‹ Études sur la Queste del saint graal attribuée à Gautier MapChapitre 73 sur 150 · Cf. Sommer,-^VI, 24^sq · texte numérisé non relu

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74 la QUESTE DEL SAINT GRAAL

d'autres chevaliers, il voulut entendre la messe. Ses compagnons le quittèrent pour n'être pas en retard. Il se rendit à un monastère, se fit chanter l'office de la Vierge et reprit son chemin. Au bout de quelque temps il rencontra des chevaliers qui revenaient du tournoi, et leur demanda qui avait l'avantage. — C'est un certain Walter de Birbach, lui fut-il répondu. Étonné, croyant à quelque méprise, il poursuit sa route et arrive le soir au lieu du tournoi. Or voici qu'à peine installé sous une tente il voit arriver une troupe de chevaliers qui viennent se rendre à lui, prétendant qu'il les a vaincus. Il comprit alors que la Vierge, pour le dédommager de la journée qu'il avait perdue pour elle, avait envoyé au tournoi un ange tout semblable à lui et qui lui avait gagné le prix. Une autre fois, pendant une messe où assistait Walter, le prêtre reçut du ciel une croix d'or avec un bref disant : Donne ceci à mon ami Walter de Birbach. Il la remit au chevalier qui y reconnut aussitôt une nouvelle faveur de la Vierge. Plus tard, tout en restant dans le siècle, il se consacra à sa protectrice céleste, et lui rendait hommage comme à une reine terrestre. Lorsqu'il se retira enfin au monastère d'Hemmenrode, il eût pu garder son armure : il en avait fait un habit aussi religieux que la robe cistercienne ^.

Walter de Birbach, comme les ombres incertaines de quelques chevaliers du Temple ou de Calatrava, mais avec plus de netteté, avec une plus évidente auréole de légende, c'est encore une personne où la vertu chevaleresque s'idéalise au point de n'être plus que le signe de la vertu chrétienne, c'est, pour ainsi dire, une préfiguration cistercienne des chevaliers du Graal.

De l'ensemble des textes cisterciens, depuis la Règle jusqu'à cette floraison de légendes où s'épanouit un mysticisme romanesque, se dégage donc une image du christianisme qui ressemble par maint trait caractéristique à celle qu'a tracée l'auteur de la Queste. La prééminence donnée par la Queste à Cîteaux sur tout le clergé prend ainsi sa véritable valeur. Ce n'est pas une fantaisie d'écrivain, ni un simple hommage rendu à un ordre puissant et vénérable : c'est la marque d'une parenté d'esprit.

I. Caes. Heisterb., Dial. de Mirac. (Tissier, Biblioth. pair, cisterc, II ; Ann. cisi., III, 138).

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Les « bliincs îuoinos •» peuvent Rans (^tninf(cti- présider aux aventures (le lu {)urste : ils sont \\ cher. eux.

Les scènes visttrcirnncs de la Oucstc. - - Ausin n'est-on pat surpris (jue certains dc^tails, certaine» ^c^ncs de la vie cliréticnne preniHMit dans ce roman une couleur cistercienne. Telle c«t la prière <|uc fait Pencval aj^'enouill(; vers l'orient : posture qu'à plusieurs re])ris(s on trouve prescrite par les Consuctudines *. Tels sont les ofhces de la \Merge, qui sont les seuls otiices particuliers mentionnés dans la {)ueste et le sont deux fois, avec un honneur spécial •. Or on sait le culte exceptionnel que les Cisterciens avaient voué à la V^ierge : « Cistercicnsis ordo... m ter u reli|^ioncs ccteras gloriosae Vir^ini sinf;;\ilaritate dcvotionis « adscriptus ex institutione primaria )^ écrivait Grégoire X '. J /office (le la Vierge existait avant Cîteaux ; mais il fut adopté avec une ferveur particulière par cet ordre, dont tous les membres, selon des témoignages de la fin du xn^ siècle et du début du xiii^, récitaient les Heures de la Vierge *.

On peut rapprocher d'un usage cistercien le début du roman. Si, la veille de la Pentecôte, la cour d'Artus revient du service divin et veut se mettre à table « a hore de none », c'est que ces choses se faisaient à cette heure-là, ce jour-là, à Cîteaux ^

De même n'3^ a-t-il pas, dans le passage de la Queste où Jésus est représenté ouvrant les bras au pécheur et criant : « Venez, venez ! » un ressouvenir de la Régula * ?

C'est encore un usage cistercien que semble rappeler la belle description du châtiment d'un pécheur, qui est un grand coupable mais non point un damné. Lancelot, qui n'a pas pu pénétrer

1. 1° Au chapitre, par exemple, après la leçon Et aliorum plurimorum sanctorum « surgant fratres et vcrtant se ad orientcm, dicentes versum qui in collectaneo habetur... •

20 Au Kyrie Eleison, « prosternant se ad terram versus orientent » (Consuetud., Guignaai, d/j. cit., p. 168).

3® A la fin du chapitre : « Tractatis igitur que tractanda sunt, surgentes onines vertani se ad orientent... Et responso ab omnibus... inclinent ad orientem et exeant... », ibid., p. 172.

2. 1° Lancelot, chez l'ermite, entend « vespres del jor et puis de la Mère Dieu •.

2*^ La dernière messe, qui marque le moment le plus sublime de la Queste, est justement la messe de la « Glorieuse Mère Dieu ».

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