Ibid., III, 323 sq
3. En I200, Innocent III avait voulu soumettre les religieux à des taxes t soi-disant » destinées à la croisade. Cîteaux réclama véhémentement, refusa, ajourna sa réponse définitive. Alors se produisit l'intervention céleste : « Innocentius papa, cum ab ordine « Cisterciensium pecuniam ad iter cruce signatorum contra eorum privilégia exigeret a « B. Maria, ejusdem Ordinis advocata, nimis acriter correptus, ab hac quievit exac- « tione. » Manrique, Ann. cist., III, 369.
4- A. Quid, si in calice post benedictionem panis, x-inum non esset ? — C. Ex consuetudine Ordinis nostri cogimur credere ibi esse corpus Christi... Simile sentio, si post prolationem verborum illorum : Hoc est corpus meum, subsisteret, neque calicis benedictionem perficere posset. Magister Petrus Cantor et sequaces ejus hoc non concedunt... etc.. (opinio falsa). Dial. Mirac, IX. XXVI (Tissier. Bihl. pair. Cisterc, II. 273)
58 la QUESTE DEL SAINT GRAAL
L'autorité de l'ordre était grande en matière de foi. En 1206, Innocent III adressa au chapitre général une longue lettre où, avec les belles métaphores traditionnelles, il décrivait les dangers que courait la nef de saint Pierre sur les flots déchaînés ; il demandait aux religieux le secours de leurs prières, les priait de travailler à la propagation de la foi, et finalement leur confiait le soin de « la vigne du Seigneur ^ ». ... « Studeatis eradi- « care nociva et utilia plantare curetis. » C'était une véritable mission de contrôle et de surveillance de la chrétienté ; l'abbé Arnaud le comprit ainsi, car il choisit aussitôt douze abbés, leur adjoignit quelques moines éprouvés et les chargea d'enquêter sur les hérésies. Comment s'étonner dès lors que l'auteur de la Queste confie à des Cisterciens le soin d'éclairer les consciences et de guider les conversions ?
Politique de l'Eglise. — Le grave problème du châtiment des impies, qui préoccupait toute la chrétienté, fut discuté à Cîteaux comme partout : on trouve des noms cisterciens parmi les partisans de la douceur et parmi ceux de l'extrême rigueur. Finalement, il apparaît que l'Ordre évita de se prononcer officiellement et resta là-dessus dans cet état d'incertitude et de contradiction où nous avons vu l'auteur de la Queste. Saint Benoît, dans le prologue de la Règle, insistait sur la miséricorde de Dieu envers le pécheur ^. « Nam plus Dominus dicit : nolo mortem V peccatoris, sed ut convertatur et vivat. » Mais ce texte vénérable pouvait s'interpréter de bien des manières. L'abbé Arnaud, légat apostohque dans la croisade des Albigeois, en respectait le sens le plus apparent quand, chargé de régler la capitulation d'une place albigeoise, il proposait que tous les hérétiques qui demanderaient à se convertir fussent laissés sains et saufs. Mais peut-être qu'en son cœur il eût préféré un dénouement plus violent, s'il est vrai, comme le dit Pierre des Vaux de Cernay, qu'il fut fâché de cette capitulation. « Abbas valde doluit, ut- «pote inimicos Christimoridesiderans. » D'ailleurs, il laissa finalement les laïcs de l'armée prendre une décision qui équivalait à un massacre général, étendu même aux femmes dont il ne