‹ Études sur la réforme à Montpellier (volume 2)Chapitre 5 sur 48 · catholiques · texte numérisé non relu

catholiques

15(>2 L'avoint aguerry ; aussi governoit il. Et, quelz excez qu'ilz fissent soubz prétexte de religion, il n'y avoit justice ny religion que leur ozat rien dire. Ains se t revoit souvent que, la religion mesmes ayantz fait mettre aulcuns ez mains de la justice, les juges n'y ozoint toucher, mais Ieurdizoint on a l'oreille q'on leur copperoit la gorge. Par quoy ung temps fut fort piteux Testai de ceste pouvre ville, car jusques aux debtes et actions civiles ung [papiste] * n'ozoit rien demander [aux huguenaulz] -, et messieurs du Concistoire, avec ce peuple, tenoint3 la ville en leur main.

1562 Levée d'armes générale des protestants dans le royaume. — A Valence en Dauphinê meurtre de Lamothe-Gondrin. — Surprise de Lyon par les réformés. — Culte catholique supprimé pur force à Béziers. — .4 Montpellier prêche remis à Notre- Dame. — Surprise et dévastation de Maguelone. — Préparatifs de guerre. — Grands troubles à Toulouse, à Limoux, à Orange. — Jacques de Crussol, seigneur de Beaudiné, général des protestants de Languedoc, rient à Montpellier proclamer la guerre. — Assemblée locale pour la conjurer. — Troubles à Beaucaire. — Pentarchie consistoriale à Montpellier. — Formation de troupes pur les deux partis. — Premiers contacts défavorables aux protestants à Mouiu</nue, Pézenas, Gignac, Frontignan. — Le Consistoire décide de nouvelles levées. — Grands préparatifs. — Nouvel échec des protestants à Frontignan. — Joyeuse fait mettre le siège devant Montpellier, où Beaudiné oient s'enfermer. Ruine des faubourgs par les protestants. — Le baron de Fourquevau.r établit à Lattes le camp des catholiques, afin d'assiéger la ville de Montpellier. — Reprise de Maguelone par les catholiques.

1 catholique

2 a celluy de la religion

3 Ms. : tenoit.

— Beaudiné s'établit aux champs pour assiégera son tour le camp de Lattes. — Venue du baron des Adrets et son brusque départ.

— Nombreuses escarmouches. — Sur la nouvelle de l'entrée en Languedoc de Sommerive et Suze, chefs catholiques, une partie des troupes protestantes va à hoir rencontre, sous les ordres du capitaine Grille, et remporte la victoire de Saint-Gilles. — Pendant ce temps continuation du siège de Montpellier. — Défaite à Castelnau de Grille, revenant de Saint-Gilles. — Conférence de conciliation entre celui-ci et l'évêque d'Alet. — Levée du siège par Joyeuse. — Happe! de la destruction des églises et couvents aux faubourgs.

Rapin gouverneur à Montpellier. — Exécutions. — Prêche obligatoire. — Faits de guerre dans la province : à Agde, à Bourg- Saint-Andéol. — Etats protestants à Aimes : organisation protestante. — Rareté des faits de guerre l'hiver. — Etats catholiques à Carcassonne. — Evénements en France. — Arrestation du baron des Adrets.

1563 £e seigneur de Peraud gouverneur èi Montpellier. — Proscription

des catholiques. — Synode île Languedoc à Montpellier. — Meurtre du due de Guise. — Siège d'Aramon. — Etats protestants à Bagnols. — Nouvelles de la paix. — Dévastation des églises de la ville. — Arrière drs commissaires pour la paix. — Etats protestants à Montpellier. — Pourparlers sur la paix, nouvelle transaction pour les églises, publication de i'éilit d'Amboise. — Missions de Vieilleville, de t'a glus. — Le culte catholique demeure pourtant supprimé de fait à Montpellier jusqu'à la venue <!■■ Damville, le nouveau gouverneur de Languedoc. — Entrée solennelle de ce seigneur. — Messe à Notre-Dame des Tables, reprise du culte catholique, rentrée des prêtres et des religieux, ipi'on installe dans les églises urbaines. — Commission municipale mi-partie. — Etats de Languedoc à Narbonne nettement catholiques.

1564 Commissaires sur l'exécution de l'édit. — Gouverneur et consuls

exclusivement catholiques choisis par Damville. — Juxtaposition

des cultes sans trouble. — Voyage de Charles IX et sa venue à Montpellier.

1567 Mouvements dans la ville et procédures contre les réformés par des commissaires ilu Parlement de Toulouse.

1562 Et, d'aultant qu'il sert a ce discours particulier, il convient dire que, au commencement dud. temps d'esté d'icelle année 1562, s'esmeurent quasi par tout le royaulme de France grandz troubles

1562 a cause ('c 'a religion. Car voyantz [les fidèles] ' leur cause estre deffavorié envers le roy, et non- luy pour son bas aage, niais des grandz ayantz la charge et autorité du royaulme, [comme le roy de Navarre et Monsieur le duc de Guise,] eurent et suyvirent pour leur protecteur et chef Monsieur le prince de Coudé, frère dud. roy de Navarre, prince du sang, lequel prince de Condé, accompagné de Monsr de Chastillon, admirai de France, et plusieurs aultres grandz seigneurs et chevaliers de l'Ordre soubstenantz [la] :s religion, se saisist de la ville d'Orléans, le roy avec la royne, sa mère, el aultres susd. estant/ dans Paris. Et ainsy commencea la guerre civile en France, et par tout le royaulme s'esleverent [les fidèles] * en armes, se fortifiant/ dans les villes, disantz que ce qu'ilz faisoint, n'estoit5 que pour le service du roy et délivrance de sa personne, de sa mère el messieurs ses frères, les Ducz d'Orléans et d'Ango- Icsme, encores plus jeunes que luy, détenus hors de leur libelle 6 par les Princes aultres. Par quoy le roy, avec la royne, le roy de Navarre, nions1 de Guise, nions1 le Connestable el aultres plusieurs princes, se relira dans Paris, ou desia y avoil semhlables esuiotions que ailleurs pour lad. religion. Par la venue duquel tout cessa, et mesnies [les fidèles] ~ désistèrent y faire prescher.

De la feit le roy scavoir par ses lettres patentes par tout le royaulme aux peuples esmeus comment il estoit en sa ville de Paris, acompagné de sa mère, princes de son sang et aultres grandz seigneurs, et d'iceulx en sa pleine liberté servi et honoré, comme a tel roy appertenoit, dont esloit commandé a ung chascun se desparlir et laisser les armes. Lesquelles 8 furent publiées a Montpelier le xxm dud. mois d'avril, et encores environ la fin dud. mois en furent publiées aultres, par lesquelles led. seigneur conimandoit q'on laissât les armes, declairant voloir ledit de janvier pre-

1 ceulx de lad. religion

- encores seulemen

:i lad.

4 ceulx de lad. religion

5 Ms. : csluiiil.

,; .M s. : libertés.

7 lesd. de la religion

8 lettres

1562 cèdent, touchant l'ordre des prêches de la religion, sortit effect, fors (feu la ville de Paris, faulxbourgs et banlieue d'icelle, ou expressément prohiboit lad. religion.

A Valance en Daulphiné pour ce temps y estant le seigneur de la Mole Gondrin, gascon, chevalier de l'Ordre et lieutenant du roy en Daulphiné. y eut quelque esmotion pour le t'ait de la religion, mais tellement qu'il ne fut ny obey ni le plus fort, ains [les fidèles], i entre Iesquelzy avoint plusieurs de la nohlesse du pais, qui, appres longue sédition, envahirent le logis dud. lieutenant et icelluy meurtrirent, et, pour appaiser le peuple, qui, pensoit l'on, l'eut forcé, pendirent son corps aux fenestres pour en faire exhibition aud. peuple, tant ils l'ayoint. [Aussi leur avoit il esté fort adversaire.] Ce fut ung grand excès, mais n'en fut aultre chose pour lhors.

Ce fait de Valance - haulsa tant le cueur [aux fidèles, desquelz aud.] 3 Daulphiné [estoit le] 4 chef et conducteur le Baron des Adretz, homme fort et expérimenté ez guerres et du mesmes pais, (pie a l'instant aud. pais la messe et prebstrize furent chassés et tout chault ceste troppe se 5 getta dans Lyon avec l'intelligence de ceulx qui estoint en la ville, en laquelle des long temps y avoit messe et ministres, qu'environ la fin dud. mois d'avril lad. ville fut toutellement saisie et en la puissence [des fidèles] 6 les prebstres, prebstrize et messe cessantz. Et fut ce fait dans un demy jour et si accortement que n'y eut aulcung tumulte ny resistence des catholiques, mesmes de messieurs de Saint Jehan, l'église métropolitaine, q'on scait estre tant riches et puissantz et qui long temps auparavant avoint prins grand peine et despendu beaucoup pour se garder. La saisie de ceste ville de Lyon, pour l'autorité d'icelle, fut de grand conséquence et estonemenl en tout le royaulme, car n'y passoit homme sans estre bien foillé, et estoint les passages fermés par la sauf a ceulx qui avoint bon sauf conduit de [la] 7

1 ceulx de lad. religion

a leur

3 avant aud.

'• pour leur

5 Ms. : ce.

6 de ceulx de lad religion ' lad.

1562 religion. Et des lors cessèrent les foires y estre tenues et généralement le traffic et commerce de toutz estrangiers en ce roiaulme, pour les préparai ifz et commencementz de la guerre civile qu'on y prevoioit.

Revenant au Langdoc, a Beziers en mesme temps aussi fut fait comme a Montpelier : c'est la messe et prebstrize chassés, ymages rompus et temples desbifés, toutesfois sans effusion de sang.

A Montpelier jusques a l'heure l'on avoit, obéissant a ledit de janvier, presché au fossé, mais, prinse occasion de quelque pluye, l'on se remit dans le temple de Nostre Dame. Et se mit on en lad. ville faire garde le jour et guet la nuit [le tabourin sonnant] ', que n'avoit encores esté faict.

Et, oultre, [lesd. fidelles] - allèrent saisir l'isle et chasteau de Maguelone, et, d'illec chasses les prebstres et rompus les ymages, retindrent ce lieu pour forteresse, comme elle est, y establissantz garnison pour la garde du passage de l'estang. 11 y avoit aud. lieu de belles antiquités, mesines des sepulchres, que tout fut ruiné et mis en pièces. C'estoit jadis ung beau et notable monastère de chanoines réguliers et siège de l'evesché de Montpelier, dicte de Maguelone auparavant la secularization qu'en fut faicte ensemble du monastère de Saint Germain et translation aud. Montpelier des l'an 1536, ainsi que dict a esté devant.

Appres, aud. Montpelier furent dressées compagnies de gentz de guerre et faitz capitaines pour le faict de la guerre de la religion ; et ne passoit aulcung par Montpellier sans estre fouillé. Les reliques des églises, qu'avoint été espargnées jusques a l'heure, furent saisies pour employer a faire testons pour le fait de la guerre. Mesmes le grand trezor de Saint Pierre fut du compte, ouquel trezor furent trouvés vicc marcz d'argent. Tout ce estoit fait par autorité [de Messieurs] du Concistoire et surveillantz.

A Tolose y avoit . assemblée de [la] 3 religion très grande, et d'aultant [que lesd. fidèles] '* avoint entreprins faire aultant dud.

1 et soner le taborin

- lesd. de la religion

3 lad.

'■ qu'ilz

1562 Tholoze que nagueres avoil esté Pail a Lyon, c'est chasser [la prebstrize] i et s'impatronizer 2 de la ville, el de fait, faite assemblée de gentz en armes, s'estoint emparés de la maison commune, lieu fort beau et grand, et du collège de Sainl Marcial illec voisin, Messieurs de la Court de Parlement et aultres grandz de la ville, ce prevoianlz, s'estoint aussi munis de gentz pour rompre ceste entreprinse et mesmes sur le point tirent :! en lad. ville les seigneurs de Moulue et Terride, chevaliers de l'Ordre, avec deux ou trois compagnies de gentz d'ordonnance, le seig1' de Forquevaulx, governeur de Narbone, et toutz les gentilzhommes des environs dud. Tholose, par la conduite desquelz, avec la force du populere y estant et appres les commandement/, et injunctions faitz par autorité dud. Parlement ausd. [fidèles]4 de laisser les armes, leur fui coreu sus, a force d'armes, tellement que, appres [lesd. lidelles] avoir soustenu trois jours, ilz furent en fin vaincus, meurtris en grand nombre et chassés hors la ville, et en fut fait unix grand massacre, mesmes hors la ville et aux champs. Car, comme [lesd. lidelesj 5 s'estoint sauvés hors la \ille, la gendarmerie a cheval s'estoil gettée aux champs, qui en feit grandissime strage et occision, comme firent aussi les villageois du pais ez environs de cinq a six lieues de Tholose. s'estanlz fi eslevés a ce bruit, qui indifferement meurtrissoint ou gettoint dans les rivières pour huguenaulx7 tout tant de[povres] gentz qu ilz trovoint fuyantz dud. Tholoze, s'ilz de bonne heure ne s'armoinl des enseignes de la croix. Cec) advinl aud. Tholose pour les testes de la Pentecoste xvn ou xvm de inay. Et ainsi cessa aud. lieu [la]8 religion [desd. fidèles] 9. Desquelz non seulement fui faicte desfaicte par guerre, comme dict est, mais, la furie passée 10, le menu

1 les eclesiastiques

2 Ms. : s'impratronizer.

3 H semble qu'ici le mot : venir a été omis par l'auteur. (L. G.).

4 de la religion

5 ilz

8 Ms. : s'estant.

7 huguenot/.

9 novelle

10 Ms. : passé.

[562 peuple corut par les maisons des plus grandz qu'ilz sospeconoint de [la] ] religion pour les perdre, si eussent esté trouvés. Et, ne les trouvant, volèrent el sacagerent leurs maisons sans que la justice y peult provoir.

Laquelle justice en appres et oultre ce joa son jeu, q'on dict comunement : [c'est que messieurs du] 2 Parlement feit saisir plusieurs de grandz personages et iceuh appres feit morir, non pour le fait de [la] ;i religion, car l'edit du roy permisif y estoit, mais pour le port d'armes, rébellion et consentement a la saisie de la ville. Et furent saisis le senechal de Tholose nommé de Vabres et infinis aultres, desquelz furent décapités le viguier dud. Tholose nommé Portai, ung des plus anciens et fameux advocat aud. Parlement, nommé de Theronde, ung capitaine nommé de Sault, et aultres plusieurs de moyen et bas estât despeschés ou bannis, [de façon que, par quel moyen que ce fut, Tholose fut grandement aftligée pour ce faict enpersones et biens, tellement que ne povoiteslre que ne s'en sentit fort longuement].

A Lymos, qu'estoit une petite ville fort populeuse et mercbande, y avoit assemblée [des fidèles] 4, lesquelz se rendirent maislres de tout; par quoy, semons par Monsr de Joyeuse, lieutenant du roy, leur voisin, poser les armes, n'en firent compte. Dont est que, d'aultant lad. ville est fort prochaine de la frontière d'Espagne, et ainsi if estoit trouvé bon qu'elle feit teste, fut f aie te levée de gentz, et de taict lad. ville assiégée soubz la charge par dehors de monsr de Mirepoix, senechal de Carcassonne, [lequel] 5 appres y avoir6 bien l'espace de trois sepmaines ou ung mois tenu le siège, en fin, ou mois de juing, fut lad. ville prinse d'assault, mise a l'espée et saccagée comme terre ennemye. Et fut ceste [povre] ville ruynée, que soloit estre une des bonnes et merchandes villes de Langdoc, mesmes en faict de drapperies.

En mesme temps y avoit pareilz troubles en Provence, singulie-

- car la Court dv

3 lad.

4 de lad. religion

5 dont G esté

Soc. Arch. de Montpellier. JS

1562 rement du long du Rhosne et ez terres voisines de Languedoc. Et la ville d'Orenge, on estoil [la] 1 re'igion, récent mesmes traictement que Lymos par le seigneur de Sommerive-, lieutenant du Roy en Provence, et fut pareillement prinse d'assault et pillée.

Ces faietz de Tholose, Lymos, Orenge et aultres lieux donnèrent a penser aux aultres villes ou la religion estoit se prendre garde de plus près et se mettre en armes ouvertement et de toutz pointz, comme fut fait, et a Montpellier renforcea l'on la garde tant nuict que jour, et a tenir les portes fermées et advisé qui entroit ou sortoit plus que jamés. Et principalement estoit la rigueur gardée aux [papistes] 3. Et ceulx qui n'alloint au presche, voire ceulx qui ozoint parler contre la religion, estoint mis dans Sainct Pierre prisoniers, ou l'on coinmencea faire lieu de garde et citadelle au non de [la] i religion, sans (pie la justice ny Consulz de lad. ville fussent en ce ayantz quelque autorité.

Or il est dict devant que Monsieur le prince de Gondé, frère du Roy de Navarre, s'esloit rendu en France chef et protecteur [desd. fidèles]5 et a ces fins avec puissence mis dans la ville d'Orléans, et prétendant il le roy d'ailheurs estre détenu oultre son gré par les adversaires de [la]6 religion, tendoit, avec ceulx de son alliance et ligue, [qu'estoint lesd. fidèles], a la délivrance dud. seigneur roy et a son service, (pie ne povoit estre ez lieux particuliers duroyaulme ou la religion estoit sans chefz et conducteurs speciaulx.

Par quoy, laissant ce que se faisoit ez aultres provinces, en Langdoc vint en ce temps, scavoir est au mois de may dud. an 1562, ung frère puisné du conte de Crussol, nommé par son non propre Jaques, seig1" de Reaudisné, mais communément Mons1 le baron de Crussol, soy disant en ses lettres patentes gênerai des compagnies de gentz de guerre levées en Langdocpour le soustenement de la religion et délivrance du roy, de la royne et Mons1' d'Orléans, détenus captifz, et proprement lieutenant du roy aud. pais, [qu'est ausd.

1 lad.

2 conte de Temh

3 catholiques

4 lad.

5 de ceulx de lad. religion u lad.

1562 fidèles], car lel fui il receu et tenu par lesd. [fidèles]1, et ne faisoit rien que au nom du Roy, pour son service. Et, a la commination des peines mise en ses provisions et mandementz, c'estoit tout sur peine de rébellion aud. seigneur. Et ainsi des lhors fut divisé le gouvernement du pais de Langdoc, carde Narbone en la estoit obey Monsr de Joyeuse comme lieutenant du Roy, de Beziers en ca ledit sieur baron de GtussoI, comme sera veu appres ez actions suy- \;uiles.

El l'acte premier de sa charge l'ut a Montpellier, ou, le xxviii de ma y fut l'ail ung grand cry el proclamation de par le roy et le baron de Crussol, ayanl la charge que dessus. Ouquel cry, faicte longue narrative du contenu en ledit - dessus mentioné et permission de prêcher portée par icelluy, contre le contenu auquel edit plusieurs s'estoint esmeus contre [la] :i religion et [lesd. fidèles], les meurtrissant et massacrantèindifferement, tant en Daulpbiné, Provence que Tholose et aultres lieux, estoit a ceste cause mandé pour l'entretenement d'icelle religion prendre les armes, corir sus aux adversaires de la religion el ruiner leurs places et ehasleaulx. Appres, le seigneur de Crussol passa oultre et alla résider en la ville de Beziers, comme frontière el plus proche des [papistes] '* et d'illec fut par tout le pais de Lang1"' pari deçà, sonné le laborin et fait levée de beaucoup de gentz de guerre pour aller faire ung camp a Beziers et défendre lad. ville, Aude, Pezenas, Monlagnac et aultres lieux voisins tenus par [les fidèles] 5.

Pour ces cvenementz et que oud. Montpellier ung chacun portoit armes, inerchantz et aultres11, messieurs de la Court des Àydes, comme le premier membre d'icelle ville et collège de court souveraine, prindrent advis s'enlremesler ung peu des afferes, et mettre en avant quelque moyen de pacification envers les dangiers et bazards qu'on prevoioit et que appres s'ensuivirent. Par quoy tirent

1 ceulx de lad. religion - de janvier :i lad.

4 catholiques

5 lad. religion

0 et ou encores toulz les officiers du roy et principaulx de la ville, toutz catholiques, estoint, n'ayani eu povoir nv liberté

1562 prier aulcuns de toutz estatz de la ville voloir s'assembler en icelle court, comme lieu plus idoine pour éviter tumulte et apport du populere, pour communiquer ung peu de ce faict, ce que lut trouvé [bon] *.

Dont, ung sabmedy matin trentiesme de may, en la Cbambre du Conseil de lad. Court, fut l'aicte lad. assemblée, en laquelle assistèrent ceulx que s'ensuivent :

Premièrement en lad. Court estoint lbors M.™ François Chefdebien, gênerai des finances en la généralité de Montpellier ; Pierre de Panisses et Simon de Beaulx hostes, premier et second presidentz ; Estienne de Combes, Anthoine de Tremolet, Jeban Pbilippi, Nicolas drille, Pierre Mathci, Guillaume de La Coste, Micbel de Sanravy, Jehan de Lauzelergue, Paul le Clerc, Léonard Aguillon et Estiene Ranchin, conseillers et generaulx ; Jaques de Montagne et Guillaume Pbilippi, advocat et procureur gênerais du roy, et Guillaume le Clerc, greffier en lad. Court.

De la Cbambre des Comptes y furent envoyés : MesJehao Antoine Bandinel, second président; Jeban de Farges et Kaphaellis ,'

conseillers du Roy et maistres desd. Comptes.

Du Siège presidial du Governeur : Mos Jehan de Boques, président ; Charles de Barges, lieutenant criminel; Jehan Le Bas et Jehan LTzillis, conseillers aud. Siège.

Des Consulz : M1' Jeiian Martin, docteur, François Maigret et Jehan Pons, merchanlz, avec Me Madronet, leur assesseur.

Du Concistoire de la religion : M'1 Michel Heroard, me chirurgien, Hortolan, auditeur en lad. Chambre des Comptes, François Rey et Pierre Remond, merchantz, surveillant/.

De la noblesse : le seigneur de Figaret et le seigneur de Paulhan.

De l'Université de Médecine : Mos Sapporta et Rondellet, docteurs regenlz.

Et Bertrand Manny et Guillaume Tuffani, borgeois.

Lesquelz ainsi assemblés, M" Pierre de Panisse, premier président susd., feit une petite remonstrance de la cause de la convocation de lad. compagnie, prinse sur le notoire estât de la republique

1 bon et agréé par ceulx de lad. religion par une dissimulation, bien asseuiés que, pour ce, leur intention ne seroint empêchés (sic).

1562 et manifeste calamité du temps, prognostic et présage certain de plusieurs grandz maulx advenir, la grand ruine des persones et biens, discorant plusieurs aultres choses selon le subiect qui s'offroit, concluand, en fin, avoir esté l'advis de lad. Court, tenant en la ville le rang qu'elle lenoit tant a l'endroit du prince comme de ses subiectz, leur en faire ceste remonstrance, pour ensemble délibérer quelque moyen de pacification pour l'indemnité de la republique non seulement de la ville mais de tout le pais ; et, pour y parvenir, «l'on advisast si seroit bon d'envoyer et déléguer devers Mr de Joyeuse certains personages des plus notables de toutz estatz d'icelle ville, pour le prier faire cesser les armes d'ung costé et d'aultre et tendre au repos et entretenement en paix du pais ; et que non par la ville de Montpellier debvoit seulement ainsi estre fait, mais par toutes les villes voisines; et de mesmes le debvoit on faire entendre au ro\ .

Sur laquelle proposition, ayantz ebascun des assistante séparément communiqué ensemble, collegialement et parlantz en appres par ung d'entre eulx, trouvèrent trestoutz cest advis bon, et la voye d'appaiser ces troubles mise en avant salutere a la republique, fors et exceptés les Gonsulz et surveillantz, qui conclurent parleurs opinions ne povoir sur ce aulcune chose difi'initivement resoldre sans leur conseil, qu'estoit : celluy desd. Consulz, le Conseil ordinaire de la ville, q'on nomme des XXIIII1, et desd. surveillantz le Concistoire, ayant pour lhors toute puissence et autorité en lad. ville, et sans lequel n'estoit rien fait.

Par quoy ne sortist ell'ect lad. entreprinse, et n'en fut plus parlé, dont augmentèrent les troubles en lad. ville et pais de plus en plus.

VA nommeement a Beaucaire pour ces jours y eut grand effusion de sang, car, y estant [la]2 religion instituée, leurs voisins de Provence, mesmes deTarascon, n'ayantz que le Rhosne [d'entre eulx]3, de nuit et avec intelligence d'aulcuns dud. Beaucaire catholiques, envahirent led. Beaucaire, tellement que, occis les guetz et gardes, firent grand meurtre [des fidèles] * y estantz, et pillèrent et sacage-

1 toutz composés de lad. religion * lad.

3 entre deux

4 de ceulx de lad. religion

1562 rent leurs maisons. Mais incontinent [les fidèles]1 de Nismes et aultres lieux y accoreurent si diligentement et virilement qu'ilz regaignerent dans ung ou deux jours appres lad. ville, et occirent et mirent a l'espée tant de ces Provenceaulv et catholiques qu'ilz y troverent, et d'iceulx encores se noyèrent ung grand nombre au Rhosne, eulx volantz sauver a Tarascon. Et fut, des maisons des catholiques ayantz donné faveur aux Provenceaulx, fait pareil pillage et sac des biens et maisons.

D'aultant que jusques aud. temps ez villes de la religion et leurs diocezes et ressortz, q'on nommoit classes, les surveillantz faisanlz le Concistoire avoint toute puissence, povoir et autorité de la police et guerre et les clefs des villes a leurs modérations, neantmoins de noveau Monsr le baron de Crussol en chasque ville depputa certains personages d'entre lesd. surveillantz, et mesmes a Montpellier cinq d'entre eulx, scavoir : Me Michel de Sanravy, gênerai des Aydes, Guillaume Contour, contreroleur gênerai des finances , François Roy et Pierre Raimond, mercbantz, et Michel Heroard, chirurgien dud. Montpellier, leur donnant par ses lettres patentes toute puissence du governement des afferes aud. Montpellier et son ressort et classe, avec povoir de prendre les dixmes et revenus eclesiasliques, reliques, cloches et le tout emploier ou fait de ceste guerre, lever gentz, saisir les persones et biens de ceulx qui se voldroint bander et monstrer adversaires de la religion, avec toutes clauses aultres, importantz puissence totelle requise a telz faitz.

Des lors fut d'abondant le peuple esmeu et promptement levées, tant de la ville que villages voisins, et dressées quatre ou cinq compagnies de gentz de guerre, tant a pied que cheval. Et, pour ce y avoit faulte de chef/., car la noblesse du pais et les genlilzhommes capables de telles charges ne s'y voloint emploier, furent baillées lesd. charges a de gentz de robbe longue, horgeois et aultres de bas estât, lesquelz, les uns volunterement les aceceptoint, les aultres estoint contraintz les prendre, mesmes aulcuns des [papistes] - q'on pretendoit gentz de l'action. Et, pour armer ce peuple, fut fait reserche d'armes, tanl en la ville que villages voisins, de toutes les

1 lesd. de la religion • 2 catholiques

1562 maisons des catholiques et de ceulx q'on n'estimoit de la religion, sans excepter les chasteaulx et maisons des gentilzhommes. Dont en brief fut fait grand recovrement d'armes, comme allecretz, cuyrasses, arquebozes, picques, que tout fut prins sans payer et desparty parmy ces compagnies. Et telle maison de gentilhomme y eut q'on y print a 500 ou 1000 1. d'armes. Et mesmes fut fait pour monter les gentz a cheval qu'on dressoit, car tous les chevaulx q'on pensoii povoir servir furent prins, tant en la ville que aux champs, des mains des maistres sans respecter persone ny de quel prix que les bestes fussent, et sans payer.

Et a l'instar de Montpellier fut fait ez villes de Nismes, Alez et partout ou la religion estoit. De façon que s'assemblèrent grandz compagnies, et toutes s'allèrent rendre a Beziers devers Monsr de Grussol, dont eommencea tout le pais estre fort troblé, mesmes que c'estoit au mois de juing et sur la fin, la saison plus propre de cueillir les bleds et fruitz.

Par quoy ceste guerre ainsi allumée a Montpellier, l'on eommencea tout bellement a fermer les courtz et chacun penser a ses besoignes et abandoner la ville comme ilz povoint, jacoit fut avec grand difficulté, considéré l'estroicte garde et règle que y avoit ez portes de ne laisser sortir persones, corps ne biens. Mais s'en alla beaucoup de gentz, tant des catholiques que [fidèles] * ausquelz ceste guerre desplaisoit, dont s'en suyvirent grandz dépenses extraordinaires et désolation de lad. ville.

Si de la part [des fidèles] - tel apprest de guerre se faisoit, monsr de Joyeuse, lieutenant du roy, de son costé n'en faisoit moins, car, appres la prinse de Limos, il feit lever grandz compagnies tant de cheval que a pied par tout son governement despuis Narbone jusques a Tholoze, et singulièrement assembla il grand compagnie de gentz a cheval de la noblesse dud. pais et gentilzhommes, gentz exercités a la guerre et costumiers aux armes et anciens capitaines, ayantz fait ce mestier longuement, comme le seigr de Forquevaulx, governeur de Narbone, le seigr de Conas, ancien capitaine ayant esté longuement amploié en Piedmont, le baron de Mieux, le baron

1 aultres

- de lad. relieion

1562 de ïendeille, le seigneur de Villeneufve et aultres, entre lesquelz

[des premiers] estoit ung capitaine ancien de la frontière d'Espagne, nommé mossen Peirot Lopia, selon le langage du pais, avec lesquelz et grand nombre d'artillerie il se mil aux champs.

El pensoil monsr de Grussol, qui estoit dans Beziers avec sa force, que led. sieur de Joyeuse vinl assiéger Beziers, mais il n'en feit rien, sinon que, le costoiant du costé de la montaigne, il saisit Gapestain, Cazols de Narbone, Servian et certains aultres petitz lieux des environs, en son chemin. Et avoir, ce faisant, sejorné quelques jours, non sans escarmoches respectives et plusieurs meurtres, car tout ce que [les fidèles] ] povoint tenir estoit mis a mort, tant cruelle et affectionée estoit cesle guerre, il laissa aussi Pezenas, tenu par [les fidèles] -, cl loiil au coup passa la rivière d'Heraud el vint mettre le siège a Montagnac, ou n'y avoit pour [la]3 religion que deux enseignes de gens de pied, car ne cuydoil on qu'il vinl si avant, laissées les villes et forces [des fidèles] en arrière.

Cesle ville de Montagnac, assiégée'*, battue et y faicte bresche du costé de l'église, luy fut rendue ung vendredi xvn de juillet ; en laquelle ville entré led. seigneur, pour les premiers [des fidèles] 5 que luy vindrent en main usa il de doulceur non espérée, car mesmes aux soldai/ ne feit q'oster les armes. Yray qu'il faillut que se sauvassent en appres et s'ostassent subtilement du povoir du populere du camp, pour n'estre endommagés. Ung des capitaines6, avant la reddition de la ville, s'eslanl saulvé par ung conduit de molin d'huile, rencontré aux champs, fut meurtry ; l'aultre trouvé dedans fait prisonnier. La ville combien eut seureté dud. seigr. si est ce que ne peult on tant faire que plusieurs maisons ou les soldatz du camp les aulcuns estoint logés ne fussent pillées secrètement, et, brief, fut ceste'povre ville grandement foullée pour ce coup.

Dans led. Montagnac s'estoit enfermé pour le siège ung habitant

1 qu on

2 lad. religion :! lad.

'■ Ms. : assiégé.

5 de lad. religion

,; Ms. : capitaine.

15G2 de Montpellier nommé Bonail, ault renient le seigneur de Roquemaure, qui, ez premières actions [des fidèles] a Montpellier, avoit esté des premiers [d'iceulx] '. Cestuy, durant le siège, avoit proférées publiquement quelques paroles contre led. seig1' de Joyeuse [et son lieutenant], pour lesquelles fut il pendu aud. Montagnacpar autorité dud. seigneur de Joyeuse. Et n'eut aultre de la ville aulcung mal. Vray que le ministre n'y fut trouvé. Et incontinent y fut remise la messe et les prebstres.

Ayant en appres led. seigr de Joyeuse sejorné quelques jours2 aud. Montagnac, et son camp a l'entour, il s'en alla a Chasteauneuf les Pezenas, pies la rivière d'Hérault, avec son camp, pour, appres, passée lad. rivière, aller mettre le siège a Pezenas. Monsr le baron de Crussol, sorty de Beziers avec son camp [des fidèles], se vint a ['opposite camper el mettre de l'aultre costé de la rivière devers led. Pezenas. De nuit Mous1' de Joyeuse feit passer son artillerie avec partie du camp de lad. rivière et icelle poser dans une saulsée fort a couvert du costé de Lezinhan, le camp [des fidèles] :{ estant devers Pezenas. Dont les deux camps estanlz ainsi si prochains, desquelz estoinl presque les forces pareilles, — car n'avoint l'ung ni l'aultre plus bault de ni ou nu mil hommes, fors q'on exlirnoit la cavalerie de Monsr de Joyeuse plus forte, car estoint gentilzhommes des ordonnances, armés et montés sur grandz chevaulx, [celle des ridelles] 4; la plus part gentz du peuple de toutz estalz, montés sur crestatz et chevaulx ordinaires prins d'ung et aultres, vray qu'il avoit aussi de la noblesse, — ung lundi donques xx dud. juillet, environ les quatre ou cinq heures du soir, quelques ungs de la cavalerie du seigneur de Joyeuse firent sallie sur [les fidèles] 5 pour [commencer]0 l'escaramoche, que lesd. [fidèles]7 ne récusèrent ; ains corageusemeni quelques gentz de pied d'eux se desbanderent pour corir sus a ces avant coreurs, tout le reste des deux camps estantz en bataille et apprestés au combat.

1 de lad. religion

2 Ms. : jour.

3 de la religion

4 les aultres

5 ceulx de lad. religion 11 attacher

7 de la religion

1562 [Les fidèles]1 donc estoinl mal [servis]- d'espions, car ne scavoint 3 ou estoit braquée l'artillerie des catholiques, dont leur en mesprint, car les susd. chevaliers des catholiques avant coreurs, des que se virent suivis, faignirent fuir d'aultre costé, et pensoint [les fidèles] 4 que led. seigr de Joieuse se retirai, voyant si peu de gentz, si que ne se donnèrent garde qu'ilz furent au vol et aspect de l'artillerie desd. catholiques embuchée, que fut delachée promptement et a l'improviste contre eulx et leur camp et bataillon, comme de but en blanc, dont 5 fut fait quelque tuerie [desd. fidèles], mais non si grande comme fut la peur et l'esfroy de lad. artillerie battant contre ce peuple non acostumé aux armes et d'ailleurs la furie des gents d'armes montés surgrandz chevaulx qui, ce pendant, viendrent par les flans assaillir [les fidèles]''. Par quoy en somme fut leur camp rompu pour ce jour, et se sauva Monsr de Crussol dans la ville de Pezenas avec le reste de son camp. Car, comme dit est, il n'y eut pas grand meurtre, et n'y moreurent plus hault de m ou imcc hommes, que n'estoit gueres pas ou y en avoit quatre ou cinq mil. Mais ce fut par la peur et effroy que ce camp fut rompeu et mis en desordre [tel que] les garigues jusques a Montpellier estoint courtes aux fuyardz, qui 7 q'avoit les poursuivit

ayant laissées les armes. De façon que lendemain a Montpelier une infinité des blessés et non blessés sans armes, voire des chefs de l'enfanterie, se trouva aux portes avec une telle frayeur comme si Mons1' de Joyeuse leur eut esté ados. De quoy fut tellement esmeue lad. ville, cuydant toute l'espérance qu'estoit en ce camp ostée, que subit, jour et nuit, l'on ne faisoit que vuider femmes et enfans et meubles.

En ceste rencontre mons1 de Joyeuse se montra plus doux q'on ne cuidoit, car jacoit auparavant, ainsi qu'est dit, [les fidèles] 8 eus-

1 lesd. de la religion

2 porveus

3 Ms. : scavoit

4 lesd. de la religion

5 en

h ceulx de 1a religion

7 mot pris dans la reliure (L. G.)

8 ceulx de la relie-ion

1562 sent fait une cruelle guerre a l'entour de Beziers, ne sauvant la vie a aulcuns des catholiques qu'ils vainquoint, fut ce en ville ou aux champs, si est ce que led. seigneur, passée la première charge et furie de la haterie, ne feit meurtrir aulcung [desd. fidèles] qui se rendoint ; ains, les faisant prendre a mercy et despoiller de leurs armes, les faisoit lâcher, sauf quelques capitaines gentilzhommes, qu'il retint prisoniers, et quelques folz opiniastres, qui ne se voloint rendre et usoinl neantmoins de conviées et oltrages, qui furent pendus.

Enmesmes saison receurent [les fidèles] ' une aultre [perte]-, car l'evesque de Lodeve, acompagné du seigr de Saint Félix et force, s'empara de la ville de Ginhac par surprinse, sans y user toutesfois d' aultre rigueur [(pie d'y remettre la messe].

Aussi les catholiques de Frontignan, ou y soloit avoir ministre auparavant, se trouvantz pour lhors les plus forts, voiantz la victoire deMonsr de Joyeuse, chassèrent les [fidèles] 3 et y remirent la messe.

Led. seigneur de Joyeuse, appresla jornée susd., estant ou susd. lieu de Chasteauneuf, feit retirer son artillerie du lieu ou estoit embuchée et, dépassée la rivière, la feit poser a l'endroit d'une maison d'ung gentilhomme nommé Sainct Martin, entre Chasteauneuf et aulcuns lieux haults visant droit a Pezenas, combien y eut une grande demy lieue entre deux et la rivière d'Hérault. Au meillieu duquel lieu de Saint Martin il coinmencea tirer contre et au travers de la ville de Pezenas mesmes de colevrines. Mais en ces entrefaictes suscita Dieu quelques bons personages, amateurs de paix et du repos public, qui se rendirent moyenneurs a ce faire, dont en fin entre lesd. seigrs de Joyeuse et Grussol fut, le xxm1' d'icelluy mois de juillet, faicte [lad. paix] et accordé cessation d'armes de toutz costés, sans que les aultres particulières convenances fussent sceues, sauf que led. seigneur de Crussol desempara Pezenas, ou Monsr de Joyeuse entra et y remit la messe avec garnison, puis s'en alla a Villeneuve lez Beziers, d'où il feit sommer ceulx de Beziers le recepvoir, ce qu'ilz ne voleurent faire. Par quoy il se retira vers Nar-

1 ceulx de lad. religion

- route

3 leurs contraires

1562 bone avec ses gentz. Monsr de Crussol s'en vint a Montpelier et, quand a son camp, il fut rompu et desbandé, tant par le moyen du premier rencontre que dudit accord, tellement que les soldatz s'estoint esgarés et retirés chez eulx par voyes indirectes, et plusieurs des capitaines, qui estoint les ungs de robbe longue, les aultres borgeois, se cassèrent.

Mous' le baron de Crussol venu a Montpelier, messieurs de la religion, tant dud. lieu que voisins, n'advoerent [ceste paix] ', singulièrement ayant la religion perdues certaines villes, comme Pezenas, Monlagnac, Ginhac et Frontinhan, desquelles, qu'estoit le plus grief, Mous'' de Joyeuse avoit chassé la religion [et lesd. fidèles] et y mis forces, comme l'on presupposoit, contre les accordz. Par quoy de rechef fut délibérée la guerre et a ces fins dressées compagnies tant a cheval que pied, avec nouveaulx capitaines. Et, pour ce2 sans deniers ne peult estre rien fait en ces choses, fut par led. seigr et Concistoire de Montpellier fait et descript ung emprumpt sur les habitans de lad. ville, tant hommes que femmes, et l'exécution d'icelluy faicte par telle rigueur, sans respecter persone de quelque estât et qualité que fut, que, au premier refais, estoint les reffusans envoyés a Saint Pierre prisoniers jusques a satisfaction entière. Et estoint ces emprumptz tels que jamés, d'ung commun, l'on n'en avoit veude pareilz, car c'estoitde 100, 200 ou 500 escus. Et, oultre, fut fecte sur le dioceze une imposition de vi mil livres, paiable par les bien aisés, sauf a recovrer par euh sur les aultres. Lesquclz deniers promptement levés et faitzles aultres préparatifs de guerre, fut elle recommencée.

Et, pour le premier, d'aultant que Frontignan, voisin [d'Aiguesmortes] ;J, assis sur l'estang, importoit grandement a [la ville de Montpelier] '\ que d'avoir l'ennemy si voisin que de trois lieues, fut la première cntreprinse faicte contre ledit Frontignan. Duquel lieu les gentz naturellement estoint belliqueux pour le trafficde la mer qu'ils faisoinf au pardessus les aultres dud. pais; et, oultre, s'es-

1 cest accord

- Ici il y a évidemment omission du mot que (L. G.

'■> de Montpellier

4 lad. ville

1562 toint ilz bien ramparez et proveus de gentz de guerre estrangiers par la voye et moyen d'Aiguesmortes. Dont Mons1' le baron de Crussol, accompagné de certains gentilzhommes estrangiers provenceaulx, chassés de leur pais pour la religion, et faictz venir de Beziers deux gros canons avec aultres pièces de campagne qu'il avoit et bien trois mil hommes en tout, alla assiéger ladite ville de Frontignan ung mardy xvm d'aoust, et continua led. siège jusques au mecredi xxvn dud. mois, qu'il le leva et desempara ce lieu, appres l'avoir battu et y fait bresche, sans essayer l'assault toutesfois. En ce siège moreurent beaucoup de [ridelles] ' et très grand nombre d' aultres blessés et non peu de gentz de maison, pour la virilité de ceulx de dedans, qui l'espace de ix jours se deffendirent fort corageusement et, avec l'artillerie et arquebozerie, blessèrent les susd. [lîdelesj 2 par opinion comune de trois a micc des morts ou blessés.

Ledit seigneur de Crussol, au despartir de Frontignau, renvoya l'artillerie a Monlpelier, et il avec ses forces s'en alla devers Possan avec intention, comme se disoit, d'aller surprendre Montagnac ou Oignac.

Il l'ault entendre sur ce point que, durant [les fidèles]3 assiegeoint Frontignan, Mous1' de Joyeuse feit réassembler son armée, mais beaucoup plus grande et forme que la première fois, tant de cavalerie que infanterie et par comun bruit de nricc a cinq00 chevaulx, mais bien armés et montés et un ou cinq mil hommes de pied et ayant xim ou xv pièces d'artillerie, tant grosse que moyenne. Ceste armée doncques de Mons'' de Joyeuse, conduicte en son absence par le baron de Forquevaulx, gouverneur de Narbone, passa la rivière d'Hérault, Mons' de Crussol estant a Possan et ez environs, ou desia les avant coreurs se presentoint. Parquoy recula led. seigr de Crussol avec son armée dans la ville de Montpellier pour illec tenir bon et attendre l'ennemy.

Dont si le povre peuple d'une telle et noble ville, non acostumé a telz alarmes, commencea se troubler, ne le fault dire, et pis poulies plus infirmes et moins hardis, (pion ne laissoit sortir aulcung de

1 de gentz

3 led. s1' de Crussol

1562 lad. ville, non les femmes, enfans, ny aulcuns biens. Et estoit toute la ville pleine de gendarmerie, norrie par les hostes, povres ou riches. Et si furent emprisonés et enfermés clans Saint Pierre plusieurs notables personages qui ne s'estoint peu saulver et sortir, singulièrement1 des catholiques, desquelz la religion avoit quelque suspicion de maniement et traflic avec l'ennemy qu"ilz appelloint ceulx du camp, pour ce que la noblesse de la ville auparavant en avoit deslogé de craincte, combien aulcuns fussent de la religion. Et pensoit on qu'il/, fussent avec l'ennemy, dont furent plusieurs ce temps pendant, tant en la ville que aux champs, mis en peine.

En appres, pour la seurté et renfort plus grand de la ville, fut desliberé abatre et ruiner toutz les faulxbourgs et édifices quelscunques estantz hors et prochains de lad. ville, entreprinse d'un horrible dommage et désolation de ceste povre ville, car tout ce q'estoit hors faisoict plus que la moitié de la ville.

Car premièrement il y avoit les quatre Mendiantz des plus beaulx de France, tant en grandeur et beaulté de temples que maisonages et clostres, deux aultres conventz d'hommes, ung beau collège séculier de Saint Saulveur, trois religions de femmes et aultres paroisses ou églises, jusques au nombre de xxv ou xxvi cy dessus desnombrés, la commanderie des chevaliers de Rhodes dicte Saint Jehan, trois belles salles pour auditoires et escolles, q'on disoit estudes du droit civil et canon, avec une belle tour ou estoit la cloche de l'Université hors la porte du Peirou, quatre grand/ faulxbourgs : l'ung a la porte Saint Guilem, dit le Corrau, tenant de la porte quasi jusques aux Jacopins, l'aultre a la porte du Peirou, dict de Saint Jaunie, l'aultre au Pillier Saint Cille, l'aultre a la porte de la Sonerie, sans une infinité de jardins, beaulx, grand/ et avec bastiment de maisonages q'avoit a l'entour de la ville et aultres maisons de plaisance, et nommeement ung beau et grand chasteau nommé Botonet, avec seigneurie et jurisdiction a part de la ville, près la porte de Carmes.

La ruine et démolition de toutz lesquelz édifices, ouvrage tant par édification que entretenement des anciens pères despuis trois ou quatre cens ans, fut criée et commandée par autorité dud. seigr de Crussol le xxix du susd. mois d'aoust, et exécutée- de mesme par

1 Ms. : singlierement.

2 Ms. : exécuté.

1562 tout ce peuple de toutz estatz, hommes et femmes et enfans, par feu, ruine artificielle, sappe et toutz aultres moiens, si que, dans trois ou quatre jouis, toutz les édifices publiez, mesmemenl jardins el aultres édifices, furent descoverts, les grandz tours et pans de murailles desmolis, ruinés et ne pouvantz de rien servir. Ensemble lurent toutz les arbres voisins de la ville au vol du canon coppés, pour garder l'ennemy ne se mit a couvert. Dont s'ensuivit grandissime dommage auv habit an tz de lad. ville et destruction de plusieurs pour la perte de leurs habitations, jardins et olivetes.

Ce faisant, en oultre, fut en diligence envoyé lever le peuple et gentz de guerre par tout le pais de la religion jusques a Lyon, dont jour et nuict arrivoint forces aud. Montpellier tant de cheval que pied.

Le seigneur de Forquevaulx conduisant, ainsi qu'est dict, l'armée du seigrde Joieuse, ce temps pendant s'acheminoit vers Montpellier, et, estant passé sans resistence en toutz les villages du chemin d'entre Pezenas et Montpelier, comme Lopian, Possan, Gijan, Cornon et aultres, pensant qu'il vint a Montpellier, prind son chemin vers Lates, ung [fort] ancien, dépeuplé et ruiné village distant une petite lieue de Montpellier, ou, appres fait battre une ancienne tour qu'il y avoit et piïns et fait pendre quelques ungs [des fidèles] i qui la gardoint, il s'y arresta et posa son camp, le quatriesme jour de septembre.

Ce lieu de Lates est fort ancien et beaucoup plus que Montpelier, mentionné entre les plus ancienes villes de Languedoc par les cosmographes et historiens : Castellum Lathara, joignant d'une belle maison ou inetterie dicte avec son terroir Encivade, et toutz les deux, c'est Lates et Encivade, clos et environnez d'eaue, c'est, d'ung costé, de la rivière du Lez et son alvée naturel, de l'aultre, d'ung fossé ou, par une chaussée, une brassière de lad. rivière passe. Ayant, en oultre, joignant ledit village, sur lad. rivière du Lez, ung beau molin dit de Saint Saulveur, du costé d'orient et le meilheur de tout lad. rivière, jacoit du long d'icelle en y ait beaucoup2. Appres, par derrière, est ce village. Près de l'estang, faisant le port dud. estang, pour le traffic et apport des denrées par eaue portées a

2 Ms. : beaupeoup.

1562 Montpelier d'Aiguesmortes et de la marine, et tout a l'entour ayant les prairies, desquelles Montpelier se fornist de foins, et la campagne et laborage, plein comme la Beaulse jusques a la ville et de toutz costez et populeux de belles maisons et metteries.

En ce lieu donc, tant commode et propice et aultant qu'aultre de France et capable d pour quatre fois plus de gentz que n'estoint, logé led. camp, led. seigr de Forquevaulx ne se fia entièrement de la force naturelle du lieu, mais, faisant rehausser les fossés tout a l'entour, y fit faire batteries, rampartz cl plates formes, et par dedans doble tranchée, tellement que, par l'extimation tant des amis q'ennemis, le lieu estoit rendu inexpunable, et parce, disoit on, ledit sr de Forquevaulx, au lieu d'estre venu pour assiéger Montpelier, s'estre illec parqué pour soubstenir ung siège.

Il ne fault dire si, a l'arrivée de ce camp, y eut des saccageinentz et pilleries des maisons aux champs et metteries des environs dud. Montpellier, singulièrement2 de ce costé et jusques a Malgueil, sans que ces soldatz y laissassent rien, jusques arracher les gondz et ferrementz des portes et fenestres, et si en aulcunes fut mis le feu. Quand est des fruitz, grains et bestail, tant que led. camp en peult trouver, voire despuis Montagnac jusques aud. Montpelier, tout fut serré et retiré par eulx et partie emmené au camp pour leur servir, partie transporté en Aiguesmortes, Frontinhan et plus avant Montagnac et Pezenas, hors des terres de la religion, dont s'ensuivit la ruine de beaucoup de gentz et combien les bestes aratoires aulcunes fussent rendues appres aux bonnes gentz, qui les venoint demander, c'estoit en paiant et les racheptanl la moitié de ce qu'elles valoint.

Peu de jours appres l'arrivée dud. camp, pour ce que [les fidèles] :; tenoint l'isle de Maguelone, lieu fort, assis au mellieu de l'estang, et par ce moyen n'estoit libre a ceulx d'Aiguesmortes, Frontignan ou aultres la navigation sur l'estang pour venir a Lates, furent par le seigr de Forquevaulx envoyées quelques compagnies avec legiere artillerie aud. Maguelone, que leur fut rendu finablement, moyenant quelques deniers promis a celluy qui céans estoit chef de la

1 Ms. : capaple.

- Ms. : sinylierement.

'A ceulx de la religion

L562 garnison, lesqnelz, ce nonobstant, furent mis a mort. El ainsi perdirent [les fidèles] lad. ysle.

Mous' le baron de Crussol estant dans Montpelier avec délibération de tenir bon, ayanl recovrés forces a suflisence, tant a cheval que pied, avec capitaines el gentz de guerre expérimentés, voiant la contenance de ses ennemis, qui s'estoint ainsi enclos, conclud les aller provoquer et se mettre en campagne de son costé, pour en voir brief l'issue. Et de fait, ayant bien quatre ou cinq mil hommes de pied et mi ou cinq cens chevaulx et laissée encores garde assés pour la ville, se mit aux champs, et assit son camp a la veue et gecl du canon dud. baies, près et au deçà le mas dit d'En Vallat el au mas de Boisson, en lieu bault et commode, en faisant deux bataillons avec l'artillerie braquée. Par quoi commencèrent des lors canonner les ungs contre les aullres et bailler des alarmes et escarmoches, non sans la perte des quelques uns de toutes partz, comme la guerre porte.

Les choses y estant ainsi, le baron des Adretz, homme fort expérimenté ez guerres et gênerai de l'armée [des fidèles] ' en Daulpbiné et Lionois, acompagné de trois ou iiij cens chevaulx, arriva aud. Montpellier le xim dud. mois de septembre, et, lendemain de son arrivée, appres avoir communiqué des affaires avec Mous1' de Crussol et aultres capitaines et ordonné ce q'apperlenoit en cest endroit, entreprind aller voir de pies le camp de Laies.

Dont, faisant marcher son camp avec l'artillerie, feit assaillir el approcher led. seigr de Eorquevaulx et son camp de trois partz : c'est luy du costé du molin de Saint Saulveur ; d'une part, le seig1 de Crussol, de la venue de Montpelier et devers Encivade ; et le capitaine Boilargues, de l'aultre costé des preries, et sy hardiment que peu s'en faillut qu'il/, ne donnassent dedans. Toulesfois n'estoit le seig1' de Eorquevaulx et les siens ignoranfz de l'art militaire, car, soit par ruse ou doubtans n'estre pareilz de force, homme des siens ne bogea pour monstrer le nez, laissant aux [fidèles] - faire leuressay, sauf l'artillerie et les arqueboziers des tranchées, par la deffence desquelz et force du lieu dessus menlionée cessèrent [les

- aultres

Soc. Arch. de Montpellier. 6

15G2 fidèles] * leur assault, appres y avoir perdu aulcuns [par les harnois a feu dud. camp] -.

De quoy, a la pareille, ceulx dud. camp ne furent exemptz. Vray est que led. sieur des Adretz feit de l'artillerie battre le hault du molin de Saint Saulveur et le leur rendit inutile.

Ung ou deux jours appres, considéré, comme est a croire, que n'estoit led. sr de Forquevaulx assez fort pour assiéger Montpelier, veue la grandeur de la ville et force qu'estoit dedans, dont de ce costé sans aultre force n'y avoit dangier, et que, au contraire, de l'aller lever de la seroit faict de longue enlreprinse et difficile, pour l'assiete du lieu susd., led. seig"' des Adretz s'en retorna en Daulphiné, ou y avoit quelque esmotion, et pareilhement le camp [des fidèles] estant hors la ville se rompit, et, délaissé ce que faisoit besoing pour la garde et defïence de la ville et certains lieux circunvoisins, une partie s'en retorna devers Nismes faire teste a quelques Provenceaulx qui s'esmovoint de ce costé.

A Montpellier, en appres, furent faictes plusieurs bravades, sallies et escarmoches entre [les fidèles] 3 et ceulx de Lates, ou y demeuroit toutz jours quelqu'ung.

Et, entre aultres fois, sortit le seigr de Forquevaulx avec une belle troppe de cavalerie, gentz de pied et deux pièces d'artillerie, et merchant du long la rivière du Lez et s'estant arresté et embusché près une metterie dicte le Pont Trincat, envoya quelques avancoreurs pour donner l'alarme a la ville, et furent jusques auprès des yeres Saint Denis, contre lesquelz Monsr de Crussol feit armer certaines compagnies de gentz a cheval et a pied. Et cuidoit on ce jour la le camp se vint mettre devant la ville, que ne fut sans frayeur. [Les fidèles]4 sortis, appres avoir rencontré l'enneiny et combatu vaillamment quelque temps, furent, pour la force plus grande des catholiques illec survenus, contraintz reculler pesle mesle [presque] 5 jusques a la porte Saint Gilles, dont fut donnée une fort chaude alarme a la ville ce jour la. Et s'estantz les gentz a cheval

1 ceulx de la religion

2 de la religion.

3 ceulx

4 Ceulx de la ville

5 quasi

1562 [des fidèles] ' saulvés des premiers, les gentz de pied, ne povantz tant diligenter, en soffrirent. Et y fut deffaicte la compagnie d'ung capitaine nommé Gremian , gentilhomme voisin de Montpelier, homme jeune, vaillant, qui, pour ne voloir par sa fuite abandonner ses soldatz, y fut tué avec xxv ou trente des siens plus braves et plusieurs blessés. Que fui fait presque près le faulxbourg Saint Gille. Dont ce jour les canoniers de la ville firent mal leur debvoir, car. si l'artillerie qu'estoit sur la muraille de ce cosic, eut esté braquée et chargée a point Ihors que la cavalerie des catholiques s'approchoit tan! de la ville a grand trouppes et en plaine et veue, comme il esloit, du long de la plaine qu'est de ca la rivière et Pont Juvenal, ilz y en fussent demeurés beaucoup et des grandz. Mais lad. artillerie ne deslachea q'appres le combat, et lhors que les catholiques s'en retornoint et qu'ilz estoint desia hors de la plaine et vol du canon.

Si ne leur fut il cesle victoire donnée entièrement, car ilz en demeurèrent aussi aulcuns d'eux, et spécialement mossenPeirol Lopian, capitaine espagnol des premiers et principaulx du camp en expérience et conseil, y moreul frappé d'ung hacquebute a croc venant d'une tour d'ung molin estant sur le Lez, nommé le molin de l'Evesque, ou y avoit certains soldatz [des fidèles]2. Par sa mort fut le camp fort troblé et cesle jornée fort regrelée.

Il fut recité, appres, qu'il n'avoil trouve bonne l'entreprinse de venir a Montpelier, attendu la grandeur el importance de lad. ville et peu de gentz qu'ilz estoint pour ung tel fait. Dont ïuy avoit esté respondu el persuadé, pour le induire a ce, que Montpelier, n'estant ville de guerre, ains d'autorité et plaisir, n'ozeroil refuser d'obéir et apporter les clefz trois lieues au devant. Par quoy, avant morir, se complaignoit il, disant en son langage : G senhor de Joyosa, aghora a Montpelier tienen inia vida et nos non tenemos las chiaves:î.

Quelques jours appres, mons1' de Joyeuse, lieutenant du roy, vint au camp * avec renfort de cent ou vixx chevaulx el vu ou vin"' hom-

1 de la religion

- de la religion

3 En marge l'auteur .1 écrit : « Ce croisé est bon. » (L. G.).

'■ de Lates

1562 mes a pied. Et, le jour de son arrivée, qu'estoit ung dimenche, il donna une alarme a la ville, car, appres avoir disué au Terrail, une place de l'Evesque de Montpelier, acompagné, avec ceulx qu'il admenoit, d'une grand partie du camp, mesmes de la cavalerie qui l'esloit venu trouver, il se vint présenter devant la ville, a ce cotaut qu'est a Saint Martin de Prunet, fort près de [la]1 ville, dont aulcuns de ses chevaliers s'approchèrent encores plus près jusques a venir voltiger sur les yeres Saint Jehan et illec deslacher leurs 2 pistoles, sur lesquelz ne fut rien coreu de la ville, fors 3 quelques canons tirés des tours, et aultre chose n'en fut. 11 se dict qu'il ne le faisoit sinon pour voir Testât présent de lad. ville, mesmes des ruines des conventz et églises de faulxbourgs, que de ce lieu descovroit fort bien, et de quoy il feit grand regret, car la ville estant, ainsi qu'est notoire, la seconde de Languedoc en dignité, authorité et grandeur, estoit a plaindre que fut ainsi désolée, et en laquelle luy mesmes avoit receu beaucoup [d'honneurs], services et bon entretien, joint qu'il avoit avec luy beaucoup des gentilzbommes voisins y ayantz leurs parentz dedans, voire leur bien [comme nions' le seig1 de Montmaur et de Botonet, habitant de lad. ville et des plus ancienes maisons d'icelle, et aultres infinis qu'en lad. ville avoint receus beaucoup de commodités et plaisirs tant par la justice q'aultrement. Et led. seigneur n'arresta gueres appres aud. camp et n'y feit grand/ aultres exploitz contre lad. ville, comme sera veu].

En ce mesmes temps et durant ces jours, le seigneur de Sommerive, lieutenant du roy en Provence, et monsr d > Suze, chevalier de l'ordre et capitaine de cinquante hommes d'armes, avec environ trois mil hommes ytaliens et provenceaul.v, par Arles passa le Rhosne et vint assiéger la ville de Saint Gilles, tenue par [les fidèles] i a trois lieues de Nismes. Contre lesquelz furent envoyés gent soubz la charge du capitaine Grilhe. [Et]5 n'estoint [lesd. fidèles] plus hault de quinze00 hommes tant a cheval que a pied et principalement n'alloint lbors aud. Saint Gilles pour faire ce qu'ilz firent,

1 lad.

2 Ms. : leur.

:t Ms. : fort.

4 la religion

5 que

1562 mais pour mettre quelques gentz et munitions dans la ville, sachautz principalement, par quelques prisoniers qu'ilz avoint prins, la force desd. catholiques, qui estoit grande.

[Les tideles donc et satroppe] d, approchante dud. Saint Gille, qui leur estoit en bas, et eulx venoint d'en hault devers Nismes, mirent vm ou ixcc hommes de pied qu'ilz avoint seulement en bataille, et le demeurant de la cavalerie aux esles, et en cest estât marchoint, faisantz grand monstre sans sonner le tabours, ny monstrer les enseignes. Les catholiques, campés au devant la ville, mal advisés en leur fait pour ne scavoir testât de leurs ennemis 2, voyantz descendre ceste grand trouppe de gentz sans enseigne, trompeté ni tabourin, cuyderent que ce ne fussent que d'avancoreurs et enfans perdus, et ({'attendu ce nombre la bataille que suyvoit, debvoit estre grande et forte. Par ainsi et que pour s'en retorner il leur failloit passer une brassière du Hhosne et sur ung pont de bois qu'ilz avoint expressément fait baslir, lequel passage estoit fort dangereulx a passer ung camp a l'haste, ilz et les plus grandz et myeulx montés les premiers commencèrent a desloger et s'en fuir a qui myeulx myeulx et mettre tout le camp en desordre. Lequel desordre veu [par les fidèles] :i et ceste fuite non espérée, ne voleurent ilz perdre l'occasion de ceste victoire, ains se ruèrent pesle mesle parmy ce camp des catholiques, dont, pour abréger, en furent occis ou noyés en la fuite xn ou xvcc hommes et prinses xvn enseignes et deux gros canons, et leur camp pillé, ou furent trouvés plusieurs beaulx meubles. Que fut une jornée fort notable et sans perdre presque point [des fidèles] 4 et mesmes [non recherché] 5; car jamés lcsd. catholiques ne firent resistence ny tirèrent costeau pour se défendre , ains se laissoint massacrer comme gentz effraies de quelque vision céleste et comme si estoint charmés , qu'estoit grand pittié et une route qu'on ne lict gueres de telles si estranges. Il y moreut beaucoup de braves gentz, comme Ton cognoissoit a

1 Led. de Grilhe donc et sa troupe

- et s'arausantz a faire grand chère, ne pensantz a rien moins que d'estre assaillis,

:! par ceulx de la religion '' d'hommes 5 fortuite

1562 leurs ' despoilles, armes ci chevaulx, dont les soldatz2 [des fidèles]3 s'enrichirent fort. Les susd. deux canons furent appres emmenés a Nismes. Celte deffaicle i estonna beaucoup ceuk du camp de Lates pour ce que le desseing- dud. s' de Sommerive estoil se venir joindre aud. camp pour battre et subjuguer Montpellier [, ce que Dieu ne permit].

Le premier jour du mois d'octobre ensuivant, les catholiques, advertis que le capitaine Grilhe revenoit a Montpellier avec environ mil ou xnec hommes, tant a cheval que a pied, victorieux de la susd. jornée de S1 Gilles, entreprindrent luy faire ung aguet en chemin. Mous'' de Crussol, qui s'en doubtoil, en avoil adverti led. Grilhe cl aultres capitaines estant/, avec luy s'en prendre garde et ne passer q'a certaine heure, que led. s1' de Crussol fut aussi aux champs pour leur faire escorte, ou qu'ilz desvoiassent le grand chemin. Lequel advertissement toutesfois ne fut receu ou suivy a point et comme il falloit ; ains le susd. jour led. Grilhe et les siens, eslevés par adventure el presumantz pour leur victoire, dont ilz avoint encores les mains et glaives sanglans, et cuidantz ceulx du camp de Lates estre aussi estonnés que les Provenceaulx qu'ilz venoint de deffaire, partit de Lunel l'apres dinée, venantz du long du grand chemin sans grand ordre de bataille. Les catholiques, avec toute la force de leur cavalerie, s'estoint massés ez environs des garrigues de Grandmont, ou y a quelques vallons, sauf quelque trouppe qui faisoit monstre près (hu\. grand chemin et quelques metteries les plus prochaines d'illec et a l'endroit du lieu dit les Areniers, entre Chasteauneuf et le pont de Salezon.

Comme les premiers [des fidèles]5 marchant/ du long du grand chemin furent en cest endroit et appercevantz leurs ennemis, ilz prindrent l'hardiesse s'escarter et aller vers eulx, qui firent semblent de ne voloir combatre, attendant que toute la trope desd. [fidèles] 6 fut descendue en la plaine pour l'envelopper. Par quoy,

1 Ms. : leur.

2 Ms. : sodatz.

3 de la religion

'' qui advint le 27 sepbre

•!| de la religion

11 île lad. religion

15t>2 appres, voiant leur point, ilz firent sonner les trompetes et l'alarme et voicy toute la cavalerie qui marche en bataille, hault et bas, en très grand nombre. La cavalerie [des fidèles]1, au lieu de combatre2, commencèrent a baster le pas et gaigner au pied a grand trouppes les ungs devers la ville. Quoy faisant ilz rompirent leur infanterie, leur passantz a travers, et entre ceulx cy estoit le capitaine Grilhe ; les aultres, comme le capitaine Boilargues, copperent chemin par le hault des garigues du Cres, traversant pais devers Teiran ; aultres, qui encores estoint derrière, recullerent. Par quoy ce qu'entre deux fut recontré fut défiait et mis a mort par les catholiques. Et y demeurèrent [desd. fidèles] 3 beaucoup et de braves hommes, tant de cheval que pied, et par commune estimation d'environ plus de deux cc. Monsr le baron4 estoit sorty de la ville bien acompagné, mais, avant fut a Chasteauneuf, tout fut fait et les catholiques s'estoint retirés, sauf aulcuns qui furent defiaitz sur la queue, et y inoreut 5 le seig'- de Bizanet.

Lendemain de cest exploit, qu'estoit ung vendredi, ung taborin du camp vint a la ville portant une missive de nions1" l'evesque d'Allet au capitaine Grilhe, contenant que, pour la cognoiscence qu'ilz avoint ensemble, il desireroit luy dire trois motz en campagne sans armes : cest evesque estoit fîlz du seigneur de Lestrange de Viverois, et estoit aud. camp venu avec nions1" de Joyeuse. Geste lettre consultée, fut accordé le contenu en icelle, dont lendemain sabmedi, baillés respectivement les saufconduitz acostumés en telz cas, [parlèrent] 6 ensemble, entre le Pont Juvenal et le Pont Trincat, les susd. evesque d'Allet et capitaine Grilhe, chacun quatriesme ou cinquiesme seulement. Et, appres s'estre faitz les ungs aux aultr s grandz honeurs, caresses et honeste recueil, lesd. evesque et Grilhe se retirèrent, et a part séparément parlèrent longuement. Qu'on ait sceu par le menu de quoy, non. Bien est conjecturé leur colloque n'avoir esté que de l'injure du temps, de la désolation que

1 de la religion

2 et prendre la charge

3 de lad. religion

4 de Crussol

5 d'entre eulx

6 se troverent

1562 ceste guerre civile apportent et des causes et manières de faire d'icelle, chose estrange qi:e le parent, amy. voisin guerroiat ainsi l'ung l'aultre.

Tant y a que ce jour mesmes et lendemain 4 d'octobre, nions1 de Joyeuse et son camp deslogerenl de Lates sans bruit, et prind son chemin vers Pezenas, non sans grand joye et exultation du pouvre peuple de Montpellier et tout le pais, combien [ung million de livres n'eut] • sceu reparer les dommages et interestz que la povre ville et son terroir seulement avoit soffert a occasion de la venue dud. camp, et que, sansieelluy, ne fust advenu, comme les ruines y faictes au dehors et aultres pertes singulières2, sans compter particulièrement les despences delà gendarmerie que les povres habitantz avoiht norrv a leurs 3 propres coustz l'espace d'ung mois que led. camp justement avoit esté a Laies, et, qu'estoit plus innestimable, la perte des hommes ce pendant y meurtris, occis el affoulés. *

Le camp ainsi levé, mous1' le baron de Crussol, avant partir de Montpellier, y establit ung capitaine5 pour governeur, avec deux enseignes de gentz de pied, pour la seurté de la ville.

Et, appres, s'en allant a Nismes, se destorna devers la Carboniere, qui est une forte tour seule assize dans les marais et estangs, et le passage nécessaire pour aller de Montpelier, .Nismes et de ce costé de la terre a la ville d'Aiguesmorles, laquelle tour ceulx d'Aiguesmorles tenoint. Icelle donc battue feut bien tost prinse et ainsi fut osté [aux fidèles] rempeschemenl d'aller librement ez environs dudit Aiuuesmortes.

1 n'eut on

- Ms. : singlieres.

'■' Ms. : leur.

4 En ce point ne fault obmettre que, durant cest esté e1 que le camp estoit aud. Lates, toutz les temples et conventz cy devant nommés estantz hors la ville, en nonbre d'environ xxvi, furent bruslés, ruinés et démolis, si <[ue des uns tout fut razé a fleur de terre, des aultres furent laissés quelques murailles servantz de monjoye, quoy que ce fussenl beaulx bastimentz de pierre, fortz et bien maçonés. Mais a la furie des hommes rien ne résiste. Lu quoy usoit le peuple de sappe, rompantz l<'s murailles a fleur de terre a coups de marions ou de motons, machines de bois a l'antique, par une indicible dextérité, chose neantmoins, quant au monde, de grand estonement.

5 nommé Rapin

À Montpelier furent exécutés a mort aulcuns chargés d'infedelité et trahison envers la religion; et aussi fut fait cry et proclamation i que toutz officiers du roy eussent a faire leurs estatz et offices, et les absentz eulx remettre dans la ville. Par quoy commencèrent les courtz et magistratz a ouvrir leurs auditoires et se remettre a faire leurs charges- et les absentz3 peu a peu revenir a la ville les uns appres les aullres. Fut aussi proclamé qu'ung chascun allât aux presches et oyr les ministres, sur peine de bannissement, dont plusieurs, voire des plus grand/, en estât, commencèrent a y aller et continuer, tellement q'on se remit a prescher en deux temples avec grandissimes auditoires, jacoit fut improvée telle voye de voloir contraindre les persones a la religion.

Sur le commencement du mois de novembre, mous'' de Joyeuse, estant a Pezenas, avec partie de ses forces alla assiéger et mettre le camp devant la cité d'Agde et icelle feit battre en si grand diligence que, appres y avoir faicl tirer de nu a cinq1"' coups de canon, y fut faicte bresche fort raisonable et donné ung fort et roide assàult, soubstenu virilement par ceulxde dedans i, tellement que y moreurent grand nombre des gentz dud. seigr de Joyeuse et d'hommes de la noblesse et de marque, [les fidèles] 5 estantz dans lad. cité avec le peuple de la ville, tant hommes que femmes, faisant/ merveilles de combatre et eu'.x deffendre, dont repoulssés une foislcsd. catholiques et advertis du secours que venoit [ausd. fidèles], n'essaierent le second assaull, ains deslogerent.

En ce mois fut par surprinse osté [aux fidèles] 6 le bourg Saint Andoil, petite ville sur le Rhosne, deux lieues au dessus le Pont S1 Esperit, et le seigneur de Saint Remesi, estant dedans, occis ; mais tost appres fut lad. ville reprinse par mous1 le baron de Crussol, les catholiques y estantz n'ayantz voleu attendre le siège et s'en estantz fuis et a\oir abandonné le lieu.

1 lunziesnie d'octobre, contenant plusieurs chefz tochant la police de la ville et aussi - Ms. : charge.

'■'■ Ms. : absent.

I commandés par le capitaine Senglar, natif de Montpelier 5 ceulx de la religion

II a la religion

1562 Au susd. commencement dud. mois de rxbre furent tenus les Estatz des villes et diocezes de la religion en la ville de Nismes, comme de Beziers, Agde, Montpellier. Nismes, Viviers, Maruejols et aultres villes principales enclavées ezd. diocezes. Et, combien ceste assemblée se nommât Estatz, si n'y assistèrent ilz que les Consulz et envoyés desd. villes et diocezes, et ainsi le populere (q'on appelle le tiers estât ez estatz generaulx) avec aulcuns des surveillantz des églises et eoncistoires de la religion desd. pais, sauf q'en fin quelques uns de la noblesse, tant en leur non que d'aultres, demandèrent communication des choses arrestées, que leur fut ottroyée.

Par ceste assemblée, premièrement, attendu les troubles et divisions estantz au royaulme, pour la conservation du pais fut esleu ung chef et conducteur, en tilt re de protecteur et conservateur, jusques a la majorité du roy. c'est monsr le conte de Crussol et de Tonnerre, aisné dud. seigneur baron de Crussol avant dict, auquel, comme lieutenant du roy, l'on obeiroit. Et, pour le relever de peine au maniement des afferes dud. pais, luy furent ordonnés et esleus, pour estretoutz jours près sa personne et faisantzle conseil du pais, dix personages, et faictcs par lad. assemblée de mesmes certaines ordonnances (que l droit l'on nomme plébiscita), concernantz tant le fait de la guerre que pollice d'icelluy pais. Et pour l'entrelenement des forces ordinaires establies aud. pais fut faicte imposition d'environ quatrecc mil livres, et, oultre, toutz les bénéfices et revenus quelconques eclesiastiques affermés au profit dud. pais, et de ces deniers establis recepveurs par les dyoceses et fait règlement des choses a l'instar des republiques reduictes en démocratie. Laquelle charge susd. de conservateur dud. pais led. seigr conte de Crussol accepta en la ville d'Uzes, dont il estoit viconte, aussi l'unziesme jour dud. mois de novembre, publiquement et solemnement, comme est amplement contenu ez actes publiez sur ce faitz, tant touchant l'assemblée desd. Estatz a Nismes que sur la présentation et acceptation d'icelle charge, par luy faicte soubz le bon plaisir du roy et pour reserver et maintenir led. peuple en l'obéissance et main dud. seigneur.

Et ainsi despuis commencea led. pais, c'est de la religion, estre

par

HISTOIRE DES TROUBLES DE LANGUEDOC 9i

1562 plus paisiblement governé par autorité et conseil, réservés aux raagistratz et aultres persones publiques les libres et autorizés exercisses de leurs charges et estatz myeulx {{'auparavant, que, pour la liberté du populere, soubz prétexte de religion, estoint les choses fort confuses, et q'ung chacun governoit de sa part, comme est acostumé entre gentz n'aiantz chef et qui commande. Et mesmes fut aud. pais et ez lieuv de conséquence establie garnison de gendarmerie achevai et pied, vivant/ régulièrement et soubz discipline militaire. Quand aux faietz d'armes, ne portoif la saison d'yver faire grand chose. Vray que toulz jours sur la frontière se faisoit quelque faction non de grand importance, fors que quelcung d'ung costé ou aultre en soffroit. Durant ceste saison, la ville de Montauban, près Tholose, tenue de long temps par [les tîdeles] ', assiégée par les seig's de Monlluc et Terride par longs jours, fut délivrée de ce siège [par le voloir de Dieu], les assiegeantzVestantz retirés sans la prendre.

[Estant en quelque repos les factions d'armes, furent, environ] la my décembre, par nions1 de Joyeuse, comme lieutenant du roy, [tenus]- les Estai/, de Languedoc en la ville de Carcassonne et en lad. assemblée, ou se trouvèrent deux cardinalz, c'est le cardinal d'Armagnac et le cardinal Strozze, ytalien, comme evesque d'Alby, [l'evesquep de Montpellier, de Carcassonne et plusieurs aultres, avec les nobles el communaullés dud. pais despuis Tolose jusques a Beziers, furent conclûtes et arrestées plusieurs choses contre la religion [et fidèles], mesmes a lecontre de la délibération de rassemblée auparavant [par lesd. fidèles] tenue a Nismes.

Et pour ce ces troubles particuliers de ces divers quartiers du royaulme deppendoint du faict des grandz estantz en armes en France, [ebascun pour sa partie, comme monsr le prince de Coudé et nions1' de Cuise,] y advinl q'appres, au mois de ixbre précèdent, avoir [led. s']4 de Cuise, soubz l'autorité du roy, [y estant,] prins d'assault la ville de Roem, au siège de laquelle ville le roy de

1 la religion

- furent tenus

3 les evesques

1 Monsieur le dur

1562 Navarre l esloit mort Liesse d'une arquebozade et, lad. ville prise, y fut pendu ung des scavantz et anciens ministres de cet aage, nommé Marlorat, se mitmons1' le prince de Condé aux champs avec son armée pour aller trouver led. sr de Guize, dont entre eux s'ensuivit bataille, le dix111'-" du susd. mois de décembre, près la ville de Dreux au pais de Chartres. Le discours de laquelle délaissant aux chroniqueurs generaulx, tant seulement tairons icy mention de l'issue, qu'en fut telle que, d'une part, mons1' le prince de Coudé demeura prisonier, et, d'aultre, aussi monsr le duc de Montmoranci, conestahle de France. Au surplus fut ceste bataille aultant dommageable et piteuse pour la France que jamés en eut esté, considéré que ce n'estoit q'une guerre civile, car en icelle moreurent de xu a xv mil hommes, la plus part francois et singulièrement2 grandissime nombre de la noble jeunesse de France, qu'estoint, du costé [de Monsr de Guise, conduisant l'armée toulesl'ois au non du Roy,] 3 comme le duc de Nevers, prince jeune de xx a xxn ans, le s' de Saint André, maréchal de France, el aultres in Unis grandz seig'\ chevaliers de l'ordre, jusques au nombre de , et de no-

blesse, comme l'on peult voir ez chroniques de ce teins, pour lequel événement chascun de son costé se tint de plus en cervele.

Peu de jours appres (retornantz aux afferesde part deçà), le baron des Adrelz, (pie nous avons dict par cy devant [estre] i le chef et souverain de la religion en Daulphiné, homme de grand autorité en la guerre, commencea entrer en sospecon envers [les fidèles] 5 pour quelques menées q'on descovrit qu'il [conduisoit] ,! avec mons1' le duc de Nemours, lors ayant armée pour le roy a Viene et pais circumvoisins au Dauphiné. Par quoy, saisi a l'improviste icelluy baron des Adrelz par gentz a ce depputés, fut par authorité de mons'' le conte de Crussol, ayant puissence en Languedoc, ainsi qu'est dict, et aussi en Daulphiné, mené au chasteau de Nimes

1 Ms. : Naverre.

2 Ms. : singlierement.

3 du camp du roy 1 estoit

3 ceulx de la religion

,; faisoit

L563 et despuis, sur la fin de janvier, a la ville de Montpelier et mis prisonier dans Sa in l Pierre, que l'on nommoit lhors le Chasleau Sainl Pierre. Et ainsi voioit on la vanité de ce inonde en luy, qui, peu auparavant, avoit esté craint et redoublé ezd. pais comme roy et commandé la gendarmerie comme dictateur, estant conduit et mené prisonnier de ville en ville. Lequel baron des Adretz, ayant demeuré prisonier aud. Montpelier environ huict jours, fut ramené a Nismes. Le Conseil du pais aussi, durant ce temps, se teint quelques jours aud. Montpelier.

Pareillement y vint pour governeur le seigr de Peraud en Viverois, car le capitaine Rappin en avoit esté levé quelque temps auparavant.

Appres la venue dud. governeur, fut par les surveillant/ et aultres ayantz l'administration de la ville fait certain rolle de proscription de plusieurs habitans d'icelle ville, comme papistes ou autrement n'estans agréables, en grand nombre, tant hommes, femmes, gentilzhommes, damoiselles, officiers, et sans respecter persone, ausquelz estoit commandé particulièrement sortir de lad. ville, laissés toulz leurs biens, sans povoir en porter avec eulx pas une serviete et rien, fors dix livres tornois, dont y eut grand clameur et doleur pour plusieurs. De mesmes fut, le xu de febvrier, proclamé q'aulcung n'eut a retirer et prendre en garde ou achepter aulcuns biens, meubles ou immeubles, desd. papistes, sur peine d'estre mis hors, comme eulx. Lesquelles choses pourtant ne sortirent effecl et ne furent exécutées, ains y fut surceu par aullre advis plus doulx, attendant q'ung chacun particulièrement fut appelle [de Dieu] a la religion.

Au commencement du mois de mars ' ensuivant et jusques au dud. mois, fut tenu a Montpelier le synode gênerai et colloque de toutz les ministres des églises de Languedoc et aultres voisines dissipées, ou avoit bien 150 ministres et davantage, avec aulcuns des anciens et surveillantz desd. églises en pareil nombre, nous rapportant aux actes des choses faictes ou conclûtes en cette assemblée.

Le vendredi cinqme dud. mars furent apportées novelles de la mort de nions1' de Guise, chef de l'armée de France contre [les fide-

1 aud. an 1563

1503 les]1, donl fut a Montpellier deslachée toute l'artillerie en signe de resjoissence. Led. s', ayant mis le camp et siège devant la ville d'Orléans, avoit esté occis le xvin febvrier par ung [soldat] - de son camp, ou bien illec retiré peu auparavant, nommé Poltrot, de guel apens, d'ung coup de pistolle [a feu], que fut ung acte aussi mémorable, hazardeux et de grand audace q'on lise en toutes histoires chrestienes ou payenes, et second appres le faict de Quintus Mutius Scevola, rommain, a l'endroit du roy Porsenna. Et se sauva ced. [soldat] :i sans estre prins sur le coup, combien il le fut bien tost appres. Geste mort, comme de celluy qui moderoif seul et avoit en main les afferes de France et soubstenoit par grand [animosité]4 le party de la [papaulté]5, estant d'ailleurs de grand autorité en ce royaulme pour la grandeur6 de sa maison que de sa personne, tenu et réputé ung des plus hardis, vaillantz et expérimentés capitaines et guerriers de la cbrestienlé, estonna fort toutz les catholiques et changea fort Testât des choses en ced. roiaulme, comme apparut appres.

Ce pendant en Languedoc n'eut aultre faict d'armes de conséquence, sinon le siège mis par [les fidèles]7 devant le lieu d'Aremon, voisin du Rhosne et ducostéde Languedoc, que ne fut prins toutesfois, ains, non obstant la bresche y faicte, en fut levé le siège.

Monsieur le conte de Grussol se tint durant ceste saison en la ville de Valence quelque temps, pour résister aux entreprinses qu'en ce pais faisoit nions1' de Nemours contre la religion. Et environ la fin du susd. mois de mars, ayant faict descendre ses forces a la conté de Yenisse et pais d'Avignon, prind, partie par force, partie de gré, presque tout led. conté, comme Orenge, Serignan et aultres lieux, non sans grand effusion de sang de plusieurs ylaliens et Avinonois deffendantz ces places, ou aussi demeurèrent de la part [des

1 la religion

2 gentihome

3 gentilhomme

4 proesse

5 religion catholique

6 II faut ici suppléer le corrélatif : tant (L. G.

7 la religion

15G3 fidèles] ' aulcuns, entre aultres ung frère duel, s1' conte de Crussol, nommé

Sur le commencement d'avril fut faicte, en la ville de Bagnolz, par devant [mond. s1]- le conte de Crussol une assemblée des Estai/ de Languedoc, scavoir est des villes et lieux de la religion, ou fut traicté de plusieurs afferes concernant/ le règlement tant des ministres que Testât dupais.

Durant laquelle assemblée arrivèrent novelles de la Court du traicté de la paix faicte en France entre les princes et grandz ayant/, eu autorité en ceste guerre civile, [faict l'edict de lad. paix a Amboise, le mois de mars précèdent 1503], dont commencea l'on s'allegier ung peu, voiantz venir la fin de tant de maulx et misères advenues a occasion de ceste guerre et telles que jamés ne lisoit on avoir esté en France semblables, car ou l'ennemy s'aproeboit, tant d'ung costé ny aultre, n'y avoit rien espargné, corps ny biens, tant se faisoint de meurtres, voleries , pillages, démolitions de chasteaulx, maisons ez champs, saccagementz de meubles, dont s'en estoit ensuivie la désolation et appovrissement d'infinies bonnes maisons, tant nobles que non, et de paisantz sans nombre mis a toutelle povreté. Dont ceste novelle de la paix allegeoit fort les cueurs des persones.

Non portant cessèrent les armes, se tenant/ chacun sur ses gardes, mesmes ez frontières ou, d'ung quartier et d'aultre, se contiimoint les pillages sur le bonhomme, non toutesfois q'on y feit aulcune course ou faict d'armes, fors q'en Gevauldan le seig1' de S1 Vidal et aultres du party des catholiques firent semblant assiéger et voloir surprendre Florac, ville [des fidèles] ;î de ce costé. Mais, envoyé contre eulx le seigr baron de Beaudisné, frère dud. s1 conte de Crussol, avec force de cavalerie et infanterie, cessa leur entreprinse.

A Montpellier, pour ce que les novelles de la paix portoint qu'entre aultres pointz estoit arresté que les prebstres et eclesiastiques seroint remis en leurs églises et biens, avec la joissence d'iceulx,

1 de la religion - led. seig1' 3 de la religion

1503 Ton commencea a ruiner le dedans des temples qui restoint dans lad. ville, comme chapelles, banc/, et aultres meubles, et rompre toutes les cloches des temples, q'estoint en grand nombre, et înesmes a S* Pierre, ou y en avoit quatre tours et clocbiers garnis cl d'aussi belles et grosses cloches q'en lieu de France et singulièrement deux qui, pour leur grosseur, ne povoint estre branslées, mais sonoint seulement au batoir. Si que ne restèrent en lad. ville que certaines cloches ez temples ou l'on prechoit, c'est en celluy de la Loge appelle lors le Grand Temple et [auparavant en la papaulté] d Nostre Dame de Tables et a Saint Fermin. Et estoint ces choses faictes afin que toutes occasions fussent ostées de remettre la inesse et service divin de la [papaulté] en lad. ville, et le semblable faisoit on, et pour mesme considération, ez aultres villes de la religion dud. pais.

Le vu de may [les contes souvent nommés : seigneurs conte de Beavais, dit auparavant cardinal de Chastillon, et]- conte de Grussol et avec eulx le seigr de Boucal, chevalier de l'ordre, envoyé de la Court expressément de la part de mous' le prince de Gondé, vindrent a Montpelier, ou furent receus tant honnorablement que fut possible par toutz les estatz de la ville [qui demeurez estoint en icelle, sans en avoir peu bouger], comme la Court des Generaulx, des Comptes3, Presidiaulx4, consulz et aultres habitant/, qui leur allèrent au devant jusques aux Areniers part delà Chasteauneuf, ou aussi se troverent les quatre compagnies de gentz de pied ordonnées en la ville pour la garde d'icelle, avec leurs enseignes desploiées en bataille. Et, au pont de Chasteauneuf, estoit une grand troppe de cent ou \ixx petitz enfans, chantans ensemble les pseaulmes de David, [que faisoit bon voir et oyr]. A l'aprocher de la ville fut deslachée toute l'artillerie, tant grosse que menue, et assize

1 aultrement

- Monsr le cardinal de Chastillon, frère de nions1' l'admirai, tenant le party de la religion, qui despuis ces trobles s'estoit retiré par deçà avec led. s1' conte de Crussol, vestu en habit de lay e1 lequel l'on ne nommoil : cardinal, mais : monsr le conte de Beauvais, pour ce qu'il en estoil evesque, conte etper de France; et ce susd, seigr

■ el

4 avec

1563 tant sur les murs de la porte S* Gille, par ou lesd. srs entrèrent, que au dehors, dont pour la guerre y en avoit assés bonne munition. 11 ne fault doubter si, a l'entrée de la ville et tout du long de la grand rue de l'Agullerie jusques a la Loge, et d'illec jusques a la maison q'on disoit des Generaulx, ou lesd. seigneurs furent logés, y avoit de peuple de toutz estatz a foison par les rues et fenestres, toutz changés de face au regard du passé pour l'arrivée de ces seigrs, lesquelz l'on estimoit apporter la paix et fin des troubles ezquelz l'on avoit si misérablement vescu pour ung temps.

Le dimenche ix dud. mois l, vint a Montpellier le seig1" de Gaylus, gentilhomme de la chambre du roy, délégué par led. seigneur pour faire publier la paix en Languedoc, et qui desia a ces fins estoit passé a Tholose, Garcassonne, Narbone.

Toutz ces seigneurs estantz ainsi a Montpelier, y furent tenus les Estatz du pais de la religion [de Languedoc], ou s'assemblèrent beaucoup de gentz mesmes de la noblesse, pour entendre et voir la resolution des artères, et commencèrent d'entrer l'unzieme dud. mois de may, le matin, ou, présent led. s'- conte de Crussol, lesusd. seigr de Bocal, [exploictant] - la charge qu'il avoit de monsr le prince de Condé, remonstra ausd. Eslatz les causes de la paix faicte, concluand debvoir icelle estre observée et q'on délibérât meshuy obéir au roy, comme les autres [fidèles] de France, mesmes d'Orléans, avoint desia faict, [admenant] :f plusieurs malheurs et inconveniens que ceste guerre avoit admenés et povoit encores causer, avec plusieurs belles remonstrances sur ce.

L'apres disnée dud. jour, led. s1' de Caylus, présent aussi mond. seigneur le conte de Crussol, vint a lad. assemblée et, avec fort doulces et amiables parolles, declaira la charge qu'il avoit du Roy de signifier au pais lad. paix et les admonester a l'entretenement d'icelle, et de vivre soubz l'obeissence dud. seigneur. Les Estatz a tout cecy prindrent jour a respondre. Appres aussi, mons1 le conte de Crussol declaira ausd. Estatz qu'il se voloit descharger de l'administration du pais qu'il avoit eue jusques a l'heure, considéré la pacification survenue.

1 di' may

2 ensuyvant

3 allegant

Soc. Arch. de Montpellier. 7

1563 Lendemain jeudi xii dud. mois, lesd. Estatz allèrent au logis de mesd. seigneurs les contes. Lesquelz assemblés et avec eulx les susd. seigneurs de Bocal et de Caylus, fut, par celluy qui par lesd. Estatz estoit commis a porter la parolle, premièrement faicte remonstrance aud. sieur Conte de Crussol de continuer la charge qu'il avoit prinse, de gouverner le pais de la religion jusques les choses fussent entièrement pacifiées. Ce q'en fin, appres plusieurs honestes excuses, il accorda. Appres fut faicte responce au seig1' de Caylus tochant l'edit de la pacification, pour la publication et exécution duquel il estoit envoyé, et luy fut en somme declairé de la part dud. pais que les Estatz, comme très devotz subiectz du roy, consentoint a la publication dud. edit comme il estoit couché, sauf a se povoir retirer aud. seigr sur la modification d'aulcuns pointz.

Et de fait, appres disner dud. jour, led. edit1 fut publié en audience du siège presidial, presentz les Consulz de la ville en habit considère, et, appres, assistantz le lieutenant criminel, Procureur du roy et iceulx Consulz, publié par les carrefours acostumés, avec grand solemnilé, sans obmettre le deslachement de l'artillerie estant sur les murailles -.

Aussi, pour resioissence, le seig1 baron de Crussol, aultrement de Beandisné, avec plusieurs aultres capitaines et gentilshommes venus aud. Montpelier pour lad. assemblée, se mirent a corir la lance et la bague. Et commencea l'on des lors a cesser ceste grand garde en armes et guet de nuict et son de taborin, non que plainemenf encores la paix fut exécutée, pour ce q'aussi les catholiques du costé de monsr de Joyeuse n'avoint de leur part y satisfaict.

Or, d'aullant qu'entre aultres cest edit portoit, comme a esté louché cy devant, que les eclesiastiques seroint remis en leurs temples et biens, pour joir d'iceulx, et l'exercisse du service divin.

1 faict a Amboise le xix de mars précèdent 1562 a l'Incarnation

2 Et contenoit cest edict restablissement par tout de la religion catholique, abolition de toutes choses, permission de lad. novelle religion, hors des temples et lieux publiez, dedans toutes les villes et lieux tenus par lad. religion le vu dud. mois de mars, et encores en ung lieu de chasque jurisdiction ressortissant sans moyen aux parlementz et a toutz seigra haultz justiciers, et par tout liberté de conscience a ung chascun, et aultres plusieurs pointz.

1563 si que, ez villes ezquelles par led. edit estoit porté la religion [reformée] povoir eslre exercée, scavoir est en celles ou lad. religion estoit le vu de mars précèdent, ne porroit l'on presclier ez temples, mais en aultres lieux capables, qu'en chacune ville seroint ordonnés,, avoient, quelques jours auparavant la venue des susd. seigneurs, obtenu les Consulz el surintendantz de la religion, par acte publique, ung consentement de toutz les chanoines de S' Pierre et aultres prebstres quelcomques trouvés dans la ville comme ilz n'entendoint empêcher lad. religion [ny les fidèles] en l'exercice d'icelle religion et, a cest effect, en la joissence de trois temples, c'est de Nostre Dame ou de la Loge, Sainct Ferminet Saint Paul, considéré qu'en la ville notoirement n'y avoit lieu pour prescher hors desd. temples, pour la grand multitude du peuple assistant ezd. presches et qui, les dimenches, presque ne povoit estre receu en toutz iceulx. Lequel acte fut, le xm dud. mois, publiquement recité et publié de mol a mot au presche, affîn qu'ung chascun sceut n'y avoir de contrevention aud. edit, si encores l'on preschoit ez temples, pour ce q'en cella les parties intéressés, q'estoint les eclesiastiques, consentoint, et ainsi, les parties estantz d'accord, cessoit l'authorité des loix en telz cas.

[Contenoit oultre led. edit que, ez lieux ou lad. religion n'estoit led. vue de mars, l'on ne prescheroit qu'en ung lieu et ville ou village de chasque jurisdiclion ressortissant sans moyen aux Courtz de Parlement, abolissant et remettant led. seigr au surplus toutz excès durant ceste guerre advenus, comme la prinse de ses deniers, fonte de reliques et despoilles des églises el eclesiastiques, fabrication demonnoye et d'artillerie, etbrief demeuroit le tout couvert pour le bien de paix, sauf q'entendoit led. seig1' ung chascun povoir vivre en sa religion et que tout par tout la messe fut remise, comme plus amplement estoit porté par led. edit, faict a Amboise au mois de mars précèdent, présent entre aultres nions1 le prince de Condé et monsr Dandellot, frère de Mons1' l'Admirai, a raison de quoy l'agreoint les fidelles, non que se parlât de messes encores.]

Le susd. sr de Gailus, recovré les actes de la publication dud. edit, le xv dud. mois s'en partit de lad. ville, bien content de la volunté du pais et de lad. ville et honesteté q'on luy avoit faict en icelle [, combien il fut papiste].

15G3 Les Estalz finis environ le xvni dud. mois, les susd. s's contes s'en allèrent devers Beziers, ou, estantz, l'ung d'eux, c'est Mr le conte de Béarnais, alla parlamenter avec monsr de Joyeuse a Montelz, [lieu] d'entre Narbone et Capestaing, ou, appres avoir demeuré quelques heures ensemble, acompagné chascun d'eux de xx ou xxv hommes sans armes, se retirèrent l'ung a Beziers, l'aultre a Narbone. Et despuis, sur la fin de may, lesd. seigneurs contes repassèrent par Montpellier et s'en retornerent devers Uzes. Et en cest estât demeura le pais, non de plaine paix, car d'ung costé et d'aultre l'on se tenoit en garde, et n'estoit l'edit de la paix exécuté ca ny la, mais comme en trefve et cessation d'armes. Vray d est que ez villes de la religion estoit l'accès plus libre, estantz les portes ouvertes et les garnisons vuidées beaucoup plus que ez villes de la frontière des [papistes]2, comme Aiguesmortes, Erontinhan, Pezenas, Ginhac et aultres, [ezquelles les garnisons estoint entretenues et n'estoint receus en icelles les fidèles habitantz desd. lieux, quelle instance qu'ilz fissent envers Monsr de Joyeuse, et, au contraire, a Montpellier et aultres villes de la religion, les habitantz [papistes] 3 y revenoint et estoint recueillis paisiblement, et les [povres] fidèles y demeuroint privés du bénéfice de la paix, a tout le moins du retour et entrée de leurs maisons et biens] 4.

Appres ce que dessus et pour l'exécution plus ample dudit. edit de la paix, le roy, a cest effect, envoya le s1' de Yielheville, maréchal de France, avec charge de lieutenant gênerai de Sa Maiesté ez pais de Lyonois, Daulpbiné, Provence et Languedoc, lequel, appres avoir fait long seiour pour le mois de juing en la ville de Lyon et en icelle pacifié les afferes, y remettant toutesfois la messe, et avoir baillés trois temples [aux fidèles] 5 pour y prescher, s'en descendit au Daulpbiné, et, passant par la frontière de Languedoc, c'est des-

1 Le premier jet portait ici : « est que respectivement l'on entroit ez villes les ungs des aultres avec seurté » ; mais la phrase a été aussitôt modifiée au cours de la rédaction (L. G.).

2 catholiques

3 catholiques

4 En dépit des deux corrections de ce passage, il est tout entier supprimé depuis le mot : « esquelles » jusqu'ici (L. G.).

5 a ceulx de la religion

1563 puis S1 Esperit jusques a Beaucaire, ez quels pais il n'innova rien quant a y restablir la messe et service [romain] J fors que, a son mandement, l'on cessa prescher ez temples, led. seigneur s'en entra en Provence, ou encores les tumultes regnoint, pour la grand multitude [des fidèles]- volantz rentrer en leurs biens, que ceulx du pais ne voloint recepvoir aulcunement et moins permettre que [la]3 religion fut exercée.

Par quoy, laissant les particularités des aultres provinces, revenant au Languedoc, [fault pressuposer, comme est a croyre, que, considérant le Conseil du roy que, jacoit monsr de Joyeuse fut lieutenant dud. sren tout le Languedoc, attendues toutesfois les choses passées, difficilement et non sans troubles les habitantz du pais de la religion luy obeiroint ny aux siens, renvoya il aud. pais, comme ung second appres le susd. seigr de Vielheville et en son absence et occupation,] le seigr de Caylus avant mentioné *, avec telle charge, c'est de prendre des mains de monsr le conte de Crussol les villes et pais de la religion et en icelles commander pour le fait de l'exécution de l'edit de la paix principalement. Dont, ensuivant le mandement du roy, s'estant led. sr conte de Crussol deschargé de l'administration cy dessus mentionée dud. pais ez mains dud. sr maréchal de Vielheville et dud. sr de Caylus, led. s'- maréchal entré en Provence, led. sr de Cailus commencea besoigner en sa charge, et, appres avoir fait de mesmes ez aultres villes et lieux que comme s'est dit de Montpellier, il y vint et entra ungsabmedi matin second jour d'aoust, ou il fut receu au devant par la justice, Consulz et peuple, comme telz sieurs representans le prince ont acostumé de l'estre. Et fut sa venue fort joyeuse au pais, ayant ung chef pour modérer les afferes tant pour uns que aultres.

La charge dud. sr portoit, ensuivant Ledict, faire que les temples fussent5 délaissés [parles fidèles] a l'usage ancien des eclesiastiques [romains]. A quoy, pour le premier, fut obey, et le lundy ensuy-

1 divin

2 de ceulx de la religion

4 y fut renvoie par le roy au mois de juillet

5 Ms. : fusses.

lof)3 vant, [second dud. aoust], l'on commenoea a prescher de rechef a la Grand Loge ordinairement et, pour les dimenches et mecredis, (pie y soloit avoir deux presches, pour l'aultre on preschea a l'Eseolle Mage. Quand au second, des eclesiasliques [romains], beaucoup cuidoint x bien que la messe fut remise and. Montpellier, mais n'en fut rien, et tant s'en fault que persone ne se présenta and. sr, fut pour la dire ou demander. Ains certains archediacres, personatz et chanoines, faisantz la pins grand part du Chapitre de l'église S' Pierre estanlz an pais, et qui avoint receu la [religion reformée] -, par leur sindic declairerent n'en voloir point [et par exprès et ne voloir faire le service romain]3. Et d'aultre costé l'evesque dud. Montpelier s'estant, despuis la paix, retiré a Maguelone avec aultre nombre, mais beaucoup moindre, de chanoines, feit entendre par escripl aud. s1" de Queylus ne voloir venir a lad. ville. Ûuquel lieu de Maguelone et Villeneuve, village prochain, apertenant aud. evesque, la messe avoit esté remise par le moyen desd. evesque et chanoines. [Et ainsi fut pour lhors exempte de messe lad. ville par le moyen susd., n'aiantz garde les povres pelitz prebstres q'estoint encores en quelque non en icelle ville poursuivre lad. messe, veu que le Chapitre, premiers du clergé fleschissoint de ceste façon en ce fait.]

[De mesme] led. s'" de Queylus feit, lendemain de son arrivée, jour de dimenche, publier aultres lettres du roy d'edit faict appres la paix, et le xvn juing précèdent, par lequel estoit derechef commandé a toutz governeurs, lieutenantz et capitaines et villes et lieux, tant de l'une que aultre religion, faire mettre les armes bas et que persone n'en ozast porter plus, sinon l'espée et dague aux champs, et fors les gentilzhommes, qui porteroint espée et dague ez villes, et les gentz d'ordonnances et aultres ministres de justice les armes a feu portantz leurs livrées. Estoit aussi ordoné mettre en chascune ville ou borgade toutes les armes en certain lieu soubz deux clefz, dont l'une seroit baillée au governeur, capitaine ou principal magistrat, l'aultre au corps de lad. ville. Ce que fut [de mesme] exécuté aud. Montpelier sans resistence et furent lesd.

1 Ms. : ruidoil.

- novelle religion

:i mais telle déclaration avoir esté forcée et faincte appareut appres.

1563 aimes mises au Consulat, tant est grande la puissence de Dieu, quand luy plait d'apaiser les hommes et quand luy plait au contraire les esmovoir. En ces jours, les portes de la ville (que toutes avoint demeurées murées et fermées a chaulx et sable (neuf ou dix qu'il en y a), plus d'ung an, sauf deux : celle de la Sonerie et du Pillier Set Gilles, a la très grand incommodité des habitantz), furent ouvertes pour plus grand indice de obéissance et pacification, [jacoit ez villes de Tholose, Carcassonne et aultres tenantz la religion romaine ne cessassent faire grosse garde comme auparavant]. Et en cest estât demeura la ville de Montpelier et led. pais jusques a l'automne ensuyvant, que monsr Dampville, [ung et] le second filz de monsr le duc de Montmorancy, connestable de France, governeur du pais de Languedoc, fut par le roy envoyé part deçà, pour l'entière pacification du pais.

Led. seigneur Dampville doncques, chevalier de grand réputation aux aimes, combien n'eut passé vingt cinq ans, porveu de Testai et charge de governeur dud. pais par la rezignation de sond. père, > int aud. [pais de] Languedoc environ le moisdevubre aud. an 1563, acompagné de grand force de gentz d'ordonnance a cheval, c'est de nu a cinq centz hommes d'armes, et, comme il marchoit, le nombre de la noblesse qui l'acompagnoit, s'augmentoit. Il entra aud. pais du coslé de Toloze, remettant, par ou il passoit, les villes en paix, réglant les persones des deux religions selon la volunté du roy et Ledit de la pacification.

Et, laissant les particularités de ses procédures despuis Tholoze jusques a Narbone, led. seigr y estant, la ville de Montpelier delega quatre des principaulx et notables personages d'icelle, scavoir est monsr de Cezelly, premier président de la Chambre de Comptes, nip Jehan Philippi, gênerai des Aydes, et les seigneurs de Possan et Figaret, pour luy aller faire la révérence et présenter tout honeur et obéissance, lesquelz délégués led. sr receut humainement. Et, appres avoir encores fait quelque séjour aud. Narbone, il s'achemina vers Beziers et Montpellier, luy estant par tout exhibés toutz honeurs roiaulx. Et feit son entrée a Montpelier, ung mardi neufviesme de novembre, a trois heures appres midi, ou il fut receu aultant solemnement qu'estoit possible et qu'on eut encores fait ailleurs, et comme s'ensuit.

1563 II entra par la porte de la Sonnerie, hors laquelle estoit assize l'artillerie pour le saluer a sa venue. Despuis lad. porte jusques a son logis chez Monsereau, autrement la maison des Generaulx, les rues estoint tendues de riche tapisserie. Au devant de luy, hors la ville, l'allerent trouver a cheval et recepvoir, comme est de costume, toutz les estatz de [la] * ville, comme Messieurs les Generaulx et Court des Aides, vestus de rohhes d'escarlate, avec leurs huissiers vestus de violet, Messieurs de la Chambre de Comptes, Siège presidial : le président vestu d'escarlate, lieutenant, conseillers et aultres officiers au governement, et les Consulz acompagnés des borgeois et merchantz. En laquelle compagnie, marchant en son ordre chascun au devant, il entra en lad. ville, [ayant les plus proches de sa persone messieurs de lad. Court des Aydes, allantz deux a deux].

A lad. porte et entrée de lad. ville aussi inopinément [pour plusieurs] se trouvèrent certains chanoines de l'église cathédrale et aultres prebstres, vestus de surpellis, et cinq ou six religieux cordeliers, qui l'acompagnerent chantans processionelement [sans porte croix aulcuns pour monstrer leur désolation, chose qu'on n'avoit veue ny oyée il y avoit plus de deux ans].

A l'entrée de la ville, les Consulz, dessendus, a pied, luy avoint présenté ung riche pavillon de velours cramoizin roge, doublé de satin blanc, avec les franges de soye incarnate et blanche, coleurs dud. seigr, et au bout estoint ses armoyries et au bas celles de la ville, faictes de broderie, soubz lequel pavillon led. sieur refusa se mettre; toutesfois il fut prins par ses gentz. Oultre les gentz d'honeur susd. de la ville et au devant d'iceulx marcha a l'entrée grand nombre de gendarmerie et de noblesse, et, appres les susd., prochainement de sa personne, sa garde de cinquante arquebouziers a pied, morionés, c'est a dire portant morions dorés en teste. Appres venoit led. seigr acompagné du seig1' de Joieuse, lieutenant du roy aud. pais, et d'infini nombre d' aultres seigneurs et gentilzhommes du pais, suyvis appres toutz d'une compagnie de gentz a cheval, marchantz en ordonnance avec la cornete et enseigne devant, faisant l'arriére garde. Si par les rues et fenestres des maisons y avoint innumerables spectateurs de toutz estatz, il est sans doubte.

1 lad.

A la pointe de la Sonerie, q'on appelle, q'est une petite maison faisant le coing d'entre la rue de l'Argenterie et celle du Gigne devers la Pierre, ez fenestres haultes estoint les trompetes de la ville, avec des banderolles de taffetas incarnat et blanc, sonnantz tant que la tro nppe passa.

Quand led. sieur eut passé la Pierre, au lieu se torner au coing de Rondellet pour aller droit a son logis, il fut conduit, [comme est a croire] parle moyen des susd. eclesiastiques [au temple de la Loge aultrement] ' de Nostre Dame de Tables, ou il descendit et alla faire sa prière avec ceulx [de la religion romaine] qui le y volurent suyvre, iceulx eclesiastiques chantans Te Deum laudàmus. Et appres d'aultre costé se relira a sond. logis.

Sa venue n'estoit sans grand joye et exultation [de ceu'x de la religion romaine]-, prebstres et aultres, revenus avec luy, comme estoint Monsr l'Evesque et Juge Mage de Montpelier et certains aultres. non en grand nombre, qui s'estoint absentés a occasion des troubles, ainsi q'a esté dict devant.

Led. seigneur arrivé feit admener la grosse artillerie a son logis, et, pour ce que, par son exprès mandement, auparavant sa venue, toutes les armes des habitant/, de la ville jusques aux espées et dagues, sans exception des persones, avoint esté mises en la maison de la ville et Consulat, sans que persone en ozast porter si n'estoint gentilzhommes, non pas les sergentz3 [de jour], il establit certain nombre de genlilzbommes pour la garde du jour de lad. maison commune, et pareillement aultres de nuict, oultre le corps de garde a cheval et devant led. Consulat et guet ordinaire chascune nuict, que la gendarmerie faisoit par la ville, tant que led. seigneur y fut.

Icy neantmoins ne fault obmettre aultres choses a l'honeur dud. seigneur faictes en lad. ville, comme epigrammes el presentz honorables. Pour le premier, oultre ce que son logis estoit pompeusement préparé, sur l'entrée du grand portai, du costé du Consulat, estoint mises les armoyries de monsieur le Connestable et au dessoubz celles dud. seigr Dampville, dans des chapeaulx de triumphe aux

1 a l'église

2 des catholiques

3 Ms. : segents.

1563 coleurs desd. seigneurs. A eosté desd. armoyries estoit, du quartier droit, ung epigramme grec et, a senestre, de mesme substance, aultre en latin, tel que s'ensuit.

Cœlica pax 7iobis sola que Narbonia Galli

Incolimus, damni plus habitura fuit,* Te nisi rex sapiens cordato pectore fultum

Mitteret, adventu pace valente tuo.

Gloria summa Deo, qui civica bella répressif :

Dampvilee, pius fac imitere Deumj Fac pacis maneant sanctissima fœdera : sic tu

Lilia, quo possint, francavivere dabis.

D'hault, sur la porte de la sale, estoit, en ung tableau faict en ovale, ce distique en lettres esparses antiques :

Quuiii patrie curam subeas, hec Iseta precatur Te patris in natos velle referre vicem.

Aussi, sur la cheminée de la sale, en ung tableau d'azur, garny d'ung chapeau de triumphe, estoint peintes les armoyries dud. seigneur et au dessoubz escript en lettres d'or cesl huictain francoys.

A fin que toutz les siècles a venir De père en filz se puissent souvenir De ta grandeur et vertu paternelle, De l'Eternel laisse sonner la voix Dont establis sont toutz peuples et roy s ' Et ta jeunesse honore de fleur telle Que, la gardant, surpasser je te vois Du grand Anne la mémoire immortelle.

Le présent que la ville luy feil, ensuyvant la costume, fut une grand couppe d'argent, ovrée en bosse, dorée de fin or, et le covercle de mesmes, et, dans icelle coppe, six belles pièces d'or rondes, fabriquées expressément a la Monoye, chascune pezant cinquante escuz d'or au soleil, figurés de ceste forme : c'est que d'ung eosté estoint empraintes les armoiries dud. seigr avec l'Ordre, et a l'entour escriptz ces mots : Virtuti Henrici montmorancii piiss . P. pu-

1 Tel que le rapporte Philippi, le distique est inintelligible et prosodiquement faux. Cette observation-ci s'applique à l'hémistiche final (L. G.N

1563 blico provincialium suffragio aeterne memorie causa ; de l'aultre costé estoil ce que s'ensuit, avec les armoiries de la ville, ainsi ' :

Henrico mon

morantio Dampvileo

M. Anne Monmorantii

Gall. prefec. Milit.

F. Narbon. Provinc .

proregi. P. P.P. Civil.

Monspeli Mi adven

tum gratulata

Luy furent donnés avec deux pleines caisses : l'une de phioles de voirre, peinctes de diverses histoires et pleines de eaucs d'ange et musquée, l'aultre de carreletz de satin, pleins de diverses pouldres odoriferentes, le tout de grand valeur-.

Lendemain fut dicte grand messe solemne au temple Nostre Dame de Tables, et des lhors les prebstres et religieux commencèrent familièrement se monstrerpar tout, et furent les services acostumés faitz aussi ez aultres temples de la ville et logés en iceulx les religieux et religieuses desquelz ez faulxbourgs les monastères et habitations avoint esté ruinés, comme : en l'église S1 Pol furent mis les Cordeliers, a S1" Foy les Jacopins, les Carmes a Ste Croix, les Augustins a Saint Mathieu, les religieuses a Sainte Catherine, combien ilz fussent de chascun si petit nombre que des aulcuns n'estoit suffisant a faire ung collège. Les gentz de justice et de pratique reprindrent leurs bonnetz carrés, laissés durant ces trobles.

Le xvi dud. novembre, led. s1' de Dampville partis! de Montpelier pour continuer son chemin devers S* Esperit, laissée garnison en la ville. Durant son absence, les principaulx dud. Montpelier des deux

1 En marge, Philippi a écrit cette légende: « Signification des lettres seules : M magni. — F filin. — P. R.P. pace rei parla. — D. D. donc dédit. » Entre les deux lettres I) est l'écusson de la ville (L. G.).

- Et furent toutes ces lioneurs et choses susdites faictes et dressées par ceulx de la religion, les catholiques n'estantz encores rentrés en l'administration.

1563 religions, considerantz combien une bonne union entre les cytoiens seroit a désirer, pour y parvenir esleurent xn personages notables, tant du clergé, justice que nobles et borgeois, six de cbascune religion, c'est six des catholiques et six de la religion [reformée], par l'avis desquels tout deubt estre manié en la maison de la ville. Que fut délibéré le cinqe du mois de décembre, et, appres, repassant led. s'Dampville par lad. ville retornantaNarbone, trouvé bon, que ne duragueres, comme sera veu cy appres.

En la fin du susd. mois de décembre furent tenus aud. Narbone les Estatz du pais de Languedoc, lesquelz, estanz la plus part composés de catholiques favorisants aux evesques y estanz en grand nombre [ne firent faulte, pour le premier, tacher a subvert ir la religion. Et faicte grand délibération] i qu'ilz ne voloint vivre que selon la religion "2 romaine et pour ainsi le declairer au roy et le supplier n'endurer aud. pais q'une religion, c'est lad. [romaine] 3, despecherent promptement et des le commencement des Estatz devers led. seig1 le sr d'Ambres et Bachelerii, premier consul de Beziers. Lesquelz toutesfois [perdirent leur peine, et quand]4 eurent responce que l'edit de la paix seroit gardé en Languedoc comme ailleurs. Et ainsi furent les deux religions exercées aud. pais.

1561 Au mois de janvier ensuyvant, led. sr Dampville revint a Montpelier et avec luy deux conseillers du Grand Conseil, depputés commisseres pour les differentz qui sordoint des troubles passés et exécution de l'edict, privativement a toutz juges du pais. Lhors fut establye aud. Montpellier garnison de deux compagnies de gentz de pied francoys. Fut aussi publiée certaine déclaration faicte par le roy au mois de décembre précèdent et xim1' jour d'icelluy, sur le contenu d'aulcuns doubtes tirés de ledit de paix, et, entre aultres, que, ez administrations des revenus et maisons communes des villes, n'y auroit aulcune différence de religion, ains que indifferement de toutes les deux y seroint admis. Ce que pourtant ne fut exécuté en Languedoc ; ains, venantz les jours des élections des

1 délibérèrent

"2 catholique

3 catholique

4 n'obtindrent rien, ains

1564 Gonsulz des villes et villages, y furent mis, par authorité dud. sr Dampville, des consulz et conseillers tous [de la religion romaine]1 et ceulx de [la] 2 religion [reformée] 3 mis hors toutelement.

Mesmes a Montpelier, advenant le premier jour de mars, en fut aultant fait par le sr de Castelnou lez Pezenas, governeur pour la guerre estably aud. Montpelier par commission dud. s1' Dampville, quelles remonstrances, réclamations et appellations qu'il y eut au contraire, et ostée l'administration de toutes choses publiques ausd. de la religion [reformée]. Et n'en peult on obtenir aultre reformalion du roy pour celle année4, y estant toutesfois fait l'exercice de [la] 5 religion [reformée] paisiblement.

Voire, quand venoint les jours de la cène, le governeur faisoit assister grand nombre de soldatz en armes a l'entour des lieux des assemblées jusques tout fut fait, a fin aulcung destourbier n'y advint. Et avoint esté ordonés aud. Montpelier les deux lieux pour lad. religion [reformée] : la Court du Baille vielbe et la maison de Formy près la Loge, jusques aultrement y futproveu. [Augmentant ordinairement le nombre des fidèles, quelles molesties et oppresses que les catholiques ayantz le povoir fissent a plusieurs d'iceulx, par le moyen des garnisons en leur hostel et aultrement; estant l'église susd. reformée de Montpelier honorée du prince de Salerne, ung fort grand seig' et prince du royaulme de Naples, habitant en ce royaulme et par fois aud. Montpelier, d'où il avoit prinse et esposée femme de la maison de Paulhan, faisant led. prince profession de lad. religion reformée].

Ainsi furent les choses en Languedoc cest yver. Sur la fin duquel le roy G partist de Paris et s'achemina pour visiter son royaume, passant par la Champaigne et Borgoigne jusques a Lyon, ou fut pour le moys de may, ou estant feit une déclaration touchant la religion, du xxiiii de juing aud. an 1564, contenant, en somme, que ez villes de lad. religion, pendant qu'il y seroit, n'y seroit faict aulcung

1 catholiques

2 lad.

3 novelle

4 1564 prins a la Nativité.

5 lad.

6 Charles IX

1564 exercice de lad. religion, sauf a y estre remis et continué appres son despart, et sauf aussi a ceulx de lad. religion vivre en leurs familles en leur liberté, luy estant ezd. villes. Led. sr avoit délibéré faire aud. Lyon beaucoup plus grand séjour qu'il ne feit, [car] l fut contraint en desloger pour la grand mortalité de peste y survenue. Dnd. Lyon passé par le Daulpbiné et, environ le mois de septembre, venu en Avignon pour entrer en Provence avant venir en Languedoc.

El, le xxi dud. moys, la garnison de gentz de pied estant a Montpelier fut cassée et reduicte a cinquante hommes, logés dans Saint Pierre pour la garde de l'artillerie et armes y estantz, et des lhors cessa aud. Montpelier le tumulte des armes et d'y estre faicle garde tant en la Loge que ez portes, jour ou nuict. Et recommencea la ville d'estre veue en Testât de paix.

Led. seigneur, avoir visitée la Provence, entra en Languedoc environ le commencement de décembre;, et, sans faire que passer a Beaucaire et Nismes, feit son entrée a Montpelier ung dimencbe xvn dud. mois de décembre, et estoint avec led. seigr la royne, sa mère, monsr d'Orléans, son frère, de l'aage d'environ xn ans, le prince de Navarre , de pareil aage , Messieurs les cardinal/, de Borbon et de Guise, nions1" de Monlmorancy, connestable de France, et plusieurs aultres grandz seigneurs, comme la Court de France a acostumé d'estre peuplée. Le Chancellier estoit nommé mons'" de l'IIospital, homme fort estimé en prudence et scavoir et qui, en ce temps turbulent q'avoit régné, et en ceste jeunesse du roy n'ayant encores atlainct la fin de quatorze ans d'aage, conduisoit les afferes fort prudeemment, et maintenoit les deux parties de religion différente également.

Pour l'entrée dud. s1 en lad. ville, luy fut, premièrement, richement basty et préparé ung reposoir, hors la ville, sur son chemin et au jardin du seig1' de Villeneuve, governeur de lad. ville, au devant du covent dict de Saint Maur, aultreinent et communément Saint Mos, ou led. seigr roy arriva. Et, assis avec des principaulx de sa Cour, tout/, les estatz de la ville selon leurs ordre et rengs luy vindrent faire la révérence et prester obéissance avec les harengues

1564 sur ce acostumées. Et pareillement passa devant luy une belle et grande trouppe des jeunes borgeois et merchantz de lad. ville, habillés de vellours et satin, chascun selon leur puissance, des coleurs et livrée dudit s1" : incarnat, blanc et bleu.

Appres s'acheminèrent devers lad. ville toutz lesd. estatz de la ville selon leur reng, demeurantz les plus dignes les derniers plus près du roy, comme au lieu plus honorable, scavoirles Universités de Médecine et loix, les presidiaulx et Governeur, la Chambre des Comptes et la Court des Aydes la dernière, vestus de robbes d'escarlate, avec les huissiers devant, vestus d'escarlate violete, en belle ordonance. Appres marchoint la maison dud. seigneur, ses archiers, les suysses de sa garde, le tambour sonant, et Sa Majesté dessoubz ung ciel on pavillon de velours cramosy, covert de pourfilleure et broderie d'argent, porté par les six consulz de la ville, marchantz au devant dud. pavillon le grand escuyer, ou homme pour luy, portant en escharpe l'espée roialle, et les trompetes dud. s1' sonnant/., acompagné en appres led. sr des seigneurs, princes et cardinaulx dessus nommés.

A l'entrée de la ville, et d'entre les deux portes du pillier Saint Gilles, esloint dressées quatre colomnes soustenantz une grand corone imperialle, sur les bazes de deux desquelles colomnes les plus près de l'entrée de la ville esloint deux belles jeunes filles, l'une veslue de satin jaulne, l'aultre de salin blanc, en nymphes représentant/ l'une Pieté et Religion et l'aultre Justice, ensuyvant la devise du roy, qu'estoit de deux colomnes, l'une d'or, l'aultre d'argent, ayant/ chascune sa baze séparément, mais entrelassées au surplus, avec sa devise par escript : Pietate et Justilia.

Dans la ville, tant au lieu dict a la pointe de la rue Saint Gille qu'a l'arc Saint Nicolas, sur la Loge, devant le Consulat et finalement au devant le logis du roy, qu'estoit a la Pierre et maison dicte de Botonet , estoint dressés en architecture et charpenterie d'arcz triumphalz et portaux a l'antique, enrichis de plusieurs peinctures et tableaux faicts expressément de belles représentations, avec [carmes] 4 tant grecz, latins que francois, a propos desd. représentations, le tout a la loange dud. seigneur et prospère succès de son adolescence.

1 des vers et epigrammes

1564 Lendemain de la feste de Noël, jour Sainct Estiene, fust faicte procession générale, en laquelle assista le roy et, avec luy, la royne et aultres princes et grandz seigneurs, sans que aulcuns des habitantz de lad. ville estantz de la religion, officiers riy aultres, fussent contraintz s'y trover, ny tendre et tapisser leurs maisons, comme les catholiques, sur le passage de lad. procession; [ains avoit faict dire led. sr ceulx de lad. religion ne debvoir a ce estre contraint/]. En appres, s'estant led. sieur esbatu aud. Montpelier en divers esbatz, en partit le dernier dud. mois de décembre, s'acbeminant devers Tholose.

1567 Despuis le passage dud. seigneur fust lestât de la religion assés maintenu paisiblement oud. Montpelier et aultres jusques au mois de may 1567, que s'esmeut le un jour dud. mois de may quelque rumeur a Montpellier que les catholiques voloint entreprendre aulcune chose contre [les fidèles] L Lequel bruit venu a la notice des principaulx de la ville tant d'une religion que d'aultre et eulx a ces fins avec les officiers du roy assemblés tant au palais qu'en la maison de la ville, n'alla la chose plus avant. Vray est que, a ceste cause se deftiantz les habitantz les uns des aultres, monsrde Joieuse vint appres en lad. ville bien acompagné, et y envoya la Court de Parlement certains conseillers pour informer de ce faict, dont furent mis en peine beaucoup des deux religions, comme chascun de son costé avoit taché faire informer. Lesquelles procédures cessèrent par les trobles seconds 2 survenus en ce roiaulme 3.

1 ceulx de lad. religion

2 Ms. : second.

3 L'alinéa qui se termine ici et le suivant constituent deux rédactions des mêmes faits. Elles sont anciennes l'une et l'autre. Pour le premier, la preuve en est fournie par l'expression « les fidèles » appliquée aux protestants. Pour le second, parle même détail, par l'arrachement d'un feuillet et par le soin de bâtonner fortement ce passage (voir planche II). J'ai donc laissé subsister ces deux versions, ou ce qu'il en reste, dans le corps même du 1exte et cela selon leur ordre actuel dans le manuscrit. Je crois néanmoins que le second passage appartient à la le<;on primitive, l'autre ayant été faite en reprise sur un nouveau feuillet en avant, afin de raccorder le récit. (L. G.).

mtfM,

Histoire des Troujïles de Languedoc (Ms., fol: 211 r°. - Ed., pp. 113 et 114)

[aud. Montpelier trois commissaires consei-

lers au Parlement de Tholose, parlesquelz fut tellement procédé en faveur des catholiques que la charge fut relevée toute sur les fidèles, et, par informations de plusieurs tesmoins, ceulx, voire des principaulx, de lad. religion engabyés, mis a exécution et molestés connue transgresseurs des editz et volunté du roy, et plus heussent esté, ne fut le changement de temps dont sera parlé cy appres].

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