SECONDS TROUBLES ADVENUS EN CE ROYAULME
1567 Nouveaux troubles dans le royaume causés par la non observation de l'édit d'Amboise du côté des catholiques. — Surprise par les protestants de diverses villes du Languedoc, et par les catholiques de quelques autres. — La nouvelle de la .saisie de Aimes par les réformés parvient le soir du 30 septembre à Joyeuse, alors à Montpellier ; il assemble les notables protestants. — // fait expulser les étrangers ; émotion chez les réformés. — Joyeuse, effrayé, se retire à Saint-Pierre, d'où il part chercher des renforts. — Les protestants maîtres de la ville ; arrivée de d'Assier.
— Second siège de la Cathédrale ; Joyeuse essaye vainement de lu faire ravitailler. — Massacre de protestants à Lodève. — Concentration de forces protestantes à Montpellier. — Reddition du fort Saint-Pierre; les assiégés mis à rançon; nouveau pillage et ruine de cette église et des bâtiments adjacents. — Election d'une commission de douze notables pour administrer la ville. — L'église Saint-Firmin rasée. — Faits de guerre dans la province.
1508 Etats prolestants à Montpellier. — Création anticipée des Consuls.
— Hostilités soit sur le Rhône, soit aux Cévennes, soit dans le Haut-Languedoc. — Nouvelles de la paix. — Destruction de toutes les églises dans l'intérieur de la ville. — Publication de la paix de Longjumeau. — Les Montpelliérains refusent la garnison royale. — Jean de Nadal, seigneur de La Crouzette, lieutenant de Damville, les gagne par la persuasion et remet la ville sous l'obéissance du roi. — Exode des protestants. — Entrée de Joyeuse et retour des catholiques. — Pillage du temple de la Cour du Bayle et suppression du culte réformé.
Soc. Arch. de Montpellier. S
1567 [Comme donc, despuis les premiers trobles et pacification d'iceulx ensuivye l'an 1563 par les editz de la paix, ires mal observés par les catholiques en tant que les editz faisoint pour les fidèles en plusieurs chefz, articles et manières, lesd. fidèles neantmoins se fussent comportés en toute obeissence et patience, portantz le joug en plusieurs façons jusques avoir esté, par la grâce spéciale de Dieu, préservés des aguetz des conspirations contre leurs vies pourpensés et entreprins par les catholiques, non seulement a Montpellier, comme dict est, du mois de may précèdent, mais en plusieurs aultres endroitz du royaulme ; et que estoit presque publiquement descovert dans peu de jours debvoir estre i lesd. fidèles sinon exterminés ou chassés, pour le moins l'exercice de lad. religion aboly et estaint ; et non pour ce regard seulement, mais pour la maulvaise administration du royaulme, foullé en plusieurs manières soubz l'adolescence du roy, conseillé par aultres que les princes du sang2, de la part desd. fidèles, les catholiques nyantz toutz ces faitz, ains voluntairement et sans occasion s'esmouvoir lesd. fidèles, quoy que ce feut, permit Dieu tout a coup, dans les premiers huict jours du mois d'octobre dud. an 1567 ou environ, les troubles s'eslever dans ced. roiaulme, et mesmes en Languedoc ceulx de l'une et aultre religion s'emparer des villes a qui myeulx rnyeulx. Et les fidèles s'emparèrent soubdainement de Castres, Lavaur, Montauban, et aultres plusieurs villes et lieux prochains de Tbolose ; au pais bas, de Saint Pons de Thomieres, Clermont, Ginhac, Saint Paragory. Quand a Beziers, Agde et Pezenas, les catholiques y furent plus vigilantz et s'en saisirent, mesmes de Beziers, ou y avoit exercice de la religion, que par ce moyen y cessa. Nismes, Bagnolz, Uzes, Saint Esperit, Viviers, Allez et les environs, sauf Beaucaire et chasteau de Nismes, furent saisis par les tidelles.
Et, laissant l'université des choses, quand est de Montpellier, le seigneur de Joieuse y estoit avec sa famille et petite compagnie, ayant faict preparatif de logis et aultres choses pour s'y tenir encores six mois, ne se doubtoit d'aulcun troble. Pour confirmation de
1 Ms. : este.
2 Ici existait un blanc, rempli plus tard par ces mots : « ainsi qu'on
lliscl'll - (L. ^. .
1567 quoy, le dernier jour de vnb,''\ avoint esté publiées les lettres du roy, du dixfU,e dud. mois, contenant/, en somme asseurance a son peuple qu'il n'entendoit auleune chose innover ou altérer de ses editz touchant la religion, et q'ung chascun, soubz cette seurté et asseurance, vesquit en paix. De quoy tout le monde se resiouit et consola fort, pour ce que coroit bruit commun, comme est cy devant dit, que soubz main les adversaires de la religion avoint induit le roy adolescent a advoer et signer les articles du Concilie de Trente arrestez et clos ces années précédentes et, par conséquent, révoquer toutz les editz permissifs de l'exercice de lad. religion reformée, a la grand désolation des professeurs d'icelle sur ce que appres fut ordonné : vesy dont sortirent ces grandz troubles.
A Montpelier doncques la plus part d'ung party et aultre cuydant singulièrement par le moyen des susd. lettres du di\""' viibre estre en paix, led. jour de la publication ' d'icelles, au soir, furent apportées novelles aud. seig' de .loieuse de la saisie de Nismes, Saint Esperit et de la Tour de la Carboniere, passage pour aller par terre en Aiguesmortes, et pareilbement de Castres, Lavaur et aullres lieux voisins de Tholose. Dont incontinent feit il assembler toutes les deux compagnies de vieilz soldatz qu'il avoit, tant au fort de Saint Pierre qu'en la ville]2, et grand nombre de catboliques en
1 M s. : puplication.
- Lesquelz secondz trobles furent ocasionés de ce qu<> seroit bruit commun que le roy voloit soubzeripre au Concilie de Trente et, ce faisant, chasser de son roiaulme l'exercice de la novelle religion, altérant et abolissant ses editz. Lequel bruit feut levé aulcunement sur une déclaration dud. seigr, publiée a Montpelier le dernier jour de vnbre aud. an 15G7, par laquelle il declairoit n'entendre innover auleune chose de ses editz tochant la religion, et q'ung chascun soubz ceste asseurance vesquit en paix. Neantmoins ne (Ici un mot rogné par le relieur. — L. G.) compatir les grandz du royaulme des deux religions, ou q'ainsi pleut a Dieu visiter de rechef ced. povre roiaulme de telz fléaux que devant, s'esmeurent en France ces secondz troubles.
Et mesmes pour la St Michel monsr le prince de Condé avec l'admirai et aultres partizans de la religion prindrent les armes et s'esleverent près Paris, et gueres ne s'en faillut que ne saisissent de la persone du roy. De quoy nous taisans, venant au faict du Languedoc, cuydant l'on a Montpellier estre en paix, led. jour propre de la publication de la déclaration avant mentionnée, au soir, furent apportées novelles a nions1' de Joieuse,
1567 armes, el faire gros guet et corps de garde [en la ville, le tout au desceu des tîdelles, qui de ceste assemblée ne sceurent rien jusques a lendemain matin, que toutes les portes de la ville furent tenues closes, et furent advertis que, si n'eut esté que a certains de ceste assemblée, ceste nuict ilz se t'eussent rués sur les fidèles et les eussent ruinés. Mais Dieu leur tint la main].
Lendemain, q'estoit ung mecredi premier jour d'octobre, led. seigr [de Joieuse, ayant veillé toute la nuict, et esté en garde], manda venir devers luy aulcuns dos principaulx de la religion, ausquelz feit remonstrance des trobles, du commencement desquelz il avoit advertissement, [lesquels] i il avoit délibéré [empescber] - en ceste ville de Montpelier de tout son pouvoir sans empêcher en rien ceulx de lad. religion, [lesquelz] 3 il admonesta s'y voloir employer pour le service du roy. A quoy [lesd. fidèles illec presentz] s'offrirent voloir obéir et s'emploier en tant q'a eul\ seroit possible, ignorant/, le commencement de ces trobles et moins qu'en lad. ville y en eut aulcun semblant, se tenant eulx grandement asseurés par sa présence.
Et, ainsi avoir esté congédiés, [lesd. fidèles bien esbahis que ce povoit estre], l'apres disnée aulcuns [garsons,] estantz a l'entour dud. sieur de Joieuse, homme aultrement débonnaire [et non rude], luy conseillèrent faire chasser promptement de la ville les estrangiers, qu'il/ appelloint les artizans de noveau habités en la ville et les serviteurs i des botiques, de nombre excecif; desquelz, comme estantz de la religion, estoit plus a craindre advenir force et troble. Laquelle commission baillée a exécuter a aulcuns gentilzhommes
estant en lad. ville, que ceulx de lad. religion s'est oint eslevés en son governement e1 prins les armes a Nismes, St Esperit, Castres, Lavaur, et de plus près qu'ils avoint saisi la tour de la Carboniere, passage pour aller en Aiguesmortes par terre ; que ne feut ce changement tant subit sans grand estonnement, car, au reste de l'élévation du prince en France, ne s.' povoit encores rien scavoir. Parquoy led. seigr, toute la nuict assemblée la garnison de la ville,
1 ausquelz
2 s'opposer
4 Ms. : serviturs.
1567 et aultres des catholiques [malins et seditieulx] *, commenceale peuple en quelques endroitz s'esmovoir. Ce que cognoissant, led. sieur de Joieuse soubdainement, sans aultrement provoir a la ville, avec sa femme, enfans et toute sa compagnie, le Juge mage, Consul/, et plusieurs aultres des catholiques, [qui en leur conscience scavoint avoir manqué aux fidèles auparavant], se retirèrent avec leur bien pins précieux, femmes et enfans dans le fort Saint Pierre.
Néant moins ce soir tirent continuer leur guet ; mais, avant le parachever, [espouvanlés , sans que persone leur comparut au devant,] toutz s'esvanoirent. Mesmes les soldatz faisantz corps de garde a la Loge quittèrent, se retirantz a Saint Pierre.
Ceste mesme nuict, led. sr de Joieuse, avec des principaulx gentilzhommes qu'il eut avec luy, sur la minuict, par la- faulce porte se [sauva] 'à, sans sejorner jusques fut a Pezenas, délaissant dans S1 Pierre sa femme, enfans, meubles et [aultres] plusieurs de la ville, hommes et femmes.
[Les fidèles] 4, voiantz le matin [la fuite de leurs adversaires, nul poursuivant], ouvrirent par force trois portes q'avoint esté fermées, c'est la Sonerie, Lattes et Montpeleiret, commencèrent se impatroniser de la ville et appeller a leur ayde des voisins ; lesquelz, dans vingt et quatre heures, y acoreurent a diligence, tant gentilzhommes que gentz de guerre, si qu'estant la ville a leur povoir, commencèrent a serrer de pies ceulx de Saint Pierre, les chassant dans le fort, leur ostant par force le collège de Saint Ruf, la tour du Columbier, battant dans Saint Pierre, et plusieurs maisons des environs du fort, ausquelles ceulx dud. S1 Pierre mirent le feu, destruisantz toute la rue des Carmes, du long de laquelle [les fidèles] 5 commencèrent faire trenchées pour empêcher la garnison de Saint Pierre venir a la ville.
Ce pendant les capitaines commandant/ a la ville, voiantz l'ennuy que sotlioint Madame de Joieuse et sa compagnie de damoiselles,
1 ung' pou trop ali'ectionés
- Ici l'on voit un feuillet écrit coupé, sans que le sens offre de lacune
:: retira
' Ceulx de la religion
5 ceulx de la religion
1567 pour les allarmes continuelles que jour et nuict estoint données au fort, luy feirent entendre si voloit venir a la ville, luy offrant/ seurté et service, ou compagnie si ailleurs voloit aller, ce qu'elle ne voulsist faire. Toutesfois, quelque nuict appres, moyenant quelque escorte de cavalerie que [son mari] 1 luy envoia, elle s'en sortisl avec ses bagues et compagnie, dont ceulxdela ville ne furent marris, scachantz le secours dud. Saint Pierre ne seroit tant affectioné aud. sr de Joieuse pour les soldatz seulz de la garnison, quoy qu'il/ feussent deux compagnies dedans et des vieilz soldatz, comme si sa femme, enfans et meubles y eussent esté engagés.
Le \u dud. octobre, le seig1' Dacier, qui, ez aultres trobles, estoit nommé le s1 de Beaudisné-, de la maison de Crussol, commandant pour le roy en l'absence de Monseig' le prince de Condé ez provinces de Daulphiné, Provence et Languedoc en ces guerres, arriva a Montpelier, acompagné de grand nombre de seigneurs et gentilzbommes, et toutz les jours y arrivoint forces tant achevai que a pied. Dont, pour empecber que ceulx du fort ne fussent secorus, furent faictes de grandes trenchées bors la ville, tant dans le fossé de la porte du Peiron, pour battre droit au revelin et porte derrière du fort, que du long des jardins estantz \is a vis Saint Pierre et du costé de Botonet, devant la porte et tour des Carmes, que les catholiques tenoint. Et aussi furent campés hors la ville les gentz de pied, despuis le faulxbourg Saint (luilem jusques près du Merdasson. Durant ces jours y eut quelques11 rencontres avec les ennemis, tant a Gijan que près Myrevaulx [, ou la victoire demeura aux fidèles, les ennemis en fuite mis].
Le \i de novembre, le seig1 de Monbrun du Daulphiné, homme fort suivy et expérimenté, acompagné de plusieurs aultres seigrs et gentil/hommes et de six compagnies de gentz de pied et une pièce d'artillerie, arriva aud. Montpelier pour augmentation des forces.
Le vin dud. mois, led. seig1 de Joyeuse, s'estant délibéré et préparé venir avitailler Saint Pierre, feit marcher a ces fins son camp devers lad. ville, [composé de] 4 dix huict enseignes de gentz de
1 led. sr (If Joyeuse - ou baron do Crussol :•• legieres
4 avec
1567 pied, faisantz deux mil cinqcc hommes et m ou imcc chevaulx bien armés; et, conduit led. camp par le seigr de Villeneuve, lieutenant dud. s' de Joieuse, luy absent, se vint poser, environ les xi heures dud. jour, près de Botonet et jusques au pont de Saint Cosme, part delà le Merdasson.
[Les fidèles] 1, campés ou dit est,ayantz bien fornisles tranchées, se préparèrent au combat ; le seigr Dacier de mesmes, avec la cavalerie, en nombre de m ou inicc aussi, sortit de la ville, et s'alla camper aux champs estantz d'entre les Jacopins et Saint Gosme. Si, ce pendant, en la ville y avoit eflïoy d'avoir l'ennemy combatant si prochain, ne fauit doubler.
Le camp [de l'ennemy]2 ainsi posé, ceulx de Saint Pierre, pour plus tacher ceulx qui estoint ez trenchées [des fidèles], a ce qu'ilz eussent a repondre a deux partz, au camp et a eulx, commencèrent le jeu et firent une sallie par le revelin en grand nombre et des plus braves. Mais [la compagnie du seign1 de la Mosson] 3 gardant la tranchée du Peyron les batist si promptemeut [de son arquebuzerie, les battant de flan], qu'en ayant mis par terre sept ou huit des premiers et blecés plusieurs aultres, le reste se reenferma vistement avec ceste perte, et oncques puis ne sortirent de ce jour.
En mesme instant ceulx du camp des catholiques commencèrent l'escaramousche, et vindrent de si grand roydeur contre les tranchées qu'ilz s'en approchèrent bien fort, car passèrent le Merdansson. Toutesfois [les fidèles] 4 non seulement les soustindrent ez tranchées, ains, secoreus d'aulcuns de leur camp a ce ordonnés, les repoussèrent au délia dud. Merdasson et ez champs prochains; ou rescaramoche et combat particulier dura despuis mydi jusques environ quatre heures, de si grand roideur el virilité qu'escarmouche que piecea eut esté veue en guerre, au dire des expertz, sans que les camps d'ung costé ny d'aultre desbandast. Vray que les escaramoscheurs [de l'ennemy]5 estoint des plus braves soldatz
1 Ceul\ de la religion
2 des catholiques
3 une compagnie
1 ceulx de la religion 5 des catholiques
120 LA RÉFORME A MONTFELLIER
1567 vieilz que y fussent, voire aulcuns de la cavalerie y esloiut venus et mis a pied pour secours.
Finalement les catholiques, n'ozantz bazarder le combat en pleine bataille et voyantz en l'escarmoche avoir perdu beaucoup de bons hommes, jusques au nombre de cinquante a soixante gisantz en la place, et l'heure tarde, sans espoir de povoir exécuter leur entreprise de ravitaillement prétendu, joint que l'une des pièces de campagne s'estoit empêchée et le l'eu mis a une des caques de pouldre, peu a peu commencèrent, a travers des olivettes, devers les terroirs de Malbosc et la Columbiere, s'escouler et retirer a la fille, avec tout leur ebarroy et bagage, emmenantz plusieurs blecés, oultre les mortz. Aulcuns seigneurs et capitaines eslantz avec le sieur Dacier estoint d'advis les suivre et donner a queue [, les voiantz fuir]. Mais, au conlrere, fut résolu que non, [et qu'il failloit se contenter de la victoire et honeur que l'ennemy s'en fuit sans avoir rien exécuté de ses desseins, et non point bazarder une bataille près d'une ville qu'on avoit prinse a garder, et se priver de passer plus oultre].
L'ennemy ainsi retiré, les compagnies de pied se remettantz au camp, chascune en son lieu, desquelles estoit colomnel le sieur de Beaudisné, t'rere dud. s' Dacier, furent publiquement rendues grâces a Dieu par ung ministre. Et pareillement led. sr Dacier avec la cavalerie se retirant en la ville au devant la porte de la Sonerie, en fut aultant faict, qu'esloit grand consolation.
Et ne sera obmis que, durant l'alarme et escarmoche susd., toul le menu peuple, jusques aux femmes et enfans, damoiselles et aultres trevailloint a apporter des pierres sur les1 murailles pour faire des canonieres pour les arqueboziers, si besoing eut esté. Aultres, qu'est plus recommandante, desd. damoiselles et femmes d'aultre estât estoint parmy le camp lanl des gentz de pied que de la cavalerie, leur faisant apporter de grandz paniers de pain et fruitz et boteilles de vin pour les ralfrechir.
Quand ausd. catholiques, ilz prindrent tellement leur chemin grand erre devers ou ilz estoint venus que, sans s'arrester en lieu quelcomque2, ne cessèrent que ne fussent les plus derniers a Meze
i Ms. : la.
- Ms. : quelcomques.
1507 ou Lupian loute nuict, que ne fut sans perdre encores de leur bagage et aulcuns de leurs1 gentz, par l'invasion des fidèles estantz en garnison a Pignan, Possan, Montbazenc et Balaruc. [El ainsi l'ut deslivré Montpelier desd. ennemys ce coup, sans que desd. tideles tussent mortz oullrc une dozene et aultant de blessés, ny perdre homme de nom, sauf le sieur de la Sostelle, d'Ailes, bien vaillant capitaine, qui, pour trop s'aventurer, fut tué en l'escarmouche, et des ennemis plusieurs, ainsi q'est dict, qu'ilz regret loin! fort, comme l'on sceut appres]-.
En ces jours advint ung cas lamentable aLodeve. D'aultant que, au commencement de ces trobles, les catholiques, ez lieux ou ilz avoint esté les supérieurs, s'esloint, par commandement dud. sr de Joieuse. saisis des persones [des fidèles, l'evesque de Lodeve, de nom Briconet, homme portant les armes]3, en avoict faict aultant. Et, tenant prisoniers dans l'evesché [desd. fidèles] en nombre de xliii, tant vieilz que jeunes 4, et iceulx avoir faict enfermer dans une grand salle, ung jour de dimenche, heure de vespres, [les feit misérablement meurtrir et massacrer par des soldatz a ce depputés]5. Lequel [scytique]6 acte cuyda donner occasion a grand effussion de sang des catholiques estantz ez villes tenues par [les fidèles]7 pour re\enche ; ce que n'advint toutesfois.
Le xvi du mois de novembre, [pour le secours de la religion et des fidèles], le sieur de Cypieres en Provence vint a Montpelier, appres avoir esté quelques jours a Nismes, durant lesquelz le chasteau [de]8 Nismes s'estoit rendu [aux fidèles]'1. Ced. s' estoit frère du conte de Tende, governeur de Provence, et admenoit quand et luy cinq
1 Ms. : leur.
- Et ainsi fut délivré Montpelier de reste peur, non sans perle pourtant d'aulcuns des leurs, et les assiégés de S1 Pierre laissés en grand disette et hors d'espérance de secours.
:; di' ceulx de la religion a Lodeve par celluy qui commandoit, qui estoit l'evesque de Lodeve, nommé de Briconet.
4 de lad. religion
;' fuient ilz toutz meurtris
6 cruel
7 la religion
8 dud.
9 a la religion
1567 ou six comètes ou compagnies de cavalerie bien armée et acouehée, ou estoint les sieurs du Bor de Senas, de Solier et plu-
sieurs aultres grandz srs et gentilzhommes dud. Provence. Et, en oultre, conduisoit led. sieur xxvm enseignes de gentz de pied, faisant environ cinq mil hommes. Toutes lesquelles troupes ne vindrent a Montpelier avec led. sr de Cypieres, mais seulement environ deuv. cens chevaulx de la noblesse. Le reste demeura au deçà de Nismes pour s'en venir, s'il y eut eu besoing.
En mesme temps descendit par le Roergue et jusques en Allez et Anduze le sieur d'Arpajon en Roergue, faisant profession de [la] ' religion [reformée], et pour le secours d'icelle, acompagné des vicontes de Montclar, de Gordon, de Paulin, de Borniquel et aultres plusieurs seigneurs et gentilzhommes des pais Tolosain, Roergue et Quercy, conduisantz d'environ mil a xiicc chevaulx et cinq ou six mil hommes de pied. Laquelle troupe dud. sieur d'Arpajon on nommoit les Gascons; et s'arresta, comme dict est, ez montagnes, pour n'affamer le pais bas et jusques l'on eut besoing d'eulx.
Le lundi xvn dud. novembre, ung des capitaines du fort et garnison de Saint Pierre, nommé Luynes, sortit hors avec seurté pour venir a la ville parler au seig1 Dacier et capituler la reddition dud. fort de S1 Pierre, (j'en fat faicte consequemment lendemain, environ l'heure de midy, appres avoir tenu xlviii jours a compter du second d'octohre, que [le seigneur]2 de Joieuse s'en estoit allé [et avoit quittée la ville aux fidèles]. Les conditions de ceste reddition furent que les capitaines sortiroinl avec leurs armes, leurs soldatz avec l'espée et dague seulement. Les gentz de la ville, comme les consulz, chanoines [que] :{ aultres, tant portantz armes et soldatz que [aultres] 4, dont y en avoit dans le fort ou rue des Carmes grand nombre, et comprins les femmes jusques environ quatre00 persones, deineureroint a la volunté et discrétion dud. sieur Dacier, comme aussi les meubles, coffres, artillerie, armes et aultres choses trovées dans led. fort : que fut exécuté sans scandale ny offence des persones.
1 lad.
2 Monsieur
3 et
1367 Mais, sortis les capitaines et leurs soldatz estrangiers de la garnison, que povoint estre en tout vin ou ixxx, le demeurant des habitant/., comme les consul/, premier, qu'estoit le juge ordinaire, nommé me Anthoine Robin [(ïaict consul par laveur, comme est a croire, causant incompatibilité de son office)], le second, ung docteur, nommé Bonnefous, et le cinquième, laboreur, les chanoines et aultres principaulx habitant/ d'icelle ville, saisis, furent donnés aux principaulx des capitaines pour recompense, qui en tirèrent rançon respectivement, selon la qualité et portée d'ung chascun, sans autrement leur forfaire. Quand aux habitant/ gentz de guerre qui avoint porté les armes, il/ furent arrestés prisoniers et, appres, congédiés comme ilz trovoint des faveurs et amis ; le reste du peuple renvoyé chez eulx.
Touchant les armes trouvées aud. S1 Pierre, il fut diffîcille garder les gentz de guerre que ne s'en saisissent chacun a sa volunté. Les coffres et aultres meubles y trouvés, qu'estoit de grand valeur, car nions1" de Joieuse y avoit sa vaisselle d'argent et beaucoup de meubles précieux, qu'il avoit faict apporter a Montpelier, cuydant s'y tenir longuement, et plusieurs aultres gentilzhommes et habitant/ de la ville y avoint les leurs, comme aussi les chanoines, tou,t cella fut saulvé du pillage, non rendu toutesfois a qui estoint , mais employé et distribué selon la volunté dud. s1 Dacier.
Ceste reddition du fort fut au grand contentement de la ville, [tant] pour l'espargne et relâche de l'excessive despence q'on avoit sofferte l'espace de vu ou un semaines pour y tenir le siège [tant] dedans et hors la ville, avec si grand nombre de gendarmerie a cheval et a pied qu'estoit besoing pour empêcher ung avitailhement par dehors, ainsi qu'estoit advenu, et garder les assiégés ne donnassent dans la ville ; en laquelle il/ tenoint une rue et porte, qu'estoit chose bien dangereuse, attendu la forteresse du lieu et commodité des assiégés, aiantz deux yssues pour mettre gentz en la ville : l'une au fort, l'aultre par lad. porte des Carmes; et que les assiégeant/, quoy que fussent quatre contre ung, n'avoint artillerie pour battre led. fort, sans laquelle perdoit on le temps; et, ce faisant, plusieurs bons hommes de marque et aultres, [qui] journellement estoint tués par les assiégés a l'entour, comme est acostumé estre faict par ceulx qui, au derrier d'une muraille, tirent a ceulx
1567 qui sont aux champs a descovert. Et, de faict, lui trouvé, durant le siège y avoir estéblecés a mort environ ncc, tant grandz que petitz, et plusieurs aultres blecés[desd. fidèles]1 voire des capitaines et aultres persones signalées en bon nombre, lesquelz, tant de jour que de nuict, ez tranchées ou visitanlz les lieux des environs, y estoint attrapés, et entre aultres deux des principaulx de l'armée et chefz de laconduicte : le seigrde Saint Aulbanet le capitaine Tripoli, gentz fort expérimentés aux armes, grandement regretés.
Quoy que l'eut et neantmoins, s'en ensuivit lad. reddition en fin, combien les capitaines et leurs2 soldatz assiégés fussent braves hommes et telz que n'eussent faict aulcune faulte a se bien deffendre soit a faire sallies ordinaires sur les assiegeantz ou aultrement, mesmes ayantz soffert la famine céans, jusques a manger des asnes et chevaulx par plusieurs jours. Si est ce que, veus l'animosité des assiegeantz, qui, au lieu de diminuer, s'augmentoit d'heure en heure de cueur et nombre d'hommes, sans respect des [fraitz et] trevaulx, des froideurs et nuitz hyvernales ou l'on estoit, et que, leur secours une fois empêché, leur estoit ostée toute espérance d'en recovrer, considéré l'accroissement des forces de la religion q'on vojoit a l'oeil, se rendirent ilz, ainsi que dict est. Et ainsi fut toute la ville en pleine joissance [desd. fidèles] 3.
Les hommes et meubles, le mesme jour de la reddition, tirés hors et enlevés dud. Saint Pierre, le peuple et soldatz, n'ayantz peu participer aultrement au pillage, se irruerent tellement dedans et sur l'édifice incontinent, et ce continuantz l'espace de trois jours, que, tant dans le temple [cl] 4 fort, de telle grandeur et sumptueuse construction qu'il estoit, ilz ne laissèrent ne tuille ny bois, fer, plomb ny vitre tenant aux murailles de la grosseur du doigt. Ains, tout arraché, desplace el emporté, furent ces grandis et fortes crottes et voultes délaissées descovertes et les parois et murailles nues, ouvertes ez portes et feneslres, comme ces vielles ruines5 q'on voit
1 de lad. religion - Ms. : leur.
3 de ceulx de lad. religion
4 que
5 et masures
1507 ez desertz, pour faire logis et retraicte [des]1 bestes sauvages, [et des] corneilles et chatz lmantz. Et, ne fut la force de la maconerie et gros comble et monceau d'icelle, se feut on prins a la ruine et démolition toutelle de l'édifice, cbose de grand longueur, trevail et despence.
[Et, combien ez premiers Irobles, sauf le pillage des meubles, ainsi q'a esté toucbé cy dessus, l'on n'eut rien ruiné dud. Saint Pierre que les aultelz, ydoles et meubles du temple, sans toucber aux choses affixes, si est ce que a ceste fois ce bel et sumptueux édifice (comme aussi a esté dict devant ez premiers trobles et q'appert par le livre historial de la ville de Montpelier dict le Talamus), qui par le pape Urbain cinq6, Ihors séant en Avignon, avoit esté commencé d'estre édifié des le premier jour d'octo. 1364, perfaict et achevé dans trois ans et demy ensuivante, soubz le non et tiltre de monastère des moynes et religieux de Saint Benoisl, l'ont dans trois jours ainsi changé, effacé et deffiguré. Aussi, durant le siège dud. S1 Pierre, avoit esté razé par les fidèles le cornent des nonnains de Ste Catherine, estant près la porte de la Blanquerie, au dedans la ville. Choses aux supotz de Rome déplorables et scandaleuses, mais aux vrais et spirituels chrestiens rien moins, ains communes- et ordineres3 entre les hommes et choses humaines que de recepvoir mutation, changement et avoir fin, quel prétexte de pieté et religion que le subiect ail, au commencement, aultre que la pure parolle de Dieu, que seule demeurera éternellement, passant et prenant fin tout le demeurant.
Mais, ne servant rien a l'histoire telle digression, passant oultre,] 4
1 aux
- Ms. : commune.
3 Ms. : ordinere.
4 Jacoit commencea l'on ce faire, mettant bas une des grosses tours et clochers, qu'en tira avec soy une grand partie du fondz de l'église et du fort deux murailles du meilieu tenant au cloistre, tellement que [dans trois jours] ce tant bel et sumptueulx édifice, si point y en avoit de tel en France, ovrage du pape Urbain cinqe, séant en Avignon, lieu d'oraison et ou tant de grandz personages avoint vescu en toute vertu et literature, dans trois jours périt. Et sotl'iit ceste extermination nc m ans ung mois et demy appres son premier fundament jecté, comme au livre de la ville dict, le Petit Thalmus (sic), descript f° 111 et 117.
1567 lendemain de la prinse dnd. S1 Pierre, vindrent nouvelles que le seig1* de Suze en Provence avoit assiégé la ville du Pont S' Esperit, lieu de conséquence pour la religion, pour le passage nécessaire et communication du Languedoc et pais de Daulphiné et Provence. Par quoy le seigrde Cypieres avec ses troupes s'y achemina proinptement. Aussi en appres et le 20 dud. novembre, le seigneur Dacier alla celle pari, appres avoir proveu aux aiïeres concernant/, la ville de Monlpelier et environs, mesmes avoir laissé aud. Montpelier le seigneur d'Aulbais governeur, avec certaines compagnies de cavalerie et infanterie pour la garde d'icelle ville.
Le xxn dud. mois, causant l'absence des Consulz, espars ca et la, fut, par devant led. governeur et par délibération de Conseil de la ville, faicte élection de xu personages [notables], pour, au lieu [des] i consulz, administrer et governer la police de la ville, comme se trovera ez actes et escriptz sur ce faictz.
Et fut sceu en mesme temps que le sr de Suze avoit levé le siège dud. Saint Esperit, et ainsi tout le Languedoc paisible de sièges et assaulx.
L'unziesme de décembre ensuivant, fut, par mandement dud. seig1 Dacier, a Montpellier, par devant la maison de la ville, faict feu de joye avec prières publiques et actions de grâces, et ce pour cause de certain rencontre qu'il y avoit eu, [aux]2 faulxbourgs S1 Denis3, entre l'armée [de la Royne q'on disoit] 4, conduicte par monsrde Montmorancy, connestable de France, et [monsr]5 le prince0, parqué a S1 Denis lez Paris. Duquel rencontre, [combien les catholiques fussent quatre contre ung], la victoire avoit esté [donnée de Dieu] aud. prince et y estoit demeuré [et occis] led. Connestable " et certains aultres grandz seigneurs [de son party] 8,
En ce temps fut !) abatu et razé a fleur de terre le temple S' Fer-
1 desd.
- le 10 de novembre précédant ez
:! a Paris
4 du roy
5 led. seigr
6 de Condé
7 fort blessé, dont il trespassa bien tosl appres,
8 catholiques
9 a Montpellier
1567 min. [La] ' tour de la Carboniere fut [d'] - intelligence [recouvrée des ennemis]3, dont accusé le capitaine Page, de Lunel, qui en avoit la charge, en perdist la teste a Montpelier. Aussi [le seigr] 4 de Possan [dict de Chaume se rendist avec le lieu aux ennemis]5, lesquelz, a ceste occasion, assiégèrent et prindrent d'assault Ballaruc, lieu voisin, et le pillèrent, comme avoint faict Possan [avec plusieurs jentilzhommes].
1568 Environ la my janvier0, présent le sr Dacier, furent tenus les Estatz et assemblée des gentz du pais a Montpelier.
Le xxv dud. mois furent créés les Gonsulz aud. Montpelier, sans attendre le jour acostumé du premier jour de mars.
Au mois de febvrier7 le seigr de Joyeuse avec ses forces passa par la plage, [et]8 en Avignon0 s'alla joindre avec le conte de Tende, lieutenant du roy en Provence, el seigr de Suze et aultres forces, avec lesquelles [d'arrivée] ilz allèrent batre la tour du bout du Pont de S1 Esprit et la prindrent, pour empêcher le passage [des fidèles] i0 devers le Daulphiné et leur communication des trois provinces de Languedoc, Daulphiné et Provence, qu'estoit de grand importance. Appres lesd. s,s [et] catholiques assiégèrent Mornas, lieu des terres du Pape sur le bord du Rosne, et le prindrent d'assault [, y commettantz plusieurs cruaultés, a leur costume].
D'aultre part, ez Gevenes le baron de Gange priud d'emblée [sur les fidèles] " le lieu de Sumene, lequel soubdainement [les fidèles] d2 de ce quartier assiégèrent et reprindrent par armes, et y fut occis led. baron de Gange avec vin ouix"des siens.
Le seig'' Dacier, appres avoir avec ses forces passé le Hosne a
1 aussi la
2 par
3 recovrée par les catholiques
4 le lieu de
5 fut surprins avec son village des catholiques e 1568
7 suyvant 1568
8 droit
9 ou il
10 de ceulx de la religion
11 sur la religion
12 ceulx de la religion
1568 Viviers, et s'estre joint avec eeulx de Dauphiné et Provence, s'estant, au delta du Pont Saint Esperit, présenté devant la tour du bout du pont susd., tenue remparée et fortifiée par garnison des catholiques, [les esfraia tellement que, contre tout espérance,] d la nuict venant, les catholiques [ayant/, abandonné icelle] - tour, led. seigneur y entra lendemain ; et, par icelle et parle pont, s'en vint aud. S1 Esperit avec son armée, que lui ung recovremenl [miraculeux et de tel eflfect que, par l'empêchement de détention du passage de ceste tour, le l'aict des fidèles estoit mal conditioné, pour ne povoir librement les trois nations se communiquer et secourir mutuellement. Dont de ce recovrement, surprins sans coup ferir, fut Dieu glorifié et son peuple allègre et l'affermi grandement3. Ce que advint environ la my mars.
Led. sr Dacier venu aud. Saint Esperit, [sans chômer], sachant l'intention du seig1' de Joieuse estre qu'il, voiant la difficulté que le sr Dacier avoit de passer et repasser le Kosne 4 a hasteau et encores bien loing et hault, qu'estoit a Viviers et non plus bas, deliberoit prendre Saint Esperit et Baignols, dont, a ces fins, avoit il saisi Loudun [et] Tresques, et tenoit occupés les passages des grandz chemins de Nismes et Uzes a Bagnols et S1 Esprit, icelluy seigr Dacier, sans s'arrester, comme dict est, s'en vint a Bagnols, ensemble les seigrs de Cypieres et Monbrun, ayant en l'armée bien environ \u a xvcc chevaulx et i.w enseignes de gentz de pied, pour aller trouver les [ennemis] 5 et les provoquer a bataille [rengée]. Et, illec adverty que deux compagnies de cavalerie du s" de Joieuse et quelques infantassins tenoint Tresques pour garder le passage, il, avec quelque cavalerie, s'y transporta et les surprind, ne pensantz rien moins, sinon que led. sieur'1 fut deçà le Rosne. Tellement que ces deux compagnies, qu'estoint 7 du sieur Scipion, ytalien, gentz d'ordonnances, l'aultre [de] 8 Laval de la maison de Chasteauneuf
1 ilz
2 abandonnèrent lad.
3 de grand effect
4 fors
5 catholiques
6 Dacier
7 Ici il i'aul évidemment suppléer: l'une. (L. G, . s du sr de
1568 ies Pezenas, furent rompues et desfaictes, plusieurs d'eux occis ou prins, les aultres saulvés a la fuite devers Loudun et Avignon, [pour porter novelles aux ennemis que led. sr Dacier avec ses forces inopinément avoit passé deçà, et leur estoil bien près, qu'ilz croint bien loing, voire ne povoir s'approcher d'eux de long temps de ce costé. Et] par ce moyen fut recovrée la liberté des grand/, chemins susd. [, et le dessaing des ennemis de passer plus oultre empêché] '.
Comme les srs de Cypieres et Dacier estoint [ausd.] - lieux de Bagnols et Saint Esprit avec leur armée, attendantz que [fairoint leurs ennemis, le sr Dacier, s'eloignant] 3 d'eulx et usant de la commodité delà rivière du Rosne pour faciliter ses entreprinses, se torna d'Avignon a gauche, et s'en vint mettre le siège devant Aramon, petit lieu sur le bord du Rosne, d'entre Avignon et Beaucaire, lequel il batist de si grand vistesse que, avant le secours y l'eusl, et combien les assiégés eussent soustenus trois assaulx, il prind led. lieu par composition [des] 4 gentz de guerre congédiés, laissées leurs armes. Vray est que, quelques bandes de gentz5 [fidèles]0 envoyés devant pour secorir les assiégés, chargés de la cavalerie des catholiques, s'y perdirent [quelques uns desd. fidèles] ".
D'aultre part, en mesme temps, les catholiques de Tholose s'estoint mis aux champs avec quelques pièces d'artillerie et prindrent quelques villages des environs de Castres d'Albigeois8.
Si, comme tout/, ces exploitz estoint faictz en Languedoc et la guerre recommencoit s'y eschaufer, le seig1 Dacier estant a Nismes, vint ung gentilhomme de la Court, en poste, nommé le seigr d'Entrechaulx, de la part de mous1 le prince de Coudé et portant sauf conduit et passeport du roy et créance dud. seig'"J aux églises de
1 pour ceulx de la religion.
2 ezd.
3 ce fairoit mons1" de Joicuse.
4 les
5 de pied
B de la religion
7 environ deux ou trois centz
8 et assiégèrent Puylaurens qu'ilz en fin désemparèrent [avec perte notable des leurs]
9 prince
Soc. Arch. de Montpellier. 9
15(38 Languedoc. Lequel gentilhomme, oyaud. Nismes, vint a Montpelier en la compagnie dud. s1 Dacier. Dont lendemain, qu'estoit le premier jour d'avril, assemblés les Consulz et principaulx de la ville par commandement dud. seigr Dacier et en son logis, led. sr d'Entrechaulx exposa et declaira publiquement la cause de sa venue et sa créance, qu'estoit comme, appres plusieurs maulx advenus en ce royaulme pour ceste guerre civile, il avoit pieu a Dieu faire incliner le cueur du roy a paix et concorde, pour laquelle effectuer et du fraie t d'icelle finalement joyr, ne restoit que recovrer deniers pour stipendier les gensdarmes estrangiers estantz en France, pour iceulx en faire aller tout bellement, ce que obtenu du peuple, seroit la paix publiée ; disant la portion contingente de la finance prétendue pour ces quatre diocezes basses de Languedoc, c'est Viviers, Uzes, Nismes, Montpelier et certaine part du pais de Gevauldan, se monter cinq00 mil livres, ne particularizant aullrement les articles du traicté de lad. paix.
Laquelle novelle par les Consulz au non de toute l'assemblée receue avec1 action de grâces et allégresse q'apertenoit, fut prins delay de responce sur la demande principale des deniers ; et appres, sur ce délibéré le mesme jour [par]2 Conseil gênerai de la ville, donnée aud. gentilhomme envoyé, pour le regard de la ville et dioceze, lad. responce telle qu'il en fut content, et s'achemina ez aultres lieux dont il avoit charge. Et par ce moyen commencea le peuple se consoler et avoir espérance de myeulx que durant six ou sept mois ne luy estoit advenu.
Ce pendant et attendant aultres novelles de la paix, se mit le populasse a razer, ruiner et desmolir ce que restoit de temples en droict dans la ville ;i, comme S1 Pierre, S1 Rufz, Nostre Dame de la Loge, Ste Foy, le petit S' Jehan, S1 Pol, Ste Anne, le Palais ou S1 Sebastien, Ste Croix, S' Mathieu, S1 Nicolas ou l'arc de l'Aguullerie, la maison episcopale dicte la Salle. Si que de toutz, tant des temples que maisons presbileralles joignant/, ne fut rien réservé que ne fut mis a fleur de terre, sauf quelques coings et pans de murailles,
1 telles
2 en
:! oultre Ste Catherine et S' Fermin, auparavant, ruinés, comme est dict devant,
1568 q'on ne povoit facilement démolir pour la force de la maçonnerie et survenant la publication de la paix, q'empechea l'ovrage.
Vray est que a Nostre Dame, pour les raisons susd., l'on ne demolist que le dedans, comme voultes, arcs et gallerie, la rendant/ inhabitable1. S1 Pierre aussi, pour la grandeur et forteresse de l'édifice, ne peult si promptement estre acablé. Mais par sappe l'on feit trebuscher une tour des clochers des quatre qu'il y en avoit, (["en cbeant demolist une partie du temple ; et, dans le fort, l'on ruina beaucoup de voultes et murailles d'entre deux, les creneaulx et galleries d'bault, avec les pans de murailles ravallées hors de veue du dehors, rendu en brief tout ce beau et somptueux édifice inutile et inhabitable, et plain de divers combles et tas de pierres comme petites montagnes. Saint Rufz, aussi très beau monastère et fort édifice de moynes ou chanoines blancz, fut acostré de mesmes et encores myeulx, n'y restantz que les quatre maistresses murailles droictes, tout le demeurant jusques aux caves desmoly et desfriché. De mesmes l'on rompist la grand cloche de la ville estant au clocher de Nostre Dame, car toutes les aultres cloches de la ville avoint esté prinses et brisées des le commencement de ces trobles. Et ainsi fut Montpelier sans temples ny cloches que le seul orloge -, combien de tout fut si abondament et richement proveu q'aultre ville de France.
Le dernier jour dud. mois d'avril 3, fut finalement la paix criée a Montpelier, et l'edict d'icelle pacification solemnement par les carrefours acostumés de la ville publié, assistant/ les officiers du roy, du governement et Consulz et aultres plusieurs. Lequel edict estoit du xxmde mars précèdent /p, publié a Paris le xxvudud. mois, contenant en somme confirmation de l'aultre edict de pacification du xix de mars 1562 purement et simplement, avec abolition et dérogation de toutes déclarations, modifications et interprétations d 'icelluy edit de l'an 151)2 despuis faictes. Dont par ce dernier estoit
1 A partir d'ici jusqu'à : « desmoly et desfriché », Philippi avait supprimé ; mais ensuite il a mis en marge : « tout ce rayé est bon » (L. G.).
2 et celle du Consulat et quelques petites sur les tours des murailles pour le guet.
1568 la religion beaucoup plus; favoriée, singulièrement (pie, parce dernier, toutes modifications du premier, dont y en avoit beaucoup et grandement restrainctives [et rigoreuses], estoint levées. Et, oultre. que le premier edict estoit provisionel, attendant que par ung concilie ou majorité du roy y eut esté proveu ; et ce dernier portoit ces deux editz estre inviolablement observés jusques Dieu eut reunis toutz ses subjectz a une religion. Et si contenoit ampliation du premier en certains pointz.
Cest edict ainsi publié, fut le peuple ung peu resioy, mais non de tout allégé, pour ce q'on ne désista pour ce faire garde jour et nnict, mais sans bruit, comme devant, d'aultant que monsr de Joieuse, qui esloil a Beziers, avoit toute sa gendarmerie entière esparse ez garnisons ou soloint estre auparavant, voire près de Montpelier, sans rien desplacer.
Le vu de mavr, le seigr de Sarlebos, cbevalier de l'ordre du roy et colomnel d'ung régiment des gentz de pied de Languedoc, avec grand Irouppe se présenta devant Montpelier pour y entrer et metlie garnison ; a quoy il ne feut receu, ains luy fut refusée la porte.
Mais, environ ung mois appres et sur ce entendue la volunté du roy1, le seig1' de La Crozete, guidon de la compagnie de gentz d'armes de mous1' de Dampville susnommé, [y] fut receu en lad. ville pour governeur, avec deux compagnies de gentz de pied, lesquelz se comportèrent doulcement avec les habitantz -.
De mesmes en ce temps furent receues les garnisons ez villes de .Nismes, Somieres, Lunel et aultres jusques au S1 Esperit, ou, plus tost qu'en aulcune des aultres la garnison mise, avoit cessé l'exercice de la religion.
Le xxvii de juillet ensuyvant, cuyda tumber la ville de Montpelier en grand desarroy et inconvénient, car, quelques jours auparavant s'estant retiré led. 3 governeur avec les deux compagnies au Palais,
1 par eeulx mesmes (pie la ville y avoit envoyé, et quoy encore* qu'aulcuns n'y consentissent, se doubtant de ce q'advint, qu'on chasseroit les ministres, neantmoins pour obéir au roy, se fiantz les bons habitantz des editz du roy,
- et si, d'ailleurs, la messe et service divin des catholiques fut remis en lad. ville en paix et sans empêchement.
:l s1' de La Crozete,
1508 comme lieu plus clos de la ville et ez environs, et volant mettre de gendarmerie et garnison davantage en lad. ville, le peuple, qui estoit encores armé et en son entier, acompagné de grand nombre d'estrangiers, s'esmeut et mutina tellement qu'il mit les armes en main, s'opposant de faict a l'entrée desd. plus grandes garnisons, faisant trenchées par les rues et tendantz les chesnes des carrefours des avenues de lad. gendarmerie, q'entroit parles portes des Carmes et de la Blanquerie, le governeur avec les deux premières compagnies tenantz le quartier du Palais.
Si, que ne feut la prudence, la bonne conduite1 dud. gouverneur et des capitaines arrestantz leurs- gentz que des consulz et aultres bons cytoiens adinonestantz et appaisanlzled. peuple, ce jour estoit lad. ville désolée, car, si les parties fussent venus aux mains, fortz comme ilz estoint de toutz costés, et que la gendarmerie eut vaincu, la ville estoit pillée et saccagée comme prinse d'assault. Et. au contrere, pour le grand nombre d'estrangiers [fidèles] y estantz, n'en fut gueres moins advenu. Pour le moins eut en fin ceste rébellion beaucoup cousté. Mais Dieu s'y entremit tellement que, demeurant les armes ainsi dressées despuis midi jusques environ quatre heures de soir, en fin fut arresté par les moyeneurs de paix 3 que les estrangiers [fidèles]4 et aultres du peuple qui aller s'en vouldroint, s'en iroint de la ville avec leurs armes5.
1 tant
2 Ms. : leur.
;i led. 27 de juillet 1568
4 de la religion
5 Ici ce passage avait été ajouté en marge, lors de la première révision, et a été ensuite biffé, lors de la seconde (L. G.) :
Que ne fut toutesfois arresté ou conclud sans grand contestation, est ri f et opposition du peuple, prevoiant ruine de l'église, mais veu le dangier et hazard auquel la ville estoit tenue a demy par la gendarmerie, les petites villes des environs comme Lunel, Somieres et aultres estantz desia saisies et qu'il s'agissoit, faisant ceste révolte et sédition, exciter et renouveller la guerre au pais, chose contre Dieu et impossible selon les hommes, veu Testât des choses, mesmes que le seig1' de Joieuse avoit ses forces entières et celles des fidèles toutes rompues et dissipées ez chefz et membres despuis la paix. Fut ce tout crié et remonstré, tant par les ministres que aultres gentz de bien de la ville, que la conclusion en yssit telle que dessus, et qu'il failloit préposer le bien public au particulier et mal
1568 Ce que sur le soir fut exécute, de telle façon que s'en sortirent de la ville, par commune estimation, de n mil a cinq01' persones, avec leurs armes, non estrangiers seulement, mais des bons habitantz, gentilzhommes, borgeois et merchantz. Cbose piteuse de voir ce despartement si souldain de tant de gentz laissantz leurs femmes, enfans et familles et eulx, d'ailleurs, pour la baste, non gueres proveus la plus part de ce que leur failloit. Et avec ce peuple s'en allèrent les cinq premiers consul/ d et toutz aultres qui, durant la guerre, avoient maniés les affaires, craignantz, la ville remise ez mains du s1' de Joyeuse, lieutenant du roy, estre resercbés et mal traictés. Le seigr de La Crozete, susd. governeur, avec bonne troppe des siens, feit scorie et conduicte aux- susd. s'en allantz jusques a Castelnou, et luy demeura la ville loutellement avec le reste des habitans [fidèles] qui estoint demeurés [soubz la garde de Dieu et fiance des hommes, c'est des garnisons tant premières que dernières en grand nombre, lesquelz toutesfoisne leur firent aulcung mal traictement ; ains continuoint lesd. fidèles l'exercice de leur religion sans destorbier].
Le penul. dud. mois de juillet, monsieur de Joieuse, lieutenant du roy, acompagné de grand nombre de cavalerie et de la noblesse du pais, vint en lad. ville, et avec luy [encores] vindrent les principaulx des catholiques, tant eclesiastiques que aultres, q'encores n'y estoint arrivés despuis la paix. Led. seigr, lendemain de sa venue, remist en charge les consulz catholiques de l'année passée et qui estoint lhors que les troubles avoint commencé. En oultre, furent créés xn conseillers et depputés catholiques, tant du clergé, noblesse que aultres estatz, pour l'entière police de lad. ville.
Le nu d'aost, la nuict, aulcuns allèrent rompre les portes du temple [des fidèles] 3 de la Court du Baille et ruyner la chère et dessirer,
aise d'aulcuns qui en porroint endurer, estantz constraintz desloger ; et qui se doubteroit s'en allast, laissés a la disposition de Dieu les evenementz incertains des plusieurs inconvénients allégués, et que de vray advindrent, comme cy appres est contenu. Mais pour l'heure fut piïns le conseil du sage: Qu'il ne faull scientement faire mal a présent pour doubte d'aultre mal incertain a venir.
1 deux ministres
- Ms. : au.
3 de ceulx de la religion
1568 deffricher et emporter toutz les bancz et bois que y estoint ; et se voloint mettre a ruiner les murailles < t abbatre led. temple, ne fut l'arrivée du jour et que led. seigr de Joyeuse y envoia de gentz pour n'estre passé oultre. Toutesfois ce q'avoit esté faict fut faict [et demeura impuni. Par quoy fut ce ung advertissement aux fidèles d'ung empêchement manifeste de l'exercice de leur religion et qu'il ne failloit pour l'heure estriver contre l'aguillon, veu l'audace du peuple en la présence d'ung lieutenant du roy]. Dont cessèrent les presches, et fut donné ordre faire tout bellement mettre hors de la ville a sauveté les ministres deux qui estoint demeurés (les aultres deux estantz despartis avec le peuple le xxvn de juillet), a fin que pis ne leur advint, ce que [ainsi] fut faict.
Et ainsi fut mis hors lad. ville l'exercice de lad. religion que y avoit si amplement [fleury] ' par longues années et presque dix ans, comme appert de ce discours auparavant. Laquelle dissipation [d'église n'estoit]- pour l'heure seulement aud. Montpelier, mais a Orléans, en toute la France, en Daulphiné et par tout ailleurs ou les garnisons avoint esté mises despuis la paix, [de mesmes estoit advenu que l'exercice de la religion reformée en avoit esté chassé], et la plus part des habitantz [fidèles] 3 s'en estoint sortis en armes, présage [de quelque aultre orage de guerre. Veu l'infructuosité de l'edit de la paix, que Dieu veuille divertir et y provoir, selon son acostumée bonté par aultres moyens incogneus4 aux hommes] 5 !
[TROISIEMES TROUBLESj
1568 Départ de joyeuse. — Serment de fidélité et de tolérance réciproque imposé aux habitants par formule différente selon le culte.
— Aux Cévennes, nouvelle prise d'armes par les protestants. — Effort de la guerre porté en Guienne. — Edit du '25 septembre prohibant le calvinisme ; ses effets.
1 régné
- ne feut
3 des villes de lad. religion.
4 Ms. : incognes.
5 d'aultre orage de guerre prochain, comme advint.
1509 Guerre générale. — Arrestation, procès et exécution sommaire par le peuple du protestant Jacques de Farges. — Réjouissances pointa bataille de Jarnac— Faits de guerre dans la région : Combas et Montpezat près Sommières, Melgueil près Montpellier. — Conspiration des protestants pour surprendre Montpellier découverte et punie. — Réjouissances pour la bataille de Moncontour. — Surprise de Aimes pur les protestants.
1570 Approche de Vannée des Princes et ses ravages. — Ruine des fau-
bourgs par les habitants catholiques afin d'isoler la trille. — Passage de Vannée des Princes, qui brûle le château du Terrai, des villages et maisons de campagne. — Siège de Lunel. — Disette. — Damville à Montpellier. — Dégât des récoltes. — Nouvelles et publication de la paix de Saint- Germain. — Garnison mise à Montpellier.
1571 Elle est ôtée et les Etats tenus dans la ville.
1568 Quelques jours appres, led. seigr de Joieuse partist dud. Montpelier pour aller a Nismes et visiter le reste de son governement jusques au Saint Esperit.
Environ la îny aoust, led. seigr envoia de par le roy commission au governeur de Montpelier ou son lieutenant pour faire prester serment de fidélité a ceulx de lad. religion [reformée] juxte la forme y attachée et q'avons cy insérée, selon laquelle fut par [lesd. fidèles] { qui demeurés estoint en la ville preste led. serment, sans exception de persones, par sixains.
Teneur dud. serment :
« Nous protestons devant Dieu et jurons en son non que nous recognoissons le roi Charles IXe nostre souverain et seul prince et que nous sommes toutz prestz a lui rendre honeur, oheissance et suhiection, et que jamais ne prendrons les armes que par son exprès commandement, dont il nous apparoistra par ses lettres patentes deuement vérifiées. Et ne consentirons ny aiderons de conseil, argent, vivres ou aultre chose quelcomque a ceulx qui seront armés contre luy ou sa volunté, ny ferons levée ou cueillete de deniers pour quelque occasion que ce soit, sinon par son evpresse commission. Et n'entrerons jamés en ligues secrètes, intelligences ou complotz,
' eulx
1568 ny ferons aulcunes menées ou entreprinses, ny adhérerons a icelles. Mais, au contrere, promettons et jurons de l'advertir ou ses officiers de tout ce que porrons scavoir ou descovrir qui sera contre Sa Majesté ou le repos du roiaulme, ou quelcun de ceulx qui luy appartienent, suppliant très humblement Sad. Majesté d'exercer envers nous sa naturelle bonté et clémence et nous tenir pour ses très humbles et très fidèles subiectz et en sa protection, a laquelle seule nous avons recours appres Dieu. Lequel nous prierons incessament pour la conservation et prospérité de son estât et pour sa félicité et longue vye, ensemble de la royne sa mère et de messeigneurs ses frères.
» En oultre, nous soubinettons a toute rigueur de peine, au cas que, de nostre part advienne trouble, scandale ou inconvénient a la ville de Montpelier, pour la tuition de laquelle, souhz l'autorité et commandement du roy et de ses officiers, nous employerons nos vies et biens franchement. Et, s'il plaict a Sa Majesté nous maintenir en seurté et repos souhz sa protection en lad. ville, faisant cesser toute partialité, dont le supplions très humblement, nous protestons de n'ahandonner point lad. ville, quelque nécessité de troubles que puisse advenir, ains de joindre nos cueurs, noz voluntés, mains et facultés avec nos concitoiens pour son service et la defl'ence de lad. ville, a laquelle nous avons a jamés dévotion de vrais et fidèles citoiens, et envers les catholiques une sincère et fraternelle affection, attendant qu'il plaise a Dieu mettre fin a toutz troubles, a quoy nous espérons que ceste reconciliation sera une heureuse entrée. »
Pareillement, quelques jours appres, led. seigr envoia aultre commission pour faire prester serment aussi aux habitantz catoliques, dont la forme toutesfois estoit différente de la précédente, q'avons aussi cy transcripte :
« Nous protestons devant Dieu et jurons en son non que nous recognoissons une seule saincte église catholique, apostolique et romaine, soubz l'obéissance de laquelle nous volons vivre et morir, ensemble soubz celle du roy Charles IXe ; lequel nous tenons, avouons et recognoissons pour nostre souverain naturel et seul prince. Volons et sommes toutz prestz de luy rendre tout l'honeur, obéissance et subiection que nous luy debvons, comme ses très humbles et loiaulx subiectz, et que nous exposerons et serons toutz
1508 jours pretz d'exposer roz persones et biens et de noz enfans pour deffendre et conserver l'honeur de Dieu, de sad. sainte Eglise, l'authorité, l'honeur et estât de la majesté du roy, nostre souverain seigr et prince, de la royne, sa mère, et noz seigrs ses frères. Et non seulement ne presterons jamais consentement, ayde, conseil, argent, vivres, faveur ne aultres choses quelcomques a ceulx qui vouldroint entreprendre de s'armera l'encontrede lad. église catholique et romaine, du roy1, sa mère, et de noz seigneurs ses frères, et contre le bien et repos public ; mais, a nostre povoir, leur corrons sus et les endommagerons de toutes noz forces, soubz l'authorité de Sad. Magesté, pour empêcher leurs dessaings et l'exécution d'iceulx, et mesmes pour obéir a toulz arrestz, sentences et jugements donnés par les Cours de Parlement/, Juges presidiaulx et aultres subalternes ; et que toutz exploits, adjornementz et aultres actes de justice faitz et exécutés par les huissiers et sergentz seront receus avec l'honeur et authorité qu'est due a justice, sans que y soit faicte aulcune resistence ou empêchement. Et, pour l'effect que dessus, serons toutz jours prestz a marcher en armes et au meilheur équipage qu'il nous sera possible, soubz la conduicte et commandement du roy ou de monseig1 le duc d'Anjou, son frère, lieutenant gênerai et représentant sa persone par toutz ses royaulme, pais, terres et seigneuries de son obéissance, et de celluy que par mond. seigr d'Anjou, lieutenant gênerai, nous sera ordoné, pour n'y espargner nostre vye ny aultre chose que soit en nostre povoir, affîn que la force et obéissance en demeure au roy, soubz laquelle, ensemble soubz sa protection, nous le supplions très humblement estre continués et maintenus tout le temps de noz vies.
» Et, affin que sad. Magesté et chascun cognoissent evidement le zelle et atfection que nous portons a la conservation, prospérité et augmentation de son authorité et son estât, et le désir que nous avons de donner occasion a ses subiectz estantz de la religion prétendue reformée de prendre asseurance et confiance de faire le semblable, nous protestons et jurons, comme dessus, de conserver a nostre povoir toutz ceulx de lad. religion prétendue reformée qui auront faict ou fairont cy appres semblable serment de ce qu'est
1 Sans doute, il faut suppléer ici : « de la royne, » (L. G.).
1568 contenu cy dessus, pour le regard de l'authorité de Sa Magesté la reyne et de noz seigrs ses frères, des cours souveraines et aultres magistratz de ce royaulme, et d'estre et demeurer unis, concordes et de mesme \olunté avec eulx pour ce regard, proveu que, de leur part, ilz promettent et jurent le semblable, et qu'ilz vivent selon les editz et ordonnances dud. sr, sans y contrevenir aulcunement. Et les prions de s'asseurer de nous, comme, en semblable, nous desirons en cella nous asseurer d'eux, pour le désir que nous avons au bien, tranquilité et repos public, et a conserver et maintenir la vye et les biens de toutz ceulx qui sont bons et loyaulx serviteurs et subiectz du roy. Et, en oultre, protestons et jurons a Sad. Magesté que nous n'abandonerons point ses villes, places, chasteaulx et forteresses, quelque nécessité, guerres et trobles que y puissent advenir, si ce n'est que nous soit commandé de marcher par l'exprès commandement du roy et de mond. seigr le duc d'Anjou, son frère et lieutenant gênerai ; ains les garderons, aux dangiers de noz vies, pour le service de Sad. Majesté, a laquelle nous ne serons jamais aultres que très fidèles , très obeissantz et devotz serviteurs et subiectz ; et demeurerons envers les susd. de lad. religion qui auront fait led. serment en bonne, sincère et fraternelle affection et amitié, espérant que Dieu, par sa saincte grâce et ce bon commencement de reconciliation, rendra en fin toutz nos cueurs unis tant a son service que celluy de nostre roy, auquel tout bien, félicité, prospérité et honeur advienne ».
Ces sermentz ainsi prestes, beaucoup de gentz pensoint q'on fut a la veille de finale reconciliation et reunion des persones de deux religions ; mais s'en faillut beaucoup, car, d'aultant que [les fidèles yssus]1 des villes de Languedoc, tant en armes que aultrement, s'estoint retirés ez villes des Cevenes, en Ailes, Anduze, Sauve et ailleurs, et illec, par bruit commun, faisoint quelque preparatif d'armes, [les fidèles ez] - villes, mesmes a Monlpelier, commencèrent d'estre contregardés ; et leur estoit, tant aux hommes, femmes que petitz enfans, prohibée l'issue de la ville. Yoyre, ayant ceulx des Sevenes commencé a descendre et faicte quelque course au pais bas,
1 ceulx de la religion sortis
2 ceulx des
151)8 environ le commencement de vnbre fut ausd. [fidèles] interdit sortir de leurs * maisons.
Le seigr de Joieuse [estant] 2 au Saint Esperit avec forces pour empêcher que [les fidèles]3 de Provence et Daulphiné, q'aussi tenoint les champs en armes, ne passassent le Rosne pour se joindre avec ceulx de Languedoc. Mais, ce non ohstant, ilz, soubz la charge du seigr de Moventz, homme fort expert aux armes, passèrent, environ [le commencement dud. viib'''] 4, chose entre les guerriers fort estimée que d'avoir passé une telle et si impétueuse rivière avec armes, non ohstant le contredit des forces dud. seigr de Joieuse et d'aultres seigneurs commandant z en Provence et Daulphiné. Et passèrent en ung petit port d'entre Viviers et Montelimar. Led. seigneur de Moventz, passé en Languedoc, se joignit aux trouppes dud. pais estantz ez Cevenes, et, appres, le tout, soubz le commandement du seigr Dacier, ayant ensemble, par commune estimation, environ vingt mil hommes de pied et xn ouxvcc chevaulx, marchèrent et prindrent leur chemin devers le pais de Roergue pour aller en Guienne, ou toute l'armée [des fidèles]5, soubz le commandement de irions' le prince de Gondé, s'assembloit. Desquelz, partant, nous lairrons de parler pour estre hors de nostre province 6.
Led. seig1' Dacier ainsi deslogé d'Uzes et des Cevenes, y laissées neantmoins gardes en aulcuns lieux, monsr de Joieuse, avec ses forces tant a cheval que a pied, s'en revint a Montpelier et, illec faict quelque séjour, prind son chemin devers Tholose avec son armée, pour ce que [les fidèles]7 s'assembloint ez environs de Castres, Tholose et Montauhan.
La guerre ainsi enflamée par tout le royaulme, le roy feit ung edit gênerai et irrévocable, duxxv du susd. mois de viibrl', par lequel, appres long récit des evenementz precedens et troubles advenus
1 Ms. : leur.
- estoit
3 ceulx de la religion
4 la ray septembre
5 de la religion
6 et ainsi recommeneea en ce roiaulme la guerre civile troizieme.
7 ceulx de la religion
1568 en ce roiaulme pour la diversité de deux religions, et mesmes a occasion de ceste présente élévation en armes [desdits fidèles, ses subiectz], led. seigr declaire ne vôloir en son royaulme q'une religion, l'anciene catholique romaine ; deffend, a peine de la vye, l'aultre prétendue reformée et tout exercice d'icelle généralement en toutz lieux et persones et, a ces fins, que toutz ministres de lad. religion vuydassent le roiaulme dans quinzaine, sur mesmes peine ; n'entendant neantmoins que ceulx de lad. religion prétendue reformée fussent aultrement reserchés en leurs conssiences, attendant leur réduction et reunion a l'église catholique ; concédant abolition générale a toutz ceulx qui lhors s'estoint élevés, en se retirant et desarmant dans vingt jours ; declaîrant pareilhement ne se voloir d'ores en avant plus servir de ses officiers, quelz qu'ilz fussent, qu'estoint de lad. religion.
Cest edict feut solemnement publié a Montpelier le xix d'octobre aud. an 1568, avec grand contentement et congratulation des catholiques, doleur, tristesse et mescontentement des [fidèles]1. A occasion de quoy, plusieurs des habitantz des villes y demeurés, tant officiers que aultres, se remirent et réduisirent a la religion et église catholique et romaine.
Aussi en ce temps, le susd. seigr de Joieuse, avec toutes ses forces, s'achemina de Tholose en hors, en France, devers monseig1' le duc d'Anjou, frère du roy, son lieutenant gênerai et conduisant son armée contre led. prince de Condé et ses adherantz, qui tenoint La Rochelle, Angolesme, Nyort et quelques aultres lieux circuinvoisins en Guienne et Poictou. Et feut passé cest yver de ce costé la sans bataille, sauf quelques petitz rencontres et prinses des villes faictes par mond. seigr d'Anjou sur ceulx de lad. religion. Mais sur tout furent grandement affligées les deux armées par Faspreté de l'yver, qui fut ceste année aultant rude et aspre q'on eut veu il y avoit long temps, non seulement en [France]2, ou les armées estoint, mais en Languedoc, ou l'air est plus tempéré, si que, pour la grand rigueur du temps, furent les armées contrainctes descamper et se mètre en garnison.
1 aultres
2 Guienne
1568 D'aultre part, estoit le roy avec une aultre armée du costé de la Ghauipagne; pour empêcher que le prince d'Orenge avec les Allemantz n'entrast en France pour venir secorir led. [sr] prince de Condé1.
1569 Comme tel et si calamiteux estoit Testât du royaulme, advint a Montpelier ung grand meschef et scandale, scavoir est que chez ung de lad. religion, nommé Jaques de Farges, merchant appoticaire, des bonnes et ancienes maisons de la ville, de son estât, demeurant en la place des Sevenoux, [dont] - sad. maison s'appelloit la botique nove, furent trouvées certaines caques de pouldre a canon et quelques armes ; par quoy luy, sa femme et famille mis en prison. Et, y aiant esté quelques jours, le menu puple, généralement irrité contre ceulx de lad. religion et particulièrement contre led. de Farges, duquel le filz, durantz les precedens trobles, s'estoit fort entresinis des afferes de lad. religion, ung vendredy, quatriesme de mars 1569, soubz prétexte que [le]3 governeur [de la ville y commandant pour la guerre (qu'estoit le baron de Castelnou de Gués lez Pezenas, chevalier de l'ordre du roy)] 4, avoit faict lever de la maison de la ville et du povoir des Consulz les susd. caques de pouldre, led. populere se mutina tellement sur le soir qu'ilz s'en allèrent forcer les portes de la maison d'icelluy de Farges; et, appres l'avoir pillée toute la nuict (en laquelle y avoit de très beaulx et beaucoup de meubles et de merchandise de [grosserie], drogues et espicerie pour plus de dix mil livres, par commune estimation), lendemain sur le jour y mirent le feu, dont feut lad. maison ruinée de fondz en comble et quelques aultres voisines bien destruictes.
Led. jour de sabmedi arrivé, led. populazze recommencea a s'armer et assembler, criant par les rues qu'ilz voloint avoir led. de Farges ou, si justice n'en estoit faicte promptement, ilz copperoint la gorge aux officiers et principaulx. Led. governeur, jacoit eut en la ville deux compagnies de gentz a pied en garnison, n'oza oncques
1 Et aultre guerre ny faict d'armes n'y eut en Languedoc, les catholiques tenantz toutes les bonnes villes dud. pais, commandant a Montpelier et en son governement le sr et baron de Castelnou lez Pezenas.
2 et
a led.
4 susnommé
1569 [sortir pour] s'oppozer a ceste rage populere a main armée, craignant plus grand inconvénient d. Les Consulz, gentilzhommes et aultres gentz d'honeur de la ville, corant ca et la pour adoulcir ce peuple, n'en povoient rien avoir, sinon qu'ilz voloint avoir Farges ou que la justice le feit despecher. Et a ces tins acorurent toutza la maison de la ville, ou il, sa femme et aultres estoint prisoniers. Le Juge Mage, Consulz et aultres principaux de la ville, s'estantz- de bon matin rendus a lad. maison de ville avec les aultres officiers, le peuple les tenant comme assiégés et continuant ses tumultes et acclamations, q'on se despecheat de faire [despecher] 3 led. Farges ou ilz l'iroint ravir, fut son procès soubdainement, et avant les susd. bogeassent d'illec, visité et jugé et par jugement led. povre homme condemné a estre pendu, homme excédant soixante ans, qui avoit esté consul plusieurs fois et bon et ancien citoyen '*.
Lad. comdemnation entendue, cest effréné peuple commencea a s'appaiser, criant : Vive le roy et justice! et, [emmenant] 5 ce povre comdemné avec ceulx qui avoint charge l'exécuter, l'emmenèrent devant sa maison toute brûlée, fors les quatre murailles ; et, sans voloir attendre que la justice, comme estoit ordoné, eut faict dresser une potence, le feirent pendre aux plus haultes fenestres d'icelle maison, ou il demeura tout lendemain dimenche. Spectacle fort pitoiable et grand exemple de la vanité et du néant de l'humaine condition, qung homme qui, peu de jours auparavant, estoit assis en sa belle botique, tant bien garnie et perfumée de bonnes senteurs, dont il provoioit communément tout le pais [et oui Ire], et laquelle botique ou choses exquises de drogueries et senteurs y estantz le roy, ces années précédentes estant a Montpelier, avoit bien daigné d'aler voir et y prendre sa collation, feut pendu aux plus haultes fenestres de sad. maison brûlée et desmolie. Mais cella passa ainsi.
Le xxiv dud. mois de mars vindrent novelles a Montpelier, de la part du roy, de la [belle] victoire q'avoit eue, en Guienne, mon-
1 Ms. : inconvenieiilz.
- M s. : s 'es tan t.
3 juger a mort
4 sauf ce faict.
5 prenantz
1569 sieur d'Anjou, lïere [du roi] i, et conduisant son année contre ledit prince de Condé et ses adherantz, le xiii dud. mois [près les lieux de Jarnac et Chasteauneuf] - sur la rivière de Charente. En laquelle journée, l'armée dud. prince avoit esté rompue et desfaicte, luy occis avec la plus part de sa cavalerie, chefz et principaulx de la noblesse qui le suyvoint, aultres, en grand nombre et gentz de marque, prisoniers. Le demeurant s'estoit saulvé soubz la conduicte du sr de Chaslillon, admirai de France, et du sr d'Andelot, son frère, sans que led. seigr duc d'Anjou eut perdu 50 hommes signalés. A cause de quoy furent aud. Montpelier, lendemain [du] jour de l'Annunciation Nostre Dame, xxvi dud. mois de mars, faictes actions3 de grâces avec procession générale et feu de joye solemnement.
Au mois de may ensuyvant an susd. 1509, monsieur de Dampville, maréchal de France, governeur de Languedoc, vint avec monsieur de Joieuse a Tholose pour la garde du pais, ayant led. sr maréchal povoir du roy de commander aussi ez pais de Guienne, Provence et Daulphiné, ou, arrivé, faict prendre Fiac, ville prochaine de Castres. Appres, au Bas Languedoc, les catholiques prenent Combas lez Somieres, au mois de juillet, sur les ennemis ; lesquelz, advertis le pais estre desproveu de forces, que led. seigr maréchal avoit mandées venir devers soy, descendent lesd. ennemis et ceulxdelad. religion des Sevenes et surprenent Montpezat lez Sommieres. Et encores, environ la my aoust, s'emparent de Malgueil lez Montpelier, lieu auparavant très fort d'assiete, mais que l'an précèdent avoit esté desmantellé et laissé sans garde, lequel lieu ilz fortifient et remparcnt tellement q'en brief toutz les villages du grand chemin d'entre Montpelier, Somieres et Lunel furent a eulx et ce chemin cloz aux catholiques, mesmes la ville de Montpelier reduicte a plus grand subjection, pour la proximité dud. Malgueil, distant seulement pour une heure et demy de chemin, et estantz les deux terroirs joignantz ensemble.
Par quoy le seigrde S1 André, chevalier de l'ordre du roy, governeur d'Aiguesmortes et commandant pour Sa Maiesté a Nismes et
1 dud. seigr
2 Au lieu dict Jonssac près Jarnac
3 Ms. : action.
1569 ez environs, emsemble le seigr de Castelnou susnommé lèvent de forces a cheval et pied, et assiègent Malgueil. Lequel lieu, jacoit la plus part feut sans murailles, ainsi q'a esté dict, toulesfois environné de bon fossé remply d'eaue et, au reste, les murailles remparées, et ceulx de la religion s'estantz remparés et parqués dedans, les susd. seigneurs, appres y avoir tenu led. siège trois jours et faict grand baterie d'artillerie, neantmoins se retirent et lèvent le siège, sans aultre chose faire, combien cella costa beaucoup, que feut des le xxvir au xxx d'aoust.
Ceux de Malgueil, la plus part des habitants de Montpelier, confirmés en leur fort, tachent surprendre lad. ville par le moyen d'ung gentilhomme et capitaine catholique, nommé le seigr de Barry en Roergue, qui les y debvoit introduire le jour ou lendemain de Saint Michel, lors prochain. Comme le moyen qu'il avoit choisi de ce faire estoit aisé, c'est que lesd. ennemis embosqués ez prochaines maisons de la porte de Lates, par laquelle l'on entroit, il fut venu des champs, sur ladiane et avant les portes ouvrantz, bien acompagné et menant avec soy des huguenotz liés et attachés comme prisoniers. Et, disant les avoir prins a la guerre, se fut faict ovrir la porte, q'on ne lui eut refusée; et, icelle saisie, attendant l'emboscade et secoreu par dedans aussi d'aulcuns ses soldatz traistres, debvoit ainsi saisir la ville, de laquelle les meilheurs maisons et principaulx habitantz estoint despartis en pillage entre luy et ceulx de lad. religion.
Lequel complot ainsi secrètement faict, Dieu voulant et dix ou douze jours avant le jour destiné, fut révélé et descovert par l'enseigne dud. Barry, nommé Travers, du pais de France, au seigr de Castelnou, governeur dud. Montpelier. Lequel enseigne, combien fut caressé de son capitaine, qui luy avoit tout declairé, et avoit esté souvent avec luy a la communication que led. Barry en faisoit avec ceulx dud. Malgueil, neantmoins ne voleut enfin consentir a ung tel mechef, et le révéla seul d'entre plusieurs, tant estrangiers que du pais.
Ceste descoverte ainsi faicte, ne fut incontinent saisi led. de Barry, ains receu a la ville et caressé comme devant dud. governeur, et son enseigne près de luy toutz jours pour myeulx souder l'afî'ere, tenant toutesfois led. gouverneur l'oeil a la garde de la ville Soc. Arch. de Montpellier. 10
1569 de myeulx en myeulx, sins q'on s'en advisat et jusques au lendemain de Saint Michel, que led. de Barry, volant aller aux champs, fut faict prisonier avec quelques aultres de ses soldatz et l'affere publiée partout. Dont le cas vérifié avec plusieurs circunstances mentionées au procès a luy faict, le xie de novembre ensuyvant, il fut décapité devant le Consulat et deux de ses soldatz pendus et quelques aultres bannis et envoyés en galère. Et declaira led. de Barry la cause que led. jour S1 Michel estoit passé sans exécuter lad. entreprinse, c'estoit que ceulx de Malgueil ne s'estoint trouvés prestz. Pour ceste grâce faicte ainsi a la povre ville furent rendues grâces a Dieu spéciales et faicte procession générale.
Durant ce temps, et ce mois d'octobre lhors dernier, monsr Dampville avoit prinse par composition Mazeres, bonne villete pies de Tholose, appres l'avoir batue toutesfois et sostenu ung assault, que n'avoit esté sans perte de beaucoup de gentz de la part dud. seig1" mareschal.
Le dimenche xvi de novembre susd. furent rendues grâces a Dieu, faicte procession générale et feux de joye a Montpellier pour la victoire obtenue par Monsieur, frère du roy, contre ceulx de la religion, [environ le commencement] 1 d'octobre précèdent, près Moncontour en Poictou, ou furent desfaitz desd. ennemis de dix a xii mil et leur artillerie prinse, la plus part avec le seigr Dacier et aultres grandz de leur party prisoniers. Si 2 la campagne demeura au roy et plusieurs bonnes villes de ce pais se remirent a son obéissance ; et le camp desd. ennemis se sépara tellement que messieurs les princes de Navarre et de Condé jeune, conduitz par l'admirai, s'en vindrent vers Montauban, les aultres vers les Sevenes et bas pais de Languedoc.
Au moyen de quoy, environ la my novembre susd., la ville de Nismes fut de nuict surprinse et saisie par ceulx de lad. religion, qui y entrèrent par ung trou ou conduit de la muraille, par lequel une petite rivière entre dans lad. ville, dont y fut faict grand meurtre, d'arrivée, tant de gentz faisantz resistence que de religieux et prebstres ; et peu s'en faillut le chasteau ne fut surprins, ce que
1 le troisiesme
2 que
15(39 n'advint. Ains le capitaine Astoul estant en garnison en la ville, s'estant sauvé dedans, le deffcndist. Le seigr de S1 André, governeur aud. pais, se volant sauver par les murailles, s'estant griefvement blessé, fut prins et, admené a la ville, deux jours appres fut meurtry et occis de guet a pendz dans [son] ' lict malade. Ceste prinse de Nismes, comme aussi elle estoit de conséquence, mit ung chascun des environs en cervele.
1570 Appres la bataille de Moncontour, l'admirai avec les jeunes princes et leur camp, estant/, au pais de Montauban et Castres, firent de grandz 2 courses, sacagementz et bruslementz jusques aux portes de Tholose, tenantz le pais comme plus fortz en campagne.
Ce pendant, et a faulte de secours, d'environ le commencement du mois de febvrier, le cbasteau de Nismes fut rendu aux ennemis par composition l'an 1570. Au commencement de mars ensuivant dud. an 1570, Messieurs les princes de Navarre et de Condé, conduit/ par l'Admirai, avec leur armée par commune opinion de dix a doze mil bommes, ou avoit bien trois mil pistoliers a cheval allemantz dictz reystres, gentz redoubtables pour leur férocité, et cinq pièces d'artillerie que grosse que petite, avec grand attirai et suite de cbariotz et bagage chargés de despoilles, deslogerent du pais et environs de Tholose, tenantz le grand chemin de Montpelier et Nismes, sans q'aucung leur feit teste, pillantz , saccageantz et destruisantz tout la ou ilz passoint, et botantz le feu ez églises, monastères, maisons ez champs et borgades mesmes ou ilz ne trovoint vivres et pour s'accommoder. D'aultant que, a leur venue, tout le povre peuple des champs, villages et chasteaulx non lenables a grand erre s'enfuioit dans les bonnes villes et places fortes avec leurs biens et enfans au col par grand désolation, d'aulcuns lieux ilz tiroint grandz deniers pour eulx rachapter du sac et degast de leurs3 terroirs, d'aultant plus fortz ilz n'avoint rien. Et aulcuns ilz bâtirent d'artillerie et, entrés dedans, sacagerent, comme Monreal et Comques lez Carcassonne, Servian et Cazouls de Narbonés lez Beziers, et Pignan près Montpellier.
1 son
2 Ms. : grand.
3 Ms. : leur.
1570 Pour leur venue et craignant qu'ilz assiégeassent Montpelier, ainsi qu'estoit la volunlé et menaces des fuitifz de lad. ville, les faulxbourg d 'icelle soubdainement furent ruinés de tout l'enlour de lad. ville, chose de plus de cinquante mil livres d'interestz aux habitantz pour les belles maisons, tant pour habitation que plaisir, et jardinages que y avoint esté redifiés despuis les premiers trobles. Et trevailla l'on a ceste démolition le propre jour de Pasques, que fut celle année 1570 le xxvi jour de mars. Trois jours durantz, c'est les penul. et dernier dud. mars et premier d'avril, fut le passage d'icelle armée près de Montpelier de deux costés, ascavoir de Lates a la veue de la ville, et de Cbasteauneuf et le Grès, non sans que la garnison de la ville feit des saillies sur eulx aux aesles, et emmenast toulz jours quelque butin. Mesmes, ung soir, estant logée de la cavalerie desd. ennemis au lieu du Cres, leur feut par la garnison dud. Montpellier donnée une camisade, ou furent occis plusieurs desd. ennemis et, parmy, beaucoup de gentz d'estatzd, et emmenés vu on vmxx cbevaulx. En passant, furent par l'armée desd. princes bruslés le Terrail, Montferrier et le Grès et plusieurs maisons aux champs a l'entour dud. Montpelier. Et appres s'arresta lad. armée a Massillargues et ez environs, et mirent le siège devant la ville de Lunel.
En ces entrefaictes, monsr le maréchal de Dampville, recueillies ses forces, suyvoit appres lesd. ennemis, et arriva aud. Montpelier le lundy troisiesme jour dud. avril, de façon que, pour l'heure, la force de l'armée de ceulx de lad. religion, que, comme appert de ce dessus, avoit peragré et circuy tout le royaulme, estoit restraincte et logée en ce bas pais de Languedoc et par conséquent toute ceste guerre civile, ce pendant toutesfois qu'en France et en la Court du roy l'on traictoit la paix, et que, peu de jours auparavant, lesd. srS princes, estantz encores au terroir de Beziers, les depputés tant du roy que de leur part estoint partis de leur camp pour aller devers le roy resouldre les afferes.
Le siège desd. ennemis estant devant Lunel, led. sieur Dampville dextrement le feit avi tailler et munir d'hommes et munitions de guerre. A cause de quoy led. siège en fut levé, appres y avoir esté
1 mesmes le scig1' de la Lone, maréchal du camp de leur advangarde.
1570 environ vu jours, dont feut le pais fort rejouy, car le lieu importait grandement, et si y avoit dedans beaucoup de vivres.
Ce fait, lesd. princes prindrent leur chemin a Nismes, appres avoir laissé le feu en plusieurs villages des environs dud. Lunel, comme ez aultres lieux q'estoint passés, affin que l'armée des catholiques, qui les suyvoit, en fut d'aultant incommodée. Ausquelles calamités estoit adjoustée la disette et faulte de vivres, tant pour les gentz que bestes, pour lesquelles ne se trovoit avoine ny aulcun forrage. Et valoit le cextier du bled a Montpelier m livres et m livres x sols, et si n'en avoit que ez bonnes maisons ; tellement que, sans la présence dud. seigr maréchal et forces qu'il avoit dans la ville, le populasse se feut élevé. Et augmentoint ceste disette les paysantz et villageois des villages qui avoint esté pillés et bruslés par lesd. ennemis, venantz crier a la faim a la porte de lad. ville.
Led. seigr maréchal, appres avoir sejorné aud. Montpelier environ quinze jours, s'en partist, allant devers Lunel, Beaucaire, Avignon et Sant Esperit, snyvant l'ennemy jnsques feut hors du Languedoc et de son governement. Quoy faisant, s'en escartoit et perdoit toutz jours quelcung, et mesmes en fut faicte desd. ennemis une grand route et destrousse a Bays sur Bays en Yiverois sur le Bhosne.
Appres que l'ennemy fut sorty du Languedoc, led. sr maréchal s'en revint sejorner en Avignon et Beaucaire. Ce pendant et pour les moissons advenantz, feirent faire de grandz degastz et deffrichement de fruitz avec plusieurs meurtres, vollantz les uns les aultres empêcher cueillir lesd. bledz, que fut faict a grandissimes coustz et longueur. Et ainsi vivant le povre peuple , mesmes celluy des champs et villages ouvertz, en ceste misère, prest abandoner toutz les champs et se retirer aux villes closes, tant pour faulte de bestial a laborer les terres que pour les continuelz incursions de l'ennemy et pillage du soldat catholique, Dieu le créateur, ayant pitié de son peuple et mettant fin a tant de maulx: qu'estoint commis, paracheva le traicté de paix piecea, ainsi q'avons dict, encommencé en France entre le roy et ceulx de lad. religion.
Tellement que, le xix d'aoust aud. an 1570, deux gentilzhommes, l'ung catholique, de la part du roy, l'aultre de la religion, de la part de messieurs les princes, spécialement pour ce envoyés en Languedoc devers les deux partis, arrivèrent a Montpelier, appres
1570 avoir passé par Nismes et Malgueil, apportantz nouvelles que la paix estoit faiete et conclute, et mandement de suspension d'armes, et de ne corir plus les uns sur les aultres, ains de povoir librement s'entrevoir et fréquenter, attendant l'edict de la paix fut envoyé aud. seigr maréchal pour estre publié. Dont lendemain, xx dud. mois, fut aud. Montpelier criée et proclamée lad. suspension d'armes, et incontinent les champs faictz libres a un chacun, sans craincte d'offense, et ceulx des villes catholiques et de celles de la religion respectivement receus les ungs chez les aultres pour s'entreveoir, sans toutesfois laisser les gardes acostumées. De quoy commencea chacun s'en rejoir.
Peu de jours appres, ayant led. seigr maréchal receu le pacquet de la paix delà part du roy { l'envoya aud. Montpelier, ou, le xxvi dud. mois d'aoust, elle fut publiée avec grandissime applaudissement et congratulation du peuple, contenant l'edict sur ce faict plusieurs chefs, entre aultres que l'exercice de lad. religion prétendue reformée seroit continué par toutes les villes et lieux tenus par ceulx de lad. religion et, oultre, en deux villes de chacune province et governement y nommées, et neantmoins par les genlilzhommes et seigneurs ez lieux ou ilz auroint haulte justice et fief de haubert (c'est a dire lige), avec rémission plainiere de ceulx de lad. religion en toutz leurs biens et estalz. Que ne fut toutesfois entièrement effectué aud. Montpellier pour le regard de l'entrée libre de ceulx de lad. religion en la ville et aultres choses acostumées, jusques a la venue dud. seigr maréchal, que feut ung dimenche xvn de septembre2 qu'il y vint. Ouquel, par son mandement, ceulx de lad. religion, faut des officiers, genlilzhommes que du peuple, y reenlrerent a grands3 trouppes, jusques a quelques ministres, appres deux ans et quelque mois qu'ilz en estoint sortis a grand nombre, comme dict est cy dessus. Que feut une journée fort allègre pour plusieurs, qui des si long tems n'avoint veus leurs parens et amis. Yray est que de ceulx qui en estoint sortis, de xvcc a u mil hommes, n'en revindrent pas la moitié, les aultres mortz par la guerre.
1 ci L'edict sur ce faicl a Saint Germain en Laye aud. mois d'aoust, - aud. an 1570 :; Ms. : grand.
1570 Des led. jour de l'arrivée dud. seigr cessèrent a Montpelier les gentz de la ville faire garde la nuict, rondes et sentineles et soner la cloche pour sentinele jour et nuict, laissant la garde a deux compagnies de soldatz qu'il y avoit en garnison. Ce que dessus avoit duré trois ans ou peu moins, despuis l'élévation de ceux de lad. religion pour la Sainct Michel 1567, et ainsi commenceale peuple entrer a quelque repos. *
1571 [Laquelle] - garnison de deux compagnies, faisant guet ez3 portes4 jour et nuict et corps de garde a la Loge, demeura audit Montpelier jusques au mois d'octobre 1571, que les Estatz du pais furent tenus en lad. ville soubz monseig1 de Joyeuse, lieutenant gênerai du roy, et lhors mandé par le roy les garnisons vuidassent de Montpelier et Nismes, que fut exécuté aud. Montpelier le xm dud. octobre ; que, vuydées lesd. garnisons, l'on veit les portes sans garde, corseletz et arquebozes, et qu'on n'oyt plus le tambour bâtant unze ans justement appres avoir lad. ville demeuré en icelluy estât de guet et garde, despuis la my octobre 1560, comme appert au commencement de ce discours.
Peu auparavant et environ la my aoust, estoit venu a la Court devers le roy monsieur l'admirai de Chastillon souvent nommé, ou, led. seigr roy estant a Blois, led. [sr] admirai feut par Sa Majesté benignement et libéralement receu. Ainsi ont dict les prophanes anciens que se jouoit fortune ez choses humaines ; et les chrestiens disent myeulx les cueurs des roys estre en la main de Dieu et par luy fléchis et tornés ca et la, selon son bon plaisir. 5
1 Et, quand a l'exercice de lad. religion novelle, n'en y eut a Montpellier ; mais faisoint ilz prescher et estoit l'exercice de lad. religion pour ceulx de Montpellier au lieu de S1 Jehan de Vedas, distant une grand lieue de la ville, au grand chemin allant a Beziers, et appartenant a ung seigr hault, en suyvant l'edict, ou jeunes et vieulx, hommes et femmes alloint ez jours ordonés.
2 Lad.
3 Ms. : et.
4 Ms. : porte.
5 Ne faut délaisser que, appres led. edict dernier de la paix, le roy, pour l'exécution d'icelluy edid et éviter toute autre sospeçon de juges, avoit. envoyé en Languedoc deux commisseres : l'ung, maistre de requestes ; l'autre, conseiller au Parlement de Paris, pour cognoistre de toutes causes
QUATRIEMES TROUBLES
1572 Les réformés, mécontents de certains officiers locaux, obtiennent
l'envoi à Montpellier de deux surintendants royaux : des Ursières et Bellièvre. — Proscription de quelques officiers et habitants
des deux cultes. — La Saint- Barthélémy à Paris; à Montpellier. — Elle ne donne lieu à aucun excès en Languedoc, mais à un massacre à Toulouse en octobre. — Prise d'armes des protestants. — Etats catholiques à Montpellier.
1573 Siège et capitulation de Sommières. — Premières ouvertures des
protestants à Damville pour un accord. — Guerre autour de Montpellier. — Surprise de Lodève par les protestants. — Prise et paix île La Rochelle. — ■ Trêves réitérées en Languedoc; négociations laborieuses ; assemblée de Montpellier; les hostilités continuent.— Entrée du notice/ évêque Antoine Subjet. — Faits de guerre. — Mission pacificatrice du due d'Uzès. — Conspiration des protestants pour s'emparer de Montpellier découverte et punie seulement en partie.
1574 Etats catholiques à Montpellier. — Prise du château de Mont fer-
rant! par les réformés. — Création des Consuls par Damville. — Conférence à Montpellier. — Reprise de Montferrand par les catholiques.
1572 L'an 1372, combien a Montpelier, ainsi qu'est dict, n'y eut garnison, toutesfois, pour le mécontentement qu'avoint ' ceulx de la religion d'aulcuns officiers de la ville, y furent envoyés par Sa Majesté, pour la main forte, leseigrdes Urcieres, chevalier de l'Ordre, natif de la ville, de la maison de Gaudete ou du seigr de la Yaulciere, et, pour surintendant aussi a la justice, le seigr de Bellièvre, président au Parlement de Daulphiné ; neantmoins aussi, pour conserver la paix et icelle continuer myeulx entre les habitantz, commandé par Ici lies spéciales de Sa Majesté (exécuteurs les seigrS
(je oeulx de lad. religion deppendus des trobles passés et exécution dud. edict. Lesquelz commisseres, pour le moins l'ung, le sr de Mole, conseiller a Paris, se tint aud. Montpelier une bonne partie de l'esté dud. an 1571. 1 encores
1572 susdits surintendantz) a certains des officiers et aultres, de chasque religion, s'absenter de la ville, sans communiquer aulcunement avec les habitantz d'icelle, a l'instar de l'ostracisme des anciens Athéniens, qu'estoit ung honeste bannissement de ceulx de qui l'authorité 'povoit [beaucoup]1 envers le peuple (Tlutar. in Alcibia. et Themistocle). [Du nombre desquelz et de la part des catholiques furent Me Guillaume de la Coste, gênerai des Aydes, qui, durant la guerre précédente, avoit esté colomnel des habitantz; Me Pierre de La Coste, son frère, juge mage de lad. ville ; M° Pierre Convers, maistre en la Chambre des Comptes; et quelques aultres de chasque religion, de moindre non].
Estant tel Testât des choses en ce roiaulme, [ou, environ la my aoust, furent faictes a Paris les nopces du roi de Navarre (q'auparavant l'on disoit prince, estant, quelques jours avant, sa mère, la royne de Navarre, decedée aud. Paris) avec Madame Marguerite, seur du roy ; et furent les esposailles faictes neutralement, scavoir est ny a la messe ny devant ministre, mais par monsr le cardinal de Borbon au devant la porte de l'église Nostre Dame de Paris, non revestu d'habitz sacerdotaux, ains de son habit acostumé, de bonet carré et robe longue surpelis, selon q'avoit esté accordé ez pactes dud. mariage. A ces nopces se trovoint aud. Paris monsr l'admirai, nions1- de la Rochefocaud et les plus grandz seigneurs et gentilzbommes de ce roiaulme estantz de lad. religion et presque toutz ceulx qui avoint esté chefs ez guerres passées, avec le plus grand arroy, appareil et compagnie ung chascun qu'ilz avoint peu faire pour honorer lesd. nopces. Appres lesquelles] 2 ung ven-
1 trop
2 avoit esté traie té despuis la paix le mariage d'entre le prince de Navarre, sa mère en estant Royne, et madame Marguerite, seur du roy. Lequel mariage ordonné estre faict a Paris au mois d'aoust dud. an 1572, lad. roine de Navarre, tenant le party de ceulx de la religion et avec grand authorité, et que durant la guerre s'estoit tenue a La Rochelle, vint aud. pais, le roi y estant, ou elle ne sejorna longuement, surprinse d'une maladie dont elle deceda. Appres le trespas de laquelle led. seigneur prince, comme son légitime successeur, prit le tiltre de roy, qu'on nomma des lhors. Et, approchant le temps de perfaire ce mariage et environ la my aoust susd., vint aud. Paris led. roy de Navarre, aagé seulement de xvn ou xviii ans, acompagné de nions1' le prince de Condé, de l'admirai, du
1572 dredy d, xxn dud. aoust, ledit Admirai, venant du chasteau de Lovre de chez le roy, se retirant a son logis appres disner, près S1 Germain de l'Ausserois, fut blecé mortelement d'ung coup d'arquebozade2 tirée d'hault en bas de ces prochaines maisons, dont il feut porté en son logis a demy mort.
Le sabmedy xxm sur le soir 3 feut excité ung tel tumulte a Paris que, le logis dud. Admirai forcé, il fut occis dans son lict et son corps jette par les fenestres emmy la court. Consequemment l'on coreut sur toutz ceulx de lad. religion en la ville, si que le seig1" de La Rochefocaud et tant d'aultres seigneurs et gentilzhommes q'on peult trouver, feurent occis et massacrés, et encores beaucoup d'officiers de lad. ville par grand désolation et en [si grand] nombre * que y furent tués toutz les [plus]5 seigneurs, capitaines et gentilzhommes de la religion de ce royaulme 6, fors led. roy de Navarre, nions1' le prince de Coudé et quelque peu d'aultres, que furent saulvés. Et dura ce troble aud. Paris quatre ou cinq jours.
Le sabmedi xxx dud. aost, passa par Montpelier ung coder du roy apportant ces novelles, dont incontinent furent les armes prinses, mise garde aux portes et ceulx de la religion emprisonés les plus
conte de La Rochefocaut et infinis aultres et presque toutz les grandz seigneurs, gentilzhommes de la religion de ce roiaulme ayantz faite la précédente guerre. Auquel roy de Navarre a son arrivée allèrent au devant messeigneurs d'Anjou et d'Alencon, frères du roy, et y fut il receu avec toute sa troppe fort solemnement et libéralement, comme si guerre n'y avoit eu. Aussi y venoint chascun d'eux avec le plus grand estât et arroy qu'ung chascun povoit par soy, sans armes, pour honorer cest acte et ces roialles nopces, que, quelques jours * appres ceste arrivée, furent faictes avec telles pompe et solennité acostumée en nopces roialles et toute pacification d'ung chascun, meslés le catholique et celluy de la religion en toute mutuelle caresse et conjoissance, si dame Discorde n'y eut esté cachée, que torna ce plaisant jeu en une tristissime tragédie. C'est que
1 appres lesd. nopces
2 Ms. : arqtiebozode.
'A dimenche ensuyvant 24 dud. mois, jour S1 Barthélémy, sur l'heure de matines,
4 de vu ou vincc
:> principaulx
6 assemblés pour ces nopces
* Ms. : jour.
1572 factieux; les aultres avec les ministres troverent moyen se saulver les aulcuns, dont se doubtoit on d'un recommencement de trobles et guerre civile.
Le vin de vu1"9 suyvant, fut publié solemnement a Montpelier ung mandement ou ordonnance du roy, datte du xxvm du mois précèdent, par lequel led. seigr declairoit le meurtre susd. dud. Admirai et aultres ses consortz estre advenu par son mandement, pour avoir descovert qu'ilz voloint attenter de rechef contre son Estât, voire contre sa persone, de la roine, sa mère, messieurs ses frères et du roy de Navarre; volant au surplus que ses subiectz de lad. religion, tant de la noblesse que aultres, fussent et vequissent en toute seurté juxte ses editz de pacification, sauf que, pour éviter troble et suspection, led. seigr leur prohiboit les prêches et toutes assemblées jusques il eut proveu aultrement a la tranquilité de son royaulme. Dont cessèrent les prêches et exercice de lad. religion en ce pais.
A. l'instar de Paris, furent faictz plusieurs murtres et massacres de ceulx de lad. religion a Roem, Orléans et Lyon; mais en Languedoc n'advint aulcung excès le moindre q'on sache, par la bonne conduite de monsr de Joieuse et officiers des villes, jacoit ez trobles precedens y eussent esté faictz en plusieurs lieux respectivement d'indignités grandes contre les catholiques. Yray que ceulx de Nismes et des Cevenes se tenoint sur leurs gardes, sans toulesfois voloir recevoir garnisons ny ouvertement lever les armes. Mais Castres d'Albigeois presta obéissance et, comme Nismes et aultres merchandoint en faire aultant, a Tholose, sur le commencement d'octobre, par quelque soubdain advertissement, le peuple s'esleva contre les huguenotz prisoniers ou reserrés par les conventz et aultres lieux, que povoint estre environ vi ou vnxx, et les massacra toutz, entre aultres trois conseillers de la Court, dont les deux pendirent ez arbres du Palais : l'aultre, nommé Mr Corras, homme ancien et de grand scavoir, fut tué dans sa chambre, ou il estoit prisonier.
Ce faict de Tolose mit [incontinent] le feu aux estoupes, et toutz les huguenotz de Languedoc et de Roergue, qui pensoint a se contenir et se rendre, incontinent prindrent les armes en leurs villes, commenceantz a faire la guerre. Ce pendant et sur la fin dud. mois d'octobre, monsr le maréchal Dainpville, governeur du Languedoc,
1572 a ces fins mandé par le roy, y vint et s'arresta a Beaucaire. Et, cuydant par son authorité et par douiceur pacifier les afferes, les villes, tenues enaigries par ce faict de Tliolose, n'y voleurent entendre ; ains saisirent de noveau [lesd. huguenotz] la ville d'Uzes, de Somieres et quelques autres petitz lieux.
Pour les festes de Noël led. seig1" vint a Montpelier et y feit assembler les Estatz du pais d pour imposer deniers pour le faict de ceste guerre ; prind appres Calvisson par composition ; et Montpezat près Somieres fut prins d'assault, appres avoir esté battu, et toutz ceulx qui estoint dedans mis a mort, sauf celluy qu'y com-
1573 mandoit. Environ le dixe febvrier, monsr le maréchal, appres avoir levée armée, meit le siège devant Somieres et, le battant avec xv ou vingt pièces de batterie, estant le ebasteau très fort et la ville aussi, bien munie de vaillantz bommez, le xviu dud. mois y fut donné l'assault pour néant, et aultre encore le mardy m de mars de mesine, soustenus par incredible vaillance des assiégés et grand meurtre des assailantz. Et, continuant ce siège, en fin, traictanetz aulcuns, lad. ville fut rendue le ix d'avril par composition de bagues et persones saulves, appres ezassaultzet aultrementy avoir esté perdus plus de mil bomnies braves, entre aultres le seigr et conte de Candalle2, le seigr de Villeneuve, lieutenant de la compagnie de monsr de Joieuse, le seigrdeMontpeirous, guidon d'icelle, le seigr d'Aultrementcourt en Picardie et aultres plusieurs gentilzhommes, capitaines et soldatz. Ledit Somieres recovré, le pont de Quissac, d'entre Somieres et Saulve, fut aussi prins de l'armée catbolique.
Mons'' le maréchal sejornant aud. Somieres 3, aulcuns depputés de ceulx de la religion vindrent le trouver pour entrer en quelque appointement, que ne reuscit a fin, fors que ung mois leur feut donné pour en communiquer plus amplement, sans pour ce entrer en trêves expresses. Vray est que led. seigr maréchal, ayant son armée trevaillée et, pour la longueur du siège et indisposition du temps de la prime, froid et pluvieulx oultre costume, aftligée de
1 on mois do janvier suivant 1573,
- do ( inionne
1 Ms. : Sonieres.
1573 grandz maladies contagieuses, rompist, disposant les garnisons ca et la par le pais ; et il s'en vint a Montpellier sur la fin dud. mois d'avril.
A la fin de may, led. seigr, estant a Beaucaire, réassembla ses forces et se vint loger a Mandiol et Boilargues, lieux fort voisins et d'une lieue dud. Nismes, tant pour faire le gast des bledz que les restraindre. Et, s'estant ceulx de Nismes bien munis, et led. seigr maréchal s'arrestant la avec ses forces, ceulx de lad. religion, comme leur estant la campagne délaissée, ne cessoint faire courses au cartier de Montpelier, et surprindrent ung bon village et chasteau fort, nommé Montlaur, a une lieue de Somieres et trois de Montpelier, d'où ilz commandoint et faisoint contribuer a euh toutz les villages des environs jusques a une lieue de Montpelier, sur peine de feu, ravissement de bestial et empêchement des moissons.
D'ailleurs et de plus fort ilz prindrent d'emblée, au commencement de juillet, la ville de Lodeve, q'estoit fort remparée et n'avoit jamés de toutz les trobles esté maistrisée par eulx, dont y firent ung merveilheux butin, tant en reliques et joiaulx eclesiastiques que richesse d'habitantz. Toutesfois n'y firent grand meurtre1, que fut une belle prinse pour eulx, car c'est la dernière ville du Languedoc, faisant frontière et au pied des entrées de Roergue, et en lieu d'accès très difficile, et bien munie et plaine pour n'avoir jamais esté seditionée2.
En tel estât disposés les afferes de Languedoc, et faicte aspre guerre jusques a Tholose et Montaulhan, monseigneur le duc d'Anjou, frère du Roy et son lieutenant gênerai en tout le royaulme, qui, des le mois de janvier3, avoit esté envoyé avec grand armée pour subjuguer la ville de la Rochelle, port de mer inexpunable, comme l'on scait, et les Rochelois, qui, au commencement de ceste élévation d'armes, s'estoint révoltés, comme estantz les plus puissantz de la religion, et lequel seigneur l'avoit durement tenue assiégée puis led. temps par mer et par terre sans beaucoup avancer, ains par plusieurs assaultz perdant infinité d'hommes : princes,
1 sauf qù'ilz mirent en pièces S1 Folcrand, jadis evesque de Lodeve, que y estoit révéré en cher et os, et firent roller la teste par la ville.
2 qu'advint par la conduite du baron de Faugeres.
3 précèdent
1573 grand/, seigneurs et aultres, finalement feit accord avec eulx, les laissant en paix, toutesfois sans y entrer, avec capitulation de plusieurs articles, servantz tant pour lesd. Rochelois cpie toutz aultres deleurparty de la religion prétendue reformée de ce royaulme, que fut conclud le xxvi de jung aud. an. Moyenant ce, mond. seigneur d'Anjou, des lhors nommé roy de Pologne, pour peu auparavant avoir esté esleu roy dud. roiaulme par les Estatz d'icelluy pais, rompist son camp et se retira, envoyant par toutz pareilz articles par toutes les provinces, pour les faire entendre et recepvoir par ceulx de lad. religion, mesmes du pais de Languedoc, les pins fortz et granclz terriens du roiaulme. Que ceulx de Nismes, faisantz pour tous les aultres, ne voleurent de prime face agréer, estant par iceulx l'exercice de leur religion grandement restrainct au regard des precedens editz. Dont, pendant cest estrif a délibérer, leur feut accordée, pour eulx et toutz leurs adherantz, par mond. seigneur le maréchal Dampville, campé lhors a Milhau, une lieue dud. Nismes, une suspension d'armes pour quinzaine, avec permission de s'entrevoir, aller et venir ensemble par tout. Laquelle suspension, accordée le quatriesme d'aoust, feut publiée a Montpellier le sixiesme dudit avec grand esioissance du povre peuple, rongé et destruil par ceste guerre, cuydant ceste cy estre la veille de la paix finalle.
Et de rechef, sur la fin dud. mois, fut lad. suspension prorogée et prolongée, encores plus ample que la première, jusques a premier jour du mois d'octobre ensuyvant, et publiée x a Monlpelier le xxvn" dud. aoust. Et, ensuyvant icelle, le camp dud. seigr maréchal, qu'estoit ez environs de Nismes, rompu et les compagnies de gentz de guerre, tant a cheval que a pied, esparses ca et la par le pais, avec libre commerce des uns aux aultres. Et ce pendant lesd. de la religion envoyèrent devers le roy, soubz le passeport dud. seigr maréchal et conduicte d'ung des siens, leurs délégués, pour supplier Sa Majesté sur aulcuns point/, concernantz la pacification finale de ces trobles.
Le xiii de vubre, mond. seigr le maréchal estant a Montpelier, y fut publié 2 l'edict de la paix, faict par le roy au chasleau de Boloi-
1 Ms. : publié.
2 Ms. : publé.
1573 gne, au mois de juillet précèdent, contenant pour les pointz principaulx abolition de toutes choses passées ; q'ung chascun par tout le roiaulme porroit vivre en liberté de conscience ; que les seigIS des lieux ayantz jurisdiction baulte, en trouppe de dix, porroint faire en leurs maisons babtesmes et mariages de leurs enfans ; et, quand a l'exercice public de lad. religion, n'estoit réservé que ez villes de La Rochelle, Montaulban et Nismes en tout ce roiaulme, encores hors des églises et lieux publiez ; quant aux officiers, que, fors ceulx desd. villes, toutzles aultres demeuroint privés de leurs estatz ; et aultres plusieurs pointz y avoit, conformes au reste aux aultres precedens edietz faietz sur la pacification des precedens trobles. Mais, pour ce cest edict n 'avoit esté accordé par ceulx de lad. religion ainsi que les precedens, ains par icelluy estoit leur liberté et religion fort [restraincte]1, ne voleurent ilz le recepvoir. Mais, advertis qu'ilz en furent, envoyèrent devers Sa Majesté, comme dict est, pour leur estre proveu sur leurs remonstrances et ampliation dud. edict.
Demeurantz ce pendant les choses en Testât d'ung costé et d'aultre en Languedoc, et tenant la tresve et suspension d'armes que dessus, approchant le mois d'octobre et fin de lad. suspension et surceance d'armes, mond. seig1" le maréchal s'estant retiré a Monba-. zenc, trois lieues distant de Montpellier, pour se reposer et [traicter]2 par ceulx de lad. religion le renovellement de lad. surceance, soubz quelques difficultés pourtant, mesmes q'avant le voloir consentir, que le seig1' de Saint Cezari, de la ville de ÏNismes, venant 3 de negotier les afl'eres de la religion, prins par les catholiques, comme ilz disoint, durant ceste suspension, fut eslargi, — mond. seigneur le maréchal envoia a M. de Trouchon, premier président du Parlement de Grenoble, luy estant baillé par le roy pour conseil, et a monsr de Colias, lieutenant principal en la seneschaucée de Nismes, son conseil ordinaire aussi, estantz a Montpelier, assembler des principaulx de lad. ville par devant led. seigr président, et ensemblement luy donner advis sur le renovellement d'icelle sur-
1 diminuée "2 mis avant 3 d'Allemagne
1573 ceance d'armes ou prorogation et difficulté de l'eslargissement de ce pxisonier, auquel s'arrestoint ceulx de lad. religion, sans passer oultre que cella ne leur feut accordé; escripvant aussi led. seigr aux corps et collèges des Cours des Aydes, Chambre de Comptes et Siège presidial eulx y trouver.
Dont, le xxvi dud. mois de viibre, en la maison1 et par devant led. sr président, aud. Montpelier fut faicte l'assemblée, aux fins susdites, non seulement de ceulx de lad. ville, mais d'aultres seigneurs et estrangiers s'y trouvantz pour l'heure, en l'ordre cy appres mis, pour la conséquence de telz actes d'assemblée pour le conseil du Roy.
Led. seig1' président estoit au meillieu en une chère, et, ez bancs des deux costés et consequemment a cartier, estoint assis, scavoir est : a la main droicte, le seigneur baron de Rieulx, governeur de Narbone, le seigr de Villeneuve -, naguieres auparavant governeur de Montpelier, le seigneur Alphonce, colomnel des compagnies corsesques estant/, lhors en garnison [de]3 Montpelier, chevalier de l'ordre du roy, mes Pierre Convers et Bosquet, maistres en la
Chambre des Comptes, me Jehan Torrilhon, lieutenant gênerai au governement dud. Montpelier, led. seigneur de Colias, lieutenant de Nismes, mes Uzillis et Cler, conseilers, et me Jehan Perdrier, procureur du roy and. Siège presidial; de l'aultre costé et a main gauche dud. sr président, estoint Messieurs de la Cort des Aydes ou aulcuns d'icelle, comme Messieurs les generaulx de finances Chefdebien et Yiard, pour leur préséance en lad. Court, Messieurs de Beaulxhostes et Philippi, second et qnatriesme presidentz. Mathei, de la Cosle et de Lauzelergue, conseillers et generaulx en lad. Court ; appres eulx, les vicaire gênerai de Monsieur fevesque de Montpelier, le prebvost, sacrestain et aulmosnier de l'église cathédrale, le seigr de la Mosson, chevalier de l'Ordre, premier consul, et aullres trois Consulz de lad. ville. En ung grand banc traversant estoint assis plusieurs Consulz et sindicz des diocezes et villes catholiques de ce pais, délégués par mond. seigneurie maréchal pour les occurrences des afferes. Au meillieu de ce parc, près une petite table, estoit le
1 de la ville
2 Ms. : Villemive.
3 aud.
1573 seig1- Charretier, secretere de mond. seigr le maréchal, assis teste nue, escripvant l'acte et les opinions, et, auprès de luy, debout, me Lois de Sos, docteur et advocat de Montpelier, substitut des syndicz du pais de Languedoc a la suite dud. seigr maréchal.
En laquelle assemblée faicte la proposition par led. seigr président, et lecture des pièces appertenantz a ceste résolution par led. secrétaire, et encores oy son rapport de ce qu'il avoit entendu de l'intention desd. de la religion, ayant esté devers eulx a Nismes par mandement de mond. seigr le maréchal, le tout advisé et considéré, fut par lad. assemblée conclud qu'il seroit donné advis a mond. seigneur le maréchal estre grandement expédient et necessere, soubz le bon plaisir du roy et sien, que de proroger lad. surceance et suspension d'armes par tel temps et avec toutes telles conditions qu'il adviseroit myeulx. Et, pour y parvenir, puisqu'aultreinent ceulx de lad. religion ne le voloint faire, que led. sieur de S1 Cezari, autrement Calviere, leur povoit estre délivré et lasché.
Lequel advis n'estant suivy toutesfois par led. seigr maréchal, pour certaines considérations, pour le regard de la reddition dud. prisonier, futdebatu longuement sur l'accord desd. trêves par ceulx de lad. religion ; et en fin, leur baillant pour ostage ung gentilhomme accordé, lad. trefve fut arrestée [et publiée] ou la prorogation d'icelle jusques a la my novembre, et publiée1 a Montpellier, monsr le Maréchal y estant, le xx9 d'octobre, presque ung mois appres l'aultre expirée, sans que ce pendant l'on eust usé d'aulcune hostilité manifeste, sauf devers le quartier de Beziers, que ceulx de lad. religion ne cessoint courir les champs, et mesmes, sur ce mesmes jour 2, surprindrent ung bon village près du grand chemin de Beziers a Carcassonne et a quatre lieues dud. Beziers, nommé Bozan de las Alieres.
Le xxix dud. mois d'octobre, feit son entrée a Montpelier le premier evesque portant le tiltre d'evesque de Montpelier, car, despuis la translation de l'église cathédrale de Maguelone a Montpellier, environ trente six ans auparavant, n'y avoit eu noveau evesque formé que celluy messire Pellissier, mentioné dessus en ce discours,
1 Ms. : publié.
2 Ms. : jours.
Soc. Arch. de Montpellier. 11
1573 qui lhors de lad. translation estoit pieça evesque de Maguelone, trespassé durant ces trobles. El luy furent au devant le recepvoir, devant l'Hospital S1 Eloy, l'église cathédrale tenant a Nostre Dame de Tables, tout le clergé et conventz de la ville en procession avec le Recteur et Université des Droitz, les officiers du governement et les Consulz en habit considère, le conduisant jusques a lad. église Nostre Dame. Led. seigneur evesque se nommoit Messire Anthoine Subiect.
Le xx de novembre, combien l'on feut en traicté de proroger et continuer la trefve et que les catholiques ne bogeassent de leur part, toutesfois ceulx de la religion, s'assemblantz ez montaignes et du costé de Lodeve, descendent au pais bas et s'emparent des lieux de Florensac et Pomeirols au dioceze d'Agde ; dont cuyda sortir grand esmotion de plus grand guerre, que feut empêché par l'arrivée du seigr duc d'Uzes, par cy devant nommé Monsr Dacier, maintenant réduit catholique, avec les depputés de lad. religion envoyés devers le roy, ainsi que dessus a esté dict, et par Sa Majesté oys et renvoyés part deçà avec led. sieur d'Uzes, pour accorder les pointz de la paix avec mond. seigr le maréchal Dampville. Par la venue desquelz depputés la trefve fut de rechef prorogée, avec promesse faire rendre lesd. Florensac et Pomeyrols, que ne fut acomplie. Et fut ce au commencement du mois décembre, pour trois mois ensuyvantz.
Ce pendant et durant ces jours feut a Montpelier descoverte une grosse et dangereuse trahison comme miraculeusement. C'est que, mis en prison ung laboreur estant de lad. religion pour sospeçon d'avoir tenu quelque propos secret avec ung maistre maçon de lad. ville, led. maçon, aussi emprisoné, avoir nyé tout ce propos, declairé, d'ailleurs, la trahison brassée par luy et quelques aultres artisantz, serruriers et menusiers, par la poursuite des fuitifz, qui avoint faictes de faulces clefz des portes de Lates, que seulle tiroit lhors, moyenant lesquelles ilz avoint conspiré une nuict introduire les ennemis et fuitifz dedans, et l'eussent exécuté, combien Monsr le maréchal y feut, sans quelques empechementz advenus a ceulx de dehors, qui encores ne s'estoint trovés en commodité jusques a l'heure.
Dont desd. conjurateurs les uns s'esvaderent de la ville, les susd.
1573 maçon, le laboreuret varlet d'ung serrurier furent exécutés a mort; et, volant la justice continuer les procédures et punitions, ceulx de la religion, prenant cella pour roupture de la tresve, commencèrent par represalies faire et retenir des prisoniers catholiques et poursuivre tant instamment envers led. seigr maréchal qu'il, pour n'empêcher le bien de la paix publique, fut comme contrainct faire surceoir lad. poursuite criminele, voire élargir aulcuns des coulpables prisoniers, se contentant il et la ville de la descoverte de ceste tant pernicieuse entreprinse de ces habitans, lesquelz, jacoit fussent huguenotz, esloint au reste tenus en toute seurté et liberté, comme les aultres citoiens, vivantz parmi eulx. Dont furent rendues grâces a Dieu et faicte procession générale, y assistans led. seigr maréchal, l'evesque faisant l'office, avec infini peuple.
Le huictiesme dud. décembre, assignés aud. Montpelier les Estatz Generaulx du pais, tant pour l'indisposition du temps que tresve mal asseurée ne furent tenus, ains prorogés au xv de janvier suyvant. 1374 Mond. seigr le maréchal en appres, voiant la promesse q'on lui avoit faulcée de ne luy restablir Florensac et Pomeyrolz, avec forces commencea faire battre Pomeyrolz, dont ceulx de lad. religion en fin le luy firent rendre. Et, quand a Florensac, fut convenu qu'il en seroit traicté au premier jour q'on debvoit s'assembler pour la conférence de la paix, pieca, comme dict est, ordonée pour la paix, continuant la tresve ce pendant jusques a la fin de febvrier. Et feut ce environ le commencement de janvier 1574.
Le xv dud. mois furent tenus les Estatz, ensuyvant la prorogation q'en avoit esté faicte. Durantz ces jours le chasteaude Monlferrand, appertenant a Mons' l'Evesque de Montpelier, imprenable pour son assiete, a faulte de bonne garde fut prins par les huguenotz.
Icelle année, advenant le premier jour de mars, q'est acostumé a Montpellier créer les Gonsulz noveauh, led. seigr maréchal ne permit en estre faicte la création suyvant la costume, ains, pour certaines causes a ce le movantz, il les nomma et institua toutz, scavoir est : Messire Jehan des Urcieres dict de Gaudete, sieur de Castelnou, chevalier de l'ordre du roy, premier; Me Jehan Perdrier procureur du roy au governement, IIe; Bernardin de Venero, borgeois; Jehan Vidal, inerchant ; Guillaume Potiron; Jehan Galet, laboreur.
1574 Au commencement d'avril s'assemblèrent a Montpelier avec led. seigr maréchal le seigr de Joyeuse, lieutenant du roy aud. pais en absence dud. maréchal, les seigneurs de Suze, de Maugiron, de Caylus et le senechal de Beaucaire, pour conférer des afferes de la guerre dud. pais.
Peu appres fut par les catholiques par escalade reprins le chasteau de Montferrand, et par les huguenotz la ville de Massillargues.
[cinquièmes troubles]
1574 Nouvelles de V arrestation des princes et des troubles qui en furent
la conséquence. — Damville se retire à Montpellier et y fortifie le Palais. — Nouvelle trêve entre lui et les protestants. — Mort de Charles IX. — Retour de Pologne d'Henri III. — Mission pour aller le saluer à Lyon. — /.'' Maréchal de Montmorency -Damville, après de longues négociations, déclare son intention de faire rentrer les protestants fugitifs; puis, Henri III s'armant, s'allie avec eux. — Exode de certains catholiques. — Petits Etats protestants pour le Bas-Languedoc. — Assemblée politique des protestants à Nimes, où est jurée l'Union. — Etats catholiques de Languedoc à Villeneuve lez Avignon, où Damville est destitué de son gouvernement.
1575 Le Languedoc se trouve avoir trois chefs : Damville pour les pro-
testants ; Joyeuse et le duc d'Uzès pour le roi. — Prise dAiguesmortes par l'Union. — Faits de guerre dans le Bas- Languedoc. — Consuls nommés par Damville. — Etat lamentable du pays : disette de grains, foules de la gendarmerie, hostilités de toutes parts. — Dangereuse maladie du Maréchal ; assemblée pour maintenir la concorde à toute éventualité. — Assemblée à Montpellier pour traiter de la paix. — Guerre en Dauphiné. — Les Politiques se joignent û l'Union; négociations pour la paix rompues. — Elargissement des maréchaux de Montmorency et de Cassé. — Succès de Damville eu Languedoc.
•157G Le Maréchal crée les consuls. — Sa nouvelle campagne, celte fois du côté de Béziers. — Publication de la paix de Monsieur ou de Beaulieu. — Visite de Joyeuse. — Mule anormale. — Mission du maréchal de Bellegarde. — Etats de Languedoc à Béziers.
1574 Environ la ray may vindrent novelles q'en France s'estoit suscité noveau troble pour quelque entreprinse descoverte contre le roy et son estât, dont avoint esté faictz prisoniers ou arrestés au bois de Vincennes et a la Bastille des plus grandz de la France, comme monsr le duc d'Alencon, frère du roy, son beau frère le roy de Navarre, monsr le duc de Montmorancy, marecbal de France, monsr le marecbal de Cossé et infinis aultres grandz seigneurs et gentilzbommes, et quelques uns sur la chaude décollés, et monsr le prince de Gondé et aultres fuitifz en Allemagne1. Laquelle novelle augmenta bien fort la désolation du pais affligé pour la tant longue guerre de la religion ; et dadvantage que, par le moyen d'aulcunes lettres supposées au non du roy, esparses par le pais, aulcunes bonnes villes et aultres d'iceliuy se soubztrairent de l'obéissance dud. seigr marecbal, soubz coleur qu'il feut comprins en la conjuration, comme son frère, entre aultres Beziers et Agde, applaudissans a certains seigneurs de la Court estantz en Avignon, soy disantz du Conseil du roy.
Pour lesquelles choses et rumeurs ne s'altéra ny desvoia de son acoslume led. seigr maréchal; ains, protestant et declairant, tant en public que privé, voloir estre permanent et fixe au service de Dieu, de son église et du roy, comme auparavant, et conserver le peuple en toute seurté, attendant aultre mandement, despecbea devers le roy le seigr et baron de Ryeulx, chevalier honoré, pour aller scavoir et entendre Testât des afferes et volunté du roy. Toutesfois, adverty que particulièrement pouvoit estre faicte quelque entreprinse sur sa persone, il se retira dans le Palais de Montpelier, qu'il fortifia davantage, et meit de compagnies de gentz de pied de renfort dans la ville pour prévenir a toute esmotion, au reste contenant la ville en toute paix et tranquilité. Et, faisant l'ung n'obvier a l'aultre, poursuivit procéder a la conferance de long temps entreprinse avec ceulx de la religion a l'effect de la paix.
A quoy ne feut possible passer oultre, causant ce noveau troble; mais bien accordèrent lesd. de la religion entrer en suspension d'armes avec led. sieur maréchal et ceulx de son governement. Dont
1 voire des lhors monsieur le duc d'Alencon, frère du roy, et le roy de Navarre sospeconnés et tenus comme en garde publique arrestés.
1574 a ces fins, faicte a Montpelier assemblée d'aulcuns notables de lad. religion, spécialement a cest eiïect depputés, avec led. seigneur et son Conseil, fut accordée tresve entre les parties pour six mois avec toutes suspensions d'armes, commerce libre, joissance des biens de chasque part et aultres particularités a ce appertenantz, mesmes que toutz les fortz et bicocques seroint razées ou desmantelées. Et fut ladite trefve publiée a Montpelier le vu de juing.
Le dimenche xme duel, arriva devers led. seig1' maréchal ung corier exprès de la part de monsr le duc de Savoye, luy donnant advis comme le roy estoit trespassé. Ce que, l'appres disnée dud. jour, led. s igneur feit entendre aux officiers, consulz et aultres principaulx de la ville, a ces fins convoqués et appelles, a fin chascun se contint et veillast pour son regard au service et conservation de ceste corone et du roy Henry de Poloigne, frère et plus prochain du deffunct, ce pendant qirung chascun, marry de la novelle, demeuroit en grand peine q'en ce grand troble de la France led. seigr maréchal n'eut aulcung advertissement de la Court, et que faillut qu'ung prince estrangier le luy donnast, augmentant par ce moyen grandement le doubte de Testât de toutes choses. Si despechea led. seigr incontinent des lettres a nions1' de Joyeuse estant a Tholose, a la Court du Parlement dud. lieu et aultres villes et seigneurs du pais et de son governement, leur faisant entendre ceste novelle et mandant s'assembler et eulx trouver devers luy aud. Montpellier au second du mois de juillet, venant pour délibérer sur ce q'appertiendroit pour le service de cested. corone, du roy et bien du pais.
Environ le xv de jung, le baron de Rieux revint de la Court devers monsr le maréchal estant a Pezenas, luy apportant lettres de la royne, mère du roy, comme led. seigr estoit trespassé la veille de la Pentecoste, trentiesme jour de may précèdent, et qu'ensuivant la volunté dernière dud. seigr, lad. dame avoit esté déclarée et publiée régente en France par la Court de Parlement a Paris, le m" dud. juing, attendant la venue du roy de Pologne, Henry, frère du deffunct, plus prochain et légitime successeur de la corone, les princes et seigneur avant mentionnés ce pendant demeurantz arrestés comme devant.
Le dixiesme d'aoust suyvant, led. seigneur maréchal, estant a Beaucaire, escrivit aux Consulz et ville de Montpelier que le roy
1574 avoit passés les montz d'Allemagne et par Venise estoit arrivé a Ferrare, pour s'en venir, comme il avoit sceu par les lettres que Sa Maiesté luy avoit escriptes dud. Ferrare, mandant led. seigr maréchal qu'on en feit feu de joye et action de grâces a Dieu, ce que fut faict le soir du mesme jour dixiesme d'aoust, feste S1 Laurens, c'est feu de joye, et le dimenche ensuyvant, xv dud., procession générale, et l'appres disnée tenu Conseil gênerai, et en icelluy publiée une lettre dud. seigr maréchal, du xn dud. mois, contenant que des lendemain il despartoit dud. Beaucaire pour aller trover le roy a Thurin, ensuyvant les lettres que Sa Maiesté luy avoit escriptes de Ferrare, du premier dud. aoust, pleines de toute gracieuseté, desquelles aussi fut illec faicte lecture.
En ceste assemblée furent depputés quatre personages pour aller baiser la main au roy, arrivé que feut a Lyon, scavoir est : me Jehan Philippi, président en la Court des Aydes, le seigneur de Castelnou, chevalier de l'ordre du roy et premier consul, me Pierre Convers, maistre en la Chambre de Comptes, et me Jehan Clerc, conseiller du roy au Siège presidial dud. Monlpelier.
Le dixiesme de vnbre suyvant, arriva le roy a Lyon, appres avoir longuement sejorné a Thurin en Piedmont, chez le duc de Savoye, son oncle. Led. seigr maréchal ne revint de son voiage devers le roy jusques au 1111e d'octob., qu'il aborda au Grau de Malgueil et vint a Montpelier, ou lendemain, a son logis au Palais, il feit assembler toutz les estatz de la ville et, [rendant raison] l de son voiage, declaira la volunté du roy estre d'ambrasser son peuple et l'entretenir.
Le xn dud. octobre, heure du matin, led. seigr maréchal, volant s'en aller a Beaucaire, commanda estre assemblés en la maison de la ville toutes les Courtz, gentz d'église et le peuple en grand nombre de toutz estatz, au son de la cloche, ou led. seig1' maréchal se transporta en persone, declairant illec par sa bouche ce q'a son dernier voiage devers le roy il avoit entendu de Sa Majesté : son voloir estre que son peuple se reunit et vesquit en paix. Dont voloit led. seigr maréchal, pour faire quelque commencement de y parvenir, que ceulx de la religion habitans de la ville absentz y fussent
1 fait discours ample
1574 receus, sans exercice de leur religion toutesfois, vivantz ensemble avec toute union et sans rien altérer de Testât et service du roy. A quoy ne fut réclamé par les assistans.
Ce pendant le roy, estant a Lyon avec sa Court, que l'estoit venu trover en ce lieu, s'estant résolu a la guerre contre ceulx de lad. religion, dressa une armée tant d'estrangiers que regnicolles, et la feit descendre du long du Rhosne, devers Livron en Daulphiné et Le Pouzin sur le Rhosne, du costé de Languedoc, lieux fortz tenus par ceulx de lad. religion. Et, appres avoir battu Le Pozin et donné ung assault, les assiégés s'estant z saulvés de nuict, la place fut prinse, que fut de grand conséquence pour ce que ce lieu tenoit en subiection le passage de la rivière du Rhosne de Lyon en Avignon.
En ce temps monsr le maréchal, demeurant a Beaucaire, faict alliance avec ceulx de la religion, et revenu a Montpelier environ la fin d'octobre, y faict introduire ceulx de lad. religion, leur permettant le publique exercice de leur religion, ordonant le Conseil de la ville tant d'une religion que d'aultre, de xxim personages des principaulx, ensemble la garde de la ville et, au reste, toute seurté aux religieux et moines. Et ainsi y avoit en lad. ville exercice des deux religions ouvertement. Neantmoins, en ce temps, les villes et chasteaux dePezenas et Sommieres se soubztraizent de l'obéissance dud. sr maréchal par la défection des capitaines qu'il y avoit commis. A raison de quoy entrant ceulx de la religion en quelque jalozie et doubte des catholiques a Montpelier, les font désarmer, dont commencèrent plusieurs a s'en aller. Y furent faictes aussi quelques exécutions a mort d'aulcuns personages accusés de voloir trahir la ville et attenter sur la persone dudit seigrpar poison ouaultrement.
Environ la my novembre le roy arrive en Avignon, et en mesmes saison par devant led. seigr Dampville est tenue a Montpelier une petite assemblée * de quelques diocezes voisines ; et, appres icelle, s'en va led. seigr a Nismes, ou l'assemblée générale tant de Languedoc (pie de tout le roiaulme de ceulx de lad. religion et aultres de l'obéissance dud. sr maréchal estoit mandée a la fin dud. mois. Auquel lieu fut par la royne, mère du roy, envoyée une lettre aud. sr maréchal, du xxu dud. mois, pour et a fin qu'il moyenat de sa
1 M s. : assemblé.
1574 part faire appaiser ces trobles et mettre ce roiaulme en repos. À quoy respondit led. seigr par ses lettres que, s'estant il confédéré avec ceulx de la religion, ne povoit rien par soy; mais que, de l'advis de l'assemblée prochaine que s'y debvoit faire, il y fairoit tout debvoir de vray subiect de la corone sur l'overture de paix que plairoit a Leurs Maiestés en faire.
Led. seigr maréchal estant a Nismes, ceulx de la religion envoyent leurs depputés en Avignon devers le roy. Environ la fin de décembre le roy assiste aux Estatz du Languedoc, assemblés a Villeneuve lez Avignon.
D'aultre part, led. sr maréchal en mesmes temps, a Nimes, tient l'assemblée de ceulx de la religion, illec convoqués de toutz estatz duroyaulme, y venus aussi les depputés de monsr le prince de Condé, retiré en Allemagne. En laquelle assemblée { led. sieur maréchal jura l'union et alliance avec ceulx de lad. religion, qui respectivement le rirent leur chef en l'absence dud. prince de Coudé -.
Pendant cette assemblée furent faictz plusieurs voiages de plusieurs persones d'Avignon a Nismes, pour accorder quelque trefve, attendant la paix, que ne peull sortir effect.
1575 Ains, sur le dixiesme de janvier suyvant 1575, le roy se despartit d'Avignon pour s'en retorner devers Lyon et son camp, qu'il avoit devant Lyvron près Valence, assiégeant led. lieu sur la religion des long temps et q'avoii soustenu deux ou trois assaulx merveilheux.
Avant le despartement du roy d'Avignon, y estoit decedé le cardinal de Lorraine, prince des principaulx du Conseil du roy et des premiers hommes de la France, très fort regretté de plusieurs.
Sur le despartement dud. seigr futdescoverte une trahison entreprinse sur la ville de Beaucaire, tenue par led. s' maréchal, et les entrepreneurs furent punis.
Le roy, s'en allant devers Lyon, passant par devant Lyvron et luy ayant faict donner ung final assault pour néant et avec grandissime perte d'hommes, feit lever le siège.
Avant lequel desparlement sien, le roy, en destituant mond. seigr
1 (pie dura jusques au xv de febvrier suyvant,
"2 Et y furent dressés plusieurs articles de règlement tant pour la noblesse, justice et tiers estât que finances.
loTo de Dampville de son governement de Languedoc, y avoit ordonné, c'est monsr le duc d'Uzes au pais bas de Languedoc et généralité de Montpelier, en tiltre de governeur et lieutenant gênerai, et au pais hault et généralité de Tholose laissé lieutenant comme devant monsr de Joieuse, et ainsi le pais divisé en trois commandementz differens.
Le xn dud. janvier, ung mecredi matin, environ les six heures, fut, de la part dud. sr maréchal et ceulx de son parti, faict le plus beau exploit de prinse de ville de conséquence sans combatre que fut advenu il y avoit cent ans, scavoir est de la ville d'Aiguesmortes, comme l'on scait, ville de garde de frontière maritime et une des clefz q'on dict du royaulme, et seul port de Languedoc sur la mer de Levant, munie d'artillerie et aultres munitions, comme l'on peult penser, et assize entre les marescages. De la prinse de laquelle fut telle la façon.
La porte de la ville du costé de terre et de la Carboniere est une tour voultée ayant deux portes, l'une par dehors, l'aultre par dedans, barrées et fermans ainsi q'a une telle ville estoit requis, de distance l'une a l'aultre huict ou dix pas, et voultée par dessus, comme dict est. Le jour susd., quarente ou cinquante gentilzhommes et aultres députés a ceste entreprinse, suivis de certaines compagnies de gentz a cheval et a pied, de loing toutesfois, chacun desd. cinquante portans ung sachet de pouldre, s'approchent, toutz rengés par terre, de la porte et, par le dessoubz d'icelle, que ne toucboit justement a terre, mettent ces sacz la dedans, entre deux portes ; appres, par une trainée de pouldre au dehors, y font mettre le feu, dont lad. quantité de pouldre, touchée du feu et se trovant enclose comme dans une cave, feit tel esclast et tonerre qu'elle meit en pièces toutes les deux portes, et la seconde, devers la ville, emporta, ainsi que fouldre, bien avant dans la ville. Tout cecy exécuté sans que guet, ronde ou sentinelle s'en print garde (pour la faire bien mal, par conséquent).
Faicte telle ouverture, les entrepreneurs, qui n'estoint que ces xl ou cinquante au commencement, a travers de toute ceste pomhe bruslant encores, se ruent dans la ville, criantz : Ville gaignée ! et, despeché quelque premier corps de garde de huit ou dix soldatz qu'ilz rencontrèrent, le reste des trouppes entré ce pendant, fut
incontinent toute la ville saisie, et tués quelques uns des habitans qui, a l'alarme donnée, les plus courageux, estoint saultés en rue avec les armes, non plus en nombre de ceulx cy que de trente et quarente persones. Aulcuns s'estans retirés dans deux grosses tours qu'il y a, l'une nommée Constance, l'aultre de la Royne. pour n'avoir vivres et munitions ezd. tours, aultrement de grand deflence, et l'une, celle de la Royne, ayant issue par dehors, par tout le jour se rendirent. Et voila comment sont bien gardées et munies les villes de forteresses par ceulx qui en ont la charge, ayant les munitions et les soldatz dans leur borce et escarcelle.
C'estoit pour Ihors une bonne ville, pour le trafic de mer que s'y faisoit, que n'avoit esté affligée de ces guerres civiles, et pour la retraicte de plusieurs catholiques, que, causant les trobles, s'y estoint retirés avec leur plus beau et precieulx, mesmes des principaulx de la ville de Montpellier. Lad. ville fut saccagée et pillée la plus part, sans espargner les églises, et singulièrement ceulx de Montpellier y fuitifz, et les persones mises a rançon encores, sans toutesfois aultre massacre ny violance que de ceulx qui s'estoint au commencement opposés en armes. Quelque jour appres lad. prinse, monsr le maréchal y vint, et feit tant que fut possible restablir les biens aux habitans, et créa des consulz moitié catholiques et de la religion, ordonna les eclesiastiques et religieux y estre tenus en paix et seurté, ensemble avec l'exercice de la religion, comme l'on vivoit en la ville de Montpelier.
Ceste novelle venue au roy, qui n'estoit gueres avant encores en son voiage, Sa Maiesté y envoia le sr de Sarlebous, governeur de lad. ville, pour lasecorir, mais ce fut pour néant. Lad. prinse estoit plus mémorable et davantage estimée a cause des salins de Peccais qui en deppendent, de valeur au roy annuellement indicible a milliers, pour fournir des sels que s'y font a tout le pais bas de Languedoc, Provence, Daulphiné, Lyonois, Bourgonhe et Savoye, par le moyen du tirage que s'en faict contremont la rivière du Rosne, que demeuroit inutile par ce moyen, ou bien ce revenu perdu au roy pour ce pendant. D'aultre part, estoit préjudiciable ceste prinse pour ce que, estant le pais bas empêché, les catholiques, tant pour la guerre que aultres commerce et afferes de Narbone en ca jusques Avignon, avoint leur passage et entrepos par
1575 la plage, par la nier ou estangs aud. Aiguesmortes, dont par ce ilz estoint privés et ne povoint ce faire que par mer, de Narbone allant aborder a la bocbe du grand Rosne et Tour de Bouc près Arles, car d'ailleurs Aiguesmortes commande a toute la plage et estangs jusques en Agde par le moyen des vaisseaulx et frégates, que y feurent asses trouvés.
Appres la prinse d' Aiguesmortes, led. seigr maréchal assiégea Bailhargues , lieu près le grand chemin de Montpelier a Lunel , que fut prins d'assault appres avoir enduré quelques coups de canon ; et ainsi les chemins près Montpelier furent libres.
Sur la fin dud. janvier, monsr le duc d'Uzes, avec une armée d'environ cinqcc reystres mes allemantz, trois compagnies de gensdarmes francois, trois mil suisses et presque aultant de gentz de pied francois, s'en vint part deçà et prind S1 Gilles et le chasteau de Yauvert, l'ayant faict battre de certains coups de canon qu'il avoit. Monsr le maréchal, ce voiant, avec ses forces s'en alla tenir a Lunel, pour empêcher les dessaings dud. seigr d'Uzes. Et, s'estantz ainsi tenues les deux armées de ca et de la la rivière de Vidorle environ ung mois, sans aultre chose faire, led. seigr d'Uzes retira la siene, reborssant chemin devers Avignon.
Ce pendant et sur le [commencement] { de febvrier, partirent de Montpelier les sept depputés de la religion, conduitz par ung trompeté du roy, pour aller en Allemagne devers monsr le prince de Condé, et de la en France devers le roy, pour le traicté de la paix.
En ce temps, ceuh de la religion surprindrent la ville d'Ales, sauf les chasteaulx, ou monsr le maréchal s'achemina et feut longuement, sans que lesd. chasteaulx se voleussent rendre jusques a la tin de mars, qu'il y feit admener de Montpelier deux pièces de canon.
Auparavant ce temps et approchant le premier jour de mars, qu'est acostumé faire l'élection des consulz de Montpelier, led. seigr maréchal, par homme exprès, envoya aux Consulz et Conseil de la Ville lui envoyer ung rolle de xvm personages de chasque religion, degré par degré d'eschelles qu'on appelle, pour d'iceulx nommer six consulz; a quoy estant obey, prind led. seig'- et nomma desd. per-
1 demy mois
1575 sonages six consulz pour lad. année 1575, et en envoia sad. nomination, que furent : pour premier, me Anthoine de Tremolet, baron de Montpezat lez Somieres, nagueres auparavant conseiller du roy et gênerai en la Court des Aydes, de la religion; pour second, me Pierre Chalon, borgeois, catholique ; tiers, Jehan Myot, merchant, de la religion ; quatriesme, me Jaques Lautier, me chirurgien, catholique ; cinquiesme, Basco, de la religion ; sixiesme, Salgues, laboreur, catholique; qui, appres, esleurent les ouvriers et aultres officiers,, moitié d'une religion et d'aultre, en bon accord.
Venu le jour de l'Annonciation Nostre Dame, xxv dud. mars, presterent lesd. Consulz le serment acostumé ez mains de m'' Claude Convers, lieutenant particulier du governement de Montpelier, le premier et aultres de la religion au devant la maison de la ville, et les catholiques dans l'église Nostre Dame, ensuyvant l'ancienne costume. Vray que, pour éviter que, ainsi faisant, les derniers ne feussent plus tost receus et prestassent serment que les premiers, a chascun par ordre fut baillé serment, séparément en son lieu, comme, appres avoir esté receu le premier devant le Consulat, led. s1' lieutenant s'en alla dans l'église recepvoir le second, et appres revint au Consulat recepvoir le troisiesme, et ainsi des aultres1.
En ce temps estoit la povre ville grandement affligée tant pour la si longue durée de ceste guerre, qu'il failloitaux povres habitantz despuis long temps soldoyer deux compagnies de gentz de pied, montant chascun mois environ trois mil cinq cens livres, qu'on levoit par capitation, que pour le grand deffault des bledz et grains, dont on n'en povoit recovrer de la Provence et de Berberie, ou y en avoit a foison. Par quoy se vendoil le bled [jusques a] cinq livres et monta jusques a vu et vra livres, et l'avoine pour les persones jusques a trente et trente cinq solz le cextier, s'approchant la chose a une famine, ne feut q'aulcuns des montagnes s'bazardoint a descendre quelques cbarges a la ville ; ez villages tout estoit désert et abandoné, mesmes en lieux ouvertz, et les bonnes gentz mendiantz leur vye ca et la par grand désolation, laissant les terres en friche,
1 Nommant lesd. consulz, led. seig1' maréchal nomma aussi les xxiiii du Conseil ordinaire, xn de chascune religion.
1575 mesmes cinq ou six lieues ez environs de Montpelier, pour l'assiduel passage et ravage des gentz de guerre, tant d'ung party que d'aultre. Pour adiouter ausquelles charges led. seigr maréchal de Dampville, appres avoir prins les chasteaulx d'Ailes et proveu en ces quartiers, s'en descendit environ la fin d'avril, et revint a Montpelier avec ses trouppes de gentz de pied francois d'ung régiment catholique qu'il avoit, et les disposa ez villages circumvoisins de Montpelier.
En ce temps nions1" le duc d'Uzes d'ailleurs tenoit assiégé Bais sur Bais, village sur le bord du Rhosne, au deçà Lauriol, du costé du roiaulme, peu auparavant prins par la religion, qu'empechoit grandement la liberté de lad. rivière pour les catholiques. A ceste cause y avoir mis le siège, icelluy seigr d'Uzes prind facilement le village a balerie de canon, que fut abandonné parles tenantz retirés au chasteau ; contre lequel chasteau tenu longuement le siège avec aspre et forte batterie, finalement le siège en fut levé, appres avoir led. sr d'Uzes en son armée receu plusieurs dommages et pertes d'hommes signalés, tant par les arquebozades des assiégés qu'en plaine campagne par ceulx de la religion, illec venus avec armée au secours dud. chasteau. [Entré au chasteau, y pendit led. seigr d'Uzes le seigr d'Ambres d'Albigeois, son cosin et lieutenant].
A la my may nions1- le Maréchal tumba en une grosse et forte maladie en la ville de Montpelier ; pour la craincte de l'empirement de laquelle l'on commencea en la ville d'entrer en plusieurs pensées de ce que porroit avenir, a raison mesmes des compagnies catholiques, douze ou treze en nombre, logées ez plus prochains villages de la ville. Sur quoy ceulx de la religion de la ville, quoy qu'ilz seulz eussent les armes en main, feirent assemblée de conseil gênerai en la maison de la ville, le lundy 30 dud. mois de may. Y assistantz tant que trover s'y voleurent des deux religions et de toutz estatz de la ville, comme des principaulx des messieurs du Chapitre de l'église cathédrale, Court des Aydes, Chambre des Comptes, de la noblesse et aultres officiers, les ministres et aultre infini puple, fut illec conclu et délibéré par très bon accord que, quoy q'advint par la volonté de Dieu dud. seigr malade, la ville demeureroit en la mesme union, amitié et sorte de vivre qu'elle estoit lhors, sans moleste aulcune de la religion catholique ny trespasser l'ordre et
1575 règlement mis en lad. ville par led. seigr maréchal lhors de l'Union, s'ofFrantz mesmes ceulx de la religion, ayant lhors tout povoir, fidèles et très soigneux protecteurs * de ceste Union. De quoy beaucoup de persones receurent grand contentement et asseurance, craignant, advenant chose sinistre aud. seigr maréchal, la dissipation des catholiques ou ung pillage des gentz de guerre, comme jadis advenoit ez interrègnes.
Le vi jour de juingensuyvant, les depputés de la religion envoyés devers le roy pour le faict de la paix, ainsi qu'est devant, arrivèrent et furent de retour de leur voiage a Montpelier, sans rapporter toutesfois asseurance de paix, guerre ou trefve, sinon une bonne espérance de paix finale, communiqué qu'ilz eussent aux Estats du pais la volunté du roy sur les articles par eulx présentés a Sa Maieslé et en l'assemblée q'a cest effect debvoit estre faicte aud. Montpelier de toutes les églises de France au xxv dud. mois de juing ou environ, ce pendant led. seigr maréchal reconvalent de sa maladie.
Pour la S1 Jehan monsr d'Uzes mit son armée aux champs et fit faire gast des bledz par feu ez environs de Nismes, Uzes et Beaucaire, jusques a faire brusler les gerbieres des yeres prochaines desd. villes de Nismes et Beaucaire, chose de grand désolation et fort rare, voire entre les barbares.
Sur le xn de juillet, l'assemblée des depputés pour la paix commencea se tenir a Montpelier et dura jusques a la my aoust. Mais, avant que les depputés par icelle pour aller devers le roy despartissent, fut renvoyé devers Sa Maiesté ung gentilhomme en diligence pour avoir prorogation des saufconduitz et passeport qui expiroint, ce que fut obtenu. Et revint le messagier sur le commencement de septembre, dont partirent lesd. depputés de Montpelier le quinziesme dud. septembre.
Pendant ce temps en Daulphiné y eut quelque rencontre entre les catholiques et ceulx de la religion, ouquelle chef de lad. religion et qui toutz jours auparavant durantz les trobles y avoit commandé, fut faict prisonier, c'est le seigr de Monbrun, homme belliqueux, et quelques jours appres par commandement du roy décapité a Grenoble. Aussi, au commencement dud. vnbre, la ville des Margues lez
1 Ms. : prolecturs.
1575 Lunel, très forte, fut surprinse par monsr le Maréchal, par l'intelligence d'aulcuns estantz dedans.
Le xxv de vnb"', furent apportées novelles certaines, par la surprinse d'ung paquet du roy envoyé a monsr d'Uzes, comme, le xv dud. mois, monseig1" François, frère j du roy, duc d'Alencon -, s'estoit desparty de Parys clandestinement et avoit abandoné la Court, se retirant avec ceulx de la religion et catholiques de l'Union. Dont en France se renforcèrent les trobles, et, a ceste cause, les délégués de Languedoc pour la paix, estantz en chemin, comme dict est, s'en retornerent et rebroussèrent chemin.
L'unziesme d'octobre, deux gentilzhommes arrivèrent devers Ied. seigr maréchal, envoyés l'ung de la part de la royne estant allée trouver mond. seig1' d'Alencon, l'aultre de la part de mond. seig1', pour continuer le traicté de la pacification de ce royaulme. Et, rapportant l'envoyé dud. seigr duc advertissement de son estât, se trovant ez environs de Blois, acompagné et favori de grandissime nombre de seigneurs et gentilzhommes de la France, et publiant la protestation par mond. seig1' faicte a Dreux le xvn dud. mois de vubre incontinent appres sond. despartement, rendant raison d'icelluy par une asses longue et diserte remonstrance a toutz princes, potentatz et aultres, en somme que ce n'estoit3 pour en rien altérer Testât de la corone ou persone du roy, son frère, mais pour le bien public et moyener ce royaulme fut purgé et amendé de beaucoup d'abus y introduitz par le maulvais régime de plusieurs estantz près le roy, dont estoint provenus et continuoint encores tant de maulx et guerres civiles en ced. royaulme ; certifiantz au surplus les susd., tant par lettres que aultrement, que le roy, faisant ouverture de sa bonne volunté a la pacification de son roiaulme, avoit faict élargir et par le Parlement de Paris declairer innocentz Messieurs les marescbaulxde Montmorancy et de Cossé, si longuement détenus, et que led. seigr duc et maréchal de Montmoranci estoit des premiers avec la royne, favori comme devant et negotiant lad. pacification.
1 Ms. : frerere.
2 lequel, despuis l'advenement a la corone du roy, y estoit tenu en sospecon et comme arresté et gardé publiquement,
3 combien eut il esté longuement mal traicté,
1575 Environ le demy de ced. mois d'octobre, la ville et chasteau de Sommieres, pressés de faillie de vivres et non secoreus par nions' d'Uzes, se remettent a l'obéissance dud. seigr maréchal, comme feil aussi le tort de Maguelone quelque mois appres.
A la my décembre led. seigr maréchal dresse armée avec m pièces de canon el une colovrine, prenant sa route devers la rivière d'Hérault et dyoceze de Beziers, ou voluntairement presque toutz les fortz lieux el villages de ced. quartier se rendirent a son obéissance, fors les villes d'Agde, Pezenas et Beziers et quelques aultres villages, qui, ayantz enduré le canon, endurèrent les misères apprestées a ceulx q'on prend d'assault, comme Lupian,Valros et Puymisson.
Ce pendant et pour la teste de Noël aud. an, vindrent certains envoyés tant du roy que monseig1" d'Alencon pour l'aire haster les depputés de la paix a toute diligence, apporlantz ce pendant une trefve pour six mois, chargée de plusieurs pointz et articles, accordée entre la royne au non du roy et moud, seig1', pour luy, Monsieur le prince de Coudé, mous' le maréchal Dampville et toutz aultres de son party, autorisée parle roy. Laquelle trefve ne fut trouvé bon envers led. seig1" maréchal de recepvoir, ains plustost d'en envoyer les depputés de la paix a la plus grand diligence que faire se porroit. Dont, ensuyvant ceste resolution, lesd. depputés de la paix, tant du Languedoc, Provence et Daulphiné, a ces fins assemblés a
1576 Montpelier, en partirent le dixiesme de janvier 157(1, led. seig1- maréchal estant toutz jours en son voiage et armée du costé de Beziers, d'où il feit retour pour la feste de la Chandeleur Nostre Dame de febvrier, appres avoir receu l'obéissance des villes de Ginhac et Germon t et plus de i.x aullres bons lieux et perdu aussi plusieurs bons soldatz, mesmes ez lieux prins d'assault, singulièrement devant Pozolles le seig1' de Montataire *, colomnel des compagnies francoises, personage fort regretté.
Advenant le premier jour de mars, furent créés les Consulz noveaulx, comme d'ancieneté se faisoit led. jour, non par balottes, comme auparavant, mais par les Consulz furent aud. seigr baillés deux rolles chascun de dix buil persones de cbasque religion, trois pour esclielle q'on dict, el desd. enrollés prins par luy six, trois ca-
1 Ms, : Montadaire.
Soc. Arch. de Montpellier. j^2
1576 tholiques et trois de la reYrion : le premier, catholique icelle année, scavoir est monsr me Arnaud Rignac, me en la Chambre de Comptes; le second, Pierre Moisset, merchant, de la religion; le troisiesme, catholique, Amans Novel, canabassier ; le quatriesme, de la religion, Armet1, apotire ; le cinquiesme, catholique, ; le
sixiesme, de la religion,
Environ la my may, led. seig1' maréchal se meit encores aux champs, avec armée et artillerie, tirant du costé de Beziers et Narbone, ou plusieurs bons lieux qui restoint en ces quartiers se rendirent a lui, demeurant Beziers tout enclos et jusques au village de Corsan, sur la rivière d'Aude, au grand chemin et une lieue au deçà Narbone. Ou estant led. seigneur avec son armée, faisant faire courses jusques aux portes d'icelle ville, passèrent par Montpelier deux gentilzhommes envoyés de la part du roy l'ung, l'aultre de Monseig'' d'Alencon, son frère, apportant/, l'edict de la paix, ja publié a Paris, séant le roy en Parlement, le xmidud. Lesquelz gentilzhommes, passés oultre, troverent led. s1' maréchal au susd. lieu de Corsan, le dernier jour dud, mois de may; ou lendemain, premier de juing, il feit publier lad. paix en son armée. Duquel lieu en appres revenant en ca, il fut de retour a Montpelier le vi dud. mois de juing.
Et lendemain, ung jeudy, vu" dud. mois, avant la Penthecoste, led. seig'', avec grand jubilation et exultation, feit publier lad. paix tant en l'auditoire du Governeur et Siège presidial, le matin, que l'apres disnée par les carrefours acostumés, assistantz a cheval solemnement tant le lieutenant dud. G-overneur et gentzdu roy dud. Siège que les Consulz avec leurs robbes roges. Appres laquelle publication ainsi faicte ez quartiers de la ville, led. seigr maréchal avec les officiers et Consulz catholiques et aultres liabitans allèrent faire dire ung Te Deum laudamus solemne et action de grâces en l'église Nostre Dame, ou estoit l'église cathédrale. Et, d'aultre part, ceulx de la religion allèrent en leur temple assister aux prières et action de grâces. Et, appres tout ce, sur le soir, fut faict grand feu dejoye devant la maison de la ville, assistant led. seig1' maréchal, et de feus particuliers par toutes les rues et maisons privées, par
1 11 s " m lt i t di' Pierre Hermel L. il. .
157() grand rejoissance et désir que ceste paix fut plus perdurable que les précédentes.
Cesl edict de la paix, appres la reconciliation de Messieurs les Princes et aultres pointz plusieurs, contenoit permission de l'exercice public de lad. religion par tout le royaulme, fors en la Court du roy cl ville de Paris et deux lieues ez environs; et, pour administrer juslice aux catholiques de l'Union et associés q'on disoit et a ceulxde lad. religion, establissement d'une cbambre rny partie en cbascune Court de Parlement, de Paris et aultres. excepté Tbolose ou n'en y auroit point. Mais, pour le ressort dud. Parlement de Tbolose, estoit establie une chambre de vingt conseillers en la ville de Montpelier et chancellerie, pour rendre justice souveraine aux habitans tant catholiques unis que de lad. religion dud. ressort.
Délaissant les aultres pointz mentionés en icelluy edict, lequel presque en mesmes temps fut publié en Parlement aud. Tholose et aultres villes et lieux dud. pais, le dimenche ensuivant, dixiesme de juing, jour de la Penthecoste, fut faicte procession générale solemne aud. Montpellier pour remerciement envers Dieu de ce bénéfice, assistant led. seig1' maréchal, grand noblesse de sa suite, officiers et peuple de la ville.
Quelques jours appres, le seigr de Joieuse, lieutenant gênerai pour le roy en Languedoc, et durant ces troubles ayant commandé ez quartiers de Tholose, le baron de Ryeulx, governeur de Narbone, plusieurs prelatz et aultres seig,s et gentilzhommes qui avoint tenu contraire party. vindrent a Montpelier veoir et visiter led. seigT maréchal et le recognoistre comme governeur du pais, et y feirent joustes et tornois pour congratulation de la paix, ainsi que les aultres villes du pais, de Tholose (non comprins) en ca, l'envoyèrent saluer et lui faire la révérence. Et, s'estant toute lad. noblesse retirée environ la my juillet, s'en alla led. seigr visiter le pais du costé du Saint Esperit et, en passant, establir noveaulx governeurs et garnisons ez villes de Beaucaire et Aiguesmortes, que le roy par l'edicl bailloit, dans le pais de Languedoc, en garde, sans prefixion de temps, a ceulx de l'Union et religion, oultre les aultres telles ez aultres provinces du royaulme.
Ce pendant, au commencement d'aoust. fut veue a Montpellier chose rare et prodigieuse : une mule q'avoit porté fruict, c'est ung
1570 jument, qu'elle alleeioil ; et fut admenée d'ung village près de Beziers, nommé Agel.
Durant ce temps, nions1' de Montmorancy estant a Pezenas, nions1" de Bellegarde, maréchal de France, le vint trouver pour luy persuader quitter ce governement et se retirer au marquisat de Saluées, que le roy lui donnoit. A quoy il ne voleut entendre.
Au mois de novembre suyvant furent, par mandement du roy, tenus les Estatz generaulx du pais de Languedoc en la ville de Beziers, par devant lesd. sr maréchal et de Joieuse, lieutenant gênerai pour le roy aud. pais, et en lad. assemblée par lesd. Estatz publiquement jurée l'observation de l'edict de la paix, et faict article de supplication au roy d'icelluy voloir faire garder et entretenir.
SIXIEMES TROUBLES
1570 Surprise de Pont-Saint-Esprit par le capitaine Luynes pour Henri III. — Prise d'armes générale des protestants en Langueduc et dans le royaume.
1577 En conformité de la résolution votée aux Etats-généraux de Blois de
1576, les envoyés du roi et de ces Etats transmettent au Maréchal l'ordre d'adhérer à leur résolution, qui est de faire rapporter tous édits de tolérance. — Réponse dilatoire du Maréchal, malgré laquelle les protestants s'agitent. — Leur tentative manquée sur Beziers. — Surprise de Montpellier, où se trouve la Maréchale ; le Palais abattu quand elle s'est retirée ; excès contre le clergé. — Etats de l'Union à, Montagnac' elle y est de nouveau confirmée. — Rupture définitive de l'Union. — Siège de Montpellier par le maréchal de Damville et Joyeuse : tactique pour affamer la ville ; Châtillon va chercher du secours ; 1rs catholiques montpelliérains molestés. — Nouvelles et publication de la paix de Bergerac ou édit de Poitiers. — Etats de Languedoc à Beziers.
1578 Prise de Montagnac par les protestants. — Prise de Beaucuire par
le Maréchal. — Meurtre du baron de Faugères.
1579 Conférence de Nérac. — Etats de Languedoc à Castelnaudary. —
Voyage de Catherine de Médicis. — Elle passe devant Montpellier. — .1 son retour de l'accompagner, le duede Montmorency trouve les protestants en progrès. — Etats de Languedoc à Carcassonne. — Conférence de Mazùres. — Surprise de Mende par les protestants.
1576 \u commencement du mois de décembre, le seigneur de Thoré, frère dud. seigneur maréchal, estant dans la ville du Pont S1 Esperit, ung capitaine nommé Loynes, qui despuis la paix avoit esté mis aud. lieu par led. seigr maréchal pour y commander, s'impatronisa pour le roy (comme il disoit) dud. lieu et de la persone dud. sr de Thoré, lequel toutes fois, par le moyen de quelques gentz du lieu, en fut mis hors au bout de quelques jours. Laquelle prinse publiée, subit furent prinses les armes par tout le governement dud. seigr maréchal, comme indice de la roupture de l'edict et fait plusieurs excès, surprinses de villes et meurtres par quelques jours, jusques par led. s1' maréchal y fut proveu, faisant le tout cesser, attendant scavoir la source et occasion de ceste prinse par une despeche qu'il en feit au roy prompt ement. Vray que ce pendant et des lhors fut changé Testât des choses, et la face de bonne paix muée en trefve, prenant les armes chascun, d'ung party et d'aultre, sans toutes fois corir ouvertement, y entremeslés neantmoins plusieurs excès particuliers.
Et fut faicte ceste altération des choses non seulement en Languedoc, par l'occasion que dessus du SlEsperit, mais en Guienne, au governement du roy de Navarre et partout ailleurs au royaulme.
Led. seigr maréchal, lhors se trouvant encores ez quartiers de Beziers, et ayant confirmée en son obéissance tant lad. ville que aultres des environs, s'en revint vers Montpelier et d'illec s'achemina vers led. S* Esperit, mais pour néant pour le recovrer. Bien confirma en son commandement les villes de Viviers, du Bourg S' Andoil et aultres catholiques dud. pais, avec plusieurs de la noblesse catholique desd. endroictz. Et s'en revint a Montpelier au commencement de janvier 1577.
Pendant ces choses fault noter que, par ung des pointz de l'edict de la paix, estoit porté que, dans six mois appres, le roy fairoit tenir et convoquer les Estatz generaulx du royaulme pour provoir a la reformalion de toutes choses ; et avoit esté faicte la convocation desd. estatz en la ville de Blois au xv de novembre précèdent ; et s'y estoint assemblés lesd. Estatz devant la persone du roy ; et tenoint despuis le m décembre aussi précèdent, non qu'il y eut aulcuns depputés soit de la religion ou catholiques de l'Union. Ezquelz Estatz, d'entre les premières choses, fut résolu ne povoir subsister
1576 la paix au royaulme avec deux religions, et, ainsi, que seroit supplié le roy declairer son intention estre q'an royaulme n'y eut aultre exercice de religion que de la catholique et romaine, sauf a laisser vivre ceulx de lad. religion presentz sans estre molestés en leur conscience ; a laquelle resolution le roy adhéra et ainsi a la revocation de l'edict, comme faict par contraincte et en son bas aage; se sentant grevé led. seigneur, en oultre, en deux aultres pointz dnd. edict, c'est de la justice soveraine my partie y accordée et des villes baillées par obstage perpétuel.
Et Sa Maiesté, avant diffinitivement publier sad. volunté, volut user d'admonition et le faire trouver bon aux intéressés. Ausquelles fins, tant par sad. Maiesté que Estai/, generaulx, furent envoyés et délégués certains grandz personages devers le roy de Navarre en Guienne, monsr le prince de Gondé a La Rochelle et led. sr maréchal de Dampville en Languedoc.
lo77 El' laissant les aultres, les envoyés en Languedoc furent : de la part du roy, le seigr Doignon, chevalier de l'ordre et ung de ses maistres d'iiostel ; de la part desd. Estai/, pour le clergé, Pevesque du Puy, de la maison de Seneterre en Auvergne ; pour la noblesse, le seigr de Rochefort, governeur de Rlois ; pour le tiers estât, ung sr du Rogier. Ceulx cy, arrivés a Montpelier, exposèrent respectivement leur charge ' aud. sr maréchal, le second jour du mois de febvrier, sans aultres remonstrances que par escript, contenues ez lettres missives et instructions qu'ilz luy délivrèrent en main, dressées a luy seul, a ce qu'il eut a adhérer et faire obéir a la volunté du roy telle que dessus, par plusieurs raisons, démonstrations et, en cas de reiïus, protestations très copieusement y mentionées.
Laquelle dénonciation trobla grandement tout le repos du pais, ceulx de la religion principalement, et accessoirement les catholiques meslés avec eulx. Quelques jours appres, led. seigr maréchal, eue communication de ceste affere avec aulcuns tant catholiques que de la religion, bailla sa responce ausd. depputés, remonstrant au roy et ausd. Estatz la suite des malheurs qu'ensuyvroint l'infraction de l'edict et la difficulté d'effectuer telles délibérations;
suppliant Sa Maiesté luy permettre prendre advis avec lesd. roy de
1 Ms. : charges.
1377 Navarre, prince de Condé et Estatz de son governement, a qui ce changement touchoit tant, pour appres trouver quelques moyens d'obtempérer a la volunté du roy et expédient pour l'entière et finale pacification de ce royaulme.
Despartis ces depputés, pour ce que a Beziers y avoit eu quelque rumeur d'entre les catholiques et ceulx de la religion pour la supériorité et commandement des armes, led. sr maréchal s'y achemina; ou, ayant proveu non selon le contentement total de ceulx de lad. religion, ilz s'en picquerent tellement que, vuidantz de gré lad. ville aulcuns d'entre eulx, ministres et cappitaines, prinse occasion que led. sr maréchal les voloit abandonner et faire obéir aux dernières délibérations apportées parles1 dessus nommés depputés, s'en vindrent ilz a Montpelier ung lundi, q'on dict de caresme prenant, et esmeurent le peuple tellement que lendemain, jour du mardy gras, xix de febvrier, toute la ville fut en armes, s'entend ceulx de la religion, portes de la ville et les botiques fermées, ensemble les églises des catholiques, et plusieurs d'iceulx emprisonés, les aultres trestoutz par cry public commandés ne bouger de leurs maisons, et quelques aultres petitz excès commis par le peuple, mesrae contre les eclesiastiques, comme jadis au commencement des troubles.
Les principaulx de lad. religion voiantz ce soubdain changement et façons de faire, qu'estoint directement contre l'Union, et a Fins tance grande de Madame la Maréchale, laissée en la ville dans le Palais ou citadelle par led. sr maréchal, par telles actions comme prisoniere avec toutz les aultres catholiques, tout doulcement appaiserent le peuple et, donné ordre aux choses, envoyèrent, comme aussi feit monsr de Chastillon, le premier et chef pour lhors de lad. religion, aulcuns personages d'entre eulx aud. seigr maréchal a Beziers. Appres le retour desquelz, le dimenche me de mars, madame la Mareschalle avec toutz les siens et toutz leurs meubles sortirent de la ville, avec grand doleur des catholiques, se voiantz ainsi engaigés dans la ville et l'exercice de leur religion empêché, sinon a huis clos. Ce pendant la forteresse du Palais, q'on disoit Citadelle, fut abatue, ensemble le temple joignant led. palais, chapelle roialle et collège de prebstres séculiers ruiné.
1 Ms. : le.
1577 L'Union estant ainsi disunie, Montpelier et aultres villes du costé de Nismes tenantz pour la religion, Villeneuve lez Maguelone, Frontignàn et aultres lieux jusqu.es a Beziers pour led. s1' mareschal, pour provoira ce desordre fut, par mandement dud. sr mareschai, convoquée une assemblée d'Estatz des catholiques unis et de ceulx de la religion de Languedoc en la ville de Montagnac le xxv dud. mois de mars, et icelle assemblée y tenue jusques au xvn avril, led. seig1' mareschal logé a Pezenas. En laquelle assemblée fut finalement confirmée lad. Union soubz l'obéissance et commandement dud. s1 Dampville, governeur et lieutenant gênerai du roy en Languedoc, soubz plusieurs conditions arfestées entre led. sr et lad. assemblée, entre aultres du restabiissement de l'exercice des deux religions par tout ou avoint esté intérims. Dont beaucoup de genlz de bien furent esiouis, pour le dommage indicible qu'eut apporté cest desunion au pais.
Mais, quoy que ceste Union eut esté forgée avec grand peine et difficulté, aulcunes villes ou ceulx de la religion commandoint continuant/, la desfiance de leurs habitans envers led. sr mareschal et a ce induisant/ leurs populasses, lad. Union fut bien tost rompue, et le divorce ouvert entre led. s' mareschal et ceulx de lad. religion, qui esleurent pour leur chef le seig1' de Thoré, frère dud. s'" mareschal, combien fut catholique. Dont led. sr mareschal, reprinses les armes, alla, au mois de may aud. an, assiéger Thesan lez Beziers, occupé par ceulx de la religion et deffendu par le capitaine Bacon.
Et, led. lieu prins, au mois de juing suyvant, assemblées grandz forces1, acompagné de mons1 de Joieuse, lieutenant du roy en ce pais, el aultres seigrs, alla mettre le siège devant la ville de Montpelier, et l'environna de tout/, cousfés despuis les chemins de Clermont -, La Yerune. Villeneuve, Pont Juvenal, S1 Mos, les Carmes et Jacopins, el en cest estât le tint fort estroictement jusques au mois d'octobre suyvant, led. seigr logé ores a la Verune, ores a Villeneuve lez Maguelone el au mas de Cocon. Auquel mas, a l'arrivée du camp, trouvés aulcuns capitaines de la ville fortifiés, furent prins et pendus. Par ce siège les habitans perdirent toutz leurs grains
1 Ms. : fooes.
- Ms. : de Clernion?, <!<' Clevmond.