XII LA TRADITION MANUSCRITE
de la Queste : c'est une contamination obtenue en intercalant entre les épisodes de la fin de la Queste de Map, exactement reproduits, des récits relatifs à Tristan, Palamède, Sagremor, etc .. Ces récits, à part ceux des 7 ou 8 derniers feuillets, 'qui relatent des aventures de Palamède qu'on ne retrouve pas ailleurs ^, figurent tous dans le Tristan en prose, à l'ordre près. Et de même que les fragments deldi Queste de Map figurant dans ce ms. s'apparentent an texte d'une certaine famille de mss de cette Queste (v. plus loin), de même ces fragments du Tristan, de leur côté, reproduisent la version d'un des groupes de mss. déterminés par Loseth : (mss. 772, etc..) C'est donc un mélange d'éléments connus par ailleurs et qu'il y a tout lieu de considérer comme antérieurs à ce mélange même.
3) Le ms. B N. 112. Il est d'une composition très analogue au précédent. C'est aussi une contamination libre de la Queste de Map et du Tristan en prose. Les morceaux de la Queste de Map sont, comme dans le ms. 343, assez fidèlement copiés pour qu'on y reconnaisse le texte d'une famille de mss. bien déterminée, qui est précisément celle du ms. édité par Furnivall (Brit. Mus. Roy. XIV. E. III.). En voici deux exemples :
a) Dans la première confession de Lancelot, l'éd. Furnivall, p. 55, présente cette phrase inintelligible :
« Chieus fu li ma.uvais sergans, et li ypocrites de tous les faus « sodomites ou li fiex del saint esperit n'est onkes. »
Le ms. 112 porte de même :... a l'ypocrite de tous les faulx « sodomites ou li filz du saint esperit ne fut onques. »
(Textecorrect raCil fuli mauves serjanz,li f aus symonnierres et « li ypocrites de cuer ou li fus del saint esperit n'entra onques. »)
h) De même, dans le récit de la chute d'Adam et d'Eve, 112 écrit : « Si changierent toutes lor clartez qu'il avoient... » au lieu de « lor qualitez », ce qui est une des fautes distinctives du groupe auquel appartient le ms. de Furnivall.
Quant aux fragments du Tristan, ils sont nettement apparentés à la version du ms. B. N. 99, mais avec quelques libertés.
Enfin on peut noter que l'épilogue ordinaire du Tristan (dont
haut, paraisse ignorer cet article et, sans aucune argumentation, maintienne les opinions que j'y combats, je puis, je crois, considérer mes conclusions comme acceptées par la critique (cf. F. Lot, Et. sur le Lancelot, passim) et en faire état ici. I. Du moins selon la minutieuse analyse de Loseth {op. cit.).
DH LA gUFSTE DEL SAINT GRAAL XIII
la Quesir reinanii't' est l.i »l«rni(^nî partie) est ici remplace tout simpleinrnt parrcpilo^'iirordinaircdt.' hiÇuesUdv, Map, qu'aucune version connue du Iristan n'a conservé *.
Ce manusciit (*st donc un essai isol('* de compilation analogue mais non identique à celle qui termine le Tristan.
La conclusion tjui poiu nous se d<5gage dv. l'examen de ces manuscrits, c'est (pie, loin de repr(''sentor un état de la Queute antérieur à la version ordinaire, ils procèdent au contraire de cette version. Bien plus, ils datent d'un temps où la tradition manuscrite de cette version était déjà dans l'état où nous la voyons : leurs auteurs ont travaillé sur des exemplaires de la Queste tout semblable^, aux nôtres. Les compositions des mss 112 et 343 sont intéressantes pour l'histoire des déformations et remaniements de nos romans en prose ; elles sont comme des esquisses do la vaste et changeante compilation qu'on appelle le Tristan en prose. Mais dans l'établissement du texte de la Queste, de la vraie et originale Queste, nous n'avons pas à en tenir compte (hormis le cas où. comme le ms. 343, elles recopient, partiellement au moins, un bon texte de la dite Queste, qui peut être intéressant à collationner).
Il reste à mentionner les particularités que présentent quelques manuscrits dans le prologue ou l'épilogue de la Queste.
a) Prologue. A la fin du Lancelot, les mss. 0 et Ac portent cette mention. « Mais a tant finist ores cy endroit maistre Gautier « Map son livre de Lancelot et recommence du Graal. > Mais la Queste (ordinaire) ne suit pas immédiatement. On trouve d'abord une invocation à la Trinité et une généalogie du Bon Chevalier, puis un passage où la gloire d'Artus est présentée comme à son déclin. La reine Guenièvre envoie son époux à la chapelle Saint- Augustin. C'est là vraisemblablement un souvenir du Perlesvaus. (Notons d'ailleurs que dans certains passages de la Queste, qui vient ensuite, Perceval porte ce nom). Ce développement se termine ainsi (0 : P 522 v» ; ^c : p. 490).
(( Car onques mais n'euch greigneur talent de bien faire corne « j'ay orendroit ne de bonté ne de largesse. » — « Sire, fait elle, « Dieus en soit loués et graciés. »
«Or recommance ci l'autre branche du Saint Graal. El nom du père... etc.. »