‹ Études sur la Queste del saint graal attribuée à Gautier MapChapitre 90 sur 150 · Diehl, Manuel d'art byzantin, p · texte numérisé non relu

Diehl, Manuel d'art byzantin, p

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liturgiques, et aussi les instruments de la Passion, la Lance, le roseau, l'éponge, la croix ^.

L'art français du moyen âge a tout à fait ignoré cet admirable thème. Le seul exemple qu'on en connaisse est le groupe des statues qui ornent les contreforts du chevet de la cathédrale de Reims : encore n'est-il pas exactement conforme à la tradition, puisque le Christ, au lieu d'y porter le vêtement pontifical, y est semblable au Christ enseignant de nos grands portails. Au reste, cette décoration exceptionnelle de Reims paraît devoir être attribuée à des influences byzantines, fort explicables en Champagne après la conquête de Constantinople 2.

Dans la littérature médiévale, la Divine Liturgie est presque aussi rare que dans l'art. Il y en a pourtant quelques exemples. On a vu l'office célébré par des anges autour d'une relique du Christ que l'abbé cistercien Martin rapportait de Constantinople. Peut-être le bon père avait-il encore l'imagination hantée par les représentations qu'il avait pu voir là-bas de la Divine Liturgie, ou par les récits miraculeux qu'on avait dû lui en faire. Sa vision n'est peut-être qu'un pâle reflet des merveilles byzantines. Mais on trouve dans Césaire de Heisterbach la description d'une Divine Liturgie occidentale, d'autant plus intéressante pour nous qu'elle est cistercienne. Cette page est trop belle pour n'être pas citée ici.

Il y avait dans une ville de France une jeune fille paralytique qui menait une vie très sainte et était fort amie de Cîteaux. Elle hébergeait souvent des moines de l'ordre en voyage et eUe était toujours prévenue de leur arrivée par des avertissements d'En- Haut.

Un jour de Chandeleur, cette sainte personne étant restée seule, son âme quitta son corps et fut emmenée par un ange dans la Jérusalem céleste. « Là elle vit une immense procession com- « posée de tous les hôtes de la Cité bienheureuse, les patriarches, « les prophètes, les apôtres, les martyrs, les confesseurs, les « vierges et tous les justes. Ils avançaient deux à deux, tenant

I. Millet, Mon. byz. de Mistra, pi. 114, 115, 132. Didron, Manuel, p. 229.

3. L. Bréhier, op. cit. Ce n'est que beaucoup plus tard qu'on retrouve ce tl ème en France. Le ms. B. N. lat. 18014 (Lavall. 127) présente au f» 139, J. -G. célébrant la messe : il est du xv^ siècle.

a en main des cicr^M's allunu'*s ; tous rliaiitaii-nt IfS aiiticnncîi oti « les répons du jour, ;\ la manière de ri.ilisr nulitantc, et ob- « servaient les stations d'usa^je. L'an^'e (jui conduisait la jeune « lille lui donna pour eom|)a^'ne unr autre vierge de vertu s<*m- « blahle à l.i sicnnr. et lui Imdit \u\ < irpi^r allumé. r<-jH:ndant, « dans une splendeur de f;loire, Jésus, Soleil de Justice, venait « le dernier, avec sa Trt'^s Sainte Mère, vêtu d'habits sacerdotaux, u portant I.i mitre, la crosse, l'anneau et tous les ornements « ëpiscopaux... Après la troisième station, connue Jésus commeiiw çait l'antienne Jhniit' Beata V'ir^o, ils entrèrent dans le temple, « qui était d'or et de pierres précieuses. Alors commença la « messe. Tous chantèrent l'Introït Suscepimus Deus et le Christ w monta à l'autel. Les chœurs chantèrent alternativement le w Kyrie, Jésus en personne entonna le Gloria in excelsis. Puis ce « fut siiiut Etienne, protomartyr, qui lut l'Épître, tirée du prophète « Malachie, et saint Jean l'Évangéliste, vêtu de la dalmatique, u qui lut l'Évangile de la Purification selon saint Luc. Là, leSei- « gneur, selon l'usage de Cîteaux, revint aux degrés de l'autel... « La jeune lille, sentant que son âme allait rejoindre son corps, voulut garder son cierge ; mais l'ange ne lui en laissa que la moitié. Quand elle revint à elle, elle tenait encore en main cette portion de cierge, qui, par la suite, fit de nombreux miracles ^.

Or cette cérémonie est l'exacte répétition de l'office qui se célébrait ce jour-là à Cîteaux. On peut s'en convaincre en lisant le chapitre XLVii des Ecclesiastica Officia ^, Mêmes arrêts de la procession, soigneusement indiqués par les Consiietudines, mêmes antiennes accompagnées des mêmes mouvements. Le rôle de Jésus est celui de l'abbé cistercien.

C'est donc un exemple fort remarquable de divine liturgie, comparable à ce que l'Orient nous présente en ce genre de plus achevé. Suffirait-il à expliquer la scène de la Queste ? Nous ne le pensons pas. D'abord cette Chandeleur divine est un office très particulier, où les détails pompeux du « propre du temps » l'emportent sur les éléments permanents, essentiels, du saint sacrifice, et où manque justement ce qui est le vrai sujet de la scène de la Queste, à savoir la Consécration. On y voit les cierges,

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