Ib., CXII
104 la QUESTE DEL SAINT GRAAL
saint Maurice et saint Domnin, montés sur des chevaux blancs, combattent les Sarrasins aux côtés du preux et de l'archevêque Turpin.
De même, quand il s'agit de montrer que les péchés mettent l'âme à la merci de l'enfer, ce sont deux chevaUers qui incarnent les démons (aventure de Mélyant).
Deux fois l'Ennemi est représenté dans la Queste en son aspect naturel, si l'on peut dire. La première fois on voit d'abord une fumée et une flamme, puis « une figure la plus hideuse qui fust « en semblance d'ome ». La seconde fois Satan apparaît « en si « laide figure qu'il n'a cuer d'ome el monde qui poor n'en eust », et, après un dialogue, « si s'en ala abatant les arbres devant lui {( et fesant la greignor tempeste del monde ». Ajoutons que dans ce second exemple un témoin ne peut voir le corps du diable, mais entend seulement sa voix, « qui est si lede et si espoentable « qu'il n'est nus qui poor n'en deust avoir. »
Ce sont là les termes ordinairement employés dans les nombreuses diableries du tem.ps : ils marquent la terreur qu'inspire Satan, plutôt qu'ils ne décrivent vraiment son aspect. Césaire de Heisterbach, racontant une histoire de diables, écrit : « daemon « emisit vocem tam horribilem ut omnes terreremur ! ^ » C'est à peu près la phrase de la Queste.
Mais l'auteur de la Queste estimait sans doute l'Ennemi plus semblable à soi-m^ême et plus redoutable sous une forme séduisante que sous celle d'un grotesque horrible. Il a préféré donner à Satan des figures de Tentateur. Il l'incarne une fois en un religieux qui interprète à rebours les événements mystiques pour en faire sortir le doute et l'immoralité : image saisissante de la tentation de l'esprit ^. Mais surtout il l'incarne avec prédilection dans la femme. On reconnaît là ses idées sur la gravité du péché charnel. La femme, créature de charme et de volupté, voilà le portrait ordinaire de Satan. C'est « une damoisele de trop « grant biauté et fu vestue si richement come nule mielz » ; elle a un somptueux équipage, pavillon de soie, vins et mets exquis ; elle ne se refuse point à l'amour : à la séduction de la beauté eUe joint celles du luxe et de la facihté ^. Même description ailleurs :