RELATION CALVINISTE DU PREMIER SIEGE DE LA CATHÉDRALE SAINT-PIERRE
23 octobre 1561
L'histoire de l'entreprinsè faicte contre les fidelles de la ri/h- de Montpellier par les meschans, descriptepar les d. fidelles a l'église de Nismes, emsemble de la victoire qu'ils en ont eue, du 23 octobre
Messieurs.
11 y a envyron dix jours que no/, adversaires, advertiz du massacre de Beziers, se mirent en debvoir de nous en fere aultanl cl a ces fins mirent guarnisons a leur forteresse, appelé de S1 Pierre, avec a force armes, vivres et munitions; et, ne se contentans de cela, saysirent la tour de la porte tles (larmes, que est la plus forte et propre pour ceulx de la ville, ayans par ce liberté d'entrer et sortir et faire tout ce que bon leur sembloit, joinct que toute la rue, despuis leur temple jusques a lad. porte, c'estoienl papistes, et de leurd. forteresse montoienl aussi sur les murailhes de la ville.
Davantaige il/, se seroient savsis de deux pièces d'artillerie que la ville avoit mis dans la maison de Monsieur le Gouverneur, lesquelles mirent au bault d'une de leurs tours, braquées contre la ville. Si nous feusmes lors en crainte, vouz le pouvés penser, joinct que nuict et jour sembloicl que le fouldre feusl en la ville, des coups de canons, acquebouses el aultres pièces a l'eu qu'ilz lachoienl el aultresde leur
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secte des aulLres temples, respondans l'uni; a l'autre, tant ceulx de dedans que ceulx de dehors. Que féusl cause nous retirasmes au magistrat et, appres leur avoir l'aict plusieurs offres, mesmes a leur bailher cautions jusques a telle somme qu'il/, vouldroient qu'il ne leur seroit faict aulcun dommaige, comme n'avoit esté, qu'ilz ne seroient empeschés en leur service ne en aucun autre temple qu'a celluy que nouz avions, ains promis de vivre ensemble en bonne paix, ce qu'ilz auroieni refuzé, commençâmes chacune nuict fere guet de toute une surveilhance en armes, la ville reduicte en quattre surveilhances.
Les principaulx habitans, prevoyans le danger par la bravade et témérité des adversaires, moyenarent de nous fere parlamenter quattre de nous avec quattre des leurs, ce que feust l'aict sabmedy dernier appres dyner a la maison et présence de monsieur le gênerai des finances, monsieur Chefdebien, presens les Consulz et autres gens nottables de la ville. Mais, pour la bravade des adversaires, ne feust rien accordé, si n'est que chacune partie esliroit ung homme et avec led. s' gênerai Chefdebien, que seroit tercier, seroit faict accord, a quoy ilz s accordarent, parce que led. s1- Chefdebien est grand papiste. Et par ce avoient deux de leur part.
Nonobstant cest acord, ilz saysissent une grande et haulte tour des murailhes de la ville le seoir dud. accord, que feust cause que la nuict, nostre guet mis en ordre, l'assault feust donné a la tour et tellement poursuyvy que la place feust saysie et recouverte. Ce faict, d'aultant que lad. tour est haulte par dessus lad. forteresse, y feust délaisse bon nombre d'acquebousiers, lesquelz traicterent tellement leur guarnison qu'ilz n'osoient monstrer le nez.
Lendemain dimenche, ilz mectent une enseigne desployée sur leurs creneaulx el accompaignée de plusieurs pieses a feu, tellement que d'un couslé el d'aultre sembloit un tonere, et le peuple se mutina fort avec ce que deux des habitans, passans dehors la ville, avoienl esté blessés de coups d'acquabouzade, tellement que tout le peuple se mit en armes.
Or les moyenateurs de paix avec les magistratz feirent assembler ung conseil gênerai en la maison commune, et feust conclud que le moyen proposé le jour précédant seroit exécuté, et cepandant chacun de son cousté trevalheroil a appaiser telle fureur. De nostre
couslé, le peuple feusl !<>sl retiré ei appaisé, bien que ung des nostres eiisl esté tué : et, venant led. s' Chefdebien, les Gonsulz, magistratz et autres les accompagnans auprès de la forteresse, faisant tous signe de parlamenter1 et de paix, la guarnison leur auroit tiré coups d'arquabousades et pierres, d'où les aucuns auroient eslé hlessés.
De quoy le peuple adverty s'eschaufa de plus en plus, tellement qu'il gaigna lad. forte tour des Garnies et ung autre joignant presque leur forteresse. La nuict l'on mict le feu a la pourte du clos de lad. forteresse et, bruslée, l'assault feust donné et, quelque acquebouzerye qu'il y eust, l'on entre aud. clos et feust gaignée la maison du prevost, joignant lad. forteresse, ou feust murdry l'un de nos frères.
Lendemain on trevailhe a rompre murailhes tous jours poursuivant dans lad. mayson. Les moyenateurs de paix, bons papistes, prévoyant le danger, accordent avee toutes les parties que la guarnison sortiroit de lad. forteresse et les pièces d'artillerie oslées et portées a la maison dud. s'' Chefdebien, avec l'enseigne que les cbenoynes continueroient leur service sans empecbement.
A cest accord tant humble Dieu s'opposa tellement que, ne restant que de joindre les parties pour leur fere fere les promesses et jurement requis, ung des nostres feust tué d'un coup d'arquebouzade par l'un de la guarnison. Quoy voyant, les dicts moyenateurs de paix t'eurent en grand dangier : prethendent le peuple qu'ilz eussent moyené la trahison et diverti, se rue a l'assault ; a trope perdue passe dans un petit trou qu'on avoit faict a la forteresse, suffisant a deux hommes pour le guarder contre mille. Mais les adversaires feurent tellement espouvantés qu'ilz quictarent le lieu, et le peuple entra. Et de première arrivée, a la furye, feust tué ce (pie feust rencontré ; et, ne feust que le magistrat y estoit venu et (pie les plus principaulx des nostres, chascun en son endroict, se mict en debvoir de saulver le reste, il y eust eu grande boucherye. Si y a eu de huict a neuf de murtris de leur part avec plusieurs blessés ; de nostre part y a eu troys murtris et aultant de blessés, que sont sans dangier, grâces au Seigneur.
(Bil)l. publ. de Genève, MFr. 196, f° 212; pièce pap. copie, du temps portant au dos : « A Monsieur Calvin a Genève » et : « L'histoire de l'esmotion
ries Papistes de Montpellier contre l'Eglise ». — Cf. Histoire de Languedoc, éd. Privât, t. XII, n° 249, pp. 586-589, ou le document a été publié avec beaucoup de contresens ; et Corpus Reformatorum, t. XIX, pp. 69-72, où il en est resté quelques-uns).
1 Ms. : palamenter.