Contra haeretic, II, xxii
4. XXIII. — Quod autem in raultis casibus horaines interficiendi sint \idetur velle Hieronymus, super Isaiam, dicens : « Non est criidelis qui crudelnn jugulât, sed « cruddis paticntihus esse videtur. »... Item, super Ezcchielcm. « Qui malos percutetit in ^eo quod malisunt, et habet causam inierfectionis, scilicet utoccidei pessimos, Dei minis- « ter est ». Et Alain est assez énidit pour multiplier les citations analogues.
6o la QUESTE DEL SAINT GRAAL
faut point tuer ^. Ces redoutables sophismes n'empêchaient d'ailleurs point de nombreux Cisterciens de lutter contre l'hérésie ou l'impiété avec des armes plus douces, de travailler à la conversion et non à l'extermination des pécheurs. Au fond il semble que dans cette controverse le moyen âge ait été, comme en tant d'autres cas, victime de sa manie de l'abstraction. L'impie, l'ennemi du Christ in ahstracto méritait toutes les rigueurs ; il en était tout autrement du pécheur, car la théologie représentait le péché, en soi, comme un accident essentiellement réparable, comme un état dont elle enseignait les moyens de sortir. Impie et pécheur étaient deux concepts entièrement distincts ; mais dans la réalité humaine, en était-il donc ainsi ? La discrimination eût paru étrangement difficile à quiconque se fût inspiré de l'expérience au lieu de la scolastique. Où s'arrête la faute réparable, où commence le crime mortel ? A quel point de l'insensible progrès du mal s'ouvre pour une créature humaine le droit de se substituer au Juge suprême et d'interdire à une autre créature l'espérance de la conversion ? Entre l'âme bonne mais faible à la tentation et l'âme damnée il y a des degrés infinis, des nuances « aussi indiscernables que celles du col de la colombe » ; et la grâce divine se plaît à bouleverser par ses coups cette subtile gradation, faisant parfois du plus affreux mécréant un pénitent consciencieux, voire un saint de la dernière heure. Ceux d'entre les Cisterciens qui eurent l'usage du monde, comme Césaire de Heisterbach, ont rapporté maint exemple de conversion surprenante. La seule règle qui eût vraiment été à la mesure de la faiblesse humaine était sans doute cette indulgence infinie dont quelques-uns croyaient trouver le précepte et l'exemple dans les textes sacrés.
Ne poussons pas plus loin l'étude de ce débat peut-être insoluble ; nous ne nous y serions pas arrêté s'il ne nous montrait à Cîteaux précisément la même incertitude, les mêmes alternatives de pitié et de rigueur que nous avons vues dans la Queste. Le romancier fait également un mérite à Galaad d'avoir épargné les chevaliers mécréants du Château des Pucelles et d'avoir massacré ceux du Château Carcelois, qui peut-être n'étaient
1. Il est à noter que le IP Livre du Traité d'Alain de Lille, d'où sont tirées les citations précédentes, est précisément intitulé Contra Waldcnses.
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pas pires. Paicillcinciit, !'al)!)(' Ariiaïul Amalric trouvait auiti lëgitiine do faire quartier aux Albigeois (|ue de les exécuter.
PrddicatioH. — Il est heureux pour la réputation de Ctteaux que dans la défense de la religion cet ordre ait employé d'autres armes (luc h» fer et le feu. La propagation de la foi parmi les moiuliiins, la prédication y étaient en grand honneur. Avant r»ippaiition des grands ordres prêcheurs, Ctteaux tient la première place dans l'histoire de l'éloquence religieuse. « Durant « la première phase du xiii® siècle, les prélats, les moinc»s de « Saint-Benoît et de Ctteaux jouent dans la chaire le rôle princi- « pal. Les frères prêcheurs et mineurs ne les effacent que dans »* le deuxième tiers, (juand ils ont atteint tout leur développc- « ment *. » Saint Bernard avait dû à sa prédication une grande part de son extraordinaire prestige. Après lui on trouve la trace, sinon toujours les oeuvres, de nombreux Cisterciens qui ne dédaignèrent pas tous de discourir en langue vulgaire. Un certain nombre d'homélies latines qui nous sont parvenues ne sont vraisemblablement que des versions, faites pour conserver sous une forme plus docte des discours qui avaient été réellement prononcés en français. C'était, semble-t-il, un art prisé mais encore assez peu répandu en ce temps que l'éloquence, si l'on en juge d "après le nombre des recueils de modèles ou des ouvrages didactiques destinés aux prédicateurs. Une rhétorique sacrée cherchait à se constituer, et Cîteaux s'y employait activement, comme le prouvent les œuvres d'un Guerric, d'un Alain de Lille, d'un Hélinand, parmi beaucoup d'autres.
L'auteur de la Queste partageait, lui aussi, ces goûts et cette étude, puisqu'à plusieurs reprises il a donné aux entretiens de ses personnages la portée générale, l'ampleur et le ton de l'homélie : ce sont là, enchâssés dans le récit, de véritables exercices oratoires ^.
L'ascétisme et le mysticis)ne guerrier. — Ainsi dans les grandes questions auxquelles l'auteur de la Queste a touché, nous le voyons prendre régulièrement la même attitude que l'ordre de Cîteaux. Mais il y a encore entre la Queste et Cîteaux un rapport plus profond. Ce qui donnait à Cîteaux, entre