INTRODUCTION XIII
intellectuelle ou économique était suspendue. De ces guerres civiles, tous étaient victimes. Dans ces calamités s'ébauche l'idée d'une politique nouvelle, d'un compromis destiné à mettre une trêve à la lutte implacable, en faisant à chaque culte sapait.
Voilà une des premières lueurs d'un ordre nouveau. Cette œuvre d'apaisement fut surtout préparée par les autorités locales qui essayèrent de grouper les éléments modérés. Vivre d'abord ! La ville avait souffert. Bourgeois et artisans réclamaient la sécurité. Un grand nombre des acteurs primitifs, les plus violents, du drame avaient disparu. Pourquoi, au lieu de vouloir se supprimer, ne pas s'entendre? Ce n'est pas une des pages les moins curieuses de ce livre que l'histoire de cette « Union » locale, tentative prématurée et imparfaite de ce que devait être, vingt-cinq ans plus tard, la paix du roi. Le consulat fut partagé. Trois consuls appartinrent aux prolestants, trois aux catholiques. Le premier, chef de l'administration, fut choisi, alternativement, dans chaque culte. Le conseil de ville, les offices municipaux, le gouvernement de l'hôpital furent répartis entre les deux confessions. Régime équitable qui indiquait la voie où devait s'engager la nation elle-même. Qu'il dût désarmer toutes les défiances, apaiser toutes les querelles, pouvait-on l'espérer? 11 préserva au moins la ville des fureurs religieuses, permit aux œuvres catholiques de vivre comme au clergé de se reconstituer. Il établit enfin un équilibre qui, rompu au profit des protestants par la paix de Bergerac (1577), n'entraîna point, dans sa chute, une politique de modération maintenue par lavolontéde tous. Montpellier était devenu une place de sûreté. Il avait reçu comme gouverneur le propre fils de Coligny, François de Châtillon. La Réforme y obtenait un privilège, maîtresse du consulat, de l'hospice, de l'enseignement et appelée encore par la création d'une académie protestante à étendre son rayonnement intellectuel. Mais la leçon des troubles n'avait pas été perdue : ce gouvernement se défendit d'être persécuteur. De nouveau, en 1582, la crainte de la Ligue avait rapproché les deux partis. Malgré un régime de liberté restreinte, commence alors une restauration catholique qui ne sera plus interrompue. L'édit de Nantes ne fit qu'élargir, préciser, consacrer l'accord que la sagesse des habitants avait su conclure et, ce qui était inoins facile, réussi à faire durer.