‹ Études sur la réforme à Montpellier (volume 2)Chapitre 8 sur 48 · PETIT THALAMUS · texte numérisé non relu

PETIT THALAMUS

NOTICE

Ce qu'est le Petit Thalamus de Montpellier et son mode de rédaction par périodes. — Les années 1 534-1 574 en forment une, dont la rédaction doit être attribuée à Jean Philippi et, par son caractère purement catholique, constitue une relation de valeur contradictoire par rapport à /'Histoire des troubles de Languedoc. — Continuation fort irrégulière de la chronique : par le greffier Pierre Fesquet pour deux incidents en 1 5 8 0 et 1581; dans le second Petit Thalamus, dit aujourd'hui le Talamus historique.

Sous cette dénomination de Petit Thalamus1, dontl'étymologie a été discutée2 et ne semble pas résolue, on désigne une compilation assez peu homogène de statuts, serments et an-

1 Le manuscrit est conservé aux Archives municipales de Montpellier. Pour tous autres détails le concernant, je renvoie à Y Introduction de l'édition mentionnée à ia note 2. Mais tous ceux qui vont suivre sont complètement inédits.

2 Le Petit Thalamus de Montpellier, publié pour la première fois d'après les manuscrits originaux par la Société Arcliéologique de Montpellier ; Montpellier, Jean Martel, 1840; Introduction, pp. v et vi. — Des deux étymologies proposées : Talmud des juifs et thalamus (lit), on voit cpie les éditeurs penchent vers la première. Je n'ai pas, en cette publication si fragmentaire, à prendre parti entre ces opinions.

nales concernant la ville de Montpellier. Est-il nécessaire de dire que, seule, sa partie historique et, dans celle-ci, le récit limité par les dates correspondant à la période de la Réforme, est susceptible défigurer dans le présent recueil ? Comme pour l'ouvrage de Philippi, c'est là un texte déjà publié en majeure part. J'espère néanmoins, en éclairant vivement sa valeur documentaire par la révélation des procédés de composition, en y ajoutant aussi, soit par la fidélité de la reproduction soit par la continuation de la chronique, justifier de même cette nouvelle édition.

Mes prédécesseurs en la matière n'ont pas manqué de faire observer que l'exemplaire municipal du Petit Thalamus, le seul, d'ailleurs, qui existe pour la période en question, porte en divers endroits la trace de tâtonnements : doubles rédactions ou feuillets laissés en blanc1. Et, de fait, un simple coup d'œil jeté sur l'ensemble des Chroniques, soit romane, soit française, suffit à montrer qu'elles ne sont pas plus consignées au fur et à mesure des années que transcrites d'un seul jet, mais, au contraire, couchées sur le registre par à-coups évidents. De cette remarque on peut, semble-t-il, légitimement conclure que, pour reprendre la rédaction, il fallait cette double condition que l'administration consulaire eût le souci de suivre d'anciens usages, et qu'elle trouvât un narrateur compétent.

On en était là depuis l'année 1533, dont les annales étaient restées interrompues au début du récit de l'entrée de François Ier à Montpellier2. En 1540, il est vrai, on s'était bien préoccupé d'ajouter des feuillets au Petit Thalamus, en le faisant relier3, mais il faut arriver bien plus tard pour cons-

1 Introduction, pp. v et lxv ; Notes sur la Chronique française, p. 595, notes 150, 151, 156 et 163.

2 Au f° 492 du manuscrit on avait cependant commencé de mettre :

(i En l'an mil cinq cens trente quatre furent consulz de lad. ville ». Mais ensuite ce feuillet ainsi que le 493 étaient restés blancs. s Le 30 juillet 1540 les Consuls ordonnaient de payer à Jean Soldarie,

tater une reprise sérieuse de la rédaction. Celle-ci est indiquée par la mention, le 24 mars 1574, du payement à Antoine Quarante, praticien, de 8 livres 5 sols tournois, « pour avoir mis au noet dans le livre du Petit Thallamus les annales et anticquittés de tout ce que a esté passé, tant pour raison des guerres ci villes adveneues en ce présent roiaulme que aultres affaires, et ce despuis l'année mil vcxxxini jusques en l'année mil v'LxfxJm1 et entrant sur l'année mvc lxxiiii, ou est escript le reveue et monstre dernièrement faicte pour les habitans, par commandement de Monseigneur le Maréchal de Dampville, ou les Gonsulz assistaient avec leurs chapperons, laquelle besoigne contient quarante feulletz de minutte escriptz dans led. Thallamus»2.

Et voilà qui explique trois faits anormaux. D'abord la préoccupation du chroniqueur de dire et de répéter en 1534, 1543, 1551, 1553, 1561 et 1563 que l'année est comptée de l'Incarnation, car la remarque serait oiseuse, l'usage en étant constant à Montpellier, si ce rédacteur n'avait alors déjà vu s'accomplir le changement de l'année civile, lequel se produisit en 1565. Ensuite l'erreur qui, en 1535, alors que régnait encore le duc de Savoie Charles III, met à sa place, sous le nom d'Aymé, défiguré par le copiste en celui d'Ayné, Emmanuel-Philibert, dont l'avènement eut lieu en 1553 et qui vécut jusqu'en 1580. Enfin l'anachronisme qui consiste à qualifier roi dès 1548 le fils de Charles-Quint, Philippe II d'Espagne, qui le deviendra seulement en 1556. Ces difficultés avaient beaucoup embarrassé les éditeurs de 1840 3.

libraire, 6 livres 15 sols, « pour recouvrir les deux Thalamus, grand et petit, et y adjouster de parchemins, selon le pris faict que lesd. srs Consulz lui ont baillé » (Arch. mun. de Montpellier, CC, Commandements de 1540, f° 11).

A la même préoccupation se rapporte l'ébauche suivante, inscrite au f° 494 : « L'an m vc xlii furent consulz les seignrs que s'ensuivent ».

1 C'est à un lapsus qu'il faut attribuer la date de « mil vc lxiii » portée par le texte : le détail qui la suit et l'homogénéité soit delà rédaction soit de l'écriture le démontrent surabondamment.

2 Arch. mun. de Montpellier, CC, Commandements de 1573, f° 147 v°.

3 Notes sur la Chronique française, p. 59t3, notes 152 et 163.

Cette période de la Chronique, qui répond à quarante années, sectionnons-la maintenant, comme l'a fait d'instinct le clavaire municipal dans son compte cité plus haut, en ses deux parties naturelles : celle de 1534 à 1559 inclusivement, qui représente «les aultres affaires», et celle de 1560 à 157 i, qui constitue « les guerres civilles»; et, de même que lui, prenons d'abord la seconde. C'est la plus caractéristique, propre à déceler l'auteur.

Tandis qu'après la réédition de Y Histoire des troubles de Languedoc, je préparais, celle du Petit Thalamus, je fus frappé du nombre des analogies que présentent les deux rédactions. Et, lorsque j'y regardai de très près, à la lumière de mes constatations précédentes, soit sur les variations de la mentalité confessionnelle de Philippi, soit sur la date de composition de la Chronique municipale, ma conviction fut faite : l'auteur était le même, et les deux œuvres avaient réagi chacune sur l'autre. Carie Petit Thalamus s'inspire de Y Histoire des troubles de Languedoc non seulement dans la marche des faits, qu'il résume selon les proportions usitées dans la Chronique,, mais dans les termes, souvent analogues, identiques quelquefois d, dans certains détails particulièrement caractéristiques2, dans l'orthographe même3 ; et, d'autre part, des additions et corrections au texte primitif de Y Histoire des troubles de Languedoc lui sont évidemment empruntées 4.

1 En voici deux exemples :

Histoire des troubles de Languedoc : « guerre civile pour le faict de la religion ». — Petit Thalamus : « guerres civilles pour le faict de la Relligion ».

Histoire des troubles de Languedoc : « Lad. ville, qu'auparavant ne soloict estre qu'en tout plaisir et contentement ». — Petit Thalamus : « Lad. ville, que soulloict estre libre, aisée et de tout plaisir ».

2 Tels un rappel du Petit Thalamus, à propos du monastère des Saints- Benoît et Germain, et une comparaison du bannissement de certains Montpelliérains avec l'ostracisme des Athéniens.

3 Je ne parle pas de mots comme toutz ni de la variabilité des participes présents, dont les exemples sont fréquents à cette époque. Mais il est fort rare d'écrire toujours : appres.

4 Je citerai la précision de date pour l'arrivée du ministre Jean de la

Soc. Arch. de Montpellier. 14

Ceci n'a rien que de fort logique, le tout ayant été rédigé la même année 1573-157 î '.

Bien que, pour la période antérieure, de 1534 à 1559, un tel élément de comparaison fasse défaut, il n'est pas moins aisé de constater que Philippi a pu composer la Chronique et l'a même dû de préférence à d'autres. Né vers 1517, il avait en 1534 atteint l'âge où la mémoire est le plus capable d'enregistrer les choses, vues et vécues. Or, que contient cette Chronique? Un petit nombre de faits locaux, d'ailleurs frappants, tels que les visites de François Ier en 1537 et en 1542 et le service funèbre en son honneur, l'entrée du cardinal de Lorraine ou du connétable de Montmorency en 1537, celles du duc d'Enghien en 1545, de Joyeuse en 1550, ou encore des tenues d'Etats provinciaux, la fuite des habitants devant la guerre en 1536, devant la peste en 1543 : tous spectacles faits pour être aisément retenus par quiconque, sans doute. Mais, moins que tout autre, l'assesseur des Consuls en 1546 pouvait ignorer le refus, cette année-là, d'un nouvel élu Guillaume de Boirargues, ni le magistrat de carrière omettre les incidents relatifs à la viguerie en 1551 et 1553. On conçoit de même que, fibs d'un général à la Cour des Aides, Jean Philippi ait admis la culpabilité des « semeurs de peste» condamnés par elle en 1543, et aussi qu'il se soit étendu si complaisamment sur les fonctions transitoires, en 1551, d'Eustache , son père, comme viguier. Tout le reste n'est que faits empruntés à l'histoire générale du royaume, car il convient de mettre à part ces procès-verbaux sur différents objets que les greffiers consulaires ont couchés souvent au petit bonheur des pages blanches du registre, et qui, étrangers à la Chronique, y ont été néanmoins intercalés par les éditeurs de 1840. J'en dirai autant du procès-verbal de nomination des consuls en 1574, qui se trouve à sa vraie place dans le registre des élections consulaires. Dans cette première partie rien ne s'oppose donc à

Chasse : «au mois de juillet», et la liste détaillée des églises et couvents détruits aux faubourgs en 1562.

1 Voir pp. 21 et 208.

l'opinion que Philippi est l'auteur du tout, et nombre de détails y sont même favorables.

D'autres raisons de convenance confirment cette attribution. L'une est l'étroite alliance de l'historien avec le premier consul de 1573, Louis deBucelli, son beau-frère. L'autre, à développer plus loin, est que Philippi, exceptionnellement à même par la composition de son Histoire des troubles de Languedoc de raconter les guerres civiles, semble avoir également préparé dans ses Mémoires des matériaux pour une autre continuation du Petit Thalamus, projetée en 1586, l'année même de sa rentrée à Montpellier.

La Chronique étant donc ainsi comme un résumé de l'Histoire ne perd-elle point de ce fait toute valeur documentaire, et dès lors pourquoi la rééditer ici ? On voudra bien se reporter à ce qui a été établi quant à la date, à l'esprit et aux procédés du remaniement par son auteur de Y Histoire des troubles de Languedoc 1[. La première, le second expliquent les analogies des deux œuvres ; mais les autres en marquent les différences. Une retouche, en effet, aussi simplifiée que possible, opérée en conservant le manuscrit primitif, ne pouvait guère consister qu'cà supprimer les passages ou à changer les termes trahissant l'ancienne mentalité de Philippi. Elle favorisait peu l'adjonction des détails dans la note catholique. Ces détails, cet esprit nouveau, c'est dans la Chronique, rédigée par Philippi catholique en pleine réaction catholique, qu'il convient de les chercher. Ainsi, dans cette mesure, le texte en est, par rapport à celui de la source principale, un document indépendant et neuf, on pourrait dire contradictoire, dont la critique a sérieusement à tenir compte et l'information à profiter2.

De ce texte, soigneusement conforme au manuscrit, disparaîtront, sans être autrement signalées, les omissions ou fau-

1 Voir p. 21.

2 Comme exemple, je relève en 1567, lors de la seconde prise de la cathédrale Saint-Pierre, le meurtre de prêtres et de catholiques, et en 1568 l'institution d'une fête liturgique de la Délivrance de la ville.

tes de lecture commises par les éditeurs de 1840 *. Mais je l'ai expurgé des lapsus, indiqués en note, propres à en défigurer le sens et qui suffiraient à démontrer que le praticien Antoine Quarante fut un simple copiste et bien ignorant 2.

L'œuvre de Philippi s'arrêtait à l'année 1574. Des feuillets ajoutés au registre en 1540, il restait encore neuf. Ils furent occupés par la transcription du procès-verbal des nominations consulaires de 1574 dont j'ai parlé, et ce détail eut peutêtre pour effet de nuire à de nouvelles insertions. En un quart de siècle à peine en trouve-t-on deux, couchées sur des feuillets restés blancs dans le corps du registre. Elles sont dues à l'initiative de Pierre Fesquet, greffier d'alors. Or, avec l'occupation du Consulat par les protestants, l'esprit de la rédaction a totalement changé.

La première mention se réfère à l'entreprise du capitaine La Bernardière et de Jean Duranc sur la ville de Montpellier en 1580. Ce récit a été l'occasion d'un incident. En 1590 on s'aperçut que le nom de Jean Duranc y avait été constamment raturé et remplacé trois fois par les mots : «et les siens », une quatrième par ceux-ci : «un de ceulx». Le 12 février on délibéra donc que ce nom serait remis et la décision couchée en marge3. Même l'intéressé n'en demeura point là. 11 obtint

1 Entre autres celles qui avaient substitué un prétendu terme languedocien : tornere, à Tonnerre, nom du comté apporté par Louise de Clermonl dans la famille de Crussol ; et le mot retourchation (!) à réconciliation.

2 II copie : Cristol pour Crussol ; Athoniens pour Athéniens.

3 « Sur ce qu'a esté proposé que quelcung avoyt faict une rature sur le livre appelle le Petit Tallamus et au fullet ou est escript la trahison et entreprinse de La Bernardière, ou l'on avoyt rayé le nom de Jehan Duranc en troys partz dud. feulhet, et mis quelques autres motz. — A esté arresté qu'il y sera remis et raccommodé en la mesme façon et manière qu'il y estoit au paravant,et encores qu'il sera escript au marge la présent délibération du Conseil » (Délib. du Conseil de Ville du 12 février 1590).

Aussi lit-on, en marge du récit, ces quelques lignes : « Par délibération du Conseil des vingt quatre du douziesme de février m vc imxx x, le nom de Duranc, qu'avoyt esté rayé par quelcung sur ce pie-

une nouvelle délibération du Conseil, en date du 5 janvier 1594, par laquelle, eu égard à sa bonne foi, surprise, assurait-il, par La Bernardière, il était rétabli dans ses privilèges de citoyen et habitant de la ville, apte à concourir pour les fonctions publiques1. Mais, chose bizarre, de cet acte de réhabilitation, également transcrit en marge, son nom disparut encore. Il se trouve pourtant écrit de nouveau dans l'interligne.

Le 1er février 1581 le clocher portant l'aiguille de l'église N.-D. des Tables s'effondrait sur l'édifice et les maisons voisines, faisant cinq victimes. L'événement fut consigné par le même greffier Fesquet, et forme la deuxième mention précitée2.

Cependant l'administration de 1586 se préoccupa de donner une suite régulière au Petit Thalamus. Pour cela, elle fit exécuter parle libraire Etienne de Bléa, son fournisseur accoutumé, « ung gros libre de parchemin que l'on apelera le segont petit talamus », lequel coûta 7 écus -20 sols:i. Il est très

sent mémoire en troys ou quatre partz, y a esté remis, et par mandement de messieurs les Consulz, par moy, notere et greffier de la maison consulere, soubzsigné — Fesquet » (f° 421 v°).

1 « Par délibération du Conseil des xxim du cinquième de janvier m vc mi xx xiiii, a esté conclud et arresté que, ayans esgard au temp et que led. Duranc feust surprins, comme il a dict, par led. La Bernardiere pour raison de l'excès contenu au présent mémoire, que, non obstant ce, led. Duranc sera tenu pour vray citoyen et bon habitant de la ville et, comme tel, admis aux charges et functions publiques, et jouira de mesmes privileiges et prérogatives que les autres habitans ont acoustumé d'uzer,

sans que quelcung a l'advenir luy puisse en fere reproche moy

dict Fesquet » (f° 421 v°).

- Je rapporterai ici une autre relation de l'événement consignée par un notaire de la ville :

« En l'an 1581 et le premier de febvrier, velhe Nre. Dame, tumba le clochier de Nre. Dame de Tables, en frapant dix heures de nuict, ou morurent les deux sentinelles que l'on tenoyt au clochier, ensemble deux orfèvres, que feurent tués dans leur boticque par les pierres en tumbant, et ung blessé, que après morut » (Rubrique de 1581 des minutes de Pierre Roussel, étude Blain).

3 Arch. mua. de Montpellier, CC, reg. de comptabilité de 1586, f° 129, au 24 mars 1587.

vraisemblable que ce registre existe encore et se trouve celui, bien réduit de feuillets, qu'on connaît sous le nom de Talamus historique1, sans doute parce qu'il ne renferme ni statuts ni serments. Ne vaut-il pas mieux lui restituer celui qu'il avait reçu au XVIe siècle ?

Les Consuls de 1586 avaient évidemment en vue un rédacteur. Serait-ce le président Philippi, qui précisément alors revenait se fixer à Montpellier 2 ? Il semble bien s'être préparé à cette œuvre par ses Mémoires, aujourd'hui perdus en original, mais conservés au moins fragmentairement par Serres 3, et où sont, de préférence, relatés ces accidents météorologiques, ces événements sociaux ou économiques, ces pompeuses cérémonies qui tiennent une si grande place dans les parties anciennes de la Chronique. De telle sorte que, même si l'on rejetait l'hypothèse que l'historien aura écrit ces pages en vue d'une autre continuation du Petit Thalamus, on doit convenir qu'elles seraient susceptibles d'y suppléer 4. Enfin c'est seulement en 1598 que fut inauguré

1 Archives de la Ville de Montpellier, Inventaires et documents , publiés par Jos. Berthelé. t. III, p. 3, n° 11.

2 Voir p. 14.

3 M. Emile Bonnet a publié ces Annales et Mémoires de la ville de Montpellier par Pierre Serres dans X Annuaire de l'Hérault des années 1905 à 1910. Les Mémoires de Philippi s'y trouvent à Tannée 1906 (pp. 29, 34, 38, 39-42,.

4 Je ne saurais abandonner cette étude sur Philippi et le Petit Thalamus sans relever l'assertion selon laquelle le président Jean Philippi aurait vu un exemplaire du Thalamus dans les « Archives du Roy », et s'en serait servi, concurremment avec l'exemplaire municipal, pour les extraits par lui insérés à la suite de la Vie des rois de France (Le Petit Thalamus de Montpellier, Introduction, pp. xliv, xlviii et xlix, note 137). Or, un examen attentif de l'œuvre en question, — contenue dans un volume appartenant alors à M. Eug. Thomas, archiviste de l'Hérault, et aujourd'hui à la Société Archéologique de Montpellier (Emile Bonnet, Catalogue des manuscrits, p. 12, n° 24), — démontre :

1° Que son attribution à un « M'' Philippy » est erronée. La dernière mention du volume est du 29 juin 1622, et Jean Philippi estmort en février 1604. D'autre part, l'auteur rapporte ceci : « Sur le récit d'un tel fait (l'exécution d'un grenadin le 23 mai 1615) etc. mon Père raconta une his-

Le second Petit Thalamus, dit aujourd'hui Talamus historique : or il est curieux de remarquer que précisément cette année-là le premier consul Daniel Pascal est le neveu du président Philippi.

Gomme l'autre, ce Thalamus renferme chaque année le nom des Consuls. Mais, de 1598 à 1622, le nombre des années est réduit à quatre, et le registre demeure muet sur la vie mouvementée de la ville pendant cette période. La compilation de quelques procès-verbaux et de lettres émanées de divers personnages ne constitue plus, en effet, une chronique. Je n'ai donc à en reproduire que les mentions relatives au Synode général des églises réformées de France tenu à Montpellier en 1598 et à la publication de l'Edit de Nantes. Vraisemblablement le rédacteur de la première est le ministre Jean Gigord. modérateur du Synode et personnage alors fort en vue ; celui delà seconde, simplement le greffier Fesquet.

Gomme supplément à la Chronique municipale, je publie les listes des Consuls de 1575 à 1622 *; car elles sont susceptibles d'aider à comprendre l'histoire d'une époque où l'accaparement du pouvoir fut l'objectif des partis en présence et en lutte.

toire de son temps ». Cet auteur n'est donc pas davantage et pour le même motif le fils de Jean Philippi, Louis. Pareille attribution ne reposait que sur la foi, dans un titre mis postérieurement, d'une mention ajoutée encore après coup à ce titre.

2° Que rien absolument dans l'œuvre n'autorise à penser que l'auteur a connu un exemplaire du Petit Thalamus autre que celui de l'Hôtel de Ville, bien spécifié par lui. « Celluy des Archives du Roy» est donc, en l'espèce, un pur mythe. Il est probable que le personnage qui l'a mentionné, aura visé plutôt l'exemplaire de la Bibliothèque du Roi. Mais d'Aigrefeuille (t. 1er, p. 352) s'est laissé prendre à l'assertion, car il dit : (( Notre Talamus rapporte fort au long pour cette année 1614 l'histoire d'un Grenadin », etc.; et il place l'exécution en avril 1614.

1 Voir Documents, à la date de 1575-1622.

[chronique]

1560 Noms des Consuls. — Troubles dans le royaume. — Introduction

des ministres à Montpellier. — Répression des prolestants par Villars. — Etats généraux d'Orléans et mort de François II.

1561 Noms des Consuls. — Etats de Languedoc à Montpellier. — Reprise

du culte calviniste. — Colloque de Poissy. — Saisie de l'église N.-D. des Tables par les protestants. — Siège et prise de la cathédrale Saint-Pierre par les mêmes. — Pillage des églises de la ville et des faubourgs. — Faits analogues dans la province. — Effets différents de l'édit de janvier I562{ à Montpellier et ailleurs.

1562 Noms des Consuls. — La guerre civile éclate en France. — En

Languedoc, les catholiques abandonnent les villes réformées, dont Montpellier, ou y abjurent. — Hostilités dans la région. — Siège inutile de Montpellier par Joyeuse. — Ruine des faubourgs par les protestants assiégés; énumération des églises et couvents qu'ils renfermaient. — Bataille de Saint-Gilles. — Guerre en France et en Languedoc.

1563 Noms des Consuls. — A l'annonce de la paix, les protestants rui-

nent l'intérieur des églises urbaines et prennent les cloches. — Etats particuliers des réformés à Montpellier. — Publication de l'édit d'Amboise. — Entrée de Damville, qui ramène les ecclésiastiques. — Il pacifie la ville.

1564 Noms des Consuls. — Les officiers admis au Consulat. — Chan-

gement du début de l'année civile. — Entrée de Charles IX.

1565 Noms des Consuls. — La ville en paix.

1566 Noms des Consuls. — Absence d'événements.

1567 Noms des Consuls. — Prise d'armes générale des religionnaires le

28 septembre. — Les catholiques de Montpellier, retirés dans le

1 Malgré leur date, ces événements sont relatés sous celle de 1561, l'année consulaire allant du 25 mars au 24 mars.

fort Saint-Pierre ou Cathédrale, y sont assiégés. — Démonstration des troupes des deux partis autour de la ville. — Reddition du fort Saint-Pierre ; pillage et ruine de l'église. — Bataille de Saint-Denis en France.

1568 Noms des Consuls. — Créa lion anticipée des Consuls par les reli-

gionnaires. — Venue de d'Assier à Montpellier et nonce/les de la paix. — Ruine des églises urbaines; leur énumêration. — Publication de la paix de Longjumeau. — La Crouzette, lieutenant de Damville, remet la ville sous l'obéissance du roi et plus de 1 200 protestants la quittent sans être inquiétés. — Venue de Joyeuse, qui ramène les ecclésiastiques et les catholiques. — Cessation du culte calviniste. — Guerre localisée en Guyenne. — Edit du 25 septembre 1568.

1569 Noms des Consuls. — Réjouissances pour la victoire de Jarnac. —

Retour de Damville et de Joyeuse en Languedoc. — Prise de Mauguio par les religionnaires . — Leur conspiration contre Montpellier découverte. — Victoire de Moncontour. — Surprise de Nimes pur les protestants.

1570 Noms des Consuls. — La guerre en Quercy, Guyenne, Languedoc. —

L'armée des princes pusse devant Montpellier. — Seconde ruine des faubourgs par les Montpelliérains. — Damville poursuit les "princes jusqu'à Lune/. — Grande disette. — Publication de la paix de Saint-Germain. — Damville ramène à Montpellier les protestants, qui célèbrent leur culte èi Saint-Jean de Védas. — Mariage de Charles IX.

1571 Noms des Consuls. — Commissaires pour l'exécution de l'édit à

Montpellier. — Etats de Languedoc dans cette ville. — Grande disette durant l'hiver de 157 1-1572.

1572 Noms des Consuls. — François des Ursières, gouverneur de Mont-

pellier pour les armes, et Bellièvre, surintendant à la justice. — Bannissement des plus compromis des deux partis. — Mariage du prince de Navarre, attentat sur l'amiral Coligny, la Saint-Barthélémy. — Son contrecoup ii Montpellier. — Etals de Languedoc à Montpellier.

1573 Noms des Consuls. — Siège de La Rochelle. — Naissance de la

princesse Marie. — - Siège et prise de Sommier es par Damville. — Hostilités dans la région. — Paix de La Rochelle, élection du duc d'Anjou comme roi de Pologne. — Trêves en Languedoc. — Conspiration protestante découverte et punie à Montpellier. — Grosse cloche mise à N.-D. des Tables.

1574 Etats de Languedoc à Montpellier. — Nomination des Consuls par

Damville. — Leurs noms. — Montre générale des habitants.

1580 Surprise de Montpellier par le capitaine La Bernardière. — Peste.

— La Bernardière et ses partisans chassés.

1581 Chute du clocher et de l'aiguille de N.-D. des Tables.

1598 Synode national des églises réformées de France tenu à Montpellier.

1000 Vérification de VEdit de Nantes au Parlement de Toulouse et sa publication au Présidial de Montpellier.

1560 L'an mil cinq cens soixante feurent consulz:

Noble Guillaume de Chaume, seigneur de Poussai) ;

Sire Domergue Baron, borgeois ;

Me Estienne Clericy, bachellier ez droictz ;

Jehan Myot, merchant ;

Benoict Vidal, blancbier ;

Pierre Bonassier, masson.

Geste année commencèrent en ce royaulme ces tant grandz troubles pernicieux de guerres civiles pour le faict de la Relligion, assavoir que les lutburiens, hérétiques par leurs oppignions, c' d estant retranchés de la foy, croyance et hobeyssance de l'esglise catholicque romayne et. de nostre sainct père le pape, et lesquelz au paravant on solloict punir de mort, c'esleverent et magniffesterent tout ouvertement en plusieurs villes et lieux de ced. royaulme, faysani assamblées et en icelles prescher leurs prédicateurs dictz ministres, si2 que pour la multitude fallut l'endurer.

Mesmes a Montpellier feurent introduictz lesd. ministres au mois de juillet dud. an, soy disant eulxla relligion redonnée et nommés par les catholicques huguenotz ou de la nouvelle relligion.

Au mois d'octobre ensuyvant, feust parle roy envoyé en ce pays monsieur le conte de Villar, lieuctenant gênerai du roy, qui teint3 les Estatz a Beaucaire, et apprcs, faicte levée de gens de guerre, s'en vint a Montpellier, ou myt en garnison, la reduysant en forme de ville frontière et de garde. Et ainsi y cessa l'excercisse de lad.

1 Antoine Quarante, on le remarquera, orthographie souvent se par ce et vice versa. Je n'ai pas cru nécessaire de le corriger, le sens ne prêtant guère à confusion.

5 Ms. : cy. — Les éditeurs ont mis ce, qui fait contresens.

3 Ms. : tient.

1560 relligion, et lad. ville, que soulloict estre libre, aisée et de tout plaisir, fusl des lors, et pour longues années suyvantz, asservie.

Led. seigneur comte, ung mardy dix neufviesme de novembre ensuivant, commanda estre faicte grand procession generalle, partant de l'esglise Sainct Pierre, en laquelle acistoient grand multitude de peuple. Faicte pose au devant du Consollat, il fist fere par me Pierre de la Coste, juge mage de lad. ville, une grand remonstrance au peuple, pour demeurer loyaulx et hobeyssantz a Sa Magesté, a quoy feust par le peuple consanti par grandz acclamations, criantz : Vive le Roy ! Ce faiet, de Montpellier s'en alla led. seigneur comte devers les Cevenes, ou estoict la source et faulteurs principaulx desd. hugueno tz.

Au mois de décembre, le roy, pour provoir aulx comencementz de ses troubles, [assembla] les Estatz generaulx du royaulme en la ville d'Orléans, ou, icceulx estatz tenantz, deceda le cinquiesme dud. moys. appres avoir régné envyron quinze mois, layssant pour successeur en la couronne monseigneur le duc d'Orléans, son frère, dict Charles neufviesme, eagé de unze ans seullement, dont y eust grandz changementz au royaulme.

1561 L'an mil cinq cens soixante ung feurent consulz :

Monsieur m° Jacques David, docteur ez droictz, conseigneur de Montferrier ;

Sire Anthoine Hue, meirhant drappier ;

Sire Gaspard Mariotte, especiaire ;

Sire Jehan Rey, appoticaire ;

Anthoine Boyer, bochier ;

Jehan Vales, laboureur.

Sur la fin de mars dud. an, feurent tenuz dez Estatz particulliers du pays de Languedoc a Montpellier, soubz monsieur le viscomte de Joyeuse, lieuctenant gênerai du roy parla cession du sieur comte de Yillars.

Appres Pasques aud. an, feust remis en lad. ville l'exercisse de la nouvelle relligion ouvertement, preschantz les ministres publicquement ez maysons privées, sans contredict, et, d'autre part, les prescheurs catholicques ez esglises, avec grand émulation du peuple d'ung cousté et d'aultre, nonobstant que, par edict du mois de

1561 juillet, publié a Montpellier le trentiesme d'aoust, feusl prohibée lad. novelle relligion.

Au mois de septembre ensuyvant, a Poyssi lez Paris, feust par permission du roy tenu concilie nationnal et faict colloque d'entre les prelatz catholicques de France et certains ministres de lad. novelle relligion, de laquelle assamblée ne sortyct aulcune resollution.

Cependant, a Montpellier, les huguenotz, estantz les plus fortz, ce saizirent de Fesglise Nre. Dame de Tables, et y comenserent l fere prescber. Et, quant a l'aultel et plusieurs beaulx meubles d'argenterie que y avoyt en lad. esglise, feurent mis par inventaire ez mains des Consulz.

Ce voyant, messieurs de l'esglise cathedralle Sainct Pierre mirent gens de guerre dans led. lieu, et ce retirèrent la plus part d'eulx et aullres du clergé de la ville, dont les huguenotz de lad. ville prindrenl les armes, et. assiégeant/, led. lieu, fînablemenl, ung lundy vingtiesme d'octobre, y entrèrent par force, et tuarent le gardien des Cordelliers, cy estant retiré, et 30 ou 40 aultres personnes, chanoynes ou aultres. Et heussent pis faict, ne feust le secours d'aulcungz des principaulx de lad. relligion y occurés pour occuper et empescher l'effort de ce peuple. Lequel neaulmoings ce mict a piller toute la mayson, mectre bas les aultelz, et ruyna tout le dedans de l'esglise 2 et garnie, et, sans leurs chef/., heussent forcé la sacrestie, ou estoict le trezor, relicquiaires, joyaulx et ornementz de l'esglise, dez plus beaulx et riches du pais. Mays lesd. chefz et principaulx susd. l'empêchèrent pour l'heure, jacoyt qu'ils ce firent bailler lez clefz ; et enfin tout leur demeura.

De ce pas, led. peuple s'en coureut par toutes les esglises, couvents et chappelles qu'il y avoict en lad. ville, tant dehors que dedans, d'envyron soixante ; et, y entrans par force, ruynerent et mirent bas tous les aultelz, images, chappelles, treilhes de fer, victres, libres dez libraries et du service divin, el lanl de beaulx seppulcres et monumentz eslevés qu'il y avoict, pillant/, tout ce qu'ilz y pouvoient attaindre. Et heussent tout bruslé et thué : moynes, relligieux et prebtres, dont en y avoict grand nombre en lad. ville, n'eussent esté empêchés par les consulz, noblesse et aultres

1 Ms. : comenser.

~2 Ici un ou deux mots effacés par le temps.

CHRONIQUE DU PETIT THALAMUS '2'2i

15G1 des principaulx d'entre eulx et de lad. relligion, qui firent saulver cesd. personnes ecclésiastiques et fermer lez portes dezconventz et esglises. Quelcungz neaulmoingz y feurent attrappés. Et ainsi, en ce jour vingtiesme d'octobre 1561, cessa en lad. ville l'exercisse total de la relligion et esglise catholicque roinayne, et comenserent les huguenotz demeurer en la ville, sans aultrement oiïencer lez catholicques, officiers et aultres.

De mesmes que a Montpellier fust exploicté a Nismes, Lunel, Ginhac et aultres endroictz du pays, voyre du royaulme, sans que personne s'opposast, continuant tousiours ce peuple ruyner quelque ediffîce ecclésiastique et faire plusieurs aultres insollances.

Au commancement de febrier suyvant aud. an, prins a l'Incarnation, feust publié aultre edict du roy faict en janvier précèdent, de mesme soubstance que les lettres publiées auparavant, fors qu'il estoict prohibé aulx ministres prescher dans les villes. Par quoy a Montpellier ce mirent a prescher dans le fossé de la porte de Lattes, a main droicte en sortant.

En vertu duquel edict, comme permisif de lad. novelle relligion, a Tholose, Carcassonne et aultres villes du pays, vollurent les huguenotz introduire leur relligion, dont s'en ensuyvoient beaulcoup de maulx et incontinant, comme aussi a Paris, Lyon et aultres endroictz du royaulme.

loG2 L'an mil cinq cens soixante deux feurent consulz de lad. novelle relligion :

Monsieur m" Jehan Martinis, docteur ez droictz ;

Sire François Maigret ;

Jehan Pons ;

Gualhardet Yerchant, merchanlz;

Andrieu Verdier, campanier ;

Henry le Long, jardinier.

Ceste année commença en ce royaulme celle tant sanguynolente et pernicieuse guerre ci ville pour le faict de la relligion, d'aultant que, c'estantz ceulx de lad. relligion novelle, par l'edict de janvier naguieres mentionné, li'centiés fere prescher partout hors des villes, s'en ensuyvoient plusieurs desordres, tumultes et séditions, tellement (pie, pour l'infraction d'icelluy edict, prethandue ou possible, pour de particullieres affections d'entre les grandz de ce royaulme,

1562 tenantz les ungz pour le roy et Esglise catholicque, les aultres, contraires, pour lad. novelle relligion, s'esmeut ceste guerre, le roy estant encores en son adolessance. Et print la protection et ce randist chef de ceulxde lad. relligion monsieur Loys de Borbon, prince de Condé, frère du roy de Navarre, prince du sang, acompaigné du seigneur de Chastillon, admirai de France, et aultres plusieurs sei~ gneurs et gentilzhomes, inpatronisans dez villes de Roen, Lion, Orléans et aultres en France.

En Languedoc, la guerre ainsi ouverte, le seigneur d'Acier, frère du seigneur comte de Crussol et d'Uzes, y vint pour chef et gênerai de lad. relligion au mois de may dud. an. Pour laquelle feurent non seullement Montpellier , mays Beziers, Nismes, Uzes, Agde, Beaucaire et plusieurs autres villes. Les catholicques, officiers et aultres, le mieulx qu'ung chacung peult, vuiderent desd. villes, ce retirentz ez lieux de l'hobeyssance du roy. Les aultres, qu'estoient la plus part retenuz, feurent constrainctz ce comporter et acomoder au temps. Et lesd. de la relligion comencerent ainsi faire corps et ligue a part, tenantz estatz du pays séparément, consulz faisantz impouser deniers et toutes aultres chouses appertenantz a peuple libre, démocratie et administration popullaire, quoi qu 'ilz heussent esleuz dez seigneurs pour conduyre la guerre.

Au moys de juillet, monsr de Joyeuse, lieuctenant pour le roy, levé armée et prend Montaignac d'assault. Le s1" d'Accier, l'estant allé trouver près Pezenas, est i rompu, et la ville de Pezenas reprinse par led. sieur de Joyeuse, et aussi celle de Gignac.

Au commencement du mois de septembre suyvant, l'armée dud. seigneur de Joyeuse marcha devers Montpellier, et ce campa dans le cloz de Lattez et du mas d'Encivade. Ledit seigneur d'Acier, estant dans Montpellier avec les forces tant a cheval que a pied, que luy estoient venuz dez pays de Daulphiné et Provence, ce traict aux champs aussi, et ce campe entre la ville et Lattez, et au lieu dict au mas de Boysson, ou, appres avoir escarmoché souvent et perdu d'ung cousté d'aultre et lâché force coups de canon les ungz contre lez aultres, envyron le comencement d'octobre, ses deux camps ce levèrent sans autre exploict, sinon la ruyne totalle du plus beau que

1 Ms. : en.

1562 y eusta Montpellier, qu'estoient les faulx bourgz, conventz, esglises et jardinaiges, que le tout, pour la venue du camp dud. sieur de Joyeuse et craincte d'ung siège, feust soubdainement ruyné et demolly jusques a fleur de terre les aulcungz, tant par le feu que sappe et a la main, non seullement a la distraction et appovrissement de plusieurs bons habitant/, mays a la déformation de la ville, pour la ruynedesd. ediffîces, que, pour mémoire de leurs antiens fondateurs et de la postérité, ne sera hors de propos icy mentionner 4.

Car il y avoict premièrement quatre conventz dez mendiant/ dez plus beaux, espacieux et mieulx bastis de France, soict en esglises, maysonnaiges et clos : c'est des Jaccopins, au bout dez faulx bourgz Sainct Guillem, chemin de Ginhac ; dez Cordelliers, au chemin de Lattez; des Augustins, aulx faulx bourgz Sainct Gilles, chemin de Nimes ; des Carmes, au devant la porte dez Carmes. Plus y avoict, aulx faulx bourgz Sainct Guillem, ung monastère de Bernardines, nommé Valmagne; aultre de dames religieuses de Prolhan, dictes de Sainct Guillem ; la auprès, une chappelle, dicte la Magdalene. Hors la porte et faulx bourgz de la Sonerie, près lad. porte, a main droicte en sortant, ung convent des relligieuses recluses de la Petite Observance ; de l'aultre costé, une esglise de Sainct George, aultre de Sainct Thomas; plus avant, au bout dez faulx bourgz, a main gauche venant de la ville, une belle esglise et colliege secullier, dict de Sainct Saulveur ; au devant, ung hospital dict de Saincte Marthe. Hors tous les faulx bourgz et murailhe de la palissade, le Grand Sainct Jehan, esglise et beau massonnaige appertenant aux Chivalliers de Sainct Jehan de Hierusallem ou de Malthe ; plus avant, au chemin de Villeneufve, ung convent de relligieuses noires, dictes de Paradis ; sus, Sainct Martin de Prune t, la hault, allant aud. Villeneufve, au grand chemin de Be/.iers; et, de chesque costé du grand cemictiere dict le Carnier, une esglise, nommée2 l'une et la 3 prochaine dud. chemin Sainct Barthélémy, l'aultre Sainct Claude. A la porte de Lattez, lhospital Sainct Elloy, ou ne feust rien touché. D'entre la porte de Montpillieyret et icelle de Sainct Denys, du long de la dogue, une petite chappelle, dicte de Nie. Dame de Bonnes

1 Ms. : mentionnés.

2 Ms. : nommé.

3 Ms. : le.

1562 Novelles. A l'hiere et porte Sainct Denis, l'esglise et parroisse Sainct Denys, avec l'habitation dez prebtres. La bas, aulx faulx bourgz Sainct Gille, la commanderie et hospital Sainct Esprit, Sainct Martial; plus avant, devant les Augustins, le convent Saint Maur ou de la Trinité. D'entre les faulx bourgz Sainct Gille et la Blanquerie, au delà du Merdansson, la commanderie Sainct Anthoine. D'entre les portes de la Blanquerie et dez Carmes, sur le Merdansson, près la dogue, ung beau hospital de la peste. Appres les Carmes, plus hault, au chemin de Grabelz, l'esglize Sainct Cosme. Hors la porte du Peyron et faulx bourgz Sainct Jaunie, l'esglise et hospital Sainct Jaunie. Plus hault, ez hieres dictes de Saincte Eulalye, le convent de Saincte Eulalie ou de la Mercy, et, joignant led. convent, une belle haulte tour carrée, ou estoict la cloche de l'Université dez Loix. Que sont vingt sept convents, esglises ou ediffices publiez. Soubz, troys belles grandz salles dez estudes dez droitz pour lire, qu'il y avoict d'entre la porte du Peyron et le convent Sainct Eulalie ; et, la hault, près led. Sainct Eulalie, une aultre grand salle, ou jadis soloient lire lez moines Sainct Germain. Et, du cousté de la porte dez Carmes, a deux cens pas, ung beau chasteau et clos dict Boutonnet, au chemin de Montferrier. Chose que ceste ruyne de fort pitieuse memoyre, sans la perte dez maisons et jardinaiges des particulliers, en grand nombre a l'enlour de lad. ville. A mesme ruyne et disposition feurent mis aussi toutz les esglises, oratoyres et croix estantz ez champs par le pays.

Ne fault obmectre que, estant led. camps a Lattes, le seigneur de Sommerive, lieuctenant du roy en Provence, s'en venant avec grande force pour ce joindre avec l'armée de Lattez, feust surprins au lieu de Sainct Gilles, au deçà du Rosne, par les huguenotz, tellement que, a peyne c'estant il sauvé avec dez principaulx, toute l'infanterie feust mise en piecces. Mays lesd. huguenotz, appres cest exploict, s'en retornantz a Montpellier, guettés a poinct par la cavallerie du camp de Lattez, ez Areniers près Castelnau, payarent bien ce deffault, en ayant esté plusieurs deffaietz.

Passantz ainsi les chouses en Languedoc, en France, appres [que] par le roy auroyt esté prinse d'assault sur les huguenotz la ville de Roen, ou feust tué le roy de Navarre, tenant le party du roy, feust donnée, près Dreux en Normandie, le dixiesme décembre aud. an,

1562 celle sanglante bataille civille d'entre l'armée catholicque du roy, absant, et ceulx de lad. relligion, conduictz par le prince de Comdé, en laquelle, d'ung cousté et d'aultre, y eust grand perte et occizion d'hommes, jusques a quinze mil, toutz Francoys, mesmes de la noblesse, et beaucoup de prisonniers. Entre aultres, dez catbolicques feust prins monsieur le duc de Montmorency, conestable de France, et des buguenotz leur chef, le prince de Comdé, neaulmoingz demeurant le camp aulx catholicques.

En Languedoc, y eust aussi quelques rencontres dez ungz contre lez aultres durant ceste année.

1563 L'an mil cinq cens soixante troys feurent consulz de lad. relligion :

Noble Pierre de Combes, seigneur de Combas ;

Sire Pierre Moysset, merchant;

Sire Francoys Rey ;

Guyrauld Rat ;

Jehan Mallefosse ;

Et Jehan Roqueplan, fustier.

Au moys d'apvril ensuyvant, vindrent novelles qu'en France le roy avoict accordée la paix, et de ce y avoyt edict faict a Amboise le dix neufvieme de mars précédant, comptant a l'Incarnation et mode de France mvclxii, par lequel, comme fust porté, entre aultres chouses, qu'il falloict randre auxecclesiasticques leurs temples et maysons, ceulx de lad. relligion commencèrent de rompre et démolir ce que restoict de entier au dedans desd. temples et esglises estantz dans la ville presque aultant que dehors, n'y laissantz que les corps vuydes, fenestres ouvertes, et aussi mirent en piecces toutes les cloches, dont, en y avoyt aud. Montpellier grand quantité et dez plus belles du pays, mesmes a Sainct Pierre et Nre. Dame, s'appropriant les mectaulx et matière de grandissime valleur, et n'en laysserent qu'une a Nre. Dame, qu'estoict la grosse, appertenant a la ville.

Au commencement de may feurent a Montpellier lenuz les Estatz de la relligion soubz nions1' le comte de Crussol et Tonerre, par eulx pieca esleu protecteur du pays. Laquelle assamblée tenant, le seigneur de Gaylus en Rouergue, gentilhomme de la Chambre du roy Soc. Arch. de Montpellier. 15

1563 et par Sa Magesté délégué, y vint, apportant l'eedict susd. de la paix du mois de mars, que feust publié a Montpellier solennement par les carrefours et court du gouvernement le doulziesme jour dud. mois de may, etconsecquemment en appres ez aultres villes du pays, contenant icelluy edict plusieurs chefz, entre aultres que, remis les ecclesiasticques en leurs lieux et biens et ung chascung aussi en ses estaz, le roy permectoict lad. novelle relligion et public exercisse d'icelle en toutz les villes et lieux par eulx tenuz en ce royaulme le septième dud. mois de mars, dans les villes horsdez temples catholicques et lieux publicques, et encores ez faulx bourgz d'une ville non tenue en chesque seneschaucée, bailliage et juridiction ressortissant sans moien aulx courtz de Parlement.

Appres laquelle publication cessa toute hostillité, et feust ouvert le comerce dez ungz aux aultres, et non que aultre exécution y eust dud. edict d'ung cousté ny d'autre, fors la cessation des armes, jusques au moys de septambre ensuyvant, que Monseigneur de Dampville, filz dud. seigneur de Montmorency, connestable de France, par la résignation de sond. père faict gouverneur et lieuctenant gênerai pour le roy en Languedoc, vint, par le cartier de Tholose, acompaigné de grand noblesse et gendarmerie, pour remectre toutes chouses en l'estat de pacification suyvanl l'eedict.

Et, appres avoir arresté quelque moys despuys Tbolose en ca, fîst led. seigneur sa novelle entrée a Montpellier ung mardy neufvieme de novembre, fort haultement, acompaigné tant de gens de guerre a cheval et a pied que aultre suyte ; et luy feust, par ceulv de lad. relligion, faicte solempne et royalle entrée par la porte de la Sonerie, toutz les Courtz dez Aydez, du Presidial, Consulz et aultres officiers en leurs habitz publiez isseux au devant le salluer, l'artilberie hors la ville tirant. Et luy feust, a l'entrée, par les Consulz présenté ung pavillon de vellours cramoysi rouge, armoyé de ses armoyries et de ses coulleurs : incarnat et blanc, soubz le(juel il ne vollust entrer. Et estoient les rues tendues de tappisserie de lad. porte jusques a l'houstel ou la Court dez Aydez solloict tenir. En appres, en son lotgis et aultres lieux publicques, dressés tableaux avec des eppigrammes grecz, latin et francoys, conformes au temps, et faict présent d'une belle coppe d'argent, faicte en bosse, dourée, de grand valleur, avec six piecces d'or, chacune poysant cinquante escutz,

1563 expressément fabricquées , ayant empranctes , de l'une face, les armoyries dud. seigneur, escartellées de Savoye et de Montmorency, et ses motz escriptz a l'entour : Virtuti Henricy Montmorantii piiss. P. public o provincialium su/fragio eterne memorie causa; de l'autre costé, ces motz : Henrico Montmorantio Dampvilleo, M. Anne Montmorentii Gai. prefec. milit. F. Narb. provincie proregi P. R. P. cui Monspe. Mi adventum gratullata D. D., et au dessoubz l'armoyrie de la ville.

Avec led. seigneur, en sond. novel advenement, reviendrent en la ville mons1' l'evesque de Montpellier, messire Guillaume Pellissier, avec le clergé, moynes, mendiants1 et religieux, qui a son entrée ce trouvèrent prossessionnellement avec les croix, chantantz le Te Deum 2 laudamus. Et lendemain feust célébrée une grand messe en l'esglise Nostre Dame, et de ceste façon restablie la relligion catholicque romayne en lad. ville, et les mendiantz, relligieux et nonnains loutgés dedans, diversement, par les esglises, ca et la.

Pareilhement a ceulx de lad. novelle relligion feurent permis deux lieux de maysons privées, pour 1ère leur exercisse.

En appres, led. seigneur, layssée garnison en la ville avec ung gouverneur, continua son chemin devers Nismes et Sainct Esprit, sans aulcune chouse changer des administrateurs de la pollice et consulz.

Au moys de décembre, repassa led. segneur de Dampville par Montpellier, s'en alla tenir les Eslatz du pays en la ville de Narbonne.

1564 L'an mil cinq cens soixante quatre feurent faietz consulz catholicques :

Mons1' me Pierre Convers, me en la Chambre dez Comptez;

Sire Francoys Colombier, borgeois ;

Me Claude Junin 3, banquier ;

Estienne Guyson, dit Rouzon ;

Estienne Viguier ;

Anthoine Serre, dict Montaignette.

En ceste année, fust comencé d'eslire en consulz les officiers du

1 Le scribe a répété ici le mot moynes ; je pense, vu le passage suivant, que Philippi avait écrit : mendiants.

- Ms, : le duum.

■■ Ms. : Janin.

156i Roy, voyre dez Courtz souveraynes, contre les edictz generaulx sur ce faictz, et ce pour la rareté et faulte d'autres habit ans catholicques, gentz de equallité pour tenir le ranc de premier, y procédant la ville ainsi par mandement du roy et de ses lieuclenants pour la raison prochaine. Icelle année fust faicte l'ordonnance du Roy que doresenavant n'y avoyt deux façons de compter les années, c'est a la Nativité et a l'Incarnation, pour infinis doubtes qu'en sortoient, mays une seulle, a la Nativité prinse dez premiers jours du mois de janvier. En ceste année fust partout, mesures a Montpellier, vescu paysiblement avec deux relligions.

Le roy Charles neufvieme, parti de Paris avec sa Court, entreprint viziter son royaulme. Et, s'achemynant par deçà, peragré le pays de Lyonnoys, Daulphiné et Provence, passa en Languedoc ; et vint a Montpellier, y faysant sa première entrée, ung dimanche dix septième du mois de décembre, estant ledit seigneur de l'eage de tretze ans ou envyron, acompaigné de la Royne, sa mère, et nombre grand de cardinaulx, princes et seigneurs, entre aultres du prince de Navarre, de la novelle religion, filz de la Royne de Navarre, vefve, presque pareilh de aige au Roy, de monsr le conestable de Montmorency et nions1- Dampville, son filz, gouverneur du pays, naguieres faict mareschal de France.

Avant l'entrée dud. seigneur en la ville, que feust par la porte Sainct Gilly, luy feust dressé, au jardrin du seigneur de Villeneufve, gouverneur de Montpellier, une grand lotge ou reppousoir, richement tapissé, ou toutz les estatz de la ville l'allarent saluer et faire la révérence et hobeyssance. D'illec ce achemynantz tretoutz, scellon leur ranc et ordre, au devant du roy, a cheval, les plus dignes estantz les derniers et plus proches de Sa Magesté, comme les universités de médecine, du droict, le Siège presidial et du Gouvernement, la Chambre dez Comptes et Court dez Àydez, la dernière, vesteue d'escarlate, toutz en belle ordonnance. Appres venoient la mayson du roy, sa garde, ses trompetes et clairons, le grand escuyer, l'espée ranchée, et sa parsonne soubz ung pavalhon de vellours cra moisin rouge, couvert de riche broderie d'argent, pourté parles six consulz estantz a pied, teste nue, suyvy en appres led. seigneur par plusieurs cardinaulx, princes et grandz seigneurs. Despuis lad. porte Sainct Gille, passant par la rue de la Guillerie, la Lotge et

1564 Consollat, jusques au lotgïs dud. seigneur, ordonné en la mayson dicte de Boutonet, assize a la Pierre, estoient les rues richement tappissées et couvertes de thoilhes pardessus. Et sur l'entrée, au lieu dict la Poincte, a l'arc Sainct Nicholas, a la Lotge, au Consolât et a la Pierre, dressez de charpenterie divers arcz triumphaulz, portaulx et piramides, enrichis de plusieurs pinctures, figures, représentations en hosse ettahleaulx de diverse invention, accompaignés de plusieurs vers et eppigrammes grecz, latins et francoys. Et feust pour présent donné au Roy ung ymage de roy, mays sans sceptre1, tenant ung pied en terre et autre en mer, tout d'or massif, de la valleur de mil escutz, et a la Royne une montaigne d'or, complantée d'olliviers et d'orengiers, très beau, de valleur de cinq centz ecutz. Led. seigneur, ayant demeuré aud. Montpellier jusques au dernier jour dud. décembre, s'en partist, prenant son chemin devers Tholose. Bordeaulx et Bayonne, ou la Royne d'Espaigne, sa seur, le vint trouver et visiter.

1565 L'an mil cinq cens soixante cinq feurent consulz calholicques : Monsr me Jehan de Lauzelergue, sr de Candilhargues, conseiller

du Roy et gênerai en la Court dez Aydez ;

Sire Guillaume Gaulceran, merchant;

Sire Pierre Verchant, aussi merchant ;

Symond Gailhard ;

Me Guillaulme Laultier, chirurgien ;

Pierre Marsal.

En ceste année, n'y eus! autre chouse, vivantz les deux relliginns paciffîquement, tousjours garnison en la ville, mesmes dans Sainct Pierre, qu'on nommoit le fort ou château, messieurs du Chappitre et esglise cathedralle tenantz l'esglise seullement pour fere le service, ou avoient remis quelque cloche.

1566 L'an mil cinq cens soixante six feurent créés consulz calholicques :

Noble Michel de Pluviers, sr de Paulhan ; Me Barthélémy de la Vigne, licencié ez loix ; Sire Laurens Coste, merchant ;

1 Ms. : sert sceple.

1566 André Rafînesque ; Anthoine Seguin dit Vinsson ; Jacques de l'Hostal.

Rien n'y eust icelle année.

1567 L'an mil cinq cens soixante sept t'eurent consulz catholicques : Monsr me Anthoine du Robin, docteur ez droictz et juge ordinaire

en la viguerie de Montpellier ;

Monsr me Michel de Ronnefoux, docteur ez droictz ;

Me Jehan Perdrix, chirurgien ;

Thomas Alard, merchant ;

Benoict Tailhand ;

Jehan Egallenc, laboureur.

Vivant ainsin le peuple en ce royaulme en ses deux relligions asses paysiblement, saulf quelque jallousie de ceulx de la novelle relligion, pour n'avoir encores esté receuz en consulz dez villes et charges politicques, quoy que souvant y eussent taché, ou autrement que ainsi pleust a Dieu affliger de rechef ce pouvre royaulme, ce levarent en armes ceulx de lad. relligion partout, presque toutz a ung poinct et jour nommé, veilhe Sainct Michel, vingt huitième de septembre aud. an, scavoir est monsr le prince de Condé, l'admirai et autres leurs partyzans en la Court du Roy, estant a Meaulx, si que a grand difficulté led. seigneur feust saulvé dans Paris.

En Languedoc, a Montpellier, Nismes, Uzes, Saint Esprit, Castres, Lavaur1 et aultres bons lieux, de mesmes, inpatronisans des villes, chassantz le clergé, que feust a Montpellier le dernier jour dud. septembre.

Et, c'estants les soldatz de la garnison de la ville, consulz et autres notables personnaiges, plusieurs catholiques, a grand haste retirés et saulvés dans le fort Sainct Pierre, et retranchés dans la rue et bourg des Carmes le mieulx qu'avoient peu, et mis dans led. fort grand chevance et coffres ramplis de grand richesse, les autres catholicques demeurés en leurs maysons a la mercy du temps, au comencement d'octobre, le seigneur d'Accier, frère de monsr le comte de Crussol -, n'a guieres faict duc d'Uzes, vint a Montpellier,

1 Ms. : Lavaulx.

2 Ms. : Cristol.

1567 avec grandz forces a cheval et a pied, et pareillhe auclhorité de commandement sur ceulx de lad. relligion par tout le pais que ez premiers troubles; et assiega très estroictement led. fort, tant au par dedans la ville que dehors, l'enfermant de grandz trenchées de toutz coustés, les bien munyes d'hommes, si d qu'estoict impossible aulx assiégés évader que par combat, par quoy ilz n'estoient pareilhs en nombre aulx huguenotz, quoy que lesd. catholicques assiégés feussent de braves hommes, faisantz plusieurs hardies sallies ordinairement.

Lhors monsr de Joyeuse, estant a Pezenas, dressa promptement dez forces ; et, pour avitailler led. fort ou, possible, recouvrer la ville par l'entrée d'icelluy ou de la porte dez Carmes, que les catholicques tenoyent, combien, cause qu'est dicte, feussent assiégés par le camp dez huguenotz et serrés de bien près sur le bord dez tousses, envoya led. seigneur sad. armée, d'envyron quatre ou cinq cens hommes a cheval et vingt enseignes de gens de pied et certaines piecces de campaigne, soubz la charge du seigneur de Villeneufve, lieuctenant de sa compaignie de gendarmes, que ce présentaient devant la ville et ce vindrent camper près Boutonet, ung sabmedy huitième2 jour de novembre.

A l'opposite, mons1 d'Accier avoit 3 son camp pouzé despuys les thuilleries delà porte dez Carmes jusques a l'entrée Sainct Eulalie, d'envyron vingt a vingt cinq enseignes de gens de pied, sans ceulx qu'estoient en tranchées a l'entour de Sainct Pierre par dedans la ville, despuys Saint Rufz, que les huguenotz avoient gaigné, jusques a la tour estant d'entre la tour dez Carmes et porte de la Blanquerie ; et luy, avec sa cavallerie, en nombre de troys ou quatre cenlz chevaulx, ou avoict grand noblesse de Daulphiné et Provence, c'estoict mis aulx aesles de son camp, près Sainct Cosme,, estant Le ruysseau du Merdansson entre les deux armées.

Lesquelles, ayantz demeuré en ceste ordonnance despuis midy dud. jour jusques envyron le soir, et attaquée cependant quelque

1 M s. : cy

- Ms. : neufvieme. — Cf. Histoire des troubles de Languedoc (Voir p. 118). Or le samedi était le 8 non le 9. ;! Ms. : avoir.

1567 escariîioche, ou de toutz costés y eust dez mortz, les catholicques, approchant la nuit, sans autre entrepiïnse fere, ce retirèrent tout bellement par la d'où estoient venuz, et nions1' d'Accier dans la ville, sans les1 suyvre. Ce jour la, la ville de Montpellier feust en grand effroy et dolleur tant dez catholicques que huguenotz, pour la craincte que, si les catholicques heussent heu du meilleur et fussent entrés par force, estoict faict dez biens dez ungz et dez autres, sans la vie de plusieurs.

Appres ceste retraicte dez catholicques, les assiégés, ce voyantz frustrés de tout secours et leur deffaillir munitions de guerre, et qu'encores les forces des huguenotz estoient augmentées par la venue du seigneur de Cypieres, grand seigneur de Provence, et augmentoient toutz les jours, vindrent a parlementer. Et finablement, le unziesme jour dudit mois de novembre, appres avoir soubstenu le siège envyron six sepmaynes despuys la Saincl Michel fort viollement, ayantz faict mourir dez ennemys plus de deux centz et d'hommes vailhantz et de conséquence, cependant souffranlz beaucoup qu'en fin estoient constrainctz, tant souldatz que aultres habitantz estantz aud. fort et rue dez Carmes, jusques au nombre de quatre ou cinq cens personnes, misérablement vivre et manger la farine sans huille et sel, et dez asnes et clievaulx, composèrent leur reddition avec ses conditions : c'est que les cappitaines et soldatz estrangiers sortiroient, lesd. cappitaines avec leurs armes, les soldatz avec espée et dague ; les habitantz de la ville, portants armes ou non, demeureroient a la voulante et discreption dud. seigneur d'Accier. comme aussi l'artilherie de la ville que y estoit, armes, aultres munitions, coffres et toutz aultres meubles. Et ainsi feust faict. Et, oultre la poppulace de la rue dez Carmes, feurent trouvés dans led. fort messieurs les Consulz de la ville, le premier, second et cinquième dessus nommés, plusieurs chanoynes, prebtres et aultres bons habitantz, desquelz sur la chaude en feurent aulcungz tués, mesmes dez prebtres, les aultres furent dettenuz et mis a rançon, les armes, coffres et meubles plus precieulx retirés par ceulx qui en avoient la charge. L'on ne peult engarder le pillaige du surplus ; et, non seullement de ce qu'estoit dans le

1 Ms. : le.

1567 fort, mays en toute la rue des Carmes, que feust saquagée et pillée, et mis le feu en plusieurs maysons, comme en ville prinse d'assault.

Quand a lad. église et fort de Sainct Pierre, ediffice tant beau, fort, espacieux et bien garny de vittres et treilhes de fer, beaulx couvert/, et canalz de plomb, qu'on avoyt veu au paravant et que l'an soixante deux, a la première prinse, avoict esté esparnhé, incontinant appres la reddition, dans troys jours feust tout .desmeublé, saccagé, demolly etruyné, et une dez grosses tours clochiers ' mise par terre, avec ung cartz de l'esglise et du lotgis, n'y demeurantz que les murailles, et le tout ravy et emporté, sans y estre laissé ung poulcede fer ou de boix. Et ainsi ce tant bel ouvraige de pape, lieu de oraison et ou, par le passé, tant de gens de lettres c'estoient formés a la vertu et service de Dieu, souffrit ceste desollation deux centz troys ans ung mois et demy appres sa première fondation, ut supra fol. lit et 117.

En mesme temps, y eust en France ung dur rencontre et batailhe entre les catbolicques, cbef Monsr de Montmorency, connestable de France, et les huguenot/, conduicts par le prince de Comdé et admirai de Chastillon, que feust le dixième de novembre, veilhe Sainct Martin, entre Paris et Sainct Denys, ou ledit seigneur conestable feust blessé, et de ce coup, quelques jours appres, decceda dans Paris, le Roy y estant, et ledict prince a Sainct Denys en France.

1568 L'an mil cinq cens soixante huict ceulx de lad. relligion, maistrisans en la ville, voyant/ n'y avoir poinct de consulz administrans le public, et sans attandre le temps ordonné du premier jour de mars, créèrent de consulz de leur parti, le vingt cinquième du moys de janvier, scavoir est :

Monsrme Jehan de Lasset, conseiller au Siège presidial ;

Me [Jehan] Ortolan, auditeur en la Chambre dez Comptez ;

Sire Jehan Miot, merchant ;

Me Jehan Dumas, chirurgien ;

Jehan Janet, borrellier ;

Francoys Bancal, laboureur.

Cependant que, au Sainct Esprit et du long de la rivière du

1 Ms. : chochiers.

15G8 Rosne, la guerre ce faisoict d'entre monsr de Joyeuse et catholicques et le susd. seigneur d'Accier et les siens, au commencement du mois d'apvril suyvant, vint a Montpellier led. seigneur d'Accier, auquel t'eurent appourtées novelles comme la paix estoict faicte, et l'eedict sur ce, du xxme de mars précédant, envoyé par homme exprès, conforme au premier et précédant. Que différé a publier jusques au dernier jour dud. moys d'apvril et ce pendant sans contredict, ce peuple ce mit a ruyner ce que restoict de temples et esglizes dans la ville, pour priver les ecclesiasticques et catholicques de toute retraicte pour l'exercisse de leur relligion.

Et, de faict, ruynerent a fleur de terre, sauf quelques pans de murailhe forte de l'esglise parrochielle, Sainct Fermin, Saincte Anne, Sainct Pol, le Petit S1 Jehan, l'arc Sainct Nicholas en J l'Aguillerie, Ste Catherine, beau monastère de religieuses, près la porte de la Blanquerie. S1 Mathieu, Ste Croix, avec les maysons presbiteralles, Ste Foy, S' Sébastian du Palays l'eurent descouvertz, et toutes breschés le palays et mayson de l'Evesque, belle et grande, dicte la Salle ; la porte de la Salle feust toute razée, saulf quelques murailhes. Et desd. ediffîces toute 2 la mostre de boix, fer, pierre et aultre saccagée et pillée et transportée. La grand esglise Nostre Dame et ce beauclochier n'en feurent exemptz qu'a grand difficulté par l'exhortation 3 d'aulcungs ; mays la grand cloche y estant au clochier, appertenant a la ville et que, seulle d'entre tant de doutzaines d'aultres,avoyt resté dez premiers trobles, feust mise en piecces et le metail enporté, si qu'en toute la ville, ou4 soulloict avoir plus de cent cloches, n'y en demeure que le Orloge et celle du Consollat. Et, faictz ces preparatifz, comme dict est, l'on publia lad. paix.

Quelques jours appres la publication de laquelle, le seigneur de la Crozette, guydon de la compaignie de gensdarmes de mons' de Dampville, feust accepté pour gouverneur, avec deux compaignies de gens de pied en garnison ; et, par ce moyen, y feust remise la messe et service divin. Et le semblable feust faict ez villes de Nis-

1 Ms. : et.

- Ms. : toutes.

3 Ms. : exhorbation.

4 Ms. : en.

1568 mes, Somieres, Lunel et aultres jusques au Sainct Esprit, et vescu assez paysiblement jusques envyrou la fin de juillet, qu'entendans les consulz et habitantz de Montpellier quelques aultres compaignies a cheval et a pied aller et venir ez envyrons de la ville, et ce douhtans de surprinse, le vingt septiesme dud. juillet s'esmeurent en armes, grand nombre qu'ilz estoient, dont led. seigneur de la Crozette, c'estant avec ses compaignies saizi du Palays et de tout ce cartierjusques aulx portes dez Carmes et la Blanquerie, qu'il 1 tenoyt pour fere entrer les forces, et ceulx de la ville tenantz tout le demeurant, et faictes tranchées au plus près du Palays et rues tenues par led. gouverneur, l'eust ce jour lad. ville en grandissime dangier, car le premier qu'eust tiré arquebuzade,y eust merevilheux chapplis, avec hazard que le victorieux eust saccagé la ville, ce que Dieu ne permist. Ains, par la preudence dud. seigneur de la Crozette, aydée de celle d'aulcungz gentilhomes et principaulx de lad. relligion, passa la chose sans aultre tumulte, et l'eust accordé que ceux de lad. relligion s'en hyroient avec leurs armes et aultres chouses, qui aller s'en vouldroient, et aux aultres seroict faict tout bon traitement et layssée la liberté de leur relligion, suyvant l'eedict. Par quoy, ce mesme jour, hactivement sarré bagaige et dict adieu a leurs amictz, sur le soir s'en sortirent les ministres, consulz, gentilhomes et aultres, jusques au nombre de doutze a quinze cens parsonnes, armés et non armés, plusieurs avec leurs femmes, enfantz et bagaige, toutz sorlantz par la porte de Lattez, prenantz leur chemin vers les Cevenes, auxquelz neantmoings led. sieur de la Crozette fist escorte et compaignie bien loing de la ville toute nuict, estantz demeurés en lad. ville de lad. relligion tant seullement quelques ungs. Et ainsi feust ce jour deslivrée la ville du pouvoir desd. huguenotz de ceste façon, et en memoyre de ce ordonnée en appres ceste teste ced. jour vingt septiesme de juillet avec proscession.

Le penultiesme dud. mois, monsr de Joyeuse, acompaigné de grand noblesse en armes, vint en lad. ville, et en sa compaignie les ecclesiasticques et catholicques fuytifz pour les troubles. Et, venu qu'il feust, il remit en charge monsr Robin et aultres consulz qui estoient au comencement de ces troubles, a la Saint Michel. Et,

1 Ms. : qui.

1568 par ce moien, cessa l'exercice de lad. relligion novelle aud. Montpellier. Et de mesmes feust f'aict a Nismes, Uzes, Baignolz, S1 Esprit et aultres lieux du pais plat, desquelles lesd. huguenotz vuyderent, ce retirantzez Gevenes et aultanten France, ou M. le prince de Gomdé, recullies toutes ses forces et encores faict entrer a son secours grandz trouppes d'Allementz protcstans, en nombre de doutze ou quinze mil hommes a cheval et a pied dictz reystres, les gens a cheval, pistolliers, hommes rudez et viollantz, soubz la charge du duc de Deux Pontz, avec la Royne de Navarre et son filz, le prince, tenante ce parti, leva lez armes et s'en alla en Guyenne, a La Rochelle, port de mer très fort, Angolesme et aultres villes tenues par la Relligion, ou toutz les huguenotz du royaulme cappables de porter armes l'allarent trouver, et mesmes monsieur d'Accier avec toutes leurs forces de Languedoc, Daulphiné et Provence, d'envyron quinze mil hommes. Le Roy, d'aultre part, fist suyvre led. prince par grand armée, commandée par monseigneur le duc d'Anjou, son frère etlieuctenant gênerai, devers lequel feust mandé aller nions1" de Joyeuse avec les forces de Languedoc, layssés ez villes dez gouverneurs avec garnisons, comme a Montpellier le baron de Castelnau de Guez lez Pezenas, chevallier de l'ordre du Roy, auprès duquel feust par led. seigneur de Joyeuse, avant son parlement, estably ung conseilh de doutze personaiges de toutz estatz tant ecclésiastiques, noblesse que aultres, pour provoir a toutz affaires soubz led. gouverneur, dict le Conseilh de la guerre. Et ainsi feust toute la guerre transportée en Guyenne.

Le dix neufviesme d'octobre feust a Montpellier publié ung edict du Roy, du vingt cinquiesme de septembre précèdent, par lequel Sa Majesté declairoict ne voulloir en son royaulme qu'une relligion, l'antienne, catholieque romayne, chassant lez ministres de la novelle et, oultre, ne ce voulloir servir dez officiers qui en estoient, et aultres poinctz y contenuz.

1569 L'an mil cinq cens soixante neuf feurent créés consul/, catholicques :

Monsr mre Pierre Convers, me en la Chambre dez Comptez ; Sire Francoys Colombier, borgeoys ; Sire Estienne Plantade, merchant ; Pierre Costier, cardeur ;

Anthoine Cannas, plus vieulx;

Pierre Baudassé, laboureur.

Le vingt cinquiesme de mars, aud. jour de l'Adventration Nostre Dame, et que lesd. Consulz prindrent serement, feust faicte a Montpellier procession generalle et resjouyssance pour la victoire obtenue par monseigneur d'Anjou en Guyenne contre lez huguenotz, le tretziesme dud. moys, en ung lieu dict Passac près Jarnac, sur la rivière de la Charante, auquel rencontre monsr le prince de Comdé , chef dez ennemys, entre aultres avoyct esté thué , qui despuys firent leur chef monsr le prince de Navarre et prince de Comdé, filz du deccedé, jeunes adollessans ne servantz que de nom1 au seigneur de Castilhon, admirai, principal conducteur de ceste ligue.

Au moys de may ensuyvant, monsr le mareschal de Dampville et monsr de Joyeuse, congédiés par le Roy du camp de Guyenne, s'en viennent en Languedoc par ïholose, ou feurent longuement.

Au moys d'aoust, lez huguenotz de Cevenes ce saizirent de Mal guel près Montpellier, lequel lieu, comme l'onscaict, très fort d'assiette, pour en evicter la garde, au commancement de ce trouble, avoyt esté desmantellé, mays soubdainement ilz le rampararent et firent inprenable, que porta grand ennui a Montpellier despuys pour sa proximité.

En ce temps feust descouverte une grand trahison a Montpellier et les aucteurs punys.

Le secziesme de novembre, feurent apportées novelles d'aultre victoyre obtenue par le Roy et son armée contre lez huguenotz, le troysiesme d'octohre précédant, en ung lieu dict Montcontour en Guyenne, ou2 avoyent ilz perdus dix ou doutze mil hommes et leur artillerie.

En mesme temps de la my novembre, lez huguenotz surprindrent de nuict la ville de Nismes, ou firent grand murlre dez catholicques et, entre aultres, du seigneur de S1 André, gouverneur d'Ayguesmortes et pour lhors dudit Nismes. Et des lhors comencerent lesd. huguenotz fere grandz courses sur le pays.

1 Ms. : non.

2 Ms. : en.

1570 L'an mil cinq cens septante feurent consulz :

Monsr ine Jacques de Mont faucon , seigneur de Vissée, quatriesme président en la Court dez Aydes ;

Me Pierre de Jaullo, licencié ez loix ;

Sire Estienne Vernet, mercliant ;

Jehan Ghavart ;

Guillaume du Tour ;

Jacques Compaignon, laboureur.

Au comancement de ceste année, messieurs lesd. princes, conduietz eulx et leur armée par led. admirai de Chastillon, appres la journée de Montcontour délaissée la Guyenne, s'en vindrent vers le pays de Quercy et Montaulban, firent mille gastz, ruynes et bruslementz jusques aulx portes de Tholose. Et, y ayantz ainsi tenuz lez ebamps quelques mois, au commancement du mois de mars, avec leur armée encoures d'envyron doutze ou quinze mil hommes de guerre, comprins ce que restoict dez reystres, oultre plusieurs fuytifz du pays et cinq ou six piecces d'artillerie, commancerent entrer dans le Languedoc, suyvant le grand chemin, sacquageans et bruslantz esglises, monastères, abbayes et plusieurs villaiges et maysons aux champs, mesmes quant les trouvoient désertes et sans munitions de vivres, sans s'arrester aux bonnes villes et lieux munis de forces, tirantz de rançon de plusieurs pour ne fouller le dehors, par grand effroy et ravage du pouvre pays. Aulcungs lieux toutesfoys tirent battre et prindrent d'assault, comme Montréal et Coniques près Carcassonne, Servian, Cazoulz de Narbonnés, pics Beziers, et Pignan, près Montpellier.,

Et passa le plus fort de lad. armée, mesmes lez grandz tenantz le grand chemin, devant Montpellier et la veue de la ville, prez Sainct Martin de Prunet, droict au Pont Trincat et Lattes, pour ce randre a Malguel, durant trois jours, sur la fin dud. mois de mars et premier d'apvril, s'arrestantz par fois de grandz trouppes sur le hault dud. S1 Martin, pouradviser la ville, non sans estre sallués de coups de piecces de campaigne de lad. ville et assaillis au dehors par diverses escarmoches, par forces de lad. ville cslantz a cheval et a pied. Dont plusieurs desd. ennemys treuvés escartés y demeuraient ; les aultres, pour ne pouvoir estre ensamble, passarent par Homelas, la val de Montferrand, Teyran et le Cres. Auquel lieu du

1570 Cres loutga une nuict le sr de la Loue avec sa compaignie de cavallerie ; par aulcungz, sortis de Montpellier, feust deffaict et destroussé, luy et les siens.

Lhors du passaige desd. princes, pour la craincte d'ung siège, feurent a Montpellier promptement ruynés, pour la seconde foys, les faulx bourgz et jardinaiges, mesmes les plus près dez tousses, ou grand intereslz dez pocesseurs , qui, avec grand fraicz, les avoient retliffîés puys lez premiers troubles.

Lesd. princes, en passant, firent assiéger Lune!, lequel lieu, anprés avoir battu quelques jours, quicterent *.

Ce pendant monsieur le maraI Dampville avec aultre armée, talonant despuis Tholose celle desd. princes, arriva a Montpellier le troysiesme dud. mois d'apvril, pendant le siège de Lunel, qu'il fist dextrement avitailler et munitionner.

A ceste callamité de guerre estoict joincte une si2 grand faulte de vivres qu'il ne ce treuvoit du pain qu'en aulcunes bonnes maysons, et pour les chevaulx rien, tellement que, sans les grandz forces qu'estoient dans la ville et dez vivres que led. seigneur maral faysoyt admener pour son armée, il y eust eu sédition popullaire dans la ville.

Envyron la my apvril, lesd. seigneurs Princes partirent de Nismes, allant droict en Viverois et Fourestz, et led. seigneur de Dampville aussi de Montpellier, avec ses forces, les suyvantz pas a pas durant son gouvernement. Ez moyssons suyvantz plusieurs l'eurent constrainetz anticiper, y eust de grandz difficultés et dangiers a la récolte, courantz les ungz sur les aultres, le plus fort, ravageantz le tout, ce pendant que la paix ce traictoict en France. Dont, au moys d'aoust ensuyvant, en feust envoyé le pacquet par led. seigneur Dampville a Montpellier, avec l'eedict faict a Sainct Germain en Laye aud. mois d'aoust mil cinq cens septante, que, le vingt sixiesme dud. mois, feust publiée a Montpellier, contenant plusieurs poinetz : entre autres, qu'ung ebacung seroict remis en son bien; que l'exercice d'icelle novelle relligion seroyt par toutz les villes et lieux par eulx tenuz le premier jour dud. aoust, et dans lesd. lieux ; et, oultre, ez faulx bourgz de deux villes nommées aud.

1 Ms. : quicter.

- Ms. : cy.

1570 edict de chesque gouvernement de ce royaulme ; et encores pourroict estre chez toutz les seigneurs haultz justiciers ayantz phief d'aubert.

Le dix septiesme de septembre, remis led. seigneur de Dampville a Montpellier et en sa compaignie, ced. jour y entrarent toutz ceulx de la relligion de toutz estatz et sexes que, pour les troubles, c'estoient exemptez, en grand nombre ; et comenca l'on a ce repatrier, non que y eust exercice de lad. relligion a Montpellier, mays alloient au prescbe ceulx de lad. ville, et faysoient l'exercice de lad. relligion a S* Jehan de Vedas, apertenant a ung hault justicier, ensuyvant l'eedict.

Ainsi apaysé le royaulme, feust faict le mariatge du Roy et de madame Elizabeth d'Austriche, fille de Maximilian, empereur, et ycellui mariatge solempnisé a Mezieres sur la Meuse, au mois de décembre aud. an.

1571 L'an mil cinq cens septante ung feurent consulz : Noble Jacques dez Guillens, seigneur de Figuaret ; Mc Claude Junin, banquier ;

Me Pierre de Nemauso, nothere ;

Pierre Teyssal, merchant ;

Guillaume Dallichon, esperonnier ;

Me Guillaume Jaconnel, masson.

Celle année le Ro}^ pour effectuer de toutz poinctz la reconsilliation de ses subjectz , ensuyvant l'eedict de pacciflication , singullierement en ce que conserne l'administration de la justice dez diflerentz deppendantz de l'exécution dud. edict, et evicter toute souspecon dez jutges du pays, a ces fins, y envoya deux commissaires, desquelz ne pouvoict estre appelle que a son Conseilh privé : c'est ung, me de requestes de son houstel, et aultre, conseiller du Parlement de Paris, lesquelz, comenceantz tenir leurs d assizes a Tholose, continuarent en appres par toutes les seneschaucées du pays, y vacquantz envyron ung an.

Au moys d'octobre de ceste année, feurent tenuz les Estatz du pays a Montpellier, soubz monsr le visconte de Joyeuse, lieuctenant gênerai du Roy, et lhors mandé par le Roy fere vuyder lez garni-

1 Ms. : leur.

1571 sonsdez soldatzy estant; dont, ce l'aict, feust la ville remise en son antien estât libre, sans plus y voyr armes ez portes, corps de garde a la Lotge, ny ouyr tambour battant et arquebusadez, unze ans appres justement qu'elle avoyt esté asservie a cest estât puys la première élévation dez armes.

Icelle année, du moys de janvier en bas, pour l'esterillité des bledz précédante, feust grand famyne a Montpellier, tellement que le cestier du bled ce vandoyt communément sept ou buict livres et monta jusques a dix livres ; et sans la provoyance y eust eu en lad. ville dangier d'esmotion popullaire.

1572 L'an mil cinq cens septante deux feurent consulz : Monsr m1' Jehan Le Clerc, conseiller au Siège presidial ; Noble Hugues Catbelin ;

Me Jehan Perdrix, chirurgien ;

Jehan Laye, merchant ;

Jehan Beneseich ;

Anthoine Serre dict Montaignete.

Celle année, pour entretenir davantaige les habitantz de lad. ville dez deux relligions en amytie et concorde, le Roy envoya aud. Montpellier, pour la main forte et commander a son nom, sans garnison toutesfoys, le seigneur des Urcieres, chevallier de son ordre, natif de la ville, de la mayson dez Urcieres ou de Gaudete> seigneur de La Yaulsiere, et, pour sur intendant a la justice, le seigneur de Bellievre, l'ung dez presidantz au Parlement de Grenoble, et, a mesmes tins, par ses lettres, commandea quelques ungz de chesque relligion, et dez principaulx, s'absenter delà ville par quelque temps, induysant par ceste manière en lad. \ille l'ostracisme1 dez Athéniens -.

En lad. année, pour plus grand signiffication de la reconciliation 3 dez deux relligions en ce royaulme, feust faict le mariatge de monsr Henry, prince de Navarre, cy devant nommé, de lad. novelle relligion, filz de monsieur Anthoine de Borbon, duc de Yendosme, dec-

1 Ms. : ostrarisme.

2 Ms. : Athoniens.

3 Ms. : recourchation.

Soc. Arch. de Montpellier. 1(5

1572 cédé au siège de Rouen ez premiers troubles, et de madame Jehanne d'Allebret, royne de Navarre, avec madame Marguerite de France, seur du Roy. La solempnité duquel mariatge ordonnée d'estre faicte a Paris au moys d'aoust dud. an, y vindrent et s'y d assein" blarent lad. royne de Navarre, led. prince son fîlz, le prince de Gomdé, son cousin, l'admirai de Ghastillon, le comte de la Rochefocaud et presque toutz les plus grandz seigneurs, gentilbomes et cappitaines de lad. relligion novelle de tout le royaulme, avec le plus grand arroy et magnifficque apparat qu'ung chescung avoyt peu, pour bonorer ceste teste et alliance, tant agréable a ung chescung, et en la ville cappitalle du royaulme, que lesd. de la relligion piecca n'avoient fréquenté. Attandant le jour de laquelle teste, lad. Royne de Navarre, surprinse de malladie, trespassa de ce monde, et des lors led. seigneur prince feust nommé roy. Les nopces en appres solempnement et en sorte royalle faictes envyron la my aoust susd., ung vandredy vingt deuxiesme dud. mois, led. seigneur de Cbastillon, admirai de France, venant du Lovre, de chez le Roy, et allant a son lotgis, près S1 Germain de l'Auxerrois, feust blessé d'ung coup d'arquebuzade et porté a son lotgis. Et, le dimanche ensuyvant, vingt ([uatriesme dud. aoust, jour Sainct Barthélémy, heure de matines, feust excité ung tel tumulte a Paris que led. admirai, le comte de Rochefocaud et tant d'aullres qu'on peult trouver de lad. relligion, feurent mis a mort, et non les estrangiers seullemenl, mays dez principaulx de la ville une infinité, si que ne feust perdonné que aud. Roy de Navarre, au- prince de Comdé et quelques aultres, comme le seigneur d'Accier, expeciallement saulvés.

Le trentiesme dud. moys, feust la novelle de cest accident sceue a Montpellier, et incontinant lez armes prinses parles catholicques, craignantz d'estre avancés par les huguenotz ; lesquelz, au contraire, ez lieux ou ilz ce treuvarent lez plus fortz, comme a Nismes, Uzes, Somieres et ez Sevenes, en firent aultant, ce tenant/, sur leur garde. El ainsi comenca en ce royaulme la quatriesme guerre civille, pour le faict de laquelle, sur la fin du moys d'octobre suyvant, nions1 le mai'1 de Dampville feust par le Roy envoyé en ce pays, et s'arresla

1 Ms. : cy.

2 Ms. : ou.

1572 en la ville de Beaucayre jusques aulx festes de Noël, que fist assembler lez Estatz du pays aud. Montpellier, pour provoir en ceste guerre.

1573 L'an mil cinq cens septante troys feurent consulz :

Messire Loys de Bucelly, baron de la Mousson, chevallier de l'ordre du Roy ;

Monsr m8 Michel de Bonnefoux, docteur ez lois ;

Sire Estienne Plantade, merchant ;

Anthoine Aoust, merchant;

Jehan de l'Hostal, jardinier;

Gillibert Carbonnier, laboureur.

Au commancement de ceste année, monseigneur le duc d'Anjou feust envoyé par le Roy, avec grosse armée, pour assiegier La Rochelle et la remectre a l'hobeyssance du Roy, estant lad. ville occuppée par ceulx de lad. relligion.

Au moys de febvrier aud. an nasquist au roy Charles neufviesmc son premier enfant, que feust une fille, nommée Marie, en la ville de Paris.

En Languedoc mons' de Dampville dressa camp et assiégea Somieres, ville et château très fort, occuppé par lez huguenotz, ou, ayant demeuré devant plus de six sepmaynes et donné deux assaultz,soubstenuz par les assiégés, en fin, sur le comencement d'apvril, luy feust lad. ville randue, vies et bagues saulws, appres j avoir estéperduz dez catholicques envyron sept a huict centz hommes et plusieurs grandz personnaiges, comme le comte de Gandalle, cappitaine de cinquante hommes d'armes, beau frère dudit seigneur maral, le seigneur de Villeneufve, chevallier de l'ordre du Roy, lieuctenant de la compaignie de gensdarmes de mons1" de Joyeuse, et aultres beaucoup. Recouvré Somieres, led. seigneur maral rompisl son camp, dispousant les garnisons par le pays. Les huguenotz, au contraire, surprindrent Montlaur lez Montpellier et la cité de Lode^ e, y faisant grand butin.

Au moys de Jung, monseigneur d'Anjou, estant devant La Rochelle sans le pouvoir forcer, finalement fist paix avec eulx, tant pour euh que toutz leurs adherantz du royaulme, et s'en re'torna led. seigneur en Court et en la ville de Paris, ou vint une grand et magnifficque ambassade du royaulme de Poloigne, 1res opullanl et

1573 grand1 entre toutz les septemtrionalz, apportans aud. seigneur duc d'Anjou l'élection faite de sa personne pour leur roy, luy présentant la couronne, qu'il accepta, avec grand solempnité et alegresse publicque ; et des lhors feust dict roy de Poloigne.

En Languedoc, nions1" le mareschal accorda la trefve et suspension d'armes a ceulx de la relligion, publiée a Montpellier le sixiesme d'aoust, ce pendant qu'ilz envoyaient devers le Roy, pour luy remonstrer aulcungz poinctz sur led. edict de La Rochelle, qu'ilz ne voulloient accepter simplement, d'aultant que par icelluy n'estoict permis l'exercice de lad. relligion publicquement qu'en troys villes du royaulme : La Rochelle, Monlaulban et Nismes ; et, quant aulx officiers estant/, de ladicte relligion, ceulx desd. troys villes estoient réservés, toutz les aultres du royaulme privés ; et plusieurs aultres poinctz y avoyt aud. edict, partie conformes aulx precedantz edictz, partie de noveau, non au gré desd. de la relligion. Par quoy leur feust octroyé de pouvoir aller devers Sa Magesté. Cependant led. edict feust publié a Montpellier le tretziesme dud. moys de septembre ; et. liny led. temps de lad. trefve, icelle prorogée - plusieurs foys.

Et, l'autonne dud. an, partit de France le roy de Poloigne, pour aller prandre poccession de son royaulme, passant par lez Àllemaignes. Et, durant ces :! jours, feust a Montpellier une trahison pendant la trefve entreprinse par ceuh de lad. relligion fuytifz, par le moien d'aulcungz dez leurs, habitantz en la ville, laquelle trahison. mons1' le mareschal estant dans lad. ville, descouverte par la grâce de Dieu, feurent aulcungz des entrepreneurs saizis et punys a mort.

En ce temps, et pour la festede Nostre Dame de décembre, feust, par messieurs lez Consulz, acquise une grosse cloche et mise au clochier Nostre Dame, ou, despuys lez secondz troubles, n'en avoyt eu.

1574 L'an mil cinq cens septante quatre, lez Estatz du pays feurent tenuz a Montpellier soubz monseigneur le maral, envyron la my janvier ; et, appres, approchant le premier jour de mars, qu'estoict accoustumé eslire et créer lez consulz noveaulx, led. seigneur,

1 Ms. : grand z.

2 Ms. : proroget.

■■ Ms. : ses.

CHROMOl E DU PETIT THALAMUS 245

1574 voyant la disete d'hommes d'honneur que, en ce temps calamiteux, voulcisseni accepter lad. charge, y voulleust, attendu la misère du temps, provoir par son auctorité, et de faict esleust et créa, sans préjudice desd. estatutz et conséquence a l' advenir, scavoir est :

Messire Jehan dez Urcieres dict de Gaudete, seigneur de Castelnau, chevallier de l'ordre du Roy ;

Me Jehan Perdrier, licencié ez loix, procureur du Roy au gouvernement de Montpellier ;

Sire Bernardin de Venero, horgeois ;

Jehan Vidal, merchant ;

Guillaume Potion ;

Jehan Galet, laboureur.

Le dimanche quatorziesme dud. moys, par commandement dud. seigneur, feust faicte monstre generalle en armes dez hahitantz de la ville, a raison de laquelle, et au paravant icelle monstre, feust grand différant entre messieurs lez consulz vieulx, encores estantz en charge jusques au vingt cinquiesme dud. moys, et me Guillaume de La Coste, gênerai en la Court dez Aydes, durant ces1 troubles es'eu par les Consulz et Conseilh de la ville pour surintendant aulx six sixains et quartiers de la ville, oultre les six cappitaines y estantz, se voullant prethandre le dict sur intendant comme colonel de la ville, non cognoyssant les consulz, ains les dehvoir précéder en ce faict, combien il eust esté créé pareulx, et qu'ilz feussent lez vrays naturels cappitaines du peuple appres lez chefz y establys par le Roy, comme avoyt esté tousjours observé en lad. ville, a l'instar dez aultres telles de ce royaulme. Sur quoy, au paravant lad. monstre et le tretziesme dud. moys, assamblé, par provision dud. seigneur, Conseilh gênerai, feust conclud que led. s'mareschal seroict supplié garder lesd. Consulz et Ville en leurs antiens droictz, c'est que, houstée- telle uzurpation d'auctorité prethandue par led. de la Coste, la sur intendance du peuple feust remise a l'anlieneté, assavoir dez quatre depputez prins dez meilheurs maysons de la ville, de la noblesse, soubz la charge toutesfoys et surintendance du seigneur Gouverneur pour le Roy estably en la ville et desd. Consulz. Dont, advenant led. jour de la monstre et reveue generalle, par

1 M >. : ses.

- Ms. : houster.

1574 ordonnance dud: seigneur maral, led. de La Coste ne s'y1 trouva; ains feurent lesd. six sixains assamblés et, toutz meslés, conduictz en teste par le seigneur de La Yerune, chevallier de l'ordre du Roy, lieuctenant d'une compaignie de gensdarmes du seigneur de Carces, gouverneur pour la guerre et lhors commandant pour le Roy en lad. ville, marchant avec luy le seigneur baron de la Mousson, chevallier de l'ordre du Roy et premier consul et viguier, ayant son chapperon au coul, de velours cremoysin rouge, suyvant les autres cinq appres, chacung leur chapperon consulaire au coul, et appres - eulx les six cappitaines desd. sixains armés el, au millieu de la troppe , qu'estoict belle et grande, acompaignée de plusieurs fifres et tambours, les six enseignes toutz d'ung ranc, qui ce assamblarent a la place du Palays, et, appres, marchantz en battailhe, passaient devant la mayson d'habitation de monsr le gênerai Viart a la Pierre, lotgis dud. seigneur mai"1, y présent avec plusieurs seigneurs estrangiers, chevalliers de l'Ordre, gentishommes et autres :1 noutables personnes ; et, de la, s'en revindrent devant la mayson de la ville, ou, estantz, ce separarent4. Et, appres, lesd. seigneurs Gouverneur et Consulz vindrent fere la reverance aud. sr maral, lequel se contanta merevelheusement de l'hobeyssance et bonne voulante qu'il a treuvé ez hommes pour le service de Sa Magesté, en laquelle il les a exortés continuer5.

IggQ Mémoire soit a perpétuité que, le huictiesme de mars mil vcimxx, le cappitaine La Bernardiere6 et Jean Duranc, a la poincte du jour, après que les sentinelles eurent quicté la muraille, se saysirent, par une faulce et desloyale trahison, des murailles et de toute la ville de Montpellier, et en chassarent une bonne partie des bons habitans d'icelle, soubz prétexte (faulcement par eux inventé) de quelque ligue acordée en la ville de Nismes par aulcungs de la Religion. Et, a raison du grand elïïay qu'ilz donnarent aux pouvres habitans, qui y estoyent pour lhors en ladicte ville, (a cause du danger de peste

1 Ms. : cy.

2 Ces deux mots sont répétés deux fois.

3 Ms. : antiens.

4 Ms. : cepararent.

■ M s., f" 531 r°-f°556v°; cf. édit., pp. 529-557. 6 Ms. : Labenardlere.

CHROMOLE L)L PETIT THALAMUS 24'

1580 qui pour lhors estoil clans ladicte, qui sembloit quasi amortie «I pour le grand meslucge qu'ilz firent fere durant leur règne, qui ne dura guieres, ladicte maladie s'y1 eschaufa si fort en après qu'il moreust beaucoup de peuple dans peu de jours. Mais Dieu, par sa bonté, donna le coeur a aulcungs des bons habitans qui estoyent restez dans ladicte ville, lesquelz, cognoissans très bien que le désir dud. La Bernardiere2 et Dnranc n'estoit aultre que d'en sortir tons les vrays habitans, pour d'icelle ville en fere une espellonque de larrons et volleurs, le x\i" dudict rnoys, se saysirent d'une partie «les corps de garde de ladicte ville, avec resolution de les en sortir. A quoi notre Dien. qui ne délaisse jamais ses enfans, leur ascista si bien que led. La Bernardiere et Duranc furent constrainctz de laisser la ville a leur grand regret et se retirer a la Grange du Pin, avec leurs troupes. Et, devant que sortir de ladicte ville, Duranc, qu1 estoit avecq led. La Bernardiere 3, alla encloer l'artilherie, qui estoit dans le temple de S1" Foy (ne se pouvant venger de rien plus)4.

1581 L'an mil cinq cens quatre vingtz et ung et le premier jour du moys de février, comme dix heures de soir eurent frappé, et le rabat de l'orloge ayant frappé deux ou troys coups, le clocher et esguille du temple de Tables de la présent ville de Montpellier tumba par terre, et s'enfondra tant dedans le temple dud. Tables que sur la grand rue vis a vis de la maison consulere, et endoumaigea grandement la maison de l'Orgerie de lad. ville et la maison de Monsieur le président Chefdebien, estant vis a vis dud. clocher, ou miraculeusement l'eu s t préservé Se Jehan Gallard, marchant de lad. ville, avec sa famille, qui habitoit dans icelle. Dans led. clocher y avoyt deux sentinelles qui s'y tenoyent jour et nuict, pour la garde de la ville, qui y furent accablés; et, dans une petite boutique tout joignant led. temple, y feust accablé aussi par la ruyne dud. clocher ung orfèvre nommé m'' Jehan Bibal, avec ung sien serviteur et ung aprentis d'icelluy. Et, ayant le lendemain matin faict lever les ruynes qu'estoyent tumbées sur lad. bouticque, led. Bibal et son ser-

1 Ms. : si.

2 Ms. : Labenardievr.

'■'• Ms. : La Benardiere.

■' Ms., f° 421 v° ; cf. édit., pp. 567-568.

1581 viteur turent trouvez mortz et led. apprentis encores en vye, pour s'estre caché dessoubz ung petit banc de boys, toutesfoys fort blessé et brisé, et lequel despuys est mort quelques huict jours après. — Fesquet, greffier !.

1598 En la mesmes année [mil cinq cens quatre vingtz dix huict], feust convocqué le Sinode national de toutes les églises reflbrmées de France en la présent ville de Montpellier, au vingt cinquième de may, ou se trouvaient plusieurs ministres et anciens de toutes les provinces de France. L'assamblée duquel sinode commencea a se tenir le vingt sixième du moys de may, dans la grand salle de la maison considère dud. Montpellier, estant modérateur monsr Reraud, ministre de laparolle de Dieu de l'église de Montauban, assesseur monsr de Montigny, ministre de Madame, seur unicque du Roy, scribes monsieur Massefer, ministre de l'église de Saulmeur, et

. ancien de l'église de Paris, laquelle assamblée dura l'espace de quinze ou setze jours -.

1600 Au moys de janvier mil six cens de l'année de ce consolât 3 a esté veriffié en la Cour de Parlement de Tholouze l'eedict de Nantes faict par le Roy a ceulx de la relligion refformée de son royaulme, voyre aussy publyé dans l'audience presidialle du Gouvernement et siège presidial de ceste ville, y assistant lesd. sieurs Consulz, avec leurs robbes rouges et comme est accoustumé de fere en telles honneurs 4.

1 Ms., f° 458 v° ; cf. édit., pp. 568-569.

- Le second Petit Thalamus dit Talamus historique, f° 1 v°.

:i Le consulat de 1599, qui finit le 24 mars 1600.

'' Le second Petit Thalamus dit Talamus historique, f° 9.

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