INTRODUCTION XV
Nous tenions surtout à indiquer tout l'intérêt que présente une enquête approfondie sur la vie, les passions, les événements d'une de nos grandes villes dans cette tourmente du XVIe siècle. Cette enquête, l'auteur l'a faite avec compétence et avec probité. Une connaissance complète des textes, une étude scrupuleuse des faits, une méthode sûre, un esprit d'impartiale justice recommandent son œuvre. Ses jugements seront-ils sans appel? Nul ne saurait sans parti-pris, les récuser d'avance. C'est déjà un grand mérite pour un livre que d'instruire. Rien, en histoire, n'est définitif. La science ne dit jamais son dernier mot : elle cherche toujours. Mais le savant a bien rempli sa tâche qui a frayé des voies nouvelles et, de toute son àme, servi la vérité.
D'aucuns se diront peut-être : «A quoi bon?... Qu'allons-nous chercher dans ces lointains alors que l'histoire s'écrit, sous nos yeux, en des pages terribles et superbes qui font, à la lois, notre douleur et notre orgueil? La vision de ce qui fut doit disparaître au contact du réel, le souvenir s'effacer devant la vie. L'heure n'est plus à l'étude, mais à l'action. »
Eh quoi ! N'aurions-nous plus rien à apprendre de notre passé? L'histoire ne nous dira-t-elle pas, dans ces heures tragiques où se joue notre avenir, ses directions et ses certitudes? N'est-elle point pour nous la maîtresse sereine de confiance qui, au spectacle de nos épreuves, de nos querelles, de nos misères, fait succéder celui de nos relèvements? Ne nous montre-t-elle point la grandeur de notre mission et la force de notre idéal, puisqu'à défendre la Lberté du monde, nous ne faisons que rester fidèles à nous-mêmes, à cet esprit de générosité et de justice qui traverse les siècles, comme une traînée bienfaisante de lumière et d'apaisement ?... El voyons plus haut encore. Quand la science ne nous serait d'aucun secours matériel ou moral dans nos angoisses, ne cessons pas de la cultiver pour sa noblesse. Le savant ne peut plus, il est vrai, vivre dans s;i tour d'ivoire, demeurer impassible, comme figé dans son stoïcisme, en présence de l'effroyable tempête qui ébranle le monde. Mais, s'il ne saurait être un insensible, qu'il ne soit pas un découragé. Ceux qui ne peuvent défendre leur pays par les armes, ont un autre champ de bataille qui les invite à combattre. C'est l'honneur de la France