ; il lui arrive même dans une joute de le renverser puis de disparaître avec une hautaine indifférence. Il n'a pas de suzerain terrestre, pas d'amis, de vassaux, de parti. Alors que l'histoire des chevaliers de la Table Ronde est pleine d'entreprises oii les jettent la loyauté féodale, l'esprit de famille ou les amitiés particulières, celui qu'ils attendaient comme le plus grand d'entre eux est aussi le plus indifférent et le plus solitaire. Sa venue a complété la Table Ronde, mais elle l'a détruite : elle en a marqué à la fois le plus beau jour, et le dernier. Cette cour captivante, dont il a méprisé les grâces et les attachements, il n'y est entré que pour en briser les mille Hens charmants et la disperser. C'est un beau et clair symbole que la douleiu- du roi Art us, qui pleure sm: la fin des joies et des tendresses humaines, tandis que le héros nouveau s'en va triomphal, donnant pour exemple au monde le subhme égoïsme de la vertu. Toute la vie de ce saint impeccable répond à un tel

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commencement : il est l'instrument parfait de Dieu, conduit par des avertissements célestes et ne mêlant jamais les maladresses d'une volonté humaine aux desseins suivis de la Providence Il reçoit l'ordre d'aller et il va ; de s'arrêter et il s'arrête ; de repartir et il repart. Les besoins du corps Jui sont aussi «étrangers que les entraînements du cœur. Infatigable et insensible, il réalise l'idéal de la sainteté : dès sa vie terrestre il est devenu tout spirituel ^.

Le combat moral. — Ayant ainsi défini les principales vertus et les vices qui s'y opposent, la Queste montre comment l'âme se comporte entre les unes et les autres. Un ermite dit : « Ce que « (l'homme) fet de bien li vient de la grâce et del conseil del a saint Esperit, et ce qu'il fet de mal li vient de l'enticement a « l'Anemi. » Toute la Queste illustre cette parole. La vie morale n'est point un combat intérieur, un effort de l'âme sur ellemême, un choix entre les éléments sains et pervers de la nature humaine. C'est un épisode de la lutte universelle du bien contre le mal, de Dieu contre Satan. L'âme est le champ et l'enjeu de la bataille que l'Ange déchu hvre éternellement au Créateur ^. Un grand nombre de passages de la Qiieste montrent l'homme disputé entre les deux influences contraires du Ciel et de l'Enfer. Dieu donne à l'homme une âme immortelle, parée d'innocence, de vertus et promise à la béatitude ; l'homme, pour rendre fidèlement ce dépôt, doit déjouer les incessantes ruses du Malin. Il n'y réussit pas toujours ; Dieu lui envoie alors des avertissements, des menaces : à quoi Satan oppose ses séductions et ses prestiges. Et jamais l'Ennemi ne désarme jusqu'au dernier jour de la vie, qui est le jour décisif. Car, défaillance ou repentir, la minute suprême l'emporte sur toute la durée de l'existence : elle en peut effacer les mérites comme les crimes accumulés. De là l'importance capitale d'une bonne mort et le désir fervent qu'ont les vrais saints de trépasser en un moment choisi. Voilà

1. « Mi chevalier et mi serjant et mi loial fil qui en mortel vie estes devenu esperit el. > Sommer, VI, 190.

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