Ibid., I
5. «De vigiliapentecostes... Antenonamcelebraturoflâcium..., Gulgnard, 0^. ei/,, p. laa.
6. Queste : « Tôt en tel manière a N. S. estenduz ses braz... et crie tor dis : Ven^s « vmez ! » (Sommer, p. 4;). Régula : « Divina cotidie clatnatis quid nos animoneat vox... « Et quid dicit ? Vânitg, filii... » (Guignard, op. cit., p. 3),
76 la QUESTE DEL SAINT GRAAL
dans le sanctuaire, gît à terre, le heaume enlevé. Il voit passer près de lui une procession qui porte le saint Graal, et il ne peut se lever. Ensuite ses armes, son cheval, lui sont pris et donnés à un chevalier pieux. La « peine des fautes graves », à Cîteaux, ressemblait fort à cela. Le coupable restait à la porte du sanctuaire, gisant à terre, tête nue, sans mot dire, tout le temps que durait l'office divin ; et les frèies en se retirant passaient près de lui. Les objets dont il se servait étaient brisés ou distribués aux pauvres ^. L'auteur de la Queste a répété, vers la fin de son livre, cette description de châtiment, en y mêlant des intentions différentes : cette fois encore Lancelot reste étendu, sans mouvement, à la porte du sanctuaire, et cette punition dure autant de jours que sa mauvaise vie avait duré d'années. Le dramatique rite cistercien avait apparemment frappé l'imagination de l'auteur de la Queste.
Mais c'est surtout quand la Queste parle soit de quelque vertu essentiellement monastique, soit de confession, de conversion, de retour à Dieu, que les ressemblances cisterciennes s'y accusent. On le conçoit ; sur de telles matières la littérature cistercienne était abondante en modèles. Ainsi, quand l'auteur de la Queste parle de l'humiHté, il s'inspire du texte même de la Régula, qui consacre à cette vertu capitale un long passage d'analyse.
« Humilité vet dolcement et soef le chief enclin », dit la Queste. « Ele ne fet pas ausi corne fesoit li Fariseuz qui disoit quant il « oroit au temple : « Biaus Sire Deus je te rent grâces et merciz « de ce que je ne sui pas ausi malves ne aussi desloiaus ccme sont « mi voisin. » Teus n'estoies tu pas, ainz sembloies le pubUcain « qui n'osoit regarder l'ymaige Dex, que Dex ne se corrocast « a lui por ce qu'il estoit trop pechierres, ainz estoit loing de « l'autel et batoit sa colpe et disoit : « Biaus Sire Deus Jhesu- « crist, aiez merci de cest pecheor ! » En tel manière se doit main- « tenir qui velt acomplir les euvres d'umilité. Ensi fesoies tu
I. 1° « Qm pro gravioribus culpis ab oratorio et a mensa excommunicatur : hora qua opus Dei in oratorio percelebratur ante fores oratorii prostratus jaceat nihil dicens, nisi tantum posito in terra capite, stratus pronus omnium de oratorio exeuntium pedibus {Régula, Guignard, op. cit., p. 38).
2° « Vasa quibus utitur aut frangantur aut pauperibus erogentur. Ad fores oratori « prostratus jaceat in terra, non habens caputium in capite... Qui vero exeunt, per ante « eum exeant... (Consuetudines, Guignard, op. cit., p. 268).
t.R iAin.hAi PI IV \ji iUnàTitsstt 77
« quant tu tstoics dainoisiaus, car tu amoicf. et crcmoics ton tt criator suz totcs choses et disoics que len ne dcvnit nulc ter- « ricne chose doutrr, mes hn dcvoit d(»uter Celui (jui putt dcsa truire cors et amc et bouter en enfer *. ù
Et saint Benoît
« Undeeirnus hunuhiatis f;ra(his est, si cuin hx^uitur niona- « chus. Ivnitcr... inonachus ubicumque sedens, amhulans vel « stans, inclinato sit scmf^cr capiU... jarn se trcmcndo judicio I)ei « presentari istiniet, die eus sernper ilhid, (juod pubhcanus illc « cvangcHcus tixis in terrain ocuhs dixit : o Domine non sum « dignus e^io peccator levure oculos meos ad cehim... » Ergo his « omnibus huniilitatisgradi!)usascensis monachus mox ad cari- « /(//fm Dr* pervenict illani, que perfccta foras mitlii timorem *. n Les détails caract(5risti(iues d'expression, l'exemple évangélique, la suite des idées sont les mômes. Il faut noter, spécialement l'attitude donnée par la Queste à l'Hiunilité personnifiée ; elle ne s'accorde point avec les représentations figurées de cette vertu, si fréquentes dans les églises ^, et cette dissemblance ne fait qu'accuser la ressemblance avec le texte de saint Benoît. Quant i\ la suite du développement, on remarquera qu'elle n'est pas continuellement logique dans la Queste, et que les idées d'amour de Dieu et de crainte, qui apparaissent à la fin, ne sont point rattachées au thème principal, qui est l'humilité. Elles le sont dans le texte de saint Benoît, grâce à une analyse psychologique que l'auteur de la Queste n'a d'ailleurs pas bien comprise. Ainsi l'incohérence même de ce passage de la Queste achève d'y déceler un souvenir de la Régula.
Lorsqu'il est question de la confession dans la Queste, c'est en des termes qui rappellent également la vie et la Httérature cisterciennes. L'expression « veraie confession de bouche et repen- « tance de cuer » *, qui indique les conditions de la bonne confession, se retrouve dans le Tractatus de interiori domo dont l'auteur est un Cistercien contemporain de saint Bernard : « Sit