‹ Études sur la réforme à MontpellierChapitre 16 sur 110 · CHAPITRE PREMIER ÉTAT DE MONTPELLIER AU XVI SIÈCLE · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER ÉTAT DE MONTPELLIER AU XVI SIÈCLE

A Montpellier, comme il sera aisé de s'en convaincre par la série de ces Études et leurs preuves documentaires, la Réforme ne représente pas, ainsi qu'en d'autres lieux, un point de vue de l'histoire ; elle est, pendant cent ans et plus, toute l'histoire : il n'est rien qui n'en procède ou ne s'y rapporte ou n'y ahoutisse. La question confessionnelle reste donc l'unique. Demeurer catholique ou le redevenir, devenir protestant ou le demeurer : tel est le problème local qu'on agite avec acuité et qui donne lieu, entre acteurs nombreux, acharnés, aux péripéties les plus diverses, trop souvent cruelles ou émouvantes, jamais indifférentes par rapport à la solution finale. C'est là ce qui explique et justifiera peut-être l'abondance de l'œuvre consacrée à ce grave et si délicat sujet.

Jusqu'ici les chroniques éditées ou rééditées à titre de complément à ces trois Etudes constituaient la source unique où, d'une manière plus ou moins absolue, avaient puisé tous ceux qui de première ou de seconde main ont écrit sur la Réforme à Montpellier. Et, parce qu'aucune n'est antérieure à 1560, ce grand mouvement a été par eux représenté sous la forme d'un événement brusque et spontané, se manifestant

Soc. Arch. de Montpellier. 1

alors avec un succès foudroyante la fois dans la ville et toute la région. Notion très erronée, comme le montrera, en harmonie avec l'histoire générale des origines de la Réforme *, la présente Étude, consacrée à cette évolution lente et complexe des esprits préparant l'établissement du culte calviniste.

De toute évidence, Montpellier a reçu du dehors le ferment de la Réforme ; mais, avant de rechercher par qui et comment, et de marquer le degré de son action, il sera utile de connaître le milieu où il fut déposé et les germes que celui-ci pouvait déjà contenir.

Au témoignage de l'un de ses habitants d'alors, observateur des plus sagaces, la capitale du Bas-Languedoc était au XVIe siècle une ville d'autorité et de plaisir 2. Elle abritait, en effet, dans ses murs de cité close, nombre de corps constitués: ecclésiastiques, administratifs, judiciaires et scolaires ; et, d'autre part, le succès de son commerce, quoique déchu, y avait constitué une richesse, répandu une abondance que le naturel aimable, communicatif de sa population transformait volontiers en luxe et en fêtes. C'est de tout cela que je voudrais présenter le tableau, en étudiant l'état des esprits et des mœurs successivement dans chacune des catégories sociales.

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