‹ Études sur la Queste del saint graal attribuée à Gautier MapChapitre 65 sur 150 · Sennon de l'abbé Oger. Patrol., CLXXXIV · texte numérisé non relu

Sennon de l'abbé Oger. Patrol., CLXXXIV

2. Circumda itaque tibi fortem arraaturam, ut possis stare contra tantam nequitiam (demoiiis). Indue te lorcia charitatis, accinge te gladio spiritus, quod est verbum Dei; sume scutum fidei, pone galeam salutis et spei in capite tuo, sint pedes tui calceati in preparationem evangelii pacis, ut nullus in te pateat Iccus insidiis potentis adversarii» ) Auon. Tracta de ordine vite (Pairol. , CLXXXIY, 579).

64 la QUESTE DEL SAINT GRAAL

soutenir surtout par l'austérité de la vie. Il est sans exemple qu'une vertu si tendue ne se relâche pas avec le temps ; l'ordre de Cîteaux finit par connaître la même corruption de richesse, d'orgueil et de mollesse qu'il reprochait tant à Clun}^ Certains témoignages semblent dater du début du xiii^ siècle les premiers indices de cette décadence morale. Wauchier de Denain a entremêlé à ses traductions en prose des Vitae Patnim des réflexions en vers qui sont souvent des attaques contre les Cisterciens. Mais il n'est pas impossible de voir dans ces traits de Wauchier l'effet d'une animosité personnelle contre un ordre puissant, autoritaire, et dont l'affectation de sévérité attirait naturellement la médisance ^.

Il est donc permis de penser, comme nous y autorise le témoignage de Jacques de Vitry rapporté plus haut ^, qu'à l'époque où fut écrite la Queste, Cîteaux n'avait pas encore dégénéré et que les Consuetudines élaborées au Chapitre général de 1151 étaient encore à peu près complètement respectées. Ce n'est pas le lieu de retracer d'ensemble les Statuts de l'Ordre, ni de rechercher ce que les Usages cisterciens ajoutaient d'obligations précises aux recommandations plus théoriques de saint Benoît. Bornons-nous aux quelques traits caractéristiques qui aident à l'intelligence de la Quesie.

L'austérité cistercienne se marquait fortement à la nourri-

1. C'est tout ce qu'on peut tirer, notamment, du passage où, après avoir conté l'histoire de deux moines qui oublièrent leur repas à chanter des psaumes, Wauchier ajoute :

Seignor, tex genz ne sont or mie.

Or cuide en que cil de Citiax

Traient grief paine de famine :

Qu'iert dont de cex qui de racines

Vivoient et d'erbe menue ?

(ap. Hist. Litt. Fr. xxxiii, 277.) Il ne faut pas faire plus de fonds, croyons-nous, sur un sermon d'HéUnand très dur pour ses frères de Cîteaux : « Maximam viro mihi luctus praestat materiam » (dit la Vierge à un anachorète anglais), « paucula gens illa... ordo Cisterciensium. Nunc autem « adeo carnalis effectus est, ut de fervore spiritus nil prorsus habeat, camiscuram faciens « in desideriis... Nihil quaerunt in ordine nisi voluptatem corporis et vanitatem cordis. » (Vers de la Mort, éd. S. A. T., préf. p. xxv sqq.) Même si on admet l'attribution, contestée par Tissier, de ce sermon à Hélinand, c'est un écrit tardif, c'est la diatribe traditionnelle du vieillard — laudator temporis acti — contre la génération nouvelle. D'ailleurs Hélinand eut de tout temps un esprit âpre que l'âge ne devait pas rendre plus indulgent.

LIv TAMIKAI' 1)1. I A VII. CIIKI. I II.NNE CjJ

ture (les fr^rrs. Los moines dr Cluny avaient den repas reclierclu's * ; 1rs Cisterciens prétendirent revenir à la vraie rAgle. en s'iin|)<>saiit iiii régime monotone et surtout en s*al>stenant <!«• viaiid»'. < Inlra monastorium ftullus vescalur carne aut « sagiiniiu'. nisi oinnino in(irmi et artifices conducti. Similitcr « et intra curtes graiigiarum, nisi propter easdem causas et « ctiam propter mercenarios ■. » Cette prescription était considérée comme essentielle et, pour cette raison, soigneusement maintenue v\\ vigueur, connue le prouvent deux témoignages du début ilu XIII'' siècle. Le premier est la dé( ision du chapitre général de l'Ordre en 1209. « In capitulo nullae latac l( ges, « nisi quod tamen abstincntia carnium arctius observanda « praecepta est, si forte alicpiis sub typo infirmitatis irrepsissct « abusus... ' » Le second est encore un passage de Jacques de Vitry * : « Carnes nisi in gravi infirmitate non mandiicant. -> L'auteur de la Questc tenait pareillement en suspicion les mets de chair. Car lorsqu'il veut retirer quelqu'un de ses personnages du siècle vers la sainteté, il commence par lui imposer l'abstinence totale de viande. Ainsi Lancelot, au moment où sa conversion devient définitive ^ : « Et encor vos comant je que « tant come vos serez en ceste queste ne mengiez de char ne ne « bevez de vin ^. » De même Bohort s'engage dès le début à ne vivre que de pain et d'eau, sans ces « grosses viandes qui moinent « l'ome a luxure et a pechié mortel ' ».

Dans ces passages de la Queste, le vin est réprouvé à l'égal de la viande : c'était aussi une idée cistercienne que cette crainte du vin. On en trouve mainte trace dans les règlements de l'Ordre. Saint Benoît, dans la Régula, en autorisait à regret l'usage très modéré ^, en ajoutant que l'abstinence totale con-

1. Au temps de la Queste déjà, le relâchement des mœurs clunisiennes frappait les visiteurs. Cf. Dom Anger, Chap^itres généraux de Cluny {Revue MahiUon, 1912).

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