Lecoy de la Marche, Chaire franc. A'///« 5., p
2. Sur la composition et la valeur de ces morceaux, v. le ch. de V Exécution littéraire.
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tous les ordres monastiques, une physionomie particulière, et ce qui intéresse le plus notre étude, c'était le principe même de la vie cistercienne, la prépondérance donnée dans la religion à la morale et dans la morale au pragmatisme. Car malgré la diversité croissante de l'activité cistercienne, malgré la quasiuniversalité de cet ordre immense au début du xiii^ siècle, il subsistait chez ces religieux beaucoup de l'état d'esprit des premiers Pères, qui n'avaient fondé un nouveau foyer dans la famille bénédictine que pour y pouvoir vivre plus saintement. La morale pratique restait malgré tout la grande affaire de Cîteaux. Nulle société chrétienne sans doute n'a pris plus rigoureusement pour devise la parole de Job : « Militia est vita hominis super terram ^ » Par les écrits et surtout par l'action, Cîteaux commente et développe perpétuellement la métaphore militaire par où le christianisme exprimait à la fois sa conception du monde et de la destinée individuelle. C'est la plus énergique piété que le moyen âge ait connue. On sait que cet ordre avait à cœur d'observer scrupuleusement la règle de saint Benoît et même, à l'occasion, de l'interpréter dans le sens de la plus grande austérité. Or, dès le Prologue de la Régula, apparaissait cette métaphore, comme un mâle avertissement, comme une sorte de « Garde à vous !» : a Quisquis abrenuntians propriis voluptatibus « domino Christo vero régi militaturus, obedientie fortissima « atque preclara arma assumis 2... » Quand un Cistercien parle de la vie sainte, de la tâche imposée au religieux, ou simplement d'un effort particulier commandé par le temps liturgique, c'est toujours en soldat qu'il parle, en « chevalier, » pour traduire comme alors le mot miles. Saint Bernard, prêchant « en l'enco- « mencement de quaramme ^ », dit : « Nous entrons hui, chier « frère, el tens del saint quaramme, el tens de la cristiene cheva- « lerie... » Les annalistes, racontant la conversion de nobles chevaliers, écrivent : ils entrèrent dans la « chevalerie spirituelle » (spiritual! militiae dextras dederunt) *. Les sermon naires, les auteurs de traités moraux, utilisent et développent