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IIlS'IOIItE DES TlîOl r.l I S DE LANGUEDOC
(Ms.; fol. 169 v0.— Ed., pp. 45 et 46)
15(U troupe, telle colère prind ce peuple que, criantz trahison, tornerent ■visage devers led. Saint Pierre, sans que les chefz ny aultres en peussent estre les maistres ; se ruèrent tellement dedans par les portes, qu'estoint ouvertes pour faire sortir les assiégés, que, sans rien respecter, tuèrent et meurtrirent tout ce que leur vint au devant, tant chanoines que soldatz, et d'iceuh en fut sauvé bien peu l par la grand diligence des principaulx desd. [fidèles]2 et aultres de la ville, gents de bien illec venus pour retirer ce peuple tant mutiné [qu'encores]3 par les rues ilz occirent ceulx qui sortoint de céans, sauvés de la première furie.
Entre aultres occirent en la rue le gardien des religieux cordeliers, nommé Beraldi, homme de grandz lettres et lequel auparavant avoit long temps presché en l'église S1 Fermin avec grandissime auditoire. [Mais ilz leur voloint grand mal, pour ce que preschoit de trop grand zèle contre eulx.] Aussi de mesmes le prescheur de Saint Pierre, nommé Menin, séculier, docteur en théologie de Paris, homme aussi bien docte et éloquent, a grand peine peult estre garenti de la mort, mais fort blessé fut il entre les mains de ceulx qui le gardoint, lesquelz deux prescheurs pour leur seurté se tenoint céans.
Quant au nombre des occis, ne fut si grand q'on cuidoit tant des chanoines que aultres et non au plus de 30 a 40 persones. Les aultres s'estoint sauvez parles gazilhans et conduitz des eaues y estantz, d'où eschaperent appres.
Au demeurant, toute la maison, quelle grande et vague qu'elle fut, fut toute foillée et volée, et n'y eut huis de chambre ou armoire secret ny coffre avec, que ne fussent froissés et rompus, et tout ce qu'estoit dedans volé comme en ung sac de ville, et peu s'en faillut (l'on ne forceat la grand secreslie, ou estoint les anciens joyau'.x et reliqueres d'icelle église, de grand valeur et de 30 a 40 mil livres. 11 est vray que ce n'estoint pas les [fidèles craignantz Dieu et gentz de bien] l qui faisoint ces choses, mais le populere ramassé, se voiant
1 encores
2 de la religion
3 que
4 principaulx de la religion
.")('»l le plus fort dans la ville, soubz la faveur de la religion et cuidanl faire sacrifice a Dieu que de prendre le bien de gentz d'église. Kl ne faull demander si par mesme moyen tout le dedans de l'église lut dissipé et mis en pièces, comme chapelles, aultelz, restables tant beaulx et riches qu'il y en avoit, ymages et statues ancienes estantz tant dedans l'église que au devant des portalz d'icelle, et brief, dans six ou vu heures toute ceste église tant defformée que merveilhes, en laquelle, le jour précèdent, l'on avoit fait le service et dit le presche solemnement, [mais c'estoit le voloir de Dieu. Et advint aud. Saint Pierre ceste désolation cent imxx xvuans et xix jours appres la première pierre clud. édifice posée par rnandemenl du pape Urbain cinqme, lors séant en Avignon, fondateur dud. lieu, en tiltre de monastère de l'ordre Saint Benoist soubz le nom de Saint Germain, q'avoit esté le premier d'octobre 1364, et xxnuans appres que les moynes dud. lieu avoint esté jointz aux chanoines réguliers de Maguelone et institués église cathédrale par le pape Clément VIIe, l'an 1536].
Fait ainsi cest exploit par ce populere, ilz commencèrent corir par la ville les armes au poing, comme pour voir si ame leur voldroit résister, qu'on cuydoit le sac de la ville debvoir estre ce jour, mais ilz ne se ruoint que chez les prebstres et gentz d'église et aulcuns des habitant/ qui s'estoint monstres adversaires auparavant [de la religion], sans portant faire aultremal que se loger chez eulx [par troppes] et se faisantz traicter comme gensdarmes.
Et, ce fait, le mesme jour a grandz troppes coreurent par toutes les églises de la ville tant dedans que dehors et y allèrent rompre et ruyner toutz les aullelz, ymages et chapelles, par si grand vistesse ([ue ce ({'avoit esté fait ou entretenu despuis quatre ou cinqcc ans, fut, dans ung demyjour, si Irestanl effacé que d'environ lx églises et chapelles qu'il y avoit aud. Montpelier, tant dedans que dehors, lendemain ne s'en trouva aulcune ouverte, et moyns fut veu prebstre ny moine q'en habit dissimulé. Et de telle façon pour lhors [eut fin le service, prebstrise et religion de l'evesque] * aud. Montpellier, et n'y fut plus oy le son d'une infinité de cloches qu'il y avoit. Y:/.
1 cessa d'estre faict le service de l'église catholique romain*
HISTOIRE DES TROUBLES DE LANGUEDOC \~t
1S61 courtz des generaulx des Aides et Chambre des Comptes cessèrent d'estre dictes les messes ordinaires a l'issue. Quand aux nonains, mesmes celles de la Petite Observance, elles furenl mises hors leur convent et receues en la ville par diverses persones de leurs amis. Les aultres ne bogerent pour l'heure. Et ce tumulte populere endurèrent les principaulx de la \ille, craignant/. pis.
Le dimanche ensuivant, xxvi dud. octobre, l'on commencea a ' prescher- en l'église Saint Fermin et ainsi en deux lieux, car l'aultre presche estoit a Nostre Dame.
Ce pendant, ce populere ne cessoit continuer la ruine des conventz et églises3 nommeement de celles q'estoient hors, dont en icelles en brief n'y eut en droit chapelles, aultelz, bancz, treillis de fer, vitres, portes ny fenestres ; et, qu'est le pis, s'approprioint ung chacun ces choses, jusques aux arbres des jardins, qu'en furent arrachés et transportés ca et la, comme en terre de comqueste. Touchant les ymages et croix, ne fault penser, quelles doreures ou peintures qu'il y eut, combien de pièces en furent faictes. Kl n'\ manquoit, pour toute rigueur et extermination desd. conventz et églises, que de y mettre le feu, q'estoit grand désolation voir. Car lesd. conventz, mesmes les quatre mendianlz, tant en beaulté de temples que grandeur du clos, estoint des plus beaux de France. Quant aux livres desd. esgiises, dont y en avoit grand quantité, qui
1 faire
- par le ministre
:t Eglises dans la ville : Set. Pierre, cathédrale ; St Ruf, collège de chanoines blancz réguliers ; S. Croix ; le Palais, collège séculier ; S. Anne, collège aussi : S. Firmin, paroisse ; S.Pol ; le petits. Jehan; Nostre Dame; S. Foy ; S. Nicolas ; S. Mathieu ; la Chapelle neufve ; S. Catherine, religion de femmes.
Au dehors : les Jacopins ; S. Eulalie ou moines de la Mercy; S. Jaunie; S. Cosme ; les Cannes ; S. Anthoine, commanderie ; les Augustins ; S. Mos ou mo[r]gues de la Trinité ; S. Marsal ; S. Esperit, commanderie ; S. Denis, paroisse : les Cordeliers ; S. Eloy ou l'hospital ; S. George : S. Thomas ; S. Saulveur, collège ; l'hospital S. Marthe ; la petite Observance ou nonnains de S. François ; le grand S. Jehan ou maison des chevaliers de Rhodes ; Nostre Dame de Paradis, nonnains ; S. Martin de Prunet . ; S. Barthélémy ou le Carnier ; S.Claude; la Magdalene ; S. Guilhem, nonnains de Prolhan ; Valmagne.
1561 avoit costé beaucoup, mesmes aud. S1 Pierre, et ornementz presbiteraulx, tout fut dessiré et mis au feu.
Ainsi q'a Monlpelier fut fait ez lieux circumvoisins, mesmes ez villages du dioceze, scavoir est les messes abolies, les prebstres chassés, les ymages et croix mises en pièces, les ornementz et livres eclesiastiques dessirés et bruslés, si que, dans vin jours, n'en y eut aulcung vestige. Et furent ces cboses faictes par ce populere de Monlpelier, allant ca et la par les villages, a troppes en armes, pour faire ces exécutions, sans que persone y ozat contredire. Le semblable, en mesmes temps, advint a Nismes, Lunel, (îinbac, Somieres et lieux d'iceulx circumvoisins.
Appres le susdit fait de Saint Pierre fut tenu a Montpelier, le dud. octobre, ung conseil gênerai, en la maison de la ville, pour appaiser ce peuple esgaré et mettre sur ce ordre et police a la ville, et nommeement pour envoyer gentz tant en Court devers le Roy que devers Mons1" de Joyeuse a Narbone, pour les informer du fait de Saint Pierre, selon la vérité des actes et comme au vray les choses esloint passées, ayantz les chanoines commencé la noise et rompu l'accord par le meurtre ce pendant advenu, comme dict a esté, a fin lesd. seigneurs n'en fussent esmeus contre lad. ville. Et aultre chose n'en fut, mais qui eut pris, eut pris.
Au mois de novembre suyvant, furent tenus les Estatz de Langdoc en la ville de Beziers, y président pour le Roy Monsr de Joyeuse, son lieutenant, par mandement duquel, le 20 dud. novembre, fut publié a Montpelier certain edit du Roy. Duquel les chefz principaulx estoint que, clans xxmi heures appres la publication, ceulxqui avoinl saisi les temples et églises, eussent les desemparer et remettre en leur premier estât, avec prohibition ne rompre ymages ny croix et, quant aux persones, ne s'entre injurier, se nommans papistes ou huguenaulx4, ny se resercher rien ez maisons ; injunction laisser lesd. églises ez usages q'avoint esté faictes.
Lendemain de la publication duquel edit laissèrent [les fidèles] 2 l'église Nostre Dame, et se remirent prescher ez maisons privées et a l'escolle mage, et fut par ce moyen veu chose non gueres adve-
1 huguenotz
2 ceulx de la religion
HISTOIRE DES TROUBLES DE LANGUEDOC 'l(.)
1561 nue que les temples demeuroint clos et les cloches muettes tant pour une religion que aultre.
Non beaucoup de jours appres, [les fidèles] l, moyenant certain accord sur ce fait avec Messieurs du Chapitre de Saint Pierre, qui leur délivrèrent les églises de Nostre Dame et Saint Mathieu, ou consentirent qu 'ilz y tissent prescher, se remirent a prescher ezd. lieux. Non que par cest appointement la messe ny la prebstrize fut remise en lad. ville, ains augmentoit la religion [desd. fidèles], et commencèrent y aller plusieurs officiers el consul/.. Le surplus des habitantz de la ville n'estantz de cesle religion se contenoint chez eulx les dimenches et festes sans mot sonner. Et ainsi l'on \ ivoit ez villages voisins.
Je ne dis pas que, de la part du populere [des fidèles] -, n'en y eut que continuoint faire mille follieset insolences, comme de ruiner et mettre en pièces les sepulchres eslevés estantz dans les convents et églises de la ville, desterrer les mortz q'on 3 trovoil les corps entiers, et dont les aulcuns avoinl quelquesfois [, selon la cérémonie deslhors,] esté ensepvelis ou avec d'habitz des religieulx ou aultrement vestus, el iceulx corps laissoint gisantz sur la terre a la mercy des chiens, car tout estoit ouvert. Et pareilz excès estoint commis tout/, les jours. Ausquels la justice ny les principaulx de [la] 3 religion n'osoint ouvertement résister, car telle estoit l'haine que ce populere avoit chargé contre la prebstrise et Eglise rommaine, qu'on nommoit* la papaulté, qu'ils voloint de fondz abatre toutes choses servant/: de mémoire ou vestige de lad. religion. De façon que, comme dit est, n3 se trouvoit moyne, religieulx ny prebstre q'en habit de lay, et encores pour estre en paix leur faisoit on aller oyr les ministres et faire confession nouvelle de foy en public au temple, et renoncer a leur ordre et toute discipline [du pape] 5. Les nonnains aussi toutes laissèrent leurs habits el alloint [aux]0 ministres. Les
1 ceulx delà religion
- de lad. religion
- lad.