‹ Études sur la Queste del saint graal attribuée à Gautier MapChapitre 97 sur 150 · SYMBOLES ET ALLÉGORIES · texte numérisé non relu

SYMBOLES ET ALLÉGORIES

Pour faire de son exposition de la foi une matière romanesque, pour prêter à ses abstractions une forme concrète, notre auteur ne devait point se contenter de faire apparaître en guise de créatures terrestres les habitants du Ciel et de l'Enfer. Il savait que le monde visible n'était qu'une expression des choses invisibles, qu'on y pouvait lire clairement les volontés de Dieu, les vérités de la religion, les lois de la morale et l'éternel combat du Ciel et de l'Enfer. Ce mysticisme lui fournissait des moyens presque inépuisables de traduire ses idées en langage concret : il lui suffisait de choisir dans l'infinité des apparences terrestres, ainsi qu'en un immense dictionnaire, celles qui étaient capables d'exprimer ses pensées. Mais la mystique n'est pas une fantaisie de l'esprit : c'est une science, dont la base est l'Écriture. Dans le Nouveau Testament Jésus parle par paraboles ; quant à l'Ancien Testament, il n'est qu'une vaste allégorie, représentant soit la venue de Jésus, soit la vie de l'âme et ses luttes contre le Malin. Aussi les Pères et les docteurs de l'Éghse qui ont interprété la Bible ont-ils fixé le sens du langage mystique. Rien n'est donc plus auguste ni plus certain que ce langage ; s'en servir pour exposer la vie chrétienne n'est point affaire de poétique improvisation, mais affaire d'exacte et subtile érudition.

Tel est bien, comme on va voir, le caractère du symbolisme de la Queste, qui, à part de fort rares exceptions, est tout entier tiré de la littérature sacrée. Il serait téméraire de prétendre avoir retrouvé tous les symboles de la Queste ; il y en a, peut-on dire, presque dans chaque détail matériel, dans chaque incident. Du moins en avons-nous relevé assez, croyons-nous, pour faire comprendre le livre et les procédés de l'auteur ^.

Dieu. — Voici les symboles de Dieu.

I. J'écarte de l'énumération ci-dessous les symboles contenus dans répiso4e de la Nef de Salomon, qui sera étudié à part.

FA TKANSCUirTION ROMANKSQUIÎ JC^y

D'abonl II ( lart(^ (hi joui, le» soleil, tamlis qnr la nuit nymholise riinftr. « Vciicz vos resposcr et seoir tant qii«* la nuit vi<gnc, (( et issicz fors dcl soleil ! » dit nn dc^inon •. De m/^rnr Ir pëchcriir maudit par Dieu sent davantage sa disgrâce quand le soleil luit ■. ('( Itc n^Mue toute naturelle ft qui va de v)i s<î trouve dans sailli Aiiibroisc* : « Dies est (|uibus adest (!hristuH, nox vst <( (juibus se (Icnr^Mt * », dans saint Augustin *. Le commentateur ilu xiiP' siiVle (iarnciius (5crit de ni/^mc : « Claritas ronvcr- « sat louis Christ i est (lies • ». Sans compter les innond)rabIes cas où Ji^sus est appclc^ « Sol justitiae ».

Par suite tout ce qui est elart(S lumiî^re, symbolise Dieu. Pour iiuli(iuer le caractère divin du Graal, il suffit qu'il rc'-pande une elart<5 surnaturellr ". Dans un sanctuaire désert où va se produire un miracle, la présence de Dieu est symbolisée par un candélabre '. Va\ effet, « candelabrum vocatur Christus » disent Raban Maur ^, l'abbé Rup(Tt o, l'abbé cistercien Guerric ^°. Les métaux précieux aux clairs reflets symbolisent également Dieu. Si la table du Graal est d'argent, comme la table aux reliques de Clairvaux, si l'arche que fait construire Galaad est d'or, c'est que l'or représente « la clarté de la divinité *^ », la « puissance royale du Christ ^^ », et que l'argent, c'est « la « sagesse de Dieu incarnée ^^ », « l'humanité du Christ ^* ».

A elle seule, la plus lumineuse des couleurs, le blanc, est signe de divinité ^^. De là les vêtements blancs, les armes blanches qu'ont dans la Queste tous les envoyés de Dieu. De là les voiles blanches de la nef qui porte Jésus ^^. C'est d'ailleurs un symbole

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