X INTRODUCTION
siècle! Il semble qu'eu peu d'années celte vaste enquête serait finie. Une connaissance exacte, impartiale, complète de notre révolution religieuse aurai! des conséquences incalculables. Si l'histoire n'est poinl un recommencement, elle est, do moins, une expérience. Est-il si indifférent de montrer à l'a France ce que lui content des divisions el des haines où elle se renie elle-même, et où elle risque de perdre, avec le bienfait de la paix, la clarté pure de son génie el la force incomparable de son union ?
Ces remarques suffiraient à assigner sa véritable place au livre de M"'' Guiraud. Précisément, cette histoire de la Réforme à Montpellier est une de ces monographies que nous réclamons. Mais signaler le livre est lui mesurer la justice. Que le lecteur nous permette de l'ouvrir. De cet ensemble de faits se dégagent certaines idées neuves, originales, qui méritent d'être retenues.
Sur les origines mêmes du mouvement, ce que nous montre celte étude, c'est le rôle de l'élément intellectuel. Nous savions, sans doute, la part de l'école, de l'université clans la diffusion de la Réforme. Ici, celle-ci apparaît en pleine lumière. Dès 1526, les idées nouvelles ont pénétré à la Faculté de Médecine, acceptées, propagées par une partie de la jeunesse. Aspirations vagues, indécises encore, qui sont moins une doctrine qu'un sentiment, la révolte contre une discipline « barbare », ou l'obscur besoin d'un idéal nouveau. Le mouvement est étouffé. Attendons quelques années, Rabelais sera à Montpellier, et, tout près de la Faculté de Médecine, voici un autre foyer, l'école des Arts ou Eco!e-Mage. Cette fois, c'est l'œuvre des régents appelés par les consuls : Lecomte, Jonas. On ne dira jamais assez ce que la révolution religieuse a dû à ces pédagogues ambulants qui, émigrant de province en province, de ville en ville, obtenaient des pouvoirs locaux la « rectorie » de l'école. Ils ont élé les vrais fourriers de la religion nouvelle. Sous les dehors inoffensifs d'un enseignement consacré à la grammaire ou aux humanités, ils en propagent le venin. Ils répandent ses idées ou ses livres. Ils enseignent l'alphabet et les lettres, mais ils parlent aussi de l'Evangile et de la grâce. Us écartent les manuels surannés, mais ils raillent doucement les pratiques anciennes. Ainsi