SIÈGE DE 1S
(Août-Octobre) NOTICE
Relation locale, contemporaine, anonyme, due à un protestant homme de (j uerre, et qui fournil des détails uniques.
La relation locale à laquelle m'a paru convenir ce titre factice, est formée de deux fragments d'une de ces œuvres contemporaines et anonymes si fréquemment appelées : Discours. Le titre exact de celle-ci est :
Brief et véritable discours de la de/faite des Provençaux, appellée la ha/aille de sainct Gilles, advenue Van 1562, près la ville de sainct Gilles en Languedoc, située près le bras du Rhosne qui sépare le Languedoc de la Carmagne (sic) anciennement dit Campus Marins, distant quatre lieues de la ville de Ni s) nés.
Le Brief et véritable discours est lui-même contenu1 dans le Recueil intitulé :
Recueil des choses mémorables passées et publiées pour le faict de la Religion et estât de la France, le tout depuis la publication de ÏEdict du xvn de Lanvier 1560 jusqn.es a la déclaration faite par le Roy de sa maiorité 1563. — Second volume. — A Strasbourg par Pierre Estiard, 1566.
En dépit de cette firme, le volume, comme celui qui l'avait précédé en 1565 et celui qui le suivit en 1566, était imprimé
1 PP. 698-714 et 719-724.
à Genève. On donne communément à l'ouvrage le nom de Mémoires de Condé, soit parce qu'un tel recueil fut constitué en vue de justifier l'initiative et la conduite de ce chef des réformés français, soit parce que ce titre simplifié fut choisi au XVIIIe siècle par Secousse, qui fit à Londres une réédition de l'ouvrage1. Un recueil publié au siècle suivant contient également le Brief et véritable discours 2. Enfin d'importants extraits en ont été donnés en notes dans l'édition des Mémoires de Philippi de 1880 3. L'œuvre n'est donc pas inédite.
Il a semblé néanmoins utile de l'insérer dans ce volume consacré aux chroniqueurs locaux de la Réforme, et cela à cause de son grand intérêt d'information. Beaucoup des détails qu'elle contient, ne se retrouvent point ailleurs, et leur précision aussi bien que l'allure du récit trahissent un témoin, même un acteur. (Ju'il eût été intéressant de désigner avec certitude le nom de celui-ci ! Malheureusement les caractères remarqués dans l'œuvre n'y suffisent point.
Je n'ai aucun mérite à écarter l'attribution erronée qu'en avait faite le P. Lelong à Raymond de Pavie, seigneur de Fourquevaux4, et qu'il est regrettable de voir reproduite par Baum5 après que Secousse0 et, à sa suite, les derniers éditeurs de la Bibliothèque historique ", enfin Cimber et Danjou 8
1 Mémoires de Condè servant d'éclaircissement et de Preuves à l'Histoire de M. de Thon, contenant ce qui s'est passé de pins mémorable en Europe. — A Londres, et se vend à Paris chez Rollin fils, quai des Augustins. mdccxliii ; G vol. in-4°. — Notre relation est au t. III, pp. G53 el suivantes.
2 Cimber et Danjou, Archives curieuses de l'histoire de France depuis Louis XI jusqu'à Louis XVIII, ll'e série, t. V, 1835, pp. 3-33.
3 Voir ci-dessus p. 4 pour cette édition. Les extraits du Brief et véritable discours y figurent aux pages 77 et suivantes, 97, 100, 101.
4 Bibliothèque historique, qos 7719 et 15273.
5 Histoire ecclésiastique, t. III, p. 14, note 2, et p. 188, note3. — Baum a même dédoublé Fourquevaux, afin de pouvoir attribuer ;i un capitaine protestan'1 imaginaire le récit en question.
6 <)j). cil., p. 053, n. 1.
7 Ed. Fevret de Fontette, n° 38.072.
8 Op. cit., page 3, n. 1.
en ont fait justice. Cette attribution reposait sur une fausse interprétation du document inséré dans la relation et signé : (< de Fourquevaux ».
Non seulement on se convainc, en lisant le Brief et véritable discoitrs, qu'il est dû à un réforme, mais encore que son auteur est un militant : il met un acharnement évident à souligner tout ce qui est au désavantage des catholiques, qu'il nomme constamment Papistes, et spécialement de l'évèque Pellicier. C'est, de plus, un homme auquel la topographie locale est familière, et fort au courant de ce qui se passe soit au Conseil de Ville soit au camp des réformés. Je ne crois pas erroné d'affirmer aussi que l'inspirateur, sinon le rédacteur, de cette relation est homme de guerre : l'abondance des détails techniques, le ressentiment contre le baron des Adrets, dont l'humeur bizarre renversa le plan des capitaines, et jusqu'à l'allure vive du récit le décèlent.
Il est un personnage que je désignerais volontiers pour l'auteur possible et probable, sans les divergences chronologiques et numériques remarquées entre son propre récit et celui que j'étudie présentement. C'est l'avocat Jacques de Montaigne, fort compromis dans les premiers troubles, allié du capitaine Senglar, et auquel enfin aurait été attribué le premier volume des Mémoires de Condé{. Mais, quelque profond changement qui se soit produit dans ses opinions entre l'époque du Brief discours et celle où il écrivait son Histoire de l'Europe, il fût certainement resté plus de détails neutres concordants entre les deux œuvres. L'attribution ne semble donc point à faire, et je n'en vois pas d'autre plausible à signaler.
L'anonymat, d'ailleurs, n'enlève rien à l'intérêt de cette relation, écrite, on le sent, sous l'impression de souvenirs tout frais et fort vivants, s'ils ne furent pas consignés au jour le jour. La citation que j'en fais, est bornée aux opérations dont furent le théâtre les environs de Montpellier à l'occasion de ce siège bizarre où Joyeuse et Fourquevaux, qui croyaient
1 Sur cette question-ci voir la Notice de la Chronique suivante. — Sur celle-là, on pourra comparer les récits.
réduire la ville, se virent eux-mêmes cernés à Lattes et constamment harcelés par 1rs troupes de Beaudiné et de Grille, que vint un moment renforcer celle du fameux baron des Adrets.
Pour un éditeur local, ce n'était qu'un jeu de rétablir les noms propres défigurés constamment par les éditeurs anciens ; mais, tout en les corrigeant, j'ai indiqué les leçons de la publication originale. Quant à l'identification des personnes et des lieux, il n'y aura, comme pour les précédentes chroniques, qu'à se reportera Y Index général.