Ibid
56 la QUESTE DEL SAINT GRAAL
blanche... ». C'est sans doute une adjonction personnelle et assez discutable, car le religieux en question se trouve être un diable déguisé et l'auteur de la Queste n'a nulle part donné d'exemple d'une telle profanation d'un habit qu'il vénérait évidemment. Bien plus, on sait que l'habit blanc passait pour avoir été ordonné ou même donné aux Cisterciens par la Vierge en personne, qui y avait attaché une vertu protectrice contre les Démons. « Cujus (ordinis) habitum tam monachorum quam sanc- « timonialium tradidisse fertur, cum tantae dignitatis auctori- « tate, merito et virtute, ut Diabolus nullam habeat potestatem « in aliquem, qui eo indutus moriatur... » ^. Et il est difficile de ne pas voir un ressouvenir de cette croyance dans l'épisode de la Queste où la robe blanche d'un religieux attaqué par des bandits résiste à leurs coups d'épée « come s'il f crissent sor une enclume » ^. Apparemment le copiste, selon l'habitude des remanieurs, n'a:vait pas pensé à tout cela. Ces deux exemples prouvent du moins qu'aux yeux des copistes de la Queste, tous les moines du roman étaient de Cîteaux.
Ainsi, par ces allusions exclusives et répétées, l'auteur de la Queste donne à l'ordre de Cîteaux une incomparable prééminence : il en fait le guide de la chrétienté.
Cîteaux et la Queste. — Il est certain qu'au début du xiii^ siècle l'ordre de Cîteaux méritait un tel honneur. Son importance dans la chrétienté était extrême : dès la fin du siècle précédent, il comptait plus de 1.800 maisons. Ses possessions, son influence s'étaient étendues de la France sur les États voisins ; par sa richesse, par le nombre des évêques qui sortaient de son sein, par le rayonnement de sa sainteté, il jouissait d'une puissance temporelle et spirituelle sans égale ^. La Papauté le respectait. Le