‹ Études sur la Queste del saint graal attribuée à Gautier MapChapitre 81 sur 150 · F. Lot, Et. sur le Lancelot en prose · texte numérisé non relu

F. Lot, Et. sur le Lancelot en prose

Il i.Uil.h.Vk. i>i. I.A Vil; < IIRftTIBNNR '' :

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(Ml <l«s imitations ot rain!)i|^uït<? di's fi^virc».

Ces ompniiits \ Cttraiix aclitHcnt W UbU-au de lu vit; thrëticiinc (|ui nous trac*' la Queste et en font rori^'inalit^. Ni Icn (]nr!((iu's allusions aux controverses doctrinales du temps, ni les préceptes de morale prati(pie, ni h; mysticisme même ne suflîraicnt. isolément, ;N tirer de la banalité la pensée religieuse de la Qncstc. Mais rémiis, reliés par l'inspirât i(in cistercienne, CCS éléments forment un tout assez cohérent et qui propos<- à l'esprit une conclusion. Au sommet de la perfection chrétienne comme de l.i hiérarchie ecclésiastique, la Queste a placé Cîteaux. Cîteaux est gardienne du dogme et en éclaire les difficulté». Cîteaux comprend ]c sens du monde et sait guider les consciences à travers les obscurités de l'univers mystique. Cîteaux a bien connu l'homme, sa faiblesse et sa passion d'espérer ; elle a conçu le i^lus beau code d'ascétisme qui puisse déjouer les embûches du Malin. Enfin, dans l'éteinelle croisade qu'est la vie terrestre, Cîteaux est di^ie du rôle de conductrice qu'en des circonstances historiques elle a plusieurs fois joué. En son sens réel, la Queste est donc une représentation de la vie chrétienne telle qu'on la voyait à Cîteaux. Ouvrage d'édification religieuse et, au fond, apologie pour Cîteaux, il faut examiner maintenant comment l'auteur en a fait un roman ^

I. En terminant ces rapprochements de la Çucste avec Cîteau.x, il n'est que justç de rappeler que d'autres rapports ont été indiqués entre les légendes du Graal et d'autres moines. Miss J-L. Weston (Sir Perccval, t. I.^, frappée à juste titre des ressemblances qu'ofïre la légende de Fécamp avec celle du saint Graal, et de l'allusion que fait Wauchier de Denain à un livre de Fécamp, se demande si la célèbre abbaye n'aurait pas avec les contes du Graal des rapports analogues à ceux que M. J. Bédier a découverts entre certains sanctuaires et les chansons de geste. Pour ce qui est de la Queste cette suggestion si tentante me paraît inacceptable. En efïet :

1° Il y a sans doute dos analogies troublantes entre les légendes de Fécamp et la Queste :

a) Le culte spécial de la Trinité à Fécamp (dont l'église est sous cette invocation) et l'intérêt que semble porter la Queste au dogme de la Trinité.

h) L'histoire du figuier de Fécamp, dont trois rameaux sortent et dont le tronc contient du sang du Christ, — et, dans la Queute, l'histoire de r.\rbre de vie qui a aussi ime descendance triple et d'où sortent des gouttes de sang.

c) Le miracle de la Transsubstantiation visible, qui s'opéra à Fécamp au xi« siècle et qui est raconté dans la Queste,

Mais ce miracle s'est produit en bien d'autres endroits, et notamment en des couvents cisterciens, comme le rapporte Césaire de Heisterbach (Diaî. de Mirac, Tissier, Bibl. pair, cist., II, 275, 280), en quatre exemples.

Quant à l'histoire du figuier de Fécamp, si elle ressemble à celle de l'Arbre de vie de

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la Quesle, c'est que l'une et l'autre sont des adaptations de la belle et antique légende de la Croix, très répandue au moyen âge. Nous y reviendrons plus loin. Il ne reste donc que la question de la Trinité. On jugera sans doute que ce serait une base un peu étroite pour l'hypothèse que nous discutons. D'ailleurs la Queste, en fait, ne s'intéresse à la Trinité, si je puis dire, qu'en fonction du miracle de la Trimssubstantiation, et elle n'insiste pas sur le dogme trinitaire proprement dit.

2° Mais il y a entre Fécamp et la Queste un désaccord fondamental. La légende de Fécamp est l'histoire d'une relique, qui est le sang du Christ ; tous les épisodes, — y compris le figuier qui n'est là que pour justifier une étyrnologie fantaisiste — concourent, comme de juste, à démontrer l'authenticité de ce « Précieux Sang », à en célébrer les mérites miraculeux. Or dans la Queste il n'est point question du sang du Christ. Bien que le saint Graal, dans Robert de Borron, soit justement le vase où Joseph d'Arimathie recueillit ce sang, l'auteur lui a délibérément donné un caractère uniquement eucharistique (du jnoins, comme on l'a vu, dans sa matérialité) : c'est le vase de sa Cène. La Lance, qui pouvait de son côté motiver des allusions au Saint Sang, est un accessoire tout à fait négligé dans la Queste. Enfin notre roman s'achève sur la disparition définitive du Graal, ce qui n'est pas précisément pour favoriser un culte de relique comme celui de Fécamp. Qu'y a-t-il donc pour Fécamp dans la Queste ? Absolument rien, ce me semble.

LA IKANSCRIPTIOV R()\l WHSOIJI

An Iniid, on no comprend bien l.i Qitcstc (pu- ^j .m l'apparente, non il la litUratmc de divcrtisscnient profane, mais aux récits moraux et apol()i;('ti(pies, aux vies de saints, aux rerueils de niiraeh s, aux conuurntaires de la Hible, à tout ce qui, par l'emploi il'un langage concret, chercha à fain? entrer dans les esprits la foi et la loi chrétiennes. C'est le même but, et souvent les mûmes moyens, mais non pas la même valeur littéraire. Dans cet amas de papier noirci où le moyen âge étale à la fois sa ferveur et sa puérilité, \\\\c œuvre se distingue, le Dialoi^us de Miraculis du cistercien Césairc de Heisterbach. Non qu'elle ait un mérite intrinsèque hors de pair ; mais elle nous offre une transition précieuse entre les expositions de doctrine et les œuvres d'imagination, entre la dissertation et le conte.

L'ouvrage est daté par son auteur même de 1220 ^ : c'est dire qu'il est assez exactement contemporain de la Queste. Il est destiné à expUquer la foi et la morale cisterciennes ; mais, pour éviter ce qu'aurait de rebutant un exposé purement doctrinal, il est mis, comme tant d'œuvres exotériques anciennes et modernes, sous forme de dialogue. Un moine éprouvé, qui est l'auteur lui-même, cause avec un novice, provoque des questions, et y répond, à la manière de Socrate conversant avec ses disciples. Successivement, au cours de douze chapitres, il aborde les matières religieuses qui lui paraissent le plus importantes, celles surtout sur lesquelles Cîteaux professait une opinion particulière. Il y a dans ce livre une velléité de composition : les six premiers chapitres, assure l'auteur, ont trait au mérite, les six

I. « Annus modo vicesiinus est secundus, plus vel minus, eo tempore quo ad ordinem « veni, qui fuit ab Inc. Dom. millesimus ducentesimus uno minus. » Soit 1199, pl^is vingt et un ans révolus ; nous sommes bien en izzo t plus vel minus ». (Tissier, Bibl. pair, cistcrc, II, 34).

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autres à la récompense ^. En fait il s'en faut que Tordonnance des chapitres, à en juger d'après le contenu, soit aussi rigoureuse. Mais il est déjà fort intéressant pour nous qu'il ait eu seulement l'idée d'un tel plan. Par là son livre prend l'aspect d'un tableau de la vie chrétienne et se rapproche de la Qiteste, qui elle aussi expose les mérites divers de ses personnages avant de montrer leurs récompenses. Voici, en bref, l'ordre des chapitres, que Césaire justifie par d'assez sottes considérations scolastiques ou mystiques.

I. De la conversion. — 2. De la contrition. — 3. De la confession. — 4. De la tentation. — 5. Des Démons. — 6. De la vertu de simplicité. — 7. De la Vierge Marie. — 8. De diverses visions. — g. Du sacrement du corps et du sang du Christ. — 10. Des miracles. — 11. Des mourants. — 12. Du supplice ou de la gloire des morts.

On voit assez, d'après les titres, que tout le christianisme de Cîteaux — et de la Queste — est là rangé. Le livre de Césaire pourrait s'intituler : Exposition de la vie cistercienne.

Traiter un pareil sujet en dialogue, c'est déjà une manière de le dramatiser, de le tirer vers la « littérature )>. Mais ce qui nous intéresse le plus, c'est que ce dialogue est tout fleuri d'histoires merveilleuses. Pour faire accepter ses enseignements, Césaire les illustre d'exemples qui frappent l'imagination. Son livre est un précieux répertoire d'anecdotes, de miracles ^, de visions et de symboles. Il y en a sur tout sujet et sur toutes sortes de personnes. C'est sans doute le plus riche exemplaire que nous ayons du « roman de Cîteaux », et le plus abondant en ressemblances avec la Queste. Il ne s'y trouve pas d'ailleurs que des histoires de couvent. Bien que ces récits tiennent toujours par quelque côté à la personne même du conteur ou à son entourage, toutes les conditions laïques ou ecclésiastiques y défilent, toute la société médiévale. Du fond de son monastère d'Hemmenrode, Césaire avait vu bien des choses. En réalité, Cîteaux touchait à tout, avait des accointances partout, se mêlait largement à la vie laïque. Ce n'était nullement une « tour d'ivoire ».

1. « Sex istae distinctiones pertinent ad meritum ; et reliquae sex ad premium » (Tissier, op. cit., Il, i, 2).

2. De là le titre, comme Césaire l'explique dans son prologue {ibid.).

I \ iKAN-iClUniON KOMANf Ay

Rien ne innntn! inioiix (|uo ce livn? Hin^iiliiT <:«)rnl)i«»ri Mt iii taiiio au inoytii A^m* la (listitiction entre le m m(lc reli^'ieiix et le inonil'j liiïc, nitre le «acre et le pnifaiif. Il lum» donne de l'ordre de CIteaux wnr imagr iHoiuiaininiînt varic^e, complexe, vivante. C'est ('dsairo (pu nous a rapporte^ l'histoire de cet abbë qui, |>our r«$veillor ralti'utinu de non auditoire, commença en chaire un rtVit artmifu '. Lui ni(>mr n'est point ignorant de la littt^raturc prof.iur, et ne naint pas de parler de M«rlin à «Km novice ■ ; pas plus ipiiî le fri're liélinand, ;\ la même i^pcxpie, n<î craignait do fairi' une j^laci' dans sa clirouitpic à la prdface de V/îstoire du GraaL

Par le livre de Cësaire de Heistcrbach, nous voyons CIteaux, pour ses dessoins de propagande et d'édification, s'essayer en (pielquc sorte à la transposition des thèmes de la littérature doctorale en thèmes narratifs, à la transcription romanesque d'un tableau de la vie chrétienne. Rien n'est, en esprit du moins, plus voisin de la Qiieste que le DialogHs de Miraculis. Mais chez Césîiire, l'intention instructive domine sans se dissimuler : son latin s'adresse à des clercs. Il enchaîne ses démonstrations et non ses récits ; les idées seules se tiennent en son hvre, tandis que les images concrètes qui les traduisent n'ont point de hcn. En outre, Césaire a pris grand soin de ne conter que des faits authentiques ou qu'il croyait tels ^. Il cite les heux et les époques de ses miracles, les témoins qui les lui ont rapportés ; comme ses histoires merveilleuses lui servent d'arguments, il tient à en assurer l'autorité. Aussi ce livre n'est-il pas un roman ; mais il achemine l'esprit vers l'idée d'un livre analogue qui serait un roman : c'est de la matière romanesque toute prête. Qu'on suppose en effet la proportion renversée entre la partie dogmatique et la partie narrative ; que les histoires, au lieu d'être une illustration anec-

1. « In solemnitate quadam, cum A' bas Gevardus... verbura exhortationis incapitulo « ad nos faceret, et plures, maxime de conversis, dormitarent, nonnullos etiam flectere t conspiceret, exclama\'it : « Audite, fratres, audite ! rem vobis novam et ma?namproc ponam. Re.x quidam fuit, qui vocabatur Atius » (noter la forme française, au lieu de Arturus). «Hoc dicto non processit, sedait : « Videte, fratres, miseriam magnam. Quando « locutus sum de Deo, domiitastis... etc.. » (Dial. de Mirac., IV, 36, Tissier, II, 93).

2. « Legitur etiara Merlinus propheta Britannorum ex incubo daemone et sancti- « moniali femina generatus... Merlinus vero homo rationalis et christianus fuit, multa t futura praedixit, quae quotidie implentur » (Tissier, II, 56).

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