Tissier, II, i (Prol
SB la QUESTE DEL SAINT GRAAL
dotique de l'exposé doctrinal, aient un lien quelconque ; qu'elles soient par exemple rapportées toutes à quelques personnages permanents, dont elles composeraient la biographie ; ce seraient alors les dissertations doctrinales qui seraient les morceaux épisodiques ; et, avec la même matière, le même esprit, le pieux ouvrage du moine d'Hemmenrode serait devenu un roman, dans le genre de la Queste del Saint Graal. Le seul point délicat, c'est qu'il fallait une certaine audace pour substituer, dans des histoires quasi sacrées, des personnages de fantaisie à des saints authentiques ; une telle entreprise frôlait l'impiété, voire le sacrilège, pour des consciences timorées. Mais nous verrons que l'auteur de la Queste avait justement ce genre d'audace et le poussait très loin.
Replacée au milieu de sa parenté littéraire, la Queste nous apparaît donc simplement comme un livre d'édification plus « romancé » que les autres. C'est là son originalité. Il faut voir dans le détail quels procédés l'auteur y a employés.
Il s'agissait, pour lui, de traduire ce qu'il voulait dire de la vie chrétienne en épisodes romanesques, ou, plus généralement de mettre, comme Césaire, sous forme de scènes ou de récits les enseignements de la religion, de transposer l'abstrait en concret. Il atteint ce but d'abord en prêtant une apparence matérielle aux personnes surnaturelles, Dieu, les Anges, les Démons. Au lieu d'indiquer seulement leur rôle dans la vie spirituelle de l'homme, il les met en scène. Ces descriptions, qui réunissent sur la terre le Ciel et l'Enfer, sont assez intéressantes par la diversité des éléments dont elles se composent.
Dieu le Père. — Il n'est pas difficile de reconnaître Dieu le Père en deux ou trois passages :
lo Lancelot « voit venir une main toute enflambee qui le feri « si durement parmi le braz que l'espee li cola de la main ^ ».
2° Quand Dieu reprend le Saint Graal, c'est encore sa main seule qui est visible : « Li dui compaignon virent apertement « que une main vint devers le ciel, mes il ne virent pas le cors « dont la main est oit. Et ele vint droit au saint vessel et le « prist.... 2 »