Ibid
LA TRANSrUM'MON ROMANESQUE 89
;" lui fin c'est sans doute encore une apparition de Dieu qu'il faut KToniiattrc dans la vision dr (iauvain, niak'r*'* Us aIl«'^ori<*s (jui s'y ajoutent, (iauvain et Hector, clievalirrs pécheurs, passent l.i miit dans une ehaprlli-, et, tandis qu'ils parlent des souf^cs (|iii It s ont éveillés, « si voient venir parmi l'uis de la « chaprlh \i\U' main cpii aparoit jusque vers le coite, et estoit « covcrtc d'iin \( rnuil saniit. A celé main si pendoit .1. frain « ne mie troj) riche et tenoit en son poin/< .1. gros cierge qui « niolt ardoit eler. et passa par devant els et entra el chanrrl « et s'esvanoi en tel manière qu'il ne sorent qu'ele devint ' Un peu plus loin il est vrai, l'auteur, par la bouche d'un ermite, explicpie allé^'oricpiement cette vision : la main signifie la charité, le samit vermeil « la grâce del saint Esperit dont eharitez « est touz dis enbrasee », le frein l'abstinence et le cierge « la vérité de l'Iivani^ile ^ ». Mais en réalité, tout ceci est moins une allégorie des vertus qu'une représentation des attributs divins. Ainsi, d'après le texte, le cierge ne signifie pas seulement la vérité évangélique u ce est Jhtsucrist qui rent clarté et veue a « toz cels qui se retreent de pechicr ». Et l'ensemble de l'apparition, c'est Dieu même. « Quant ce fu donques chose que eharitez « et austinence et veritez vindrent devant toi en la chapele, « ce est a dire quant Nostre Sires vint en son ostel... » Ainsi, là encore, la main représente Dieu. Le samit vermeil rappelle la main « enflambee » de l'autre passage.
Ce sont là des descriptions conformes à d'anciennes traditions artistiques. « Jusqu'au xii^ siècle », écrit Didron ^, « on « ne voit pas de portrait de Dieu le Père. Sa présence ne se « révèle que par une main qui sort des nuages ». Main d'ailleurs diversement représentée dans les arts, tantôt donnante, tantôt bénissante, quelquefois prolongée de l'avant-bras, le plus souvent entourée du nimbe lumineux, signe de di\amté. C'est sans doute une réminiscence de ce nimbe que traduit le mot « enflambee » de la Qiieste, de même que ce détail de la vision de Gauvain, la main qui apparaît jusqu'au coude, ne s'explique que par le souvenir d'une image, miniature, \itrail ou orfèvrerie.