LIEUX
Les opérations stratégiques qui se déroulèrent à propos du siège de 1502, ont porté sur le terroir de Lattes, lieu où campa Fourquevaux, et sur le tènement des Areniers ou Arenasses, en traversant la région intermédiaire, plus élevée.
Lattes. — La limite de son terroir ;ivec celui de Montpellier était alors, comme aujourd'hui, constituée par le chemin de Villeneuve à Saint-Hilaire et à Pont-Trincat :'\ sur la rive droite du Le/, et par celui de Pont-T rinçai à la Font Valaurie ou de la Banquière 4. Ayant déjà fait l'identification des mas de ce terroir qui furent le théâtre d'incidents de guerre, j'ajouterai quelques indications sur le village lui même el sa configuration très spéciale, due à l'usage fait du Le/, tant pour l'irrigation que la navigation 5.
1 Arch. de Lattes, CC, reg. 2, f° 328, ancien f° 352.
2 Min. de Pierre de Nemause, étude Grollier, reg. de 1575, f° 1014.
3 Les dénominations employées sont empruntées aux documents : minutes de notaires, compoix, plans. Mais on comprendra que je ne puisse en indiquer parle détail toutes les références. Je marque sur mon plan les numéros actuels des chemins portés sur celui de M1' Krùger de 1896. Pour ce chemin-ci, il est représenté par les chemins 120 et 76.
* Chemin 103.
5 Sur la question du Lez, je renvoie aux documents publiés par Mr Jos. Berthelé [Archives de la Ville de Montpellier, t. III, pp. 406, 438, 546 à 554) ; aux compoix de Montpellier et de Lattes ; enfin à un plan des Archives de l'Hérault, H, fonds Saint-Sauveur, attribué au XVIe siècle (Kug. Thomas, Dictionnaire topographique de l'Hérault, Introduction, p. xxvn), mais qui, sous sa forme actuelle, ne remonte pas plus haut que les premières années du XVIIe. Il est, en toul cas, arîtérieur à 1618, puisqu'on y a figuré la Tour de Lattes, détruite alors.
Près du point où se trouve aujourd'hui la 2e écluse, et portant alors le nom de paissière plombade, le petit fleuve se divisait déjà au XIIIe siècle en deux bras : celui du levant, dit Lez-Vieil ou Vieux- Lez ; celui du couchant dit Lez-Trincat, c'est-à-dire rompu. Tous deux avaient leur embouchure à l'étang du Méjan, en des points qui ne sont pas encore fixés avec certitude, et qu'on doit n'accepter que conjecturalement quant au plan ci-annexé.
Du bras oriental ou Yieux-Lez se détachait par une saignée, vulgairement « esclafidou », un canal destiné à l'irrigation de la Prairie du Roi, passée au XIVe siècle à l'hôpital-collège Saint-Sauveur. En aval de la saignée, deux moulins à blé, qui suivirent à la même époque le même sort 4, se réduisaient maintenant à deux meules sous un seul toit, abritées par une maison à double étage 2. Ce moulin s'élevait à l'angle nord-est de l'enceinte de Lattes. A l'angle sud-est, en aval, le bras de rivière avait été détourné en équerre, vers l'ouest, tandis que son ancien lit, transformé en chemin 3, séparait les prairies du quartier des Méjans à l'ouest et les terres du Muscadel à l'est.
Quant au bras occidental ou Lez-Trincat, il avait subi deux saignées : l'une, près de la paissière plombade, dérivant l'eau vers l'ouest afin d'irriguer la Prairie-Vieille, achetée par le pape Urbain V pour le Collège Saint-Benoît 4, et venue par ce Collège au Chapitre cathédral ; l'autre, en aval, destinée à favoriser la navigation. Cette dernière prise, en effet, dite «l'esquine d'aze » oudosd'àne, alimentait le canal ou Roubine, auquel le bras oriental apportait aussi sa contribution, comme on a vu. Ensuite le Lez-Trincat servait à l'arrosage des prairies aménagées sur ses deux rives. C'est celui qui, plus tard, sera canalisé jusqu'à la mer, afin de suppléer à ces diverses voies fluviales, successivement obstruées par l'ensablement.
Relativement aux moyens restreints de l'époque, une telle disposition des lieux se prêtait à la défense du camp de Fourquevaux,
1 Donation du 10 août 1343 (Arch. de l'Hérault, H, fonds Saint-Sauveur).
2 Arch. de Lattes, CC, reg. 2, f° 59.
3 Dans l'Etat des chemins ruraux de la commune de Lattes de 1857, il figure sous le n° G et le nom de chemin de la Palus dit des Muscadelles . On voit que sa largeur est plus grande vers la partie méridionale.
4 L. Guiraud, Les Fondations du pape Urbain Va Montpellier, t. III, pp. 76, 160, 220.
484 LA RÉFORME A MONTPF.T.I.ÏER
établi tant dans le rectangle remparé, muni de trois portes au moins1, où se trouvaient une tour ou donjon, l'église, el quelques maisons, que dans cette sorte de triangle formée au nord par le domaine d'Ensivade, ancienne condamine du château.
11 faut ajouter enfin que le trafic commercial se faisait : de la mer à l'étang par les graux ou étroites ouvertures du cordon littoral ; de l'étang au port de Lattes par la Roubine ; à travers le village ; enfin jusqu'à la ville par le chemin de la Calade, soigneusement entretenu 2.
Azeniers, Areniers, Arcnasscs. — Ce quartier était situé entre le pont de Gastelnau (l'ancien, il va de soi) et celui du Salezon, à proximité et des deux côtés de la route nationale n° 87. Son identification avec le tènement actuel du Sablas ne se déduit pas d'une étymologie douteuse ni des indications, parfois conjecturales, des feudistes du XVII1' et du XVIIIe siècle 3. Elle est établie par les documents, et ceux-ci renseignent sur le motif et l'époque de la transformation topographique du lieu, laquelle a été radicale.
Dès le XIVe siècle, sont mentionnés le plan, la croix des « Azeniers » 4. Un compoix du XVe écrit: « Azenies » 5, qu'on accentuait sans doute, même : « Arenies » 6. Au XVIe cette forme-ci 7 ou celle de « Areniers » 8 font place au terme : « Arenasses » 9. La croix a
1 Arch. de l'Hérault, G, not, du Clergé : Pierre Martin, reg. 37, f° 180 v°.
2 Le Petit Thalamus de Montpellier , pp. 240 et 262. — Arch. mun. de Montpellier, II, Montpellier, plans 305 et 329.
3 Arch. mun. de Montpellier, II, Castelnau, plans 57, 58, 70 et 71.
4 Le Petit Thalamus de Montpellier, pp. 373 et 416.
5 Arch. de Castelnau-le-Lez, CC, compoix du XVe siècle, fos 3 v°, 5 v°, 14, 17,47, 51, 52, 72, 84 v°.
6 Lbid., f° 15 v°.
7 « Aux Bosses et Arenies » (Arch. de l'Hérault, G, not. du Clergé : Solier, reg. 91, f° 8, 3 avril 1553).
8 Qui se déduit du texte : « ad crucem de Arenerijs seu pontis Salazonis » [lbid., Pierre Pagezy, reg. 38, f° 237, 11 novembre 1527).
9 Voir ci-dessus, pp. 267 et 289. — Arch. de Castelnau-le-Lez, CC, compoix de 1603 coté de 1629, f° 70 et sa copie faite en 1643 cotée de 1663, art. 494 et 1104 ; compoix de 1657-1658, fos 87, 166 v°, 167 r° et v° ; compoix de L662, fos 48 v°, 96 v° et 160.
disparu, mais son souvenir, encore frais en 1603 l, ne s'efface que graduellement 2. Ce qui le domine pourtant, c'est l'exploitation présente du monticule sablonneux, d'où une appellation nouvelle : « a la cave des Arenasses» :î. Et, parce que cette exploitation s'étend aux terrains situés au nord des deux routes, ancienne et nouvelle, (encore rectifiée), de Montpellier à Nimes, où on la voit se poursuivre actuellement, le pluriel prévaut: « las caves » 4. Spécialement aux anciens « Azenies » on plante la vigne"5. Alors une double évolution se produit : à la partie occidentale reste le nom de « Arenasses », traduit plus tard en « Sablas » 6 ; la partie orientale prend celui du monticule voisin : « as Bosses », « les Bosses » 7.
Quant au chemin où eurent lieu l'embuscade et la collision de 1562, il a complètement disparu, par suite de l'exploitation des sablières de l'endroit et de l'établissement soit de la route nationale n° 87, soit de la ligne ferrée P.-L.-M. C'est en se reportant au plan cadastral et à ceux des feudistes du XVIIIe siècle 8, corroborés par les compoix de Castelnau, que j'ai pu en restituer le tracé. Celui-ci démontre que le chemin dit des Areniers puis des Arenasses fut un simple tronçon de celui qui reliait les localités de Mauguio et de Castelnau 9, mais en s'embranchant sur celui de Mauguio à Substantion, évidemment plus ancien.
1 (( Lou camin de la crous » (Arch. de Castelnau-le-Lez, CC, compoix de 1603 coté de 1629, f"s 5 et 99 v°).
2 Ibid., copie de 1643 cotée de 1663 du compoix de 1603 coté de 1629, art. 494; compoix de 1657-1658, f° 167 r° et v° ; compoix de 1662, f°s 48 v° et 96 v°.
3 Ibid., copie de 1643 cotée de 1663, art. 1183.
4 Ibid., compoix coté de 1629, fos 5, 99 et passim ; compoix coté de 1663, art. 88, 113, 520, 531, 566, 614, 700, 705, 1027, 1138, 1174, 1243, 1256, 1257, 1330 ; compoix de 1662, f°s 97, 117 et suivants.
5 Ibid., compoix de 1662, f° 96 v°, 117 et suiv., passim. — Voir note 6.
6 La même vigne qui en 1668 est dite « a las caves » (Ibid., compoix de 1662, fos 351 v° et 358), est en 1685 marquée « au tenemant du Sablas ou de las Caves » (Ibid., f°9 358 et 360 v°).
7 Ibid., compoix de 1662, fos 97 v° et suivants. — Voir aussi p. 484, note 7.
8 Voir p. 484, note 3.
9 Aussi une terre sise à la croix des Azeniers est-elle dite confronter « lo cami de Malgue » (Arch. de Castelnau-le-Lez, CC, compoix du
Celle bifurcation se faisait, en venanl des Ternies *, en un point situé à égale distance de la route nationale n" 87 et de la ligne ferrée, et vraisemblablement c'est là qu'aura été la croix des Azeniers, qui aurait pu servir ainsi à délimiter les divisions religieuses ou dimeries de Mauguio, Montaubérou et Caslelnau. Ensuite le chemin des Arenasses se dirigeait vers le nord-ouest el débouchait sur le chemin de Montpellier à Nimes, appelé alors chemin romieu 2. Quand fut établie la nouvelle route, transformée depuis en route nationale n° 87, elle traversa et coupa le chemin des Arenasses, laissant la section occidentale de celui-ci à son nord, el la section orientale à son sud. C'est là ce qui explique, en même temps : 1° le rôle divisoire du chemin des Arenasses par rapport aux parcelles du cadastre ; 2° la communauté de propriétaire et l'analogie des cultures pour quatre groupes binaires de ces parcelles cadastrales situées au nord et au sud de la route nationale n° 87 8; 3° l'apparente bizarrerie des termes exprimant, dans les anciens compoix *, les confronts de ces quatre groupes, jadis pièces de même tenant deux à deux.
XVe siècle, f° 52), et une autre « lo caniin que vay de Castelnou a Malgue » (Ibid., f° 84 v°). Mais des terres sises au même endroit sont aussi dites confronter le chemin romieu (Ibid., fos 3 v°, 11, 26, 47 et 51), ou grand chemin (Ibid., fos 14 et 72) et certaines, deux chemins (Ibid., f° 14).
1 Ce nœud de routes, près la borne n° 1 du plan Kriiger de 1896, prenait sa dénomination des bornes de juridiction entre Montpellier et Mauguio.
2 Compoix et plans, passii». — Aujourd'hui Chemin bas.
3 Joseph Claparède : section D, n° 663, vigne ; section C, n° 146, terre labourable. — Joseph-Bruno Grasset : section D, h° 664, vigne; section C, n° 135, vigne. — Verdier, voiturier : section D, n° 665, terre labourable, section C, n° 136, terre labourable. — Etienne Laurès : section D, n° 666, vigne ; section C, n° 137, vigne.
Un plan de feudiste, qui fait état de reconnaissances aujourd'hui perdues, l'indique aussi (Arch. mun. de Montpellier, II, n° 71). Néanmoins tous ses détails ne doivent pas être acceptés.
4 C'est ainsi que le « grand chemin », c'est-à-dire la route nouvelle par rapport à celle du moyen âge et du XVIe siècle, est donné simultanément pour confront : du nord et du midi aux vignes de Leclerc et de Guérin (Arch. de Castelnau le-Lez, CC, compoix de 1662, f° 96 v°) ; du nord, de l'ouest et du midi à un hernie d'Angelvin (Ibid., f° 48 v°) ; du nord, de l'est et du midi, à une vigne de Mouche (Ibid., f° 96 v°).
Déjà parallèle à la route de Montpellier à Nimes du XVIe siècle, parallèle en outre à la nouvelle transformée en route nationale n° 87, le chemin des Àrenasses n'avait plus aucune raison d'être : il disparut. Mais on suit sa trace par les documents et en partie du moins par l'examen du sol. Au XVIe siècle, le chemin est dit creux et plein de sable1. Que le sol environnant ait été nivelé par l'exploitation du monticule qu'il traversait, c'est ce dont témoigne encore le vestige d'un pied de carrière tout voisin 2. Mais, par le fait de sa position en contre-bas de la route nouvelle, le chemin des Arenasses servit à écouler les eaux de celle-ci ; aussi le plan cadastral le marque fossé. Il existe encore partiellement comme tel dans sa section au nord de la route nationale. Quant à l'autre, au sud, elle a été bouleversée trop profondément par la construction de la ligne ferrée.
Les puechs ou piochs. — Lorsque, venant de la plaine de Lattes, on se dirige, au nord, vers le quartier des Arenasses, le terrain s'élève graduellement. Mais, de plus, à hauteur de la ville, commence une série de vallonnements entre les vallées du Lez et du Salezon. C'est cette disposition qui permit aux troupes de Joyeuse de s'y disperser et ainsi se dérober à la vue pour réussir l'embuscade des Arenasses. De ces ondulations de terrain, — dont les pitons ou pnys, dits puechs ou piochs dans le langage du pays, ne dépassent guère l'altitude de 55 mètres, — la plus importante est celle de Montaubérou 3 ou Grammont 4. Mais il faut également signaler comme ayant servi aux troupes de Lattes : au nord de Grammont, le Puech-Cabrier 5, à plusieurs points culminants, dont l'un recevra un poste de télégraphie aérienne 6 ; le Puech Sant-Peyre 7 et les
1 Voir ci-dessus, pp. 289 et 322.
2 Dans une terre au nord de la route nationale n° 87. — J'adresse ici mes meilleurs remerciements à mon collègue de la Société archéologique de Montpellier, Mr Maurice Gennevaux, qui a bien voulu vérifier avec moi l'état actuel des lieux dans ce quartier des Areniers.
3 Nom d'un ancien prieuré de l'Eglise de Maguelone.
4 Du monastère de cet ordre, fondé au XIIe siècle.
5 Arch. mun. de Montpellier, II, Montpellier: plans 243 et 254; Castelnau, plan 67.
6 Dit télégraphe de Montaubérou.
7 Arch. de Castelnau-le-Lez, compoix, passim ; plan cadastral.
Bosses ensuite Sérane l; enfin, à l'ouest, au voisinage du Lez, le Peyrou de Novigens 2 et Piocli-Pelat :!, faisant suite à Costebelle.