INTRODUCTION XI
peu à pensera déracinée l'Ame de l'enfant !... A leur tour, ces missionnains s'éloignent, peut-cire découverts. Ils sont remplacés par des maîtres plus sûrs. Qu'importe! la sape souterraine avance. Déjà elle mine les Facultés supérieures : droit ou théologie. En 1536, le recteur Bonnail, un juriste, groupe autour de lui un petit cercle d'étudiants qui, quelques années plus tard, déserteront l'Eglise. Le doyen des théologiens, Gaperon, un dominicain, est suspect, bientôt hérétique. Visiblement, les corps savants sont entamés. La première pensée des protestants, en 1500, quand ils veulent un lieu de culte, est de s'établir à l'Ecole-Mage. Ce n'était guère qu'une prise officielle de possession.
Multipliez ces faits dans les Universités, les collèges, les petites écoles, vous saisissez quelle force ont trouvée les idées nouvelles dans cette audience d'une partie de la jeunesse. Et suivez encore cette jeunesse qui grandit et qui s'essaime dans la nation. Ces écoliers, ces régents, nous les retrouverons. Avant même d'agir sur leur milieu, ils commenceront par convaincre leur famille. Ils rempliront les corps ecclésiastiques ou les offices de judicature. lisseront chanoines, quelques-uns évèques, juges, baillis, viguiers. agents de finance. Ils entreront dans les corps municipaux. L'école est déjà le séminaire des fonctions; c'est par elle, chez elle que se forme l'élite de la bourgeoisie qui, autour du roi, gouverne en fait la France. Clercs, officiers royaux, consuls garderont leurs habitudes de pensée et de croyance. La religion nouvelle a ses chefs tout prêts : à Montpellier, un Scuron, un Philippi, un Montaigne. Les contemporains ont été surpris de voir le mouvement protestant affleurer d'un jet si brusque à la surface. Sur une foule de points, l'hégémonie du catholicisme n'était plus qu'une apparence : trop d'aines énergiques s'étaient secrètement émancipées.
Nous arrivons à la crise. Toute la seconde partie du livre, l'établissement du protestantisme, est consacrée à la décrire. Autre problème et des plus complexes. Dans quelle mesure le choc était-il inévitable et qui en porte la responsabilité?
A mesure que nous connaîtrons mieux, et par le détail, les événements de ces années décisives, 1560 à 1563, nous arriverons à cette conclusion qu'un grand nombre d'esprits, éclairés, modérés, souhaitaient déjà entre les deux croyances une charte de paix.