‹ Études sur la Queste del saint graal attribuée à Gautier MapChapitre 71 sur 150 · V. l'étude de cette allégorie dans le chap. suivant · texte numérisé non relu

V. l'étude de cette allégorie dans le chap. suivant

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Aillai le inon.ichiHinc cistcrcion, f^rSicc à cette fou!<! militaire (jui 1 (iitoiiiiit r\ le jx-nctrait, pouvait mieux qu»* d'autres communautés concevoir la vie chr(!*ti<:mie comme un combat à la fois réel et figuré, idtmtifior le» efforts moraux et les exploits guerriers, confondre l'ascétisme et l'héroïsme. C'est ce que montre parfaitement l'opuscule de saint Bernard cité plus haut. L'abbé de ( lairvaux y trace un programme de chevalerie « spirituelle •>, en même t(;mps que d'urdrt; militaire. Et (ialaad réponil à ce pro^'rannntr plus parfaitement «pie ne i)Ut jamais le faire un vrai Templier.

Le *^ foman » de (ileaux, — Ce zèle combatif, cet entraînement constant ;\ l'elfe )rt physique et moral aurait dû, semble-t-il, donner aux Cisterciens une connaissance précise de l'homme et de ses faiblesses, uur intelligence réahste des conditions de la vie terrestn\ Il n'en est rien. Au fond, ces grandes ardeurs agissantes ne se soutiennent que par la croyance aux interventions providentielles. Leur caractère propre est de ne point mesurer leur effort aux chances réelles de succès, mais au mérite spirituel de cet effort. L'ascétisme est volontiers mystique : dans les péripéties du combat où il s'évertue, il attend, il découvre l'assistance miraculeuse du Seigneur. Cîteaux s'est sentie d'autant plus favorisée de grâces surnaturelles qu'elle prenait plus de peine pour les mériter. Le récit traditionnel des débuts de l'ordre n'est qu'une longue suite de miracles. On y voit Dieu collaborant étroitement avec les Pères, tant ils étaient saints, leur multipliant les avertissements, les apparitions, les secours matériels et les bienfaits spirituels. L'esprit cistercien se délassait de l'étroitesse austère de la Règle dans ces belles histoires merveilleuses qui lui apportaient un infini de rêves et d'espérances. Ce que chacun pouvait avoii de notion innée du possible et du réel s'y dissolvait ; on escomptait, pour faire l'infaisable, l'assistance de Dieu promise par saint Benoît ^. C'était comme le romande Cîteaux. On voudrait s'y attarder, en tirer une manière d'anthologie, qui ressemblerait souvent à la Légende dorée, et plus

I. « Si cui fratri aliqua forte gravia aut impossibilia injunguntur, suscipiat quidem t jubeutis iuiperiuin... et ex cantate coafidens de adjutorio Dei obediat » {Reg. S. Bened., Giiigiiard, op. cit., p. 54). Confiance justifiée d'ailleurs, selon l'esprit cistercien, par un grand nombre d'histoires miraculeuses.

72 la QUESTE DEL SAINT GRAAL

d'une fois à la Quesle du Saint Graal. Qu'on en juge du moins par un exemple :

L'abbé cistercien Martin de Pairis rapporta de Constantinople, en 1205, des reliques d'un grand prix : du sang du Christ et du bois de la Croix. Son voyage fut marqué par divers prodiges, dont le plus rare fut l'office qu'il vit célébrer par des anges autour de son reliquaire : « Non dormiens, sed vigilans certissime, « vidit Angelos duos in eodem loco, ubi sacrae servabantur « reliquiae... Qui Angeli circa scrinium in quo sacra Dei munera « claudebantur, mirae devotionis officium satagere videbantur, « et Deum, qui haec fam.ulo suo contulisset, omni reverentia « collaudare ^. » Entre cet office des reliques du Christ et l'office du Graal, où des anges « amenistroient le saint vessel » et chantaient les louanges de Dieu, on voit assez l'analogie frappante d'inspiration et de facture.

Mais ce merveilleux nous intéresse peut-être plus encore quand il est guerrier. Les exploits prodigieux des héros de la Queste ont leur pendant — pour ne pas dire leur modèle — , dans ceux des chevaliers cisterciens. En 12 12, Cîteaux prêcha une croisade destinée à secourir les chevaliers de Calatrava et à reprendre leur ville aux Sarrasins. Beaucoup de Français se croisèrent et firent à eux seuls à peu près toute la besogne, selon l'éternelle coutume de la race. Une lettre du roi Alphonse de Castille au pape relate leurs exploits et, entre autres, une bataille qu'ils livrèrent à plus de 150.000 Sarrasins : ils en tuèrent 100.000, en ne perdant eux-mêmes que 25 ou 30 hommes ^. On ne fait pas mieux dans la Queste.

D'autres merveilles cisterciennes nous rapprochent plus encore des romans chevaleresques. Tel est cet épisode de croisade où l'on voit saint Bernard jouer auprès du roi de Jérusalem, Amaury, le même rôle que, dans la Queste et VEstoire, Josephes auprès du roi de Sarras Evalach. Amaury était alors en guerre contre le chef païen Sarracon (?). Une nuit qu'il dormait avant la bataille, saint Bernard, mort depuis longtemps, lui apparut et lui reprocha ses péchés. Amaury se confessa au saint, qui bénit alors la croix

1. Gunther, ap. Manrique, Ann. cist., III, 452. — Exuviae sacrae Constant, (p.p. Sté Orient latin), I, 116 sqq.

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